• Sus au modérantisme, ou l’autopsie des pisse-froid de sacristie : de la verve de Louis Veuillot



    Du modérantisme ou De la fausse modération par l’abbé Pelletier : contre les modérés de tout temps, que le Christ vomis

  • Après la fausse humilité, voici venue l’heure de démasquer la fausse modération, cet engourdissement bourgeois qui prétend bâillonner le glaive de la Vérité sous le voile d’une charité de salon.

    ⁂ 𝔄rène du tempérament

    Contemple donc, 𝔬̂ lecteur, le spectacle saisissant de ces conservateurs en porcelaine qui tremblent devant un adjectif bien trempé comme devant une charge de cuirassiers, préférant mourir d’ennui dans la tiédeur climatisée plutôt que de déplaire aux loups qui dévastent la bergerie.

    Il règne en nos contrées ecclésiales un gel hivernal que nul encensoir ne parvient plus à tiédir. Après le masque de la fausse humilité, voici que s’impatronise la fausse modération, ce poison lent que l’abbé Alexis Pelletier fustigeait dès le XIXᵉ siècle sous le nom de modérantisme. Sous couvert d’une paix de sépulcre et d’une charité contrefaite, une armée de conservateurs transis s’emploie à bâillonner quiconque ose encore nommer l’erreur et démasquer les pasteurs mercenaires.

    Des chapelles frigorifiées des contrées bretonnes aux cénacles ralliés qui redoutent le constat sédé-vacant davantage que l’hérésie moderniste, l’ennui mortel est érigé en vertu cardinale. Pourtant, le divin Crucifié n’est point venu apporter le sommeil bourgeois, mais le glaive qui tranche et le feu qui dévore. En convoquant la verve indomptable de Louis Veuillot contre les prélats gallicans , nous dressons ici le réquisitoire implacable de la tiédeur, que la bouche divine promet sans retour au vomissement éternel.

    • 📌 Modérantisme, tiédeur apostolique, abbé Alexis Pelletier, Louis Veuillot, Père Gabriel Lavery, polémique catholique, antilibéralisme. 🎯

    Pathologie où l’on masque la vérité qui dérange sous une fausse modération puisque la vraie est bonne, par charité on tient son propos, mais sans le diluer comme le propose la prose du libéralisme philosophique. On se dit prudent alors qu’on préserve juste son confort mental ou matériel. On fuit le fond en ciblant le ton, on demande de ne pas être agressif (même quand on ne l’est pas), il faudrait faire « preuve de diplomatie », mais dans le sens de taire la vérité !

    🎙️ 𝔄ntenna

    I.O. Vox Frequencia (capsule auditive) – Quand la modération masque la lâcheté

    ☧ 𝔏exique martial

    Afin que nul ne s’égare dans les brumes du langage invertébré, fixons d’emblée notre arsenal conceptuel par le tranchant des définitions éprouvées.

    « MODÉRANTISME », masculin, Politique et Doctrine : État d’esprit, tendance de ceux qui sont d’opinion modérée et qui s’opposent aux partis extrêmes. Il ne s’emploie qu’avec une intention de dénigrement. — Dictionnaire de l’Académie française (8ᵉ édition)

    « TIÉDEUR », féminin, Morale et Religion : Manque d’ardeur, de ferveur, de passion dont fait preuve une personne dans ses actes, ses sentiments. Servir Dieu avec tiédeur. — Dictionnaire de l’Académie française (9ᵉ édition)

    « PISSE-FROID », masculin invariable, Registre familier : Individu d’un naturel morose et peu amène, qui jette le froid autour de lui par son attitude, ses propos, ses silences. — Dictionnaire de l’Académie française (9ᵉ édition)

    « POLÉMIQUE », féminin, Théologie et Lettres : Querelle, dispute par écrit, sur les questions se rapportant à la théologie, à la politique, à la littérature, etc. — Dictionnaire de l’Académie française (8ᵉ édition)

    ᛟ 𝔄ncienne école

    Écoutons tonner les sentences de l’Écriture et des maîtres de la controverse catholique contre les endormeurs de la chrétienté.

