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Publié le par Florian Rouanet
⁂ 𝔄rène de l’expectative
Patience, 𝔬̂ lecteur, car il en faut une de singulière pour entendre dix minutes durant que le Siège est vacant, que nul n’y peut rien, et que le seul tort de ceux qui cherchent une issue est de la chercher.
Le 11 octobre 2026, en la fête de la Maternité divine, l’abbé Michel Marchiset (Maison Sainte-Philomène) a cru bon de consacrer la fin de son sermon, de la huitième minute et demie à la dix-septième, au projet de Concile général imparfait, qu’il qualifie de « décision farfelue » et de zizanie semée par le démon. Sa thèse tient en une ligne : nous n’avons qu’une juridiction de suppléance ; seule une juridiction ordinaire permettrait un concile imparfait ; donc point de concile, et l’on attend sagement « l’heure de Dieu ».
Nous reprenons la pièce point par point. Elle prouve trop, car elle interdirait ce que l’abbé fait lui-même ; elle se retourne, car la nécessité qu’il invoque pour confesser vaut a fortiori pour restaurer la Tête ; elle s’enlise, car permettre n’est point vouloir, et Dom Guéranger, qu’elle cite, réclame une intelligence pure, non une volonté à l’arrêt, un corps zombifié ; enfin son grief d’entêtement frappe d’abord une attente de soixante-huit ans, sinon le siens !
- Quand tout interdit d’agir, il reste à constater que le frein à main n’est point une vertu théologale 🎯
- Abbé Marchiset – Concile général imparfait – juridiction de suppléance – juridiction ordinaire – dévolution – expectative – Cajetan – Pastor aeternus – Guéranger – Éphèse 📌

📽️ Documentation audiovisuelle
Abbé Michel Marchiset, Sermon pour la fête de la Maternité divine de la Très Sainte Vierge Marie, 11 octobre 2026, enregistrement audio mis en ligne par la Maison Sainte-Philomène (passage examiné : de 8 min 30 s à la fin) : https://maisonsaintephilomene.com/2026/10/11/sermon-pour-la-fete-de-la-maternite-divine-de-la-tres-sainte-vierge-marie/
☧ 𝔏exique martial
« EXPECTATIVE », féminin, Langue générale : « Attitude prudente de quelqu’un qui s’abstient de prendre parti, qui attend avant d’agir ». – Larousse, Dictionnaire de français, article « expectative »
« DÉVOLUTION », féminin, Droit : « Transfert, transmission d’un bien, d’un droit, qui se fait d’une personne à une autre ». – Larousse, Dictionnaire de français, article « dévolution »
« ZIZANIE », féminin, Langue générale : « Désunion, mésintelligence qu’on fait naître dans un groupe ». – Larousse, Dictionnaire de français, article « zizanie »
ᛟ 𝔄ncienne école
Quelques autorités, dont l’une est celle de l’abbé lui-même, et qui parlent, on va le voir, à rebours de l’usage qu’on en fait !
Sur la pérennité du primat
« Quod autem in beato Apostolo Petro princeps pastorum et pastor magnus ovium Dominus Christus Iesus in perpetuam salutem ac perenne bonum Ecclesiae instituit, id eodem auctore in Ecclesia, quae fundata super petram ad finem saeculorum usque firma stabit, iugiter durare necesse est. »
« Ce que le Christ Jésus notre Seigneur, chef des pasteurs et pasteur suprême des brebis, a institué dans le bienheureux apôtre Pierre pour le salut perpétuel et le bien permanent de l’Église, doit nécessairement, par le même auteur, durer toujours dans l’Église, laquelle, fondée sur la pierre, restera ferme jusqu’à la fin des siècles. »Concile du Vatican, IVᵉ session, constitution dogmatique Pastor aeternus (18 juillet 1870), chap. II ; Denzinger-Hünermann n° 3056.
Sur le magistère vivant et indéfectible
« Le Christ a institué dans l’Église un magistère vivant, authentique et perpétuel, qu’il a investi de sa propre autorité, revêtu de l’esprit de vérité, confirmé par des miracles. […] Si ce magistère pouvait en quelque manière être faux, il s’ensuivrait une contradiction manifeste : Dieu lui-même serait l’auteur de l’erreur dans l’homme. »
Léon XIII, encyclique Satis Cognitum (29 juin 1896), § 9. La traduction est faite d’après la version officielle du Saint-Siège. Pour une citation en latin, il faut la copier depuis vatican.va.
