• Débusquage du mythe des origines juives de Christophe Colomb — Aryan France



    Réhabilitation de Colomb & démolissage de colons en action ; 0% casher, 100% aryo-chrétien !

  • ☩ Crépuscule d’avant-dire

    Nous nous alarmons des assauts du gauchisme — dont le wokisme est la plus horrifique modalité dans toute sa recrudescence — pour saccager notre Histoire, la noyant, avec une effronterie météorique, dans l’amnésie des gouffres ; ce néant dont ces raclures émanent, mais d’où ils espèrent y faire interner, à leur place, nos rayonnantes dépouilles.

    À l’inverse, nul ne s’est jamais soucié des miasmes de demeurés conspirationnistes, dont la perniciosité pèse d’un orage égal en la matière, mais d’autant plus feutrée puisqu’ils s’emploient à subvertir ce passé sous l’alibi commode d’une illusoire officine de « réinformation » — en fait, de désinformation inversée en miroir des médias traditionnels qu’ils décrient —, prétendant éclairer de leurs torches sépulcrales les lanternes du cheptel, ignorant superbement qu’ils ne font que bêler à l’unisson au cœur de cette masse grégaire qu’ils croient fuir — ainsi qu’en témoignent ces torrents de mensonges qu’ils s’inculquent en chœur, obstinément sourds à toute contradiction qui risquerait d’ébranler leur douillet dogmatisme — et qu’ils s’avisent d’aiguiller, munis indûment de la verge du pâtre — qu’ils devraient au demeurant retourner s’enfoncer dans leur postérieur dilaté !

    Pour ces esprits chétifs et recrus d’obsessions, qui flairent les recoins de l’homme déprépucé, armé facialement d’un tarin crochu, derrière chaque pli de la chronique humaine, le hasard est banni prématurément de la trame, et le moindre grain de sable fortuit se trouve ourdi par quelque ténébreuse machination hébraïque pour orchestrer la marche des peuples, tandis que les plus infimes zones d’ombre de la lignée des grands hommes servent d’onction mystique à leur bric-à-brac histrionesque.

    De là, Christophe Colomb, qui montra une visibilité modeste vis-à-vis de ses antécédents et conduisit ses investigations dans le contexte de l’Inquisition — ce qui ne prouve rien pour un esprit sain, mais tout pour une cervelle en compote confondant la précédence avec la causalité —, se trouve badigeonné du noir vernis du marranisme.

    D’autres, avant ou après lui, en ont déjà fait les frais : dans leur cour des miracles, figurent Achille de Troie, Charlemagne, Laurent de Médicis, Cervantès, jusqu’à oser l’incongruité suprême d’y fourrer Adolf Hitler (!). Ces micro-censeurs en chambre, frappés de démence, sont bien loin de soupçonner l’involontaire et splendide hommage qu’ils rendent au judaïsme, en lui attribuant la régie souveraine d’un si somptueux panthéon.

    Surtout que ces divertissements de l’esprit, avant d’être fétichisés par ces lourdauds de l’occulte, ont souvent éclos sous le calame de Juifs eux-mêmes. Quelle paradoxale idolâtrie ! À force de les adouber comme divinités spectrales et de leur prêter une toute-puissance apocalyptique, les conspirationnistes finissent par commettre le plus grand des sacrilèges : prêter l’éclat de figures grandioses — couronnement même de l’âme européenne — à une insipide peuplade sans racines, stérile de tout génie spéculatif, artistique ou scientifique, dévorée par la seule braise d’une haine bimillénaire, et dont les phares reconnus n’ont été que d’impudents plagiaires (Albert Einstein, Sigmund Freud, Karl Marx).

    Qu’il me soit donné de souligner que je décline toute paternité sur les données qui vont suivre, pour n’en revendiquer que la traduction et la condensation seulement. Le maître d’œuvre des lignes ci-dessous se révèle un brave académicien anglo-saxon, baigné dans les eaux du révisionnisme, qui a coulé une cathédrale de métal lourd dans son labeur de déjudaïsation des esprits — y compris contre les complotistes, perpétuels idiots utiles devant l’Éternel —, sur une kyrielle de sujets, et pas seulement au niveau de la Seconde Guerre mondiale, quoique ce champ d’étude figurât, en toute rigueur, au nombre de ses prédilections intellectuelles. Accrochez vos ceintures, chers lecteurs, car les conclusions sont sans appel et décapent autant qu’un nettoyage d’automne au Flammenwerfer !

    Première estafilade sans bavure, et de surcroît mortelle : notre explorateur décrivait l’éviction des Israélites et son incursion inaugurale comme deux chapitres d’un même apostolat :

    « Vos Altesses, comme princes catholiques et chrétiens, amoureux et zélés de l’exaltation de la foi chrétienne, et ennemis de la secte de Mahomet et de toutes idolâtries et hérésies, résolûtes de m’envoyer, moi, Christophe Colomb, auxdites contrées des Indes […] pour voir lesdits princes et les peuples et territoires, et la manière dont on pourrait parvenir à leur conversion à notre sainte foi ; et ordonnèrent que je n’allasse pas par terre vers l’Orient, comme cela est d’usage, mais par la voie de l’Occident, par laquelle jusqu’à ce jour nous ne savons pas avec certitude que quelqu’un soit passé. Après avoir chassé tous les Juifs de tous vos royaumes et seigneuries, en ce même mois de janvier, Vos Altesses m’ordonnèrent que je fisse partir avec une flotte suffisante pour lesdites contrées des Indes. »
    — Christophe Colomb, dans sa lettre du 4 août 1492 à Ferdinand d’Aragon et Isabelle de Castille

    Sommaire :
    I. Autopsie d'une légende généalogique
    II. De la coïncidence à la conjuration
    III. Une fantasmatique judéité par procuration
    IV. Le syllogisme des caravelles
    V. Une cryptographie de papier mâché
    VI. Le néant en éprouvette
    

    I. Autopsie d’une légende généalogique

    On avance depuis longtemps que Christophe Colomb était d’origine juive (cf. : John Cummins, The Voyage of Christopher Columbus: Columbus’ Own Journal of Discovery, 1ᵉ édition, Weidenfeld and Nicolson: London, 1992, p.19) et l’un des défenseurs les plus célèbres de cette thèse au fil des ans n’est autre que Simon Wiesenthal. Ce dernier affirme, dans la page de garde de son ouvrage de 1989 intitulé Justice, not Vengeance, qu’il tente de prouver que Colomb était juif. Wiesenthal n’est bien-sûr pas le premier à tenter de défendre cette thèse, mais il en est probablement le plus célèbre.

    Il est intéressant de noter que l’idée selon laquelle Colomb aurait été autre chose qu’un Goy génois est une conception relativement récente, datant des XVIIIe et XIXᵉ siècles (cf. : Paolo Emilo Taviani, Christopher Columbus: The Grand Design, 3ᵉ édition, Orbis: London, 1985, p.21). Les affirmations les plus courantes sont que Colomb était espagnol et/ou juif, mais d’autres hypothèses, nombreuses et variées, existent, comme par exemple celle avancée en 1991 selon laquelle il aurait été un prince norvégien.

    Toutes ces affirmations ont bien-sûr été formulées à une époque où Christophe Colomb était considéré comme une figure mondiale majeure ayant apporté une contribution précieuse à l’humanité. Ce n’est malheureusement plus le cas aujourd’hui, puisqu’il est perçu, de manière plutôt injuste, comme le destructeur de la culture « indigène » des Amériques et l’auteur d’un génocide.

    Naturellement, certains membres du camp antisémite se sont empressés de prendre le train en marche de la gauche anti-colombiste et ont proclamé que Colomb était juif et responsable d’un génocide, etc., ad nauseam.

    Comme on pouvait s’y attendre, on observe peu de tentatives d’analyse de la littérature et aucun intérêt apparent pour l’examen des sources étayant les affirmations selon lesquelles Christophe Colomb était juif. Au lieu de cela, on nous dit que Christophe Colomb était juif, simplement parce que des juifs l’affirment. C’est un peu comme dire que Karl Marx était un chrétien protestant et non un juif, simplement parce que des universitaires juifs comme Jacob Kovalio affirment qu’il l’était (cf. : Jacob Kovalio, The Russian Protocols of Zion in Japan: Yudayaka/Jewish Peril Propaganda and Debates in the 1920s, 1ᵉ édition, Peter Lang: New York, 2009 p.32).

    Afin d’examiner l’affirmation selon laquelle Christophe Colomb était juif, examinons simplement les faits. Tout d’abord, il est utile de rappeler que « Christophe Colomb » n’est qu’une version francisée du nom du Génois Cristoforo Colombo (cf. : Michael Anthony, The Golden Quest: The Four Voyages of Christopher Columbus, 1ᵉ édition, MacMillan: Basingstoke, 1992, p.5).

    Le père de Colomb s’appelait Domenico Colombo. Domenico était né en 1418 dans le village de Quinto, à cinq miles à l’est de Gênes. Lui et son frère Antonio étaient les fils de Giovanni Colombo, tisserand et marchand de laine de métier, originaire du village rural de Moconesi, dans l’est de la Ligurie. Il n’y a aucune raison de soupçonner que Giovanni Colombo ait été autre chose qu’un paysan ligure ambitieux puisque, comme le souligne à juste titre Paolo Taviani, à cette époque, les Juifs ne résidaient qu’en Italie dans les villes et les grandes agglomérations.

    Nous ne savons pas qui était l’épouse de Giovanni ni la mère de Domenico, mais nous savons que Giovanni, son frère Luca et son père (l’arrière-grand-père de Colomb) étaient catholiques et avaient été baptisés à la naissance, étant donné qu’ils possédaient des terres en leur nom propre (ce que les Juifs ne pouvaient pas faire) et qu’ils vivaient dans des zones rurales (ce que les Juifs faisaient très rarement).

    Domenico, à l’instar de son père, était un homme d’affaires ambitieux et fut placé en apprentissage chez un autre tisserand à Gênes, en vertu d’un contrat d’apprentissage rédigé par le notaire Quirico d’Albenga, dans le quartier de Santo Stefano à Gênes, le 21 février 1429. C’est tout naturellement qu’il embrassa ce métier et devint tisserand et marchand de laine, tout comme son père. Son frère Antonio se lança lui aussi dans le commerce de la laine et les deux frères collaboraient souvent dans leurs affaires. Le caractère providentiel des agissements de Domenico dépend de la question de savoir si l’on croit ou non que le gardien de la porte de la ville de Gênes entre 1447 et 1450/1451 était le père de Christophe Colomb.