    Auteur : abbé Alexis Pelletier, sous le pseudonyme « Luigi ». Édition originale : Du modérantisme ou De la fausse modération, Montréal, Imprimerie « Le Franc-Parleur », 1873.[books.google][numerique.banq.qc]

    « […] de même qu’il y a une fausse liberté, une fausse paix, une fausse charité, un faux zèle, de même il y a une fausse modération, et c’est elle que l’on désigne sous le nom de modérantisme. Le modérantisme n’est qu’une des formes du libéralisme. Il travaille à sa manière à bâillonner les défenseurs de la vérité. » — p. 2.[ppl-ai-file-upload.s3.amazonaws]

    « Le modérantisme n’est qu’une des formes du libéralisme. Il travaille à sa manière à bâillonner les défenseurs de la vérité. » — p. 2.[ppl-ai-file-upload.s3.amazonaws]

    « La modération est une vertu morale par laquelle nous nous gardons de tout excès. Toutes les fois donc que nous savons nous maintenir dans de justes limites, nous sommes modérés. » — p. 3.[ppl-ai-file-upload.s3.amazonaws]

    « Comme les vérités dogmatiques et morales doivent toujours être présentes à notre esprit, nous ne pouvons jamais donner dans l’excès en les redisant, quand même nous les redirions sans cesse. » — p. 3.[ppl-ai-file-upload.s3.amazonaws]

    — p. 4.[ppl-ai-file-upload.s3.amazonaws]

    « On accorde bien qu’il est bon de montrer le mal, mais non dans toute sa gravité. On ne veut le considérer qu’à travers un voile pour s’épargner d’avoir à frémir. » — p. 5.[ppl-ai-file-upload.s3.amazonaws]

    « Par-dessus tout on doit aimer la vérité. » — p. 5.[ppl-ai-file-upload.s3.amazonaws]

    « Les vérités ne pouvant pas mourir et le monde en ayant toujours besoin, il faudra les répéter sans cesse. » — p. 6.[ppl-ai-file-upload.s3.amazonaws]

    « Il ne suffit pas de le dire, mais il faut le faire voir. Il est facile d’accuser ; il ne l’est pas autant de démontrer que l’accusation est fondée. » — p. 6.[ppl-ai-file-upload.s3.amazonaws]

    « Une des principales causes du modérantisme, c’est la crainte. […] On tait la vérité que l’on connaît, on la retient captive, on ne la défend pas quand elle est attaquée […] tout cela, parce qu’on a peur. » — p. 7.[ppl-ai-file-upload.s3.amazonaws]

    « Attendre pour proclamer la vérité le moment où elle sera partout accueillie avec amour et enthousiasme, serait attendre un moment qui n’arrivera jamais, la réduire à néant par conséquent. » — p. 8.[ppl-ai-file-upload.s3.amazonaws]

    « Nous sommes pour la vérité, il est vrai, mais à la condition de n’avoir rien du tout à souffrir pour elle. » — p. 9.[ppl-ai-file-upload.s3.amazonaws]

    « Pour ce qui est de la paix troublée, c’est une injustice criante que d’en rendre responsables les hérauts et les défenseurs de la vérité. » — p. 10.[ppl-ai-file-upload.s3.amazonaws]

    « La paix selon le monde n’est donc pas la paix véritable. » — p. 11.[ppl-ai-file-upload.s3.amazonaws]

    « Puisque Jésus-Christ a cru devoir persister à instruire un peuple mécréant et contredisant, nous […] devons incessamment proclamer la vérité, en dépit de n’importe quelles négations et quelles contradictions. » — p. 12.[ppl-ai-file-upload.s3.amazonaws]

    « Un regard de travers à rencontrer ! un mot de désapprobation, une légère critique à entendre ! voilà bien, en effet, ce que l’on range aujourd’hui dans la catégorie des inconvénients graves. »
    — p. 13.[ppl-ai-file-upload.s3.amazonaws]