Sur la permission divine du mal
« Ad tertium dicendum quod Deus neque vult mala fieri, neque vult mala non fieri, sed vult permittere mala fieri. Et hoc est bonum. »
« Dieu ne veut ni que les maux se fassent, ni qu’ils ne se fassent pas ; mais il veut permettre qu’ils se fassent. Et cela est un bien. »Saint Thomas d’Aquin, Somme théologique, Ia, q. 19, a. 9, ad 3.
« Neque enim Deus omnipotens […] cum summe bonus sit, ullo modo sineret mali esse aliquid in operibus suis, nisi usque adeo esset omnipotens et bonus, ut bene faceret et de malo. »
« Le Dieu tout-puissant, étant souverainement bon, ne souffrirait en aucune manière qu’il y eût quelque mal dans ses œuvres, s’il n’était à ce point tout-puissant et bon qu’il sût tirer le bien du mal même. »Saint Augustin, Enchiridion, chap. XI ; cité par saint Thomas, Ia, q. 2, a. 3, ad 1, et q. 22, a. 2, ad 2.
Sur la règle de foi en temps de contagion générale
« Quid si novella aliqua contagio non iam portiunculam tantum, sed totam pariter Ecclesiam commaculare conetur? Tunc item providebit ut antiquitati inhaereat, quae prorsus iam non potest ab ulla novitatis fraude seduci. »
« Que fera donc le chrétien catholique si quelque parcelle de l’Église vient à se détacher de la communion de la foi universelle ? Quel autre parti prendre, sinon de préférer au membre gangrené et corrompu la santé du corps tout entier ? Et si quelque contagion nouvelle s’efforce d’infecter non plus seulement une petite partie, mais l’Église tout entière à la fois ? Alors son grand soin sera de s’attacher à l’antiquité, qui ne peut plus désormais être séduite par aucune nouveauté mensongère. »Saint Vincent de Lérins, Commonitorium, chap. III.
Sur le devoir du troupeau quand le pasteur défaille
« Quand le pasteur se change en loup, c’est au troupeau à se défendre tout d’abord. Régulièrement sans doute la doctrine descend des évêques au peuple fidèle, et les sujets, dans l’ordre de la foi, n’ont point à juger leurs chefs. Mais il est dans le trésor de la révélation des points essentiels, dont tout chrétien, par le fait même de son titre de chrétien, a la connaissance nécessaire et la garde obligée. […] Les vrais fidèles sont les hommes qui puisent dans leur seul baptême, en de telles conjonctures, l’inspiration d’une ligne de conduite ; non les pusillanimes qui, sous le prétexte spécieux de la soumission aux pouvoirs établis, attendent pour courir à l’ennemi, ou s’opposer à ses entreprises, un programme qui n’est pas nécessaire et qu’on ne doit point leur donner. »
Dom Prosper Guéranger et ses continuateurs, L’Année liturgique, Le Temps de la Septuagésime, notice du 9 février, saint Cyrille d’Alexandrie (à propos de la protestation du laïc Eusèbe contre Nestorius, en 428).*
Sur les « jours mauvais » et la défaillance des enfants de lumière
« C’est alors surtout que les chrétiens fidèles devront se souvenir des avis de l’Apôtre, et se conduire avec la circonspection qu’il recommande, mettant tous leurs soins à garder pure leur intelligence non moins que leur volonté, dans ces jours mauvais. Car la lumière n’aura point alors à subir seulement les assauts des fils de ténèbres étalant leurs perverses doctrines ; elle sera plus encore, peut-être, amoindrie et faussée par les défaillances des enfants de lumière eux-mêmes sur le terrain des principes, par les atermoiements, les transactions, l’humaine prudence des prétendus sages. »
Dom Prosper Guéranger et ses continuateurs, L’Année liturgique*,* Le Temps après la Pentecôte*, XXᵉ dimanche après la Pentecôte, commentaire de l’Épître (Éph. V, 15-21).*
Sur le devoir d’agir et de combattre
« Celui qui fait jouer la prière et le sacrement pour se dispenser de travailler et d’agir, c’est-à-dire en temps de guerre pour se dispenser de se battre, rompt l’ordre de Dieu même et le commandement le plus antique. […] Autant il est permis, autant il est beau, autant il est profond de demander par la prière, de demander dans la prière le couronnement de fortune et ce sort des batailles qui ne réside que dans l’événement, autant il est stupide, et il est de désobéissance de vouloir que le bon Dieu travaille à notre place, et d’avoir le toupet de le lui demander. Demander la victoire et n’avoir pas envie de se battre, je trouve que c’est mal élevé. »
Charles Péguy, L’Argent suite (1913), in Œuvres en prose complètes, t. III, Paris, Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade », 1992.* La page est à vérifier sur l’exemplaire avant publication.