    Fernandez-Armesto affirme que cela est peu probable, car Christophe Colomb (un arriviste incorrigible qui prétendait souvent descendre d’un amiral inexistant) n’a jamais, à notre connaissance, occupé ni mentionné une telle fonction (cf. : Felipe Fernandez-Armesto, Columbus, 1ᵉ édition, Oxford University Press: New York, p.2). Il soutient donc que Domenico était probablement en faillite dès 1473, mais cette hypothèse repose sur l’idée que la raison pour laquelle Domenico vendait le terrain qu’il avait acquis dans le cadre de la dot de son épouse Susanna était qu’il était lourdement endetté à la suite d’opérations commerciales imprudentes.

    Nous ne pouvons raisonnablement l’affirmer, car nous ignorons tout simplement pourquoi Domenico vendait ce terrain. C’était peut-être parce qu’il connaissait des difficultés financières, mais cela aurait tout aussi bien pu être parce qu’il souhaitait liquider ce bien immobilier afin, par exemple, d’investir dans son entreprise. Cela aurait du sens, étant donné que Domenico avait alors développé son activité en se lançant dans l’exploitation d’une taverne à Savone.

    Taviani, en revanche, affirme que Domenico a prospéré dans les affaires en s’appuyant sur le fait que le père de Colomb était gardien de la porte de la ville de Gênes de 1447 à 1450/1451 ; Cummins ajoute à cela la preuve qu’il était maître tisserand de Gênes en 1470. Cela semble effectivement indiquer que Domenico a prospéré, tout comme le fait que ses fils Cristoforo et Bartolomeo aient tous deux été accueillis à la cour d’Espagne, sans compter le mariage de sa fille Bianchinetta avec un éminent fromager génois.

    En d’autres termes, il est extrêmement improbable que Domenico ait été un marrane ou un juif converti au christianisme, car il faisait partie de la classe politique génoise, possédait des terres en son nom propre (à l’instar de son père et de son grand-père avant lui) et, pas une seule fois au cours des cinquante-quatre années couvertes par les documents (du 21 février 1429 au 27 janvier 1483), nous ne trouvons aucune référence, ni aucune raison de soupçonner Domenico d’être autre chose qu’un tisserand/marchand de laine génois catholique.

    En ce qui concerne la mère de Colomb, Susanna Fontanarossa, on constate qu’elle était la fille d’un tisserand de laine originaire d’un village de la vallée du Bisagno. Nous ne savons pas grand-chose d’elle, si ce n’est que son père, tisserand, s’appelait Jacopo. Compte tenu de leurs deux prénoms tirés de l’Ancien Testament, comme le souligne Taviani, si l’on devait situer une origine juive dans l’arbre généalogique de Christophe Colomb, celle-ci devrait se situer du côté maternel, d’après les preuves (ou plutôt l’absence de preuves).

    Cela dit, la même objection fondamentale à toute suggestion d’origine juive s’applique néanmoins, dans la mesure où Jacopo et Susanna Fontanarossa étaient originaires d’un village rural et possédaient des terres en leur nom propre (ce que nous savons car Domenico a par la suite vendu une partie de ces terres qui lui avaient été transférées à titre de dot matrimoniale). Cela rend tout simplement très improbable que Jacopo et Susanna aient pu être juifs.

    Il convient également de souligner que les partisans de la thèse d’un Colomb juif ne soutiennent pas que la famille Fontanarossa était juive, mais plutôt que la famille Colombo l’était. De plus, les références à sa prétendue origine juive n’apparaissent que deux siècles après sa mort et ses contemporains n’ont jamais fait mention d’aucun murmure ou de rumeur à ce sujet.

    Dans son ouvrage encyclopédique Christophe Colomb : Le Grand Dessein, Taviani explique que les partisans de la théorie selon laquelle « Colomb était juif » « avancent des déductions, certaines intéressantes, d’autres peu convaincantes, pour étayer [leur] thèse : mais aucune preuve ».

    Pour ainsi parler, l’idée selon laquelle Colomb aurait été autre chose que ce qu’il a toujours dit être, à savoir le fils d’un tisserand et marchand de laine génois, n’est que le fruit d’une imagination plutôt sinistre.

    II. De la coïncidence à la conjuration

    L’un des arguments les plus rhétoriques avancés pour étayer l’origine juive de Christophe Colomb est le lien présumé entre la date de son départ pour sa première expédition, le 3 août 1492, et la date d’entrée en vigueur du décret de l’Alhambra promulgué par le roi Ferdinand et la reine Isabelle (qui prévoyait l’expulsion totale de tous les Juifs non-convertis de leurs terres). On affirme souvent que la date d’entrée en vigueur du décret de l’Alhambra est le 2 août 1492.

    Je pense que cette affirmation trouve son origine dans l’ouvrage de Meyer Kayserling publié en 1894, intitulé Christophe Colomb et la participation des Juifs aux grandes découvertes espagnoles et portugaises, qui suggère que la raison pour laquelle « il y avait tant de Juifs dans l’expédition de Colomb » — ce qui, comme je le démontre (dans la partie concernant l’expédition), relève presque entièrement du mythe — tient au fait que Colomb a pris la mer à peu près au moment où le décret de l’Alhambra est entré en vigueur.

    Le problème est qu’il n’y avait qu’un seul Juif à bord des expéditions de Colomb auquel cela aurait pu s’appliquer : l’un des médecins de l’expédition, Maître Bernal, et personne d’autre.

    Kayersling lui-même précise toutefois très clairement que le décret de l’Alhambra n’avait absolument rien à voir avec la date de départ de la première expédition de Christophe Colomb, car il concernait en réalité le désaccord persistant entre ce dernier et le roi Ferdinand d’Aragon quant aux conditions juridiques de son voyage s’il venait à réussir.

    Il écrit :

    « Le 30 avril, jour même où l’expulsion des Juifs fut annoncée publiquement partout, Colomb reçut l’ordre d’armer une flotte pour son voyage vers les Indes, et, dans le même temps, il reçut le contrat qui avait été conclu le 17 avril à Santa Fe entre lui et Juan de Coloma, ce dernier agissant au nom des souverains espagnols. Ferdinand, qui s’était longtemps opposé avec vigueur à l’expédition, fut contraint de céder, grâce à la ténacité de Colomb, et dut accepter les exigences excessives de l’explorateur, qui avaient déjà entraîné à deux reprises l’interruption des négociations. Il lui accorda le titre d’amiral, avec tous ses privilèges, et le nomma vice-roi et gouverneur général de toutes les terres qu’il pourrait découvrir ou acquérir. Colomb ne se contentait pas de dignités et d’honneurs pour lui-même et ses descendants. Il souhaitait également tirer un profit matériel considérable de ses voyages. Le but principal de ses explorations était, en effet, de trouver de l’or, et dans une lettre adressée à la reine, il déclara sans détour que cet or pourrait même servir à purifier les âmes des hommes et à leur garantir l’accès au Paradis. Il stipula ainsi qu’il devait recevoir un dixième de toutes les perles, pierres précieuses, or, argent, épices et autres marchandises — en somme, un dixième de tout ce qui serait trouvé, acheté, échangé ou obtenu de quelque manière que ce soit dans les terres nouvellement découvertes ; il devait également recevoir un huitième supplémentaire des bénéfices de la présente entreprise et de toutes les entreprises similaires menées à l’avenir, à condition qu’il contribue à hauteur d’un huitième des dépenses. Colomb se mit alors à préparer son voyage. Il se rendit de Grenade directement au petit port de Palos, auquel Ferdinand et son épouse avaient ordonné, en raison d’une faute quelconque, d’armer deux caravelles dans un délai de dix jours. Là, il s’assura rapidement, pour son entreprise, les services des riches frères Pinzón, qui jouissaient d’une très grande réputation parmi les navigateurs. C’est également à Palos qu’il recruta ses marins et ses compagnons de voyage. »
    — Meyer Kayserling, Christopher Columbus and the Participation of the Jews in the Spanish and Portuguese Discoveries, 1ᵉ édition, pp.85-87

    Kayserling souligne ici que cette coïncidence temporelle est purement fortuite et n’a absolument aucun lien avec le décret de l’Alhambra. Simon Wiesenthal, dans son ouvrage de 1973 intitulé Les voiles de l’espoir : la mission secrète de Christophe Colomb, se livre cependant à ce que je ne peux qualifier que d’exercice de confusion lorsqu’il date l’entrée en vigueur du décret de l’Alhambra au 2 août 1492 au soir, mais comme la première expédition de Christophe Colomb a pris la mer le matin du 3 août 1492, Wiesenthal affirme alors que le fait que Colomb ait exigé que tous les marins « soient à bord » avant minuit le 2 août 1492 est lié à la « mise en application du décret de l’Alhambra ».

    Le problème ici est que Wiesenthal commet une erreur importante concernant la date qu’il donne pour le début de l’application du décret de l’Alhambra — probablement en se fondant sur l’erreur de Kayserling, qui situait le début de l’application du décret de l’Alhambra à la fin du 2 août 1492 ; mais comme Wiesenthal ne cite pas Kayserling sur ce point, je ne peux que supposer que c’est le cas —, ce sur quoi je reviendrai dans un instant, mais Wiesenthal crée également un mystère là où il n’y en a pas afin de construire un argument rhétorique.

    Exiger de ses marins qu’ils embarquent la veille au soir plutôt que le matin même du départ est une pratique tout aussi courante aujourd’hui qu’à l’époque. Il faut que les marins soient à bord au moment où l’on doit partir, surtout si — comme c’était le cas de Colomb — on dépend de la marée pour lever l’ancre ; or, Colomb a quitté Palos de la Frontera à marée descendante vers 8 heures du matin, le 3 août 1492. Ainsi, le fait que Colomb ait exigé que ses marins soient à bord avant minuit le 2 août 1492 n’a absolument rien à voir avec le décret de l’Alhambra, mais relève entièrement des pratiques nautiques courantes.