    « Paix et charité, voilà ce qu’on répète à tout venant, sans savoir aucunement ce qu’il faut entendre par ces expressions. » — p. 14.[ppl-ai-file-upload.s3.amazonaws]

    « Il faut démasquer, quelle que soit la dignité dont ils sont revêtus, les hommes qui mettent en péril […] la sainte cause du bien et de la vérité. » — p. 15.[ppl-ai-file-upload.s3.amazonaws]

    « La tyrannie la plus raffinée est celle qui s’exerce par des moyens moraux et qui revêt extérieurement toutes les apparences de la légalité et même de l’amour du bien. »
    — p. 53.[ppl-ai-file-upload.s3.amazonaws]

    « Ils voient la vérité, mais, par entêtement, ils refusent de lui rendre hommage. […] Ils la repoussent parce qu’elle les subjugue. » — p. 53.[ppl-ai-file-upload.s3.amazonaws]

    « Ce n’est qu’indirectement d’ordinaire que les hommes de mauvaise foi et à parti pris combattent les vérités qu’ils n’aiment point. » — p. 56.[ppl-ai-file-upload.s3.amazonaws]

    « Sous prétexte de paix, d’union et de charité à conserver, ils demandent qu’on cesse d’agiter certaines questions et qu’on laisse au temps seul le soin de les résoudre. » — p. 56.[ppl-ai-file-upload.s3.amazonaws]

    « Concluons donc que la vérité n’a pas de plus redoutable ennemi que le parti pris. » — p. 59.[ppl-ai-file-upload.s3.amazonaws]

    « Pour que l’erreur se formule et se propage librement, il faut que la vérité cesse de s’affirmer, car la vérité tue l’erreur par ses affirmations. » — p. 59.[ppl-ai-file-upload.s3.amazonaws]

    « Sous le masque d’une vertu dont il n’est que l’infernale contrefaçon, [le modérantisme] travaille à rendre muets tous ceux que la vérité a droit de réclamer pour ses organes. » — p. 59-60.[ppl-ai-file-upload.s3.amazonaws]

    « Que fait-il alors pour obtenir que les quelques voix qu’il n’a pas réussi à comprimer ou à étouffer ne soient pas entendues ? Il s’applique à les discréditer. » — p. 60.[ppl-ai-file-upload.s3.amazonaws]

    « S’il fallait tenir compte d’une semblable raison, il n’y aurait jamais moyen de prêcher des vérités qui déplaisent. Où cela mènerait-il en dernière analyse ? Ni plus ni moins qu’à la négation de toute vérité. » — p. 60.[ppl-ai-file-upload.s3.amazonaws]

    « La forme ! la forme ! c’est beaucoup, c’est même tout aux yeux de certaines gens ; ils peuvent lui sacrifier et ils lui sacrifient réellement des biens infiniment plus précieux qu’elle. » — p. 61.[ppl-ai-file-upload.s3.amazonaws]

    « S’attaquer à la forme des écrits, c’est donc […] un moyen presque infaillible de forcer les vérités qui contrarient à dormir dans l’oubli ou dans le mépris. » — p. 62.[ppl-ai-file-upload.s3.amazonaws]

    « Le pâle, le languissant, l’incolore et l’insipide sont de l’essence des allures modérées. » — p. 62.[ppl-ai-file-upload.s3.amazonaws]

    « C’est bientôt fait que de qualifier un écrit d’exagéré, d’injurieux, de violent, de scandaleux, et de le discréditer en conséquence ; mais la tâche devient ardue quand il faut démontrer que ces qualifications ont leur raison d’être. » — p. 63.[ppl-ai-file-upload.s3.amazonaws]


     Simple laïc, sans fonction dans la hiérarchie, Louis Veuillot mit la puissance de L’Univers et une verve pamphlétaire redoutable au service de la cause dite ultramontaine. Soutenu sur le fond par Rome, mais plusieurs fois rappelé à la modération, il ne craignit pas de défier certains prélats français : il dénonça la « servitude gallicane », voulut faire « vomir le poison gallican » et réduisit les écrits de Mgr Dupanloup à un opus tumultuarium, ouvrage de « décadence, de hâte [et] de tumulte ».