Sources :
Σ 𝔓lan d’attaque
Trois manches, et l’on s’en tiendra aux pièces : le syllogisme de la suppléance, la théologie de l’expectative, puis l’accusation d’entêtement et de zizanie.
Sommaire
- Ⅰ. 🧭 Un syllogisme qui prouve beaucoup trop
- Ⅱ. ⚔️ L’expectative, ou le frein à main serré
- Ⅲ. 🛡️ Entêtement, zizanie et matière sans forme
Pureté d’intelligence, volonté en panne
La Tradition en pente, frein serréⅠ. 🧭 Un syllogisme qui prouve beaucoup trop
Reprenons la pièce maîtresse, telle que la transcription de l’enregistrement la donne : « C’est donc une juridiction de suppléance, et non une juridiction ordinaire qui, elle seule, pourrait permettre un concile imparfait en vue d’un conclave. » L’édifice tient en deux étages : il faut de la juridiction ordinaire pour réunir un concile imparfait ; or nul n’en possède ; donc point de concile.
Soit : jouons-le jusqu’au bout. La juridiction ordinaire s’attache à un office et vient, en dernier ressort, du Pape. Exiger qu’elle précède le concile imparfait, c’est exiger un Pape pour faire un Pape, et le serpent qui se mord la queue passe de nos jours pour un raisonnement.
Or « imparfait » est le mot de Cajetan et de ses successeurs, qui écrivit en 1511 son traité sur l’autorité du Pape et du concile contre le conciliabule de Pise : un concile est dit imparfait précisément parce qu’il se tient sans le Pape. Le déclarer impossible faute de Pape, c’est déclarer impossible la seule situation qu’il fut conçu pour résoudre. Le même Cajetan enseigne la dévolution : à défaut du Pape, le droit revient aux cardinaux, au clergé romain, puis à l’Église universelle, c’est-à-dire à ses évêques.Distinguons, car l’abbé confond deux pouvoirs. Gouverner l’Église entière appartient au Pape ; désigner l’homme qui le sera est un droit tout autre : les électeurs désignent, le Christ confère. Le Code de 1917 le dit au canon 219 : l’élu légitime reçoit de droit divin la juridiction suprême dès qu’il accepte. Nul cardinal n’exerce donc, en élisant, une juridiction sur l’Église universelle ; il exerce un droit d’élire, et ce droit, quand la forme ordinaire fait défaut, fait retour à celui qui l’a institué. C’est la dévolution, et Larousse en donne le sens en une ligne : un droit qui passe d’une personne à une autre.
L’histoire n’a jamais attendu que la juridiction ordinaire lui tombât du ciel. Du grand schisme, de 1378 à 1417, l’Église sortit à Constance : trois obédiences, trois prétendants, puis, le 11 novembre 1417, l’élection de Martin V par les cardinaux joints à trente prélats des nations. Benoît XIII ne se soumit jamais et mourut retranché à Peñíscola, en 1423 ; l’élection tint quand même.
Reste le grief : « on invente une juridiction qui n’existe pas ». Rien n’est inventé : le concile imparfait ne prétend à aucune juridiction ordinaire, il se réclame d’un droit dévolu, ce qui est tout autre chose. En revanche, il sied de noter sur quoi l’abbé fonde la sienne : l’état de nécessité, la loi suprême du