    Par ailleurs — comme nous l’avons déjà vu —, Kayserling indique que la date d’entrée en vigueur du décret de l’Alhambra de 1492 était le 2 août 1492 — ce que Wiesenthal a, selon moi, repris sans en citer la source —, mais cette affirmation est tout simplement erronée et relève plutôt de la légende urbaine.

    Le texte du décret de l’Alhambra l’indique très clairement, puisqu’il stipule :

    « Afin que lesdits Juifs et Juives puissent, pendant la période indiquée jusqu’à la fin dudit mois de juillet, mieux disposer d’eux-mêmes, de leurs biens et de leurs propriétés, nous les prenons et les recevons pour l’instant sous notre garantie, notre protection et notre sauvegarde royale, et nous leur garantissons, ainsi qu’à leurs biens, que pendant ladite période jusqu’au dernier jour dudit mois de juillet, ils pourront voyager en toute sécurité, qu’ils puissent acquérir, vendre, échanger et aliéner tous leurs biens mobiliers et immobiliers et en disposer librement et à leur gré, et que, pendant ladite période, nul ne leur fasse de mal, ni ne leur cause de préjudice, et qu’aucune injustice ne leur soit infligée, ni à leur personne ni à leurs biens, sous peine de sanctions qui s’appliquent à ceux qui enfreignent la protection royale. Et nous accordons également auxdits Juifs et Juives l’autorisation et la faculté d’exporter leurs biens et leurs propriétés hors de nosdits royaumes et seigneuries, par mer ou par terre, à condition qu’ils n’exportent pas d’or, d’argent, de monnaie frappée ou d’autres objets interdits par les lois de nos royaumes, à l’exception des marchandises et des objets qui ne sont pas interdits. »
    — Édit signé le 31 mars 1492 par Isabelle de Castille et Ferdinand d’Aragon

    Ainsi, le décret de l’Alhambra n’est pas entré en vigueur le 2 août 1492, mais bien le 31 juillet 1492. Certaines affirmations — sans fondement, pour autant que je puisse en juger — laissent entendre qu’un délai supplémentaire aurait été accordé à certains cas particuliers jusqu’au 10 août 1492, mais même cela indique clairement que le décret de l’Alhambra n’a rien à voir avec la date du départ de Christophe Colomb.

    Comme on pouvait s’y attendre, Wiesenthal passe sous silence l’autre problème, bien plus grave, que soulève son affirmation selon laquelle il existerait un lien entre le décret de l’Alhambra et la date du voyage de Christophe Colomb : lorsque Christophe Colomb et son expédition ont pris la mer depuis Palos de la Frontera le 3 août 1492, ce n’était pas la dernière fois qu’ils se trouvaient sur le sol espagnol et qu’ils étaient tenus de se conformer au décret de l’Alhambra.

    Wiesenthal passe cela sous silence, car cela invalide complètement sa hypothèse : en effet, Colomb a navigué de Palos de la Frontera vers Gran Canaria et San Sebastián de La Gomera, dans les îles Canaries — qui faisaient également partie des possessions espagnoles et étaient soumises au décret de l’Alhambra —, où il est arrivé le 9 août 1492, avant de repartir pour le véritable voyage de l’expédition le 6 septembre 1492.

    Si l’expédition de Christophe Colomb visait, d’une manière ou d’une autre, à lui permettre, à lui et/ou à son équipage, d’échapper au décret de l’Alhambra de 1492, il faut reconnaître qu’il s’y serait très mal pris, puisqu’il a mis le cap directement sur un autre territoire espagnol où lui et son équipage ont passé près d’un mois, ce qui prouve que si le décret de l’Alhambra avait posé problème, il les aurait touchés là-bas.

    La vérité est donc que, à moins que de nouvelles preuves substantielles ne soient présentées, le décret de l’Alhambra n’a absolument rien à voir avec le choix de Christophe Colomb de partir de Palos de la Frontera le 3 août ; tout tient plutôt à sa querelle avec le roi Ferdinand — qui prit fin avec les Capitulations de Santa Fe le 17 avril 1492 — ainsi qu’à la capacité de Christophe Colomb à réunir les navires et l’équipage nécessaires pour mener à bien cette expédition. C’est aussi simple que cela.

    III. Une fantasmatique judéité par procuration

    Un autre argument en faveur d’un « Colomb juif » que j’ai vu circuler au fil des ans concerne les relations de Colomb avec deux astronomes-mathématiciens juifs nommés Abraham Zacuto et Joseph Vecinho.

    La logique de cet argument est assez simple : Colomb « entretenait des liens étroits » avec des Juifs tels que Zacuto et son disciple Vecinho, et seul quelqu’un qui était lui-même (secrètement ou non) juif aurait pu agir ainsi.

    La source de cet argument ne réside en réalité pas dans la littérature consacrée à Christophe Colomb lui-même, mais plutôt dans une interprétation déformée de celle-ci ; en effet, bien que Zacuto et Vecinho soient souvent cités, personne n’a cherché à affirmer que les liens entre Christophe Colomb et ces deux personnages revêtaient une grande importance pour le navigateur, mais on a tenté de faire valoir qu’ils signifiaient que « les Juifs avaient contribué de manière significative à la découverte du Nouveau Monde par Christophe Colomb ».

    La principale source utilisée est en réalité le célèbre ouvrage du rabbin Meyer Keyserling publié en 1894, intitulé Christophe Colomb et la participation des Juifs aux grandes découvertes espagnoles et portugaises, dont les recherches ont été plagiées presque mot pour mot par Simon Wiesenthal dans son ouvrage tout aussi célèbre de 1973, Les voiles de l’espoir, qui défendait la thèse d’un « Colomb juif ». Cependant, ni Keyserling ni Wiesenthal ne vont jusqu’à affirmer que les liens entre Colomb et Zacuto et Vecinho s’expliquaient par le fait que « Colomb était juif ».

    Il faut bien comprendre que l’argument avancé par Wiesenthal est le suivant :

    « Le roi Jean II, petit-neveu d’Henri le Navigateur, fonda un institut scientifique dont la mission consistait notamment à jeter les bases des voyages de découverte. De nombreux mathématiciens, astronomes et cosmographes juifs faisaient partie de cet institut. Les problèmes auxquels ces scientifiques se sont attaqués se sont révélés d’une importance capitale pour la navigation de l’époque. Il fallait trouver les moyens de permettre aux navires, loin de toute côte, de maintenir le cap qu’ils s’étaient fixé. Sans une amélioration significative des instruments, sans une méthode permettant de cartographier la position du soleil au fil des saisons et, par-là même, de calculer la distance du navire par rapport à l’équateur, les voyages vers des mers inconnues étaient pratiquement impossibles. Joseph Vecinho, disciple d’Abraham Zacuto, Rodrigo, le médecin personnel du roi, le mathématicien Moïse et d’autres éminents savants juifs siégeaient au comité scientifique présidé par l’évêque Castelano de Zeuta. La découverte de la méthode permettant de déterminer la position d’un navire grâce à l’angle formé entre le soleil et l’horizon fut l’une des réalisations de cette communauté de savants. Au terme de nombreuses expérimentations, un groupe de scientifiques, parmi lesquels figuraient les savants juifs Abraham ibn Ezra, Jacob Carsoni et Don Profazius (Jacob ben Machir), réussit à perfectionner les instruments de navigation. Ce comité proposa également d’inviter au Portugal des capitaines de marine et des scientifiques expérimentés afin de mettre leurs connaissances au service du pays. Le roi approuva cette suggestion. Le gouvernement portugais avait très tôt reconnu l’importance de la cosmographie pour les futurs voyages de découverte. C’est ainsi qu’il avait invité non seulement Jehuda Cresques, mais aussi le célèbre astronome juif Abraham Zacuto à venir dans le pays. Colomb avait entretenu des contacts avérés avec ce scientifique. »
    — Simon Wiesenthal, Sails of Hope: The Secret Mission of Christopher Columbus, pp.147-148

    Il ressort de ce qui précède que la relation réelle (hypothétique) entre Colomb, Vecinho et Zacuto réside dans le fait que Vecinho et Zacuto ont fourni à Colomb un astrolabe et des cartes à jour, grâce à leur affiliation à l’institut scientifique d’Henri le Navigateur et à celle de Colomb à cette même institution.

    Le problème ici est que l’on sait que Colomb ne possédait qu’un seul ouvrage de Zacuto, à savoir son Almanach perpetuum de 1496 (cf. : Paolo Emilio Taviani, Christopher Columbus: The Grand Design, p.450), ce qui situe cet ouvrage lors du troisième voyage de Colomb vers les Amériques (1498 à 1500) et non lors de son premier (1492 à 1493) ni de son deuxième (1493 à 1496). Il s’agit des tables astronomiques de Zacuto, mais celles-ci constituaient une traduction latine réalisée par Vecinho et non l’œuvre originale en hébreu de Zacuto, Ha-Ḥibbur ha-gadol.

    Bien que Wiesenthal affirme que « Christophe Colomb a entretenu des contacts avérés avec ce scientifique (c’est-à-dire Zacuto) », il ne fournit aucune preuve concrète à l’appui de cette affirmation.

    Kayserling affirme simplement que Zacuto « connaissait » Colomb, car Colomb et Zacuto vivaient à Salamanque à la même époque et que Colomb avait acheté un ouvrage souvent attribué à Abraham ibn Ezra, intitulé De Nativitatibus, imprimé à Venise en 1485.

    Il écrit :

    « Zacuto a sans doute attiré l’attention de Colomb sur le De Nativitatibus pendant le séjour de ce dernier à Salamanque ; il en a acheté un exemplaire dans cette ville, selon une note de sa propre main, pour quarante et un maravedis. »
    — Meyer Kayserling, Christopher Columbus and the Participation of the Jews in the Spanish and Portuguese Discoveries, p.14

    Le problème est assez simple : il s’agit d’une hypothèse et non d’une preuve. Il est possible que Christophe Colomb et Zacuto se soient rencontrés à Salamanque, mais au-delà de cela, il n’existe absolument aucune preuve d’une relation significative entre eux.