    Dans Rome pendant le Concile, tome I, 1872 :

    « La forte école gallicane, depuis quelque temps si malheureuse, est menacée d’un nouveau désagrément. »
    — p. 121.

    « La servitude gallicane nous avait assoupis et comme empoisonnés. »

    « Nous avons pu à peu près vomir le poison gallican. »
    — p. 348.shs.hal

    Contre le père Gratry, adversaire de l’infaillibilité pontificale :

    « Vous laisserez-vous longtemps prendre à ces aboiements de faveur qui vous donnent une sérénade indigne de tout esprit distingué ? »

    « Ces virtuoses […] seront tout à l’heure les chiens de Jézabel. »
    — p. 337.shs.hal+1

    Contre Mgr Dupanloup :

    « Il est outillé de cinq ou six journaux, il commande une bande de journalistes, et tout cela ne chôme point tandis qu’il besogne en brochures. »
    — p. 374.

    « Je laisse le Père du Concile et je n’aborde que l’Académicien. C’est à l’Académicien que j’en veux. »
    — p. 375.

    « Tel est l’opus tumultuarium, et tels sont les écrits de Mgr Dupanloup. Ils se ressentent de la décadence, de la hâte, du tumulte. Ils sont composés sans art, de pièces et de morceaux vulgaires, de lieux communs. »

    — p. 377.gallica.bnf+1

    « Onze pages de semblable entrée en matière […] c’est beaucoup trop au point de vue épiscopal. »

    « On est ennuyé, voilà le mot. »
    — p. 381-382.

    « Faut-il inscrire le nom de Mgr Dupanloup dans le martyrologe du Concile, et, autour de ce nom retentissant, les nôtres, en forme d’instruments de torture ? »
    — p. 201.


    « Je connais tes œuvres : tu n’es ni froid ni chaud. Plût à Dieu que tu fusses froid ou chaud ! Aussi, parce que tu es tiède et que tu n’es ni froid ni chaud, je vais te vomir de ma bouche. »

    • Saint Jean l’Évangéliste, L’Apocalypse (III, 15-16, trad. Abbé Auguste Crampon, 1923).

    « Ne pensez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre ; je suis venu apporter, non la paix, mais le glaive. »

    • Saint Matthieu, Évangile selon saint Matthieu (X, 34, trad. Abbé Auguste Crampon, 1923).

    Σ 𝔓lan d’attaque

    En garde, messieurs les embaumeurs du combat : voici les trois reprises par lesquelles nous allons décaper votre vernis de fausse prudence.

    Sommaire

    Ⅰ. 🧭 L’anatomie du pisse-froid : des chapelles glacées au lazaret du compromis

    Ⅱ. ⚔️ Le scalpel de l’abbé Pelletier : les huit ulcères de la fausse modération

    Ⅲ. 🛡️ De Louis Veuillot au Père Gabriel Lavery : les lois d’airain de la polémique catholique

    Chronique d’une tiédeur climatisée à l’usage des âmes enrhumées

    Ⅰ. 🧭 L’anatomie du pisse-froid : des chapelles glacées au lazaret du compromis

    Il faut l’avouer sans ambages : nos milieux dits conservateurs sont devenus un tantinet pisse-froid. Qu’un honnête homme se montrât pisse-froid par accident, au sortir d’une fièvre quarte ou d’une digestion laborieuse, cela passerait encore ; mais lorsque la congélation de l’esprit s’érige en règle de vie immuable, force nous est de soupirer, Deo gratias, que nous n’appartenons point à cette confrérie du glaçon perpétuel. Ou alors, peut-être — et nous formulons cette hypothèse clinique sans la moindre animadversion ni rivalité — ne serait-ce point là une simple humeur atrabilaire, mais bel et bien la maladie doctrinale du modérantisme ?

    Être catholique romain, héritier de la vigueur gréco-latine et de la sapience chrétienne, ne consiste nullement à s’ennuyer comme un rat mort au fond d’un bénitier. Qui parcourt en ces temps certaines chapelles froides des Yvelines jusqu’en Bretagne — que l’on ne côtoie guère sans un secret déplaisir — y découvre pourtant une liturgie de l’amidon où le respect humain tient lieu de don de force. On y chuchote à pas feutrés, on s’y épie du coin de l’œil, on s’y drape dans une gravité de notaire en deuil, tandis que les canaux cléricaux à sens unique, drapés sous d’augustes bannières latines, se gardent bien d’ouvrir le moindre espace d’échange franc où la verve des laïcs pût bousculer la torpeur des clercs.

    Pis encore : lorsque la jeunesse cherche ailleurs un souffle de combat, on lui offre parfois des rassemblements militants qui, d’année en année, évoquent moins la phalange espagnols que les pavillons de l’hôpital Sainte-Anne. Entre le délire excentrique des uns et la catalepsie bourgeoise des autres, l’athlète de la foi cherche en vain l’équilibre supérieur de l’ordo classique. Qu’un esprit libre ose allier la santé du corps, l’ironie mordante et l’intransigeance doctrinale, et voilà le premier traditionaliste rallié venu qui se signe d’effroi ! Car le constat sédé-vacant épouvante davantage nos conservateurs de salon que toutes les abominations du Vatican occupé : il dérange leur statu quo, trouble leurs digestions dominicales et fissure leur chère théologie de l’esquive.

    Quand bien même le ciel s’écroulerait sur l’autel, nos tièdes réclameraient avant toute chose que l’on baissât d’un ton. Ils oublient la terrible sentence fulminée dans la Vulgate par le Verbe incarné contre l’évêque de Laodicée : « Sed quia tepidus es, et nec frigidus, nec calidus, incipiam te evomere ex ore meo. » Notre-Seigneur ne vomit point le bouillant, et Il laisse au froid une chance de conversion ; mais le tiède, cet être hybride qui prétend servir deux maîtres en ménageant la chèvre apostolique et le chou mondain, soulève le dégoût même de Dieu.

    Ⅱ. ⚔️ Le scalpel de l’abbé Pelletier : les huit ulcères de la fausse modération

    Pour disséquer cette pathologie avec la rigueur qu’il sied, il nous échoit de rouvrir un chef-d’œuvre oublié de la littérature contre-révolutionnaire : Du modérantisme ou De la fausse modération, publié à Montréal en 1873 par l’abbé Alexis Pelletier sous le pseudonyme de « Luigi ». Dès ses premières pages, ce prêtre au verbe d’acier posait la distinction cardinale qui foudroie toutes les arguties de cuistres : la vraie modération est une vertu morale qui maintient l’homme dans de justes limites, mais comme les vérités dogmatiques et morales doivent toujours habiter notre intelligence, nous ne saurions jamais pécher par excès en les proclamant sans relâche. À rebours de cette vertu, le modérantisme n’est qu’une contrefaçon infernale et un travestissement du libéralisme, conçu pour bâillonner les sentinelles de l’orthodoxie.

    Le combat chrétien, enseignait notre auteur, exige l’abnégation intégrale — « vouloir n’être rien » — et le mépris du confort personnel, car la première charité est l’amour exclusif de la vérité, devant laquelle tout intérêt particulier doit plier. Or, dans un siècle gangrené par la concupiscence et l’orgueil de la vie, le modérantisme puise sa sève frelatée dans huit causes secondes que l’abbé Pelletier passe au fil du rasoir. La première est la crainte : par terreur des colères du monde, on retient la vérité captive en prétextant attendre des circonstances favorables qui n’arriveront jamais, confondant la paix véritable — qui est le repos dans l’ordre — avec la fausse paix mondaine que Jésus-Christ est venu briser par le glaive.