    De plus, le fait que le seul exemplaire connu des tables astronomiques de Zacuto, traduites par Vecinho, qui se trouvait en possession de Christophe Colomb, date de 1496 et non d’avant cette date, implique — malgré les affirmations de Kayserling et de Wiesenthal — que les travaux de Vecinho et de Zacuto n’ont joué qu’un rôle minime, voire aucun, dans la découverte des Amériques par Christophe Colomb, bien qu’ils aient affirmé le contraire. En effet, nous savons que Colomb n’a prédit une éclipse lunaire à l’aide des tables astronomiques de Zacuto qu’en 1504 et, à ma connaissance, ces tables ne sont pas mentionnées avant cette date. (cf. : Djelal Kadir, Columbus and the Ends of the Earth: Europe’s Prophetic Rhetoric as Conquering Ideology, 1ᵉ édition, University of California Press: Oakland, 1992, p.67).

    Je tiens également à souligner que Taviani estime que Colomb aurait pu connaître Vecinho, puisqu’il l’identifie comme étant le « Maître José » mentionné par Colomb dans deux annotations ; toutefois, ce lien est loin d’être certain et on connaît plusieurs autres candidats potentiels pour ce « Maître José » (certains juifs, d’autres non).

    Cependant, comme on peut le constater, le « lien » entre Colomb, Vecinho et Zacuto est, au mieux, extrêmement ténu. De plus, une grande partie des « preuves » étayant ce lien a été déformée et/ou exagérée, si bien que — par exemple — on affirme couramment que Colomb aurait utilisé les tables astronomiques de Zacuto, telles que traduites par Vecinho, lors de ses voyages. C’est vrai, mais cela ne l’est — en ce qui concerne les preuves — que pour ses troisième et quatrième voyages vers les Amériques. Cela ne s’applique pas à ses premier et deuxième voyages vers les Amériques, ce sont d’ailleurs ces derniers que l’argumentation cherche réellement à associer à Zacuto et Vecinho, et non les dernières explorations de Colomb, plus célèbres mais moins prestigieuses.

    IV. Le syllogisme des caravelles

    L’un des arguments traditionnels souvent avancés pour soutenir l’hypothèse selon laquelle Christophe Colomb serait d’origine juive porte sur la raison pour laquelle Colomb aurait emmené des Juifs avec lui lors de son voyage d’exploration vers les Indes en 1492.

    Le problème, c’est que cette affirmation repose sur une profonde méconnaissance — délibérée ou non — de l’objectif du voyage de Christophe Colomb et du contexte dans lequel il s’inscrivait. En effet, l’objectif du voyage expéditionnaire de Christophe Colomb à travers l’Atlantique en 1492 n’était pas — comme on l’imagine souvent — de « découvrir de nouvelles terres », mais plutôt de trouver une route plus courte et moins périlleuse vers les Indes orientales (c’est-à-dire l’Inde et l’Asie en général), plutôt que la route maritime traditionnelle contournant la pointe de l’Afrique et le cap de Bonne-Espérance, ou la route terrestre encore plus ancienne longeant la Route de la Soie.

    C’est d’ailleurs pour cette raison que nous appelons les soi-disant « Amérindiens » des « Indiens » : à l’origine, Christophe Colomb pensait en effet qu’ils étaient des Indiens (plus précisément originaires de ce que nous appelons aujourd’hui l’État indien du Kerala) et qu’il avait débarqué aux Indes et non en Amérique.

    Alors, comment Colomb était-il censé communiquer avec les Indiens ou les Asiatiques qu’il pourrait rencontrer s’il réussissait ? Eh bien, il avait besoin de traducteurs, et quelles étaient les langues susceptibles d’être parlées d’après les connaissances courantes des Européens de l’époque ? L’arabe et l’hébreu. Et qui maîtrisait le plus souvent à la fois l’arabe et l’hébreu ? Les Juifs ou les Marranes.

    Comme l’a souligné PJ Grisar en 2018 :

    « Malgré toute l’importance qu’elles occupent dans l’imaginaire américain, la Niña, la Pinta et la Santa Maria ne semblent pas occuper une place majeure dans la trame de l’histoire juive américaine. Mais Christophe Colomb, un catholique italien fervent naviguant à la demande du roi et de la reine d’Espagne, était convaincu qu’à son arrivée en Asie, il rencontrerait les descendants des tribus perdues d’Israël. Et comme il s’attendait à rencontrer des personnes parlant l’arabe et l’hébreu, Colomb en avait emmené une avec lui. »
    — The Forward du 22 octobre 2022

    Menocal explique également que :

    « [Luis] Torres [né Yosef ben Ha Levy HaIvri] fut emmené avec eux pour parler la langue que Colomb pensait pouvoir faire comprendre là où il croyait se rendre : la lingua franca des Indes serait sans doute l’arabe, comme c’était le cas dans le reste du monde infidèle mais civilisé. »
    — Maria Rosa Menocal, The Ornament of the World: How Muslims, Jews, and Christians Created a Culture of Tolerance in Medieval Spain, 1ᵉ édition, Little, Brown and Company: New York, 2002, p.251

    Le fait est que Christophe Colomb pensait se rendre en Inde ou en Asie, où l’on parlait principalement l’arabe ; il existait également une autre possibilité, dont nous avons connaissance, selon laquelle Colomb pensait pouvoir rencontrer les « tribus perdues d’Israël » et avait donc besoin d’une personne parlant l’hébreu au cas où cela se produirait, afin de pouvoir communiquer avec elles.

    Parmi les cinq autres Juifs qui ont embarqué avec Colomb et dont nous avons connaissance, on y introduit Alonso de la Calle. La prétendue « judéité » de la Calle repose uniquement sur son nom de famille, qui signifie « de la rue » en espagnol et ne constitue en rien une preuve convaincante de judéité, puisqu’il s’agit d’un nom de famille juif courant dans le monde hispanophone (un peu comme « Newman » en anglais et « Neumann » en allemand ; cela pourrait être le cas, mais ce n’est généralement pas le cas). Cette affirmation repose sur une spéculation non étayée selon laquelle « de la Calle » serait lui-même dérivé de « La Calle de los Judíos » (littéralement « la rue des Juifs »), alors qu’il pourrait tout aussi bien provenir, par exemple, de « La Calle de la Virgen » (littéralement « la rue de la Vierge ») ou de « La Calle de Carniceros » (littéralement « la rue des bouchers »).

    Ce n’est qu’une affirmation absurde typique et, à ma connaissance, il n’existe aucune preuve qu’Alonso de la Calle ait réellement été juif ; il s’agit simplement d’une « idée reçue », cette affirmation trouvant elle-même son origine — pour autant que je sache – dans l’ouvrage de Meyer Kayserling — et rappelons que Kayserling était lui-même rabbin et propagandiste de la vision historique selon laquelle « les Juifs ont fait tout ce qu’il y avait de positif ».

    Vient ensuite Rodrigo Sánchez de Segovia, dont nous savons qu’il était juif car il était un parent du trésorier converso d’Aragon, Gabriel Sánchez, qui avait été l’un des principaux agents mandatés par la reine Isabelle et le roi Ferdinand pour collecter les fonds nécessaires au financement du voyage de Colomb et qui était le fils de Pedro Sánchez de Saragosse, lui-même fils de Juan Sánchez ; dont le nom d’origine était Isaac Alazar avant qu’il ne se convertisse au catholicisme romain entre 1390 et 1400 environ (cf. : Yitzhak Baer, A History of the Jews in Christian Spain’, vol. II, 1ᵉ édition, The Jewish Publication Society of America: Philadelphia, 1966, p.93).

    Or, si Sánchez de Segovia se trouvait à bord, ce n’était pas parce que Colomb le souhaitait, mais plutôt parce que la reine Isabelle avait exigé sa présence ; cela s’explique probablement par l’influence politique exercée par son parent Gabriel Sánchez pour faire participer ce dernier à une expédition aussi importante, ce qui, en toute honnêteté, est monnaie courante dans ce genre d’expéditions, tant par le passé qu’à l’heure actuelle (par exemple, John Hanning Speke qui s’était joint à Richard Francis Burton, futur sir, pour découvrir la source du Nil en Afrique en 1854).

    Le suivant n’est connu que sous le nom de « Marco » qui, tout comme Bernal, était lui aussi une sorte de médecin de bord — plus précisément un barbier-chirurgien, c’est-à-dire qu’il coupait les cheveux et, lorsque cela était nécessaire, pratiquait des interventions chirurgicales — et dont Keyserling affirme qu’il était juif, sans toutefois fournir la moindre preuve, puisqu’on nous dit simplement « qu’il était d’origine juive », sans plus.

    Je ne trouve absolument aucune raison justifiant l’affirmation de Keyserling selon laquelle Marco était « d’origine juive », car ceux qui avancent cette thèse citent invariablement Keyserling, or celui-ci ne cite aucun élément à l’appui d’une telle conclusion.

    Par conséquent, à moins que des preuves concrètes ne soient fournies, nous devons conclure que Marco n’était pas « d’origine juive » — ce qui doit nécessairement être notre position par défaut — et l’affirmation selon laquelle il l’était doit donc être écartée.

    Le prochain et dernier Juif qui aurait navigué avec Christophe Colomb, à notre connaissance, est Rodrigo de Triana, le marin qui fut le premier à apercevoir la terre. Le problème est que l’affirmation selon laquelle de Triana était juif est un mythe.

    Comme l’explique Keyserling :

    « Selon d’autres sources, c’est Rodrigo de Triana, un marin de la Pinta, qui fut le premier à s’écrier : « Terre ! ». Cette terre était l’île de Watling ou peut-être l’île d’Acklin ; les indigènes l’appelaient Guanahani. On nous dit que ce nom lui a été donné par les Juifs espagnols à bord de la Pinta, et on prétend même que « Guanahani » est dérivé de mots hébreux. Un professeur de langues orientales à Tacubaya, originaire de Mahón sur l’île de Minorque et qui compte Isaac Abravanel parmi ses ancêtres, affirme avoir été conduit à cette découverte étymologique par une ballade espagnole qu’il dit avoir reçue de Juifs espagnols en Barbarie. Selon cette ballade, parsemée de mots hébreux et arabes, dès que Rodrigo de Triana aperçut la terre, il prononça le petit mot hébreu « I, I » (« Île, île ») à l’un de ses compagnons juifs. Ce dernier lui demanda alors dans la même langue : « W’an-nah ? » (« Et où ? »). Sur quoi Triana répondit « Hen-I » (« Voilà l’île »). C’est ainsi qu’est né le nom « Uanaheni » ou « Guanahani ». Cette explication enfantine du monde ne mérite pas d’être prise au sérieux. Rodrigo de Triana n’était pas juif, il ne parlait pas non plus l’hébreu, et on sait que « Guanahani » est un mot d’origine amérindienne.
    — Meyer Kayserling, Christopher Columbus and the Participation of the Jews in the Spanish and Portuguese Discoveries, pp.90-91

    Le problème est ici assez simple : bien que Triana soit généralement considéré comme un marrane — c’est-à-dire un juif converti au catholicisme romain en Espagne —, rien ne prouve qu’il l’ait été ; les autres noms attribués à Triana (Juan Rodriguez Bermejo et Juan Bermejo) ne semblent indiquer guère plus qu’une confusion linguistique, car ils pourraient tout aussi bien désigner Triana ou un autre marin à bord de la Pinta. Nous ne le savons tout simplement pas, même si une vive controverse historique entoure cette question.

    Le problème, bien-sûr, est que pratiquement personne — pas même Keyserling — ne semble penser qu’il était juif, et il n’est même pas mentionné par Yitzhak Baer dans son Histoire des Juifs dans l’Espagne chrétienne.

    Nous devons donc conclure que, malgré les affirmations contraires, Triana n’était absolument pas juif, puisqu’aucune preuve concrète n’a été apportée à cet égard, si ce n’est une rumeur fondée sur une obscure affirmation linguistique d’un universitaire juif de l’île de Minorque au XIXᵉ siècle, elle-même issue d’une mauvaise interprétation de ce que Christophe Colomb avait rapporté dans son journal.

    Pour résumer ce qui précède, voici donc les six membres présumés d’origine juive de l’expédition de Christophe Colomb vers les Amériques en 1492 : Luis de Torres, Alonso de la Calle, Roderigo Sanchez de Segovia, Maître Bernal, Marco, Roderigo de Triana. Parmi eux, seuls trois étaient en réalité juifs : Luis de Torres, Rodrigo Sanchez de Segovia, Maître Bernal.

    À leurs côtés, Torres fut emmené parce qu’il parlait à la fois l’arabe et l’hébreu, langues que Colomb — conformément à la pensée européenne de l’époque — pensait que l’on parlerait probablement aux Indes (Inde/Asie), où il cherchait à trouver une nouvelle route atlantique, car l’arabe était la lingua franca de l’époque et parce que Colomb s’attendait également à y trouver éventuellement les descendants des « tribus perdues d’Israël » (d’où l’exigence de la maîtrise de l’hébreu).

    Sánchez de Segovia fut emmené parce que la reine Isabelle avait ordonné à Colomb de l’emmener, en raison de l’influence de son parent Gabriel Sánchez — le trésorier d’Aragon —, et non parce que Colomb le souhaitait particulièrement.

    Bernal fut emmené parce qu’il était un médecin qualifié prêt à servir de médecin de bord lors d’une expédition périlleuse afin d’échapper à l’Inquisition, et non parce qu’il était juif, bien que la raison pour laquelle Bernal se soit joint à Colomb fût justement qu’il était juif.

    En d’autres termes : l’affirmation selon laquelle Christophe Colomb aurait emmené « six Juifs » avec lui est factuellement incorrecte, car il n’en a en réalité emmené que trois, dont aucun n’a été sélectionné en raison de sa confession juive. Deux d’entre eux ont été choisis pour leurs compétences particulières et leur volonté de participer à l’expédition, tandis que le troisième (Sánchez de Segovia) a été emmené parce qu’il souhaitait y aller et que la reine Isabelle avait ordonné à Christophe Colomb de l’emmener.

    On constate donc que le fait que Christophe Colomb ait emmené des Juifs avec lui lors de son expédition ne prouve en aucun cas qu’il était juif — ni qu’il éprouvait une quelconque sympathie particulière envers les Juifs, sous quelque forme que ce soit : cette affirmation est à la fois largement exagérée et avancée sans avoir examiné d’autres possibilités plus plausibles (c’est-à-dire plus réalistes).

    V. Une cryptographie de papier mâché

    L’une des affirmations les plus significatives — si elle s’avère vraie — censée prouver que Christophe Colomb était marrane ou d’ascendance juive est celle selon laquelle il aurait rédigé ses lettres à Diego en ladino.

    Pour ceux qui ne le savent pas, le ladino est un dialecte juif dérivé de l’espagnol castillan ancien, tout comme le yiddish est un dialecte juif qui tire du haut-allemand moyen ; tous deux sont d’ailleurs devenus, avec le temps, des langues à part entière.

    Si cela s’avérait vrai, il s’agirait tout de même d’une preuve circonstancielle — puisqu’il n’est pas nécessaire d’être juif pour connaître le ladino —, mais ce serait une preuve circonstancielle de poids, car on serait amené à se poser la question suivante : quelle autre raison que leur origine juive Colomb (et Diego) auraient-ils eue de connaître le ladino ?

    On pourrait objecter que, comme de nombreux banquiers et marchands de la péninsule ibérique ainsi que de l’Empire ottoman et des Flandres (en particulier ce que nous appelons aujourd’hui les Pays-Bas) étaient des marranes ou ouvertement juifs, cela pourrait expliquer cette connaissance (le ladino pourrait donc être considéré comme une « langue du commerce »), mais l’hypothèse de « l’origine juive » serait presque aussi solide. Le problème avec cette hypothèse, cependant, est qu’il ne semble pas y avoir de source concrète pour l’étayer.

    L’ouvrage de Wiesenthal, Les voiles de l’espoir, ne fait pas cette affirmation, bien qu’il fasse référence au ladino et consacre beaucoup de temps à l’analyse des lettres de Colomb à Diego, celles-ci constituant ses principaux éléments de preuve de l’origine juive de Colomb. L’ouvrage de Taviani intitulé Christophe Colomb ne fait pas non plus état d’une telle affirmation, et encore moins ne la réfute ; de même, l’étude de Virgil Milani, The Written Language of Christopher Columbus, sur les langues utilisées par Colomb dans ses écrits connus ne mentionne aucun texte rédigé en ladino.

    En effet, si le corpus de documents et de lettres de Christophe Colomb a été entaché de faux et de contrefaçons au fil des ans ; les lettres de Christophe Colomb à Diego sont connues, traduites et étudiées depuis la fin du XIXᵉ siècle environ. Pourtant, personne ne semble penser qu’elles soient rédigées en ladino.

    Pour citer Taviani :

    « Toutes les lettres de Colomb, même celles adressées à ses amis génois et au Banco di San Giorgio, sont rédigées en castillan. »
    — Paolo Emilo Taviani, Christopher Columbus: The Grand Design, p.30

    Taviani mentionne également de manière spécifique que Colomb n’a jamais rien écrit en « hébro-espagnol » (alias le ladino), bien qu’il ait souvent mal écrit en espagnol en utilisant l’orthographe portugaise (et il ne mentionne pas que quiconque ait réellement avancé une telle affirmation, mais indique plutôt qu’il s’agit d’un argument contre la théorie selon laquelle « Colomb était juif »).

    Quelles langues savons-nous que Colomb parlait et écrivait ? L’italien, l’espagnol, le portugais et le latin. Ainsi, nous pouvons constater que l’affirmation — bien qu’émise de bonne foi — selon laquelle Colomb « écrivait des lettres en ladino à son fils Diego » est tout simplement fausse et dépourvue de tout fondement que je puisse trouver.

    Mais ce n’est pas tout : on vient émettre une présence de deux lettres hébraïques, « Beth » et « Hei », qui sont une abréviation de la formule « Bézrat HaShem » signifiant « Avec l’aide de Dieu ». C’est une invocation que les juifs placent traditionnellement en haut de leurs écrits, et l’on prétend Christophe Colomb l’aurait apposée sur une large partie de ses lettres privées adressées à son fils.

    Cette fumisterie trouve son origine chez Simon Wiesenthal — dont le parcours historique est douteux et qui s’est révélé être un menteur invétéré dans des affaires sans rapport avec celle-ci, comme l’a démontré feu Gerd Honsik dans son livre Schelm und Scheusal: Meineid, Macht und Mord auf Wizenthals Wegen — ; toutefois, mis à part les mensonges et les fraudes de Wiesenthal sur d’autres sujets, son livre de 1973, Les voiles de l’espoir, mérite d’être pris au sérieux malgré la malhonnêteté de son auteur, car il est considéré comme l’un des meilleurs recueils d’arguments en faveur de l’hypothèse selon laquelle Christophe Colomb aurait été juif.

    Wiesenthal explique sa théorie du « Beth hei » dans Les voiles de l’espoir comme suit :

    « Un examen attentif des lettres de Colomb révèle une autre énigme. Douze de ces lettres, toutes adressées à son fils Diego, portent un signe ou un chiffre particulier dans le coin supérieur gauche. Les lettres en question sont celles du 21 novembre 1504, du 28 novembre 1504, du 3 décembre 1504, du 13 décembre 1504, du 18 décembre 1504, du 21 décembre 1504, du 24 décembre 1504, le 5 février 1505, le 18 février 1505, le 24 février 1505, ainsi que deux lettres sans date apparente. Les chercheurs ont depuis longtemps remarqué ce signe sans lui accorder d’importance particulière et l’ont considéré comme une marque apposée par l’archiviste du duc de Veragua. »
    — Simon Wiesenthal, Sails of Hope: The Secret Mission of Christopher Columbus, p.123

    Or, le problème que pose ici l’argument de Wiesenthal est en réalité double : ce à quoi il fait référence n’est franchement que des gribouillis sans signification évidente, et tenter d’y trouver un « sens » relève à peu près de la même rigueur intellectuelle que d’essayer de discerner l’importance théologique de l’image de la Vierge Marie qui semblerait apparaître sur des tranches de pain grillé beurrées (et oui, cela arrive en effet assez régulièrement, et aucun théologien catholique de ma connaissance ne prend ces affirmations au sérieux).

    Cela ne veut pas dire qu’elles ne pourraient pas avoir une quelconque signification, mais, franchement, nous ne savons ni d’où, ni quand, ni de qui proviennent ces marques ; or, de telles marques sur des pièces de correspondance importantes conservées dans les archives ne sont pas rares. C’est pourquoi — comme le souligne Wiesenthal — les spécialistes de Colomb ont tout simplement ignoré ces marques, d’une part parce qu’elles ressemblent à première vue à des gribouillis dénués de sens, et d’autre part parce que nous ne savons pas quand elles ont été tracées.