    Viennent ensuite la lâcheté et l’indifférence : nos bourgeois applaudissent la vérité tant qu’elle demeure un spectacle sans péril, mais désertent dès qu’il faut souffrir pour elle, oubliant que le Pape Pie IX, saint Grégoire de Nazianze, saint François de Sales, Mgr Parisis et Mgr Bourget commandent de « crier au loup » et de démasquer les séducteurs sans respect humain. À cette lâcheté s’ajoutent l’ignorance — née à la fin du XVᵉ siècle lorsque la Renaissance abandonna les fortes études chrétiennes au profit des lettres païennes, amollissant les caractères au point de traiter les luttes dogmatiques de « querelles d’Allemands » — et les préjugés d’esprits paresseux qui qualifient de « nouvelle » la doctrine orthodoxe qu’ils ignoraient.

    Le tableau s’achève par le quadrige de l’orgueil, de l’égoïsme, de l’intrigue politique et du parti pris. L’orgueilleux s’imagine créer la vérité au lieu de la recevoir et cherche un moyen terme conciliant entre la lumière et les ténèbres, alors que l’Église ne concilie jamais mais pacifie en tranchant. L’égoïste, ayant substitué la jouissance matérielle (Fruamur bonis quæ sunt) à l’esprit de sacrifice de l’époque médiévale (Quærite primum regnum Dei), détourne le principe théologique du gravi incommodo : à ses yeux, un simple regard de travers, une légère critique ou la perte d’une faveur mondaine constituent un « inconvénient grave » le dispensant de défendre la foi ! Quant aux politiciens du régime constitutionnel et aux âmes de parti pris, ils entretiennent des « journaux à gages » pour exercer un véritable « despotisme russe » contre les plumes catholiques, réitérant l’obstination de Lucifer, des Pharisiens ou de l’hérésiarque Eutychès protégé par la fausse modération violente de Dioscore.

    Ⅲ. 🛡️ De Louis Veuillot au Père Gabriel Lavery : les lois d’airain de la polémique catholique

    Lorsqu’il échoue à étouffer les défenseurs de la foi par le silence, le modérantisme change de batterie et s’emploie à les discréditer en s’attaquant à leur style. « La forme ! la forme ! c’est beaucoup, c’est même tout aux yeux de certaines gens ; ils peuvent lui sacrifier et ils lui sacrifient réellement des biens infiniment plus précieux qu’elle », écrivait l’abbé Pelletier avec une ironie cinglante. Héritière du sensualisme de la Renaissance, cette idolâtrie de la forme décrète que « le pâle, le languissant, l’incolore et l’insipide sont de l’essence des allures modérées ». Dès qu’un écrivain catholique manie une plume vigoureuse, nos pharisiens de sacristie se mettent à se gendarmer en hurlant à l’exagération, à l’injure, à la violence et au scandale.

    Or, qu’est-ce qu’exagérer, sinon affirmer ce qui n’est point ? Dire la vérité intégralement n’est jamais exagérer, et qualifier par leur vrai nom des actes publics qui ruinent le bien commun n’est nullement une injure, mais une exacte photographie de la réalité. Quant au scandale, nos censeurs confondent sciemment « donner du scandale » — ce que font les lâches par leur silence complice — et « être l’occasion de scandale », comme le fut le Bon Dieu Lui-même devant la synagogue hypocrite. C’est au nom de ce même pharisaïsme que les prélats gallicans du XIXᵉ siècle interdirent la lecture du journal L’Univers lors de la querelle sur les classiques païens, méprisant les brefs élogieux du Pape Pie IX envers Mgr Gaume et Louis Veuillot, tout comme certains évêques persécutèrent les prêtres fidèles à l’infaillibilité pontificale lors du concile du Vatican ou étouffèrent le Syllabus sous prétexte d’inopportunité.

    Mais Louis Veuillot, véritable pugiliste lettré et simple laïc appuyé sur le roc romain, ne baissa jamais les yeux devant les mitres complaisantes. Sans familiarité vulgaire mais avec une véhémence souveraine, il tourna radicalement en dérision ces « Mgr Gallicanix » de cour et de chancellerie, prouvant par l’exemple que la charité autorise l’indignation et le ridicule pour abattre ou guérir l’adversaire, et qu’un publiciste catholique a le droit de censurer les écrits erronés sans empiéter sur la juridiction épiscopale. Suivant la doctrine du jésuite Montrouzier, de la constitution Sollicita du Pape Benoît XIV et des allocutions du Pape Pie IX, seules demeurent libres les opinions qui ne heurtent ni une définition de l’Église, ni un jugement apostolique, ni l’enseignement unanime des Pères et des docteurs.