    Sans dater l’encre elle-même, nous ne pouvons raisonnablement supposer qu’elles datent de la même époque que la rédaction initiale des lettres. D’où l’hypothèse raisonnable que, sans preuves supplémentaires et/ou vérification, ces marques ont été tracées par l’archiviste du duc de Veragua.

    Les affirmations de Wiesenthal quant à la nature de ces gribouillis relèvent entièrement de la spéculation et reposent sur son opinion non-étayée selon laquelle « elles proviennent de Colomb », car lui-même — ainsi que l’historien allemand qu’il cite, Fritz Streicher — estime qu’elles « sont de la main de Colomb ».

    Wiesenthal admet d’ailleurs le caractère hypothétique de son affirmation lorsqu’il déclare plus loin :

    « Il serait trop optimiste d’espérer que les chercheurs parviennent un jour à une interprétation définitive de cette signature. Elle reste l’une des nombreuses énigmes que Colomb nous a laissées. »
    — Simon Wiesenthal, Sails of Hope: The Secret Mission of Christopher Columbus, pp.123-125

    Bien que Wiesenthal parle en apparence d’un autre élément qu’il tente de présenter comme une « preuve de l’origine juive de Colomb », son analyse ici s’entremêle également avec celle des marques dites « Beth hei ». Je pense donc que Wiesenthal admettait ici ce qu’il laisse entendre dans son analyse de ces marques dites « Beth hei ». Lorsqu’il affirme que Maurice David, autre défenseur de la thèse d’un « Colomb juif », a évoqué les prétendues marques « Beth hei » auprès de l’éminent biographe de Colomb, Salvador de Madariaga, mais que ce dernier est parvenu à une conclusion totalement différente de celle de David et de Wiesenthal, estimant qu’il s’agissait plutôt d’un « signe de la croix », tandis que Fritz Streicher estimait qu’il ne s’agissait pas du tout d’un « Beth hei », mais plutôt « d’un signe d’affection familiale entre un père et son fils ».

    Le deuxième problème que pose ici l’argument de Wiesenthal est qu’il est malhonnête dans ses sous-entendus : il laisse entendre que toutes les lettres de Colomb à Diego portent la marque dite « Beth hei », mais précise ensuite que ce n’est pas vrai et que seules certaines des lettres de Colomb à Diego présentent cette caractéristique.

    À ce sujet, il écrit :

    « Les autres lettres adressées à Diego dans lesquelles le triangle est présent, mais où la signature est « El Almirante » (l’amiral), ne comportent pas la marque « beth hei ». Ces lettres n’étaient pas d’un caractère aussi intime, et Diego pouvait vraisemblablement les montrer à d’autres. »
    — Simon Wiesenthal, Sails of Hope: The Secret Mission of Christopher Columbus, pp.131-132

    Pour parler franchement, Wiesenthal tente ici de se soustraire à l’interprétation évidente selon laquelle, puisque les marques mentionnant « Beth hei » ne figurent pas sur l’ensemble — ou, apparemment, sur la plupart — des lettres échangées entre Colomb et Diego, elles relèvent probablement davantage d’une marque d’archiviste que d’une initiative de Colomb lui-même.

    Wiesenthal ne dispose d’aucune preuve, si ce n’est sa propre affirmation infondée, selon laquelle les lettres signées « El Almirante » étaient destinées à être « montrées à d’autres » ou étaient « moins privées » que les autres. Nous ne savons pas pourquoi Colomb signait parfois de son nom et parfois sous le titre « El Almirante » dans ses lettres à Diego.

    Tenter d’attribuer une signification particulière à ces variations est ridicule, car il s’agissait sans doute simplement du titre ou de la formule de conclusion que Colomb jugeait appropriée, sans aucune signification spécifique, et encore moins d’un « code secret » comme le prétend Wiesenthal.

    On constate donc que toute la thèse du « Beth hei » avancée par Wiesenthal n’est que le fruit de son imagination et de celle de David, ainsi que d’un biais de confirmation et de sélection, et non d’une recherche scientifique déductive. Cela ne constitue tout simplement pas une preuve en faveur d’un « Colomb juif », puisqu’ils ne peuvent même pas prouver que les gribouillis qu’ils prétendent être des « Beth hei » aient été écrits par Colomb lui-même et se contentent de le supposer pour étayer leur argumentation.

    On constate donc que, comme c’est souvent le cas avec l’argument selon lequel « Colomb était juif » : l’affirmation selon laquelle Colomb aurait écrit « Beth hei » sur les lettres adressées à son fils Diego est une hypothèse spéculative non-étayée qui a par la suite été simplifiée en assertion selon laquelle « Colomb signait ses lettres à son fils Diego » d’un « Beth hei », alors qu’en réalité, seules quelques-unes des lettres de Colomb à Diego comportent ces gribouillis et que Wiesenthal et David se livrent à une spéculation de grande envergure, sans s’appuyer sur aucune analyse publiée, en déformant les preuves et en faisant toute une montagne d’une taupinière.

    VI. Le néant en éprouvette

    Récemment, les grands médias, dirigés par des Juifs, ont fait grand bruit en affirmant que « Christophe Colomb était juif » et que cela avait été « prouvé » par de « nouvelles preuves d’ADN », Reuters annonçant « qu’une étude révèle que Colomb était un Juif séfarade originaire d’Europe occidentale », (voy. article du 13 octobre 2024) tandis que The Independent titrait Christophe Colomb était secrètement juif, révèle une nouvelle étude d’ADN (voy. article du 17 octobre 2024) et que le Times of Israel se prévalait des mêmes ragots (voy. article du 13 octobre 2024).

    Ce n’était pas vraiment une grande surprise pour les historiens familiers avec la campagne de propagande juive visant à utiliser la génétique pour tenter d’étayer des affirmations absurdes (et souvent réfutées depuis longtemps) selon lesquelles des figures majeures de l’histoire européenne et mondiale étaient juives — par exemple, des affirmations similaires ont été avancées sur la base de « preuves d’ADN » tout aussi douteuses concernant Adolf Hitler et Eva Braun, entre autres — et comme indiqué précédemment, la clé pour comprendre de telles affirmations réside dans la manière dont l’étude est menée, dans la nature exacte des conclusions (et non dans les généralités avancées par les médias) et dans la cohérence entre ces conclusions et l’étude sur laquelle elles s’appuient.

    Commençons par le résumé proposé par le Daily Mail des affirmations avancées :

    « De nombreux historiens ont remis en question la théorie traditionnelle selon laquelle Christophe Colomb serait originaire de Gênes, en Italie. D’autres théories vont de l’hypothèse selon laquelle il aurait été un Juif espagnol ou un Grec à celle selon laquelle il aurait été basque, portugais ou britannique. Pour résoudre ce mystère, des chercheurs ont mené une enquête de 22 ans, sous la direction de l’expert médico-légal Miguel Lorente, en analysant de minuscules échantillons de restes enterrés dans la cathédrale de Séville, longtemps considérée par les autorités locales comme la dernière demeure de Christophe Colomb, bien que d’autres sources aient affirmé qu’il avait été enterré en République dominicaine. Ils les ont comparés à ceux de parents et de descendants connus, et leurs conclusions ont été dévoilées samedi dans un documentaire intitulé L’ADN de Christophe Colomb : la véritable origine, diffusé sur la chaîne nationale espagnole TVE. « Nous disposons d’ADN de Christophe Colomb, très partiel, mais suffisant. Nous disposons également d’ADN d’Hernando Colón, son fils », a déclaré M. Lorente dans l’émission. « Et tant dans le chromosome ‘Y’ (masculin) que dans l’ADN mitochondrial (transmis par la mère) d’Hernando, on observe des caractéristiques compatibles avec une origine juive ». Environ 300.000 Juifs vivaient en Espagne avant que les « Reyes Católicos », les monarques catholiques Isabelle et Ferdinand, n’ordonnent aux Juifs et aux musulmans de se convertir à la foi catholique ou de quitter le pays. »
    — Article du 13 octobre 2024

    Or, si l’on lit attentivement ce passage, on constate que les propos de Lorente sont en réalité contradictoires : d’un côté, il affirme que « le résultat est presque absolument fiable », mais de l’autre, il précise que « tant dans le chromosome ‘Y’ (masculin) que dans l’ADN mitochondrial (transmis par la mère) d’Hernando, on trouve des caractéristiques compatibles avec une origine juive ».

    En d’autres termes : tout ce que Lorente affirme réellement, c’est que ses « preuves d’ADN » ont démontré que les deux branches de la famille de Christophe Colomb possèdent du matériel génétique « compatible avec une origine juive », et non « d’origine juive ». C’est cette dernière interprétation que Lorente et le documentaire télévisé espagnol cherchent à mettre en avant (probablement pour bénéficier d’une publicité gratuite, mais aussi en raison de la politique espagnole consistant à accorder la nationalité aux Juifs séfarades, en guise de geste de bonne volonté envers la communauté juive internationale ; 90.000 Juifs — principalement israéliens — ont déjà profité de cette mesure pour obtenir la nationalité espagnole et celle de l’Union européenne dans le cadre du programme des « visas dorés »), ce qui n’est pas ce que suggère l’étude de Lorente.

    Il est intéressant de noter que l’article du Daily Mail — ainsi que la quasi-totalité des médias d’ailleurs — passe commodément sous silence (et pour des raisons évidentes) la question de la provenance de ces restes, dans la mesure où Christophe Colomb a en réalité été enterré (conformément à ses dernières volontés) sur l’île d’Hispaniola (qui comprend aujourd’hui la République dominicaine et Haïti).

    Comme l’explique Vicente Olaya dans El País :

    « Les ossements de Christophe Colomb sont conservés dans un caveau de la cathédrale de Séville depuis 1899, date à laquelle le contrôle de Cuba est passé de l’Espagne aux États-Unis et où les autorités espagnoles ont quitté La Havane, où la dépouille de l’explorateur avait été inhumée jusque-là. Une série de transferts aléatoires au fil des siècles — d’abord vers les villes espagnoles de Valladolid puis de Séville, ensuite vers Saint-Domingue et Cuba — a soulevé des questions quant à savoir si les ossements avaient pu être perdus ou remplacés au cours de ces transferts. En effet, les autorités de la République dominicaine affirment que le corps de Christophe Colomb n’a jamais quitté l’île et qu’il repose toujours dans la cathédrale de Saint-Domingue. »
    — Article du 10 octobre 2024

    Ajoutons à cela que Lorente admet que très peu de matériel génétique a pu être extrait, mais tente d’étayer son affirmation en déclarant « très partiel, mais suffisant » — une façon détournée de dire : « Je ne dispose pas de beaucoup d’éléments pour étayer mon propos, mais je dois laisser entendre le contraire ».

    Cela signifie qu’il existe un doute quant à la provenance de ces fragments osseux particuliers, en partie parce que la République dominicaine conteste activement qu’il s’agisse réellement des ossements de Colomb, qu’elle soutient être toujours enterrés à Saint-Domingue ; de plus, même si tel était le cas, les prétendus restes de Colomb auraient été exhumés et transférés à de multiples reprises au cours des siècles, ce qui soulève des doutes très sérieux et significatifs quant à savoir si ce sont bien les ossements de Colomb que Lorente utilise.

    C’est là que réside le problème de l’étude de Lorente : il a prélevé des échantillons d’ADN sur un squelette qui pourrait être celui de Colomb (mais dont la provenance est douteuse et non-prouvée) et les a comparés à ceux des tombes de ses deux fils (illégitimes), Diego et Ferdinand, avant d’annoncer qu’il existait un lien de parenté.

    Le problème — et c’est ce que ni Lorente ni le documentaire espagnol que j’ai visionné ne mentionnent jamais — est que le lien génétique entre Diego et Ferdinand d’une part, et les restes d’autre part, est à la fois ténu (en raison du manque de matériel génétique suffisant provenant des restes présumés de Christophe Colomb) et qu’il n’est pas certain qu’il s’agisse bien de Christophe Colomb lui-même.

    Le problème, c’est que Christophe Colomb s’est vu accorder le droit de gouverner les Indes en tant « qu’amiral de la mer Océane et gouverneur des Indes », ses fils et leurs descendants ayant été nommés « amiraux de la mer Océane/des Indes » et gouverneurs (puis vice-rois) des Antilles, tandis que ses petits-fils — comme Luis Colón — étaient marquis de la Jamaïque, ce qui signifie qu’ils ont passé beaucoup de temps dans la région.

    Ajoutons à cela que le fils de Christophe Colomb, Diego, a épousé María Álvarez de Toledo — qui étaient les parents de Luis Colón — et qu’ils ont participé à l’administration d’Hispaniola ; par ailleurs, des recherches généalogiques ont récemment suggéré que la lignée des Álvarez de Toledo serait en partie d’origine converso (cf. : Manuel de Parada, Luca de Tena, El Contador Mayor Alvarez de Toledo y el Condado de Cervera, en Cuenca: Un linaje converso de judíos ennoblecido por privilegio, Anales de la Real Academia Matritense de Heraldica y Genealogia, n°17, 2014, pp. 251-280).

    Nous disposons donc déjà d’un candidat potentiel pour cedit ADN « possiblement séfarade », dans la mesure où tout ce que Lorente a prouvé, c’est que Diego et Ferdinand étaient apparentés à l’individu qui aurait été réinhumé à Séville après avoir été transféré de Saint-Domingue, et non que Colomb était cet individu. Lorente se contente de supposer cela et n’a pas écarté la possibilité très réelle que l’individu en question soit un autre parent de Colomb (ce qui est tout à fait probable) ou un enfant illégitime de Colomb né d’une autre mère, car nous savons qu’il a eu de nombreuses relations sexuelles avec des femmes autres que sa maîtresse de longue date, Beatriz Enríquez de Arana (cf. : John Cohen, The Four Voyages of Christopher Columbus’, 1ᵉ édition, Penguin: New York, 1969, p.139).

    L’un des principaux problèmes soulevés par les affirmations de Lorente selon lesquelles ces restes seraient ceux de Christophe Colomb réside également dans le fait qu’en 2004, lors de l’exhumation de ces restes, les anthropologues physiques espagnols ont rapidement constaté qu’ils ne pouvaient pas être ceux de Christophe Colomb, compte-tenu de leur âge et de leur taille.

    Pour citer Giles Tremlett, qui écrivait à l’époque dans le Guardian :

    « Bien qu’aucun test ADN n’ait été effectué, les anthropologues ont déjà conclu que le corps retrouvé à Séville est trop jeune et trop chétif pour avoir appartenu à ce marin robuste et costaud qui, selon la version de l’histoire que l’on préfère, était soit italien, soit espagnol, soit portugais. « Il s’agissait d’un homme qui n’a jamais développé sa musculature et qui est mort vers l’âge de 45 ans », a déclaré Marcial Castro, qui dirige l’enquête. « Colomb était un homme robuste qui avait entre 55 et 60 ans à sa mort ». Le cadavre gisant sous le monument du Phare de Colomb, dans la capitale dominicaine, Saint-Domingue, semble être celui d’une personne d’environ 60 ans qui avait pratiqué une activité physique intense, a-t-il précisé. « Je suis convaincu que Colomb est enterré en République dominicaine », a ajouté M. Castro. »
    — Article du 11 août 2004

    Autrement dit : les ossements en question appartiennent à un homme d’environ dix à quinze ans plus jeune que Colomb et dont la constitution physique ne correspond absolument pas à celle de ce dernier. Lorente ne réfute pas cet argument, mais se contente de l’ignorer, car cela invalide automatiquement l’ensemble de son argumentation.

    On peut d’ores et déjà en conclure que les affirmations de Lorente selon lesquelles ces ossements seraient ceux de Christophe Colomb sont presque certainement absurdes, étant donné que nous ne disposons d’aucune preuve solide permettant d’affirmer qu’il s’agit bien de ceux de Colomb (et nous savons que ces restes ont été exhumés, transportés et réinhumés à plusieurs reprises), que nous avons également de nombreux autres candidats potentiels issus de la famille de Colomb auxquels ils pourraient correspondre, et qu’ils sont tout simplement d’une décennie trop jeunes et d’une constitution physique différente pour être ceux de Colomb.

    De plus, Lorente précise très clairement que ses travaux montrent uniquement que les « preuves d’ADN » sont « compatibles avec une origine juive », et non qu’elles « sont d’origine juive », ce qui — comme indiqué précédemment — n’est pas la même chose que ce que Lorente prétend avoir conclu. Le problème, comme vous pouvez le constater, est que les études génétiques sur les Séfarades font cruellement défaut, comme l’ont expliqué des scientifiques portugais.

    Dans un article, ils écrivaient dans leur article Portuguese Crypto-Jews: The Genetic Heritage of a Complex History :

    « Néanmoins, on dispose de très peu d’informations concernant les descendants des crypto-juifs séfarades et ibériques. Les données provenant de la péninsule ibérique, berceau géographique des Juifs séfarades, se limitent à deux populations au Portugal, à Belmonte et dans le district de Bragança, ainsi qu’à la communauté des Chueta de Majorque. »
    — Ines Nogueiro et consort, in. Frontiers in Genetics, 2015, vol. 6, n°12

    Dans leur commentaire sur l’article qui vient d’être cité, des chercheurs anglophones ont souligné que les études sur la génétique juive en général sont également sujettes à (et entachées par) des faux positifs et des méthodes de recherche déficientes.

    Ils expliquent ce qui suit dans leur billet Commentary: Portuguese Crypto-Jews: The Genetic Heritage of a Complex History:

    « Bon nombre des données examinées présentent des problèmes méthodologiques qui affaiblissent ou invalident les conclusions tirées. Plus précisément, ces données sont ambiguës quant à la déduction d’une ascendance juive et n’identifient pas de marqueurs diagnostiques patrilinéaires ou matrilinéaires. ». Une étude récente (Sergio Tofanelli et consort, Mitochondrial and Y chromosome haplotype motifs as diagnostic markers of Jewish ancestry: a reconsideration, in Frontiers in Genetics) conclut que les motifs d’haplotypes « juifs » utilisés dans de nombreux travaux antérieurs ne sont pas adaptés à des « fins médico-légales ou généalogiques », car l’ambiguïté de l’horloge moléculaire, associée à la polyphylie des haplotypes, empêche leur utilisation en tant que « prédicteurs fiables de l’ascendance juive ». De plus, les études citées ne parviennent pas, même entre elles, à établir un « profil génétique » juif permettant un diagnostic. Bon nombre des haplotypes « juifs » cités par Nogueiro et compagnie (Rita Gonçalves et consort, Y-chromosome Lineages from Portugal, Madeira and Açores Record Elements of Sephardim and Berber Ancestry, in. Annals of Human Genetics, 2005 ; P. R. Pacheco et consort, The Y-chromosomal heritage of the Azores Islands population, in. Annals of Human Genetics, 2005) sont des marqueurs propres à l’ensemble du Moyen-Orient — courants chez les personnes s’identifiant comme juives, mais également dans de nombreuses lignées arabes. Ainsi, ces haplotypes présentent une ascendance ambiguë : ils pourraient être d’origine juive, d’origine arabe, ou bien être observés à des fréquences élevées en raison de scénarios démographiques plus complexes. »
    — Alexander Marcus, Emily Ebel, Daniel Friedman, Frontiers in Genetics, 2015, vol. 6, n°261

    En substance, ce que Marcus, Ebel et Friedman affirment ici, c’est que les soi-disant « prédicteurs d’ascendance juive séfarade » ne constituent en rien un profil diagnostique de l’identité juive et sont souvent des marqueurs plus généraux, communs à des groupes bien plus vastes, qui se retrouvent simplement aussi chez les Séfarades, mais qui ne sont en aucun cas uniques ; ils ne peuvent donc pas servir à conclure qu’une personne ou une population est juive, bien que ce soit souvent le cas.

    Un bon exemple de ce phénomène s’est produit en 2008, lorsqu’une étude publiée dans l’American Journal of Human Genetics, a fait grand bruit après avoir été utilisée par le Congrès juif mondial et des organes de presse à dominance juive comme Reuters pour affirmer qu’un cinquième des hommes espagnols présentait des niveaux significatifs d’ascendance juive.