    De plus, loin de ménager les coupables titrés, la loi de la controverse catholique ordonne de frapper l’erreur avec d’autant plus de rigueur que ses partisans occupent un rang élevé dans la hiérarchie ou jouissent d’une réputation de science et de vertu, car leur autorité même aggrave le péril de séduction pour les fidèles (Ecclesiæ bono et fidelium utilitati consulere). Si la bienveillance de la clause Donec corrigatur s’applique au frère égaré de bonne foi, l’hétérodoxe obstiné relève de l’axiome Semel malus, semper malus. Voilà pourquoi, en nos jours d’apostasie, lorsque Père Gabriel Lavery rappelle avec une verve cassant et une logique d’airain la nullité des faux pasteurs modernistes et l’autorité exclusive des vrais évêques catholiques, ceux qui se sentent visés poussent des cris d’orfraie. Ils voudraient que l’écrivain et le prêtre fussent les disciples dociles de l’opinion, alors qu’ils ont reçu mission d’en être les maîtres.

    Quand le Père Lavery de la CMRI terrasse Cassiciacum, juin 2025

    ☩ ℭoup de grâce

    Gong ultime sur la mâchoire de cristal des modérantistes !

    Que nos pisse-froid de France et de Navarre et d’ailleurs retournent donc à leurs tisanes tièdes et à leurs génuflexions devant le monde : la vérité catholique n’a que faire des avocats honteux qui ne la défendent qu’à la condition expresse de n’avoir rien à souffrir pour elle. Tant que l’erreur tiendra le haut du pavé, nous continuerons de l’affronter à visage découvert, persuadés avec l’abbé Pelletier que « la vérité tue l’erreur par ses affirmations » et que la véritable indulgence chrétienne est due non point aux loups déguisés en bergers, mais aux soldats qui montent quotidiennement sur la brèche.

    Foudre scripturale et retour au vestiaire pour les marchands de sommeil : entre le feu dévorant du Christ-Roi et le marécage du libéralisme poli, il n’existe nul tiers parti. Que ceux qui redoutent le sifflement du glaive et le sel de la satire se bouchent les oreilles ; pour notre part, à l’école de Louis Veuillot, de l’abbé Pelletier et des évêques intègres qui refusent toute compromission avec le Vatican moderniste, nous ne déposerons la plume que lorsque l’ordre divin aura intégralement recouvré ses droits.

    À savoir

    • Le modérantisme, théorisé et réfuté dès 1873 par l’abbé Alexis Pelletier (« Luigi »), n’est point la vertu morale de modération, mais une forme déguisée du libéralisme visant à réduire au silence les défenseurs de l’orthodoxie.

    • S’appuyant sur la constitution Sollicita du Pape Benoît XIV et les brefs du Pape Pie IX, la théologie catholique reconnaît aux écrivains laïcs — à l’instar de Louis Veuillot — le devoir de combattre publiquement l’erreur, même lorsqu’elle émane de dignitaires ecclésiastiques (Ecclesiæ bono et fidelium utilitati consulere).

    • L’invocation fallacieuse de la « paix », de la « charité » ou de la « forme » pour taire les vérités dogmatiques qui déplaisent procède de la crainte mondaine et de l’égoïsme, que Notre-Seigneur condamne sous le nom de tiédeur (Apocalypse III, 16).

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    📚 Pour approfondir

    • Abbé Alexis Pelletier (« Luigi »), Du modérantisme ou De la fausse modération, Imprimerie « Le Franc-Parleur », Montréal, 1873.

    • Louis Veuillot, L’Illusion libérale, Palmé, Paris, 1866.

    • Abbé Auguste Crampon, La Sainte Bible traduite d’après les textes originaux, Société de Saint-Jean l’Évangéliste, Desclée et Cie, Tournai, 1923.

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