    C’était une véritable absurdité puisque — comme l’ont expliqué Marcus, Ebel et Friedman dans l’article cité de 2015 — cela est presque certainement dû à des faux positifs résultant d’un important métissage espagnol dans l’échantillon de référence « séfarade » utilisé par les généticiens, comme ils l’ont eux-mêmes noté dans leur article, bien qu’ils aient par la suite tenté de minimiser ce fait.

    « Il est important de prendre en compte les facteurs susceptibles d’augmenter les proportions apparentes d’ascendance juive séfarade que nous estimons, car ces valeurs sont étonnamment élevées. Le choix des populations parentales dans l’analyse de métissage peut avoir un effet majeur sur les résultats, et parmi les populations parentales de notre analyse, la population juive séfarade occupe une place particulière par rapport aux deux autres : alors que les échantillons basques et marocains proviennent de populations importantes qui ont maintenu leur existence in situ, avec probablement un faible niveau de métissage avec les autres populations parentales, l’échantillon juif séfarade est issu d’un groupe relativement restreint d’individus s’identifiant comme tels, dont les ancêtres ont vécu dans diverses régions de la péninsule ibérique et ont eux-mêmes probablement fait l’objet d’un certain degré de métissage avec des Ibères. Ce métissage passé potentiel aurait pour effet d’augmenter le niveau perçu d’ascendance juive séfarade par rapport à la proportion réelle. La présence de la lignée ‘hgR1b3’, typiquement d’Europe occidentale, à une fréquence de 11% dans l’échantillon juif séfarade pourrait être le signe d’une telle introgression. Pour examiner cette hypothèse, nous avons construit un réseau d’haplotypes ‘Y-STR hgR1b3’ à partir d’échantillons ibériques, juifs séfarades et marocains. Douze des vingt haplotypes ‘R1b3 juifs’ séfarades sont partagés avec des échantillons ibériques, ce qui suggère qu’ils influenceront effectivement les proportions de métissage. »
    — Susan Adams et consort, The Genetic Legacy of Religious Diversity and Intolerance: Paternal Lineages of Christians, Jews, and Muslims in the Iberian Peninsula, American Journal of Human Genetics, 2008, vol. 83, n°6

    Pour replacer cela dans son contexte : 70% (soit douze) des haplotypes utilisés par Adams et consort n’étaient pas propres aux Séfarades et étaient communs aux Espagnols et Portugais non-juifs, tandis que 48% (soit huit) étaient significativement associés aux Séfarades sans pour autant leur être propres.

    En un mot, ces chercheurs ont essentiellement mesuré du matériel génétique ibérique comme s’il s’agissait de matériel génétique juif séfarade, puis ont annoncé au monde entier un chiffre qui n’avait guère de sens au regard des estimations et études génétiques antérieures (y compris leurs propres travaux de 2003).

    C’est précisément ce dont parlent Marcus, Ebel et Friedman : dans les études sur la génétique juive, on a tendance à affirmer que des haplotypes communs à plusieurs populations différentes sont simplement « juifs » alors qu’ils ne le sont en réalité pas, ce qui entraîne un nombre important de faux positifs (c’est-à-dire de fausses affirmations d’appartenance juive).

    Lorente adopte probablement la même approche, dans la mesure où il se contente de dire « compatible avec le judaïsme » et non « typiquement juif », ce qui signifie en réalité que la famille Colomb ne présente que des marqueurs génétiques communs aux Séfarades, mais aussi aux Espagnols et aux Portugais, ce qui implique qu’on « ne peut pas exclure le judaïsme » en réalité. C’est pourquoi les commentaires de Lorente sur ce sujet tiennent de « propos évasifs », car il tire une conclusion que ses résultats ne corroborent presque certainement pas.

    Or, comme nous pouvons le constater, les données génétiques ne permettent pas de conclure que « Colomb était juif », et il est peu probable que les ossements analysés soient ceux de Colomb. Cependant, Lorente affirme également qu’il n’y avait pas de communauté juive à Gênes avant le XVIᵉ siècle, ce qui est faux puisqu’il y en avait une, mais on estime qu’elle était minuscule, avec — par exemple — seulement deux Juifs présents en 1165.

    En effet, selon The Independent :

    « Lorente a déclaré : « L’ADN indique que Christophe Colomb était originaire de la Méditerranée occidentale. S’il n’y avait pas de Juifs à Gênes au XVᵉ siècle, la probabilité qu’il en soit originaire est minime. Il n’y avait pas non plus de forte présence juive dans le reste de la péninsule italienne, ce qui rend cette hypothèse très fragile ». »
    — Article du 17 octobre 2024

    Or, même si nous savons que les « ossements de Christophe Colomb » de Lorente (qui ne sont presque certainement pas les siens) et l’analyse scientifique qui a suivi ne corroborent pas sa conclusion selon laquelle il s’agirait d’un « Juif d’Espagne », il convient de souligner qu’il est faux d’affirmer « qu’il n’y avait pas de Juifs à Gênes au XVᵉ siècle », étant donné que nous savons que, même s’il n’y avait pas de communauté juive importante dans cette ville.

    Nous savons qu’il y avait probablement des Juifs, bien qu’en petit nombre (cf. : Cecil Roth, Genoese Jews in the Thirteenth Century, Speculum, 1950, vol. 25, n°2, pp.190-197 ; Georges Jehel, Jews and Muslims in Medieval Genoa: From the Twelfth to the Fourteenth Century, Mediterranean Historical Review, 1995, vol. 10, n°1-2, pp.120-132), et Lorente induit délibérément en erreur en affirmant le contraire, car c’est le seul moyen pour lui d’étayer sa thèse.

    De plus, Gênes se situe en Méditerranée occidentale/centrale, et non en Méditerranée orientale comme Lorente voudrait le laisser entendre, car cela sert mieux sa cause. Il n’est pas non plus impossible que les ancêtres génois de Christophe Colomb aient pu être en partie espagnols ou portugais, étant donné que l’Espagne et le Portugal étaient d’importants partenaires commerciaux de la République de Gênes à l’époque médiévale (cf. : Gabriella Airaldi, International Relations and the Colonial System in Medieval Genoa, Mediterranean Studies, 2012, vol. 21, p.146).

    On constate donc que Lorente déforme considérablement tant l’histoire génoise que son propre argumentaire à l’appui de ses prétendues « preuves d’ADN » selon lesquelles « Colomb était un Juif d’Espagne ».

    Pour conclure, il est peut-être utile de rappeler pourquoi l’argument selon lequel «Colomb était un Juif d’Espagne» est depuis longtemps extrêmement fragile et dépourvu de preuves, comparé au consensus général selon lequel il était le fils d’un tisserand génois et d’une fervente catholique.

    « Autant que je sache, personne d’autre n’a suggéré en 1892 que Christophe Colomb fût autre chose que ce qu’il prétendait être, à savoir un catholique pratiquant et un natif de Gênes. L’idée selon laquelle Christophe Colomb était juif est au contraire apparue dans des cercles non-juifs en Espagne. Le premier à l’avoir avancée fut un érudit aristocratique du nom de Don García de la Riega, et ses preuves consistaient en des documents (que l’on considère aujourd’hui comme étant en grande partie des faux) qu’il affirmait avoir trouvés à Pontevedra, en Galice. Ceux-ci contenaient les noms de membres de la famille Colón, qu’il associait à Christophe Colomb, et de la famille Fontanarossa, qu’il associait à l’épouse de Christophe Colomb et dont les ancêtres se révélèrent être juifs. À partir de ces fragments plutôt maigres, de la Riega a élaboré une théorie très originale prétendant résoudre de nombreux mystères liés au nom, aux origines et à la vie de Christophe Colomb, en soutenant que celui-ci était en réalité un juif clandestin né en Espagne, et non à Gênes, et qui avait passé toute sa vie à dissimuler son identité. »
    — Jonathan Sarna, Columbus & the Jews, Commentary, 1992, vol. 94, n°5, p.39

    En clair, Lorente est un nouveau Don García de la Riega, mais au lieu de falsifier les preuves à la différence de celui-là, il déforme gravement tant celles-ci que l’histoire des Juifs en Méditerranée !

    ⚔ Fessade retentissante

    Mettant à nu l’imposture avec une minutie clinique, notre historien distribue un brutal viatique de lucidité en pleine lucarne à ces cabotins de la contestation, qui se flattent sans cesse d’esprit critique, alors qu’elle est autant de leur ressort que la virginité peut l’être d’un bordel. Eux qui ne s’en nimbent que pour récuser ce dont le scepticisme vient huiler les gonds de leur suffisance — et surtout quand cela les accule à l’embarras —, mais qui s’en dispensent avec une inconséquence princière dès qu’il leur faut soumettre leurs délires à l’examen — dont leur vanité se fait le dernier sanctuaire.

    Le complotisme n’est pas l’inverse du conformisme, il en est la forme alternative. Sous les fanfreluches d’une fronde toute ostentatoire, palpite la plus moutonnière des morales de Panurge : un prêt-à-penser — aseptisé de toute chair historique et de tout vertige tragique — qui cimente leur carcan mental ; une crédulité sans borne, qui porte ces golems à répercuter — avec la célérité sidérante de l’instinct de troupeau — les pires âneries imaginables en un éclair ; une allégeance quasi-religieuse à des médias affublés du label « dissidents », leur tenant office de brevet d’éveil pour donner le change quant à leur indépendance d’esprit ; enfin, une abdication inconditionnelle devant les fantômes qu’ils s’inventent, se complaisant à valider par leur propre prostration la défaite qu’ils gémissent d’avance.

    Laissons les faussaires — lestés de leurs maîtres circoncis qu’ils affectent de maudire mais dont ils divulguent les bobards — se repaître de leurs insanités. Colomb fut l’homme d’un rêve audacieux, un navigateur au cœur de conquérant, porté par une vision qui dépassait les horizons familiers. Il n’était pas un brocanteur de moquettes. L’ardeur mystique de ses engagements, son inébranlable vassalité au trône castillan et la contagion missionnaire de son credo tissent les fils conducteurs de son existence, et non les fables errantes de quelques plumitifs désœuvrés.

    SOURCE — Semitic Controversies de Karl Radl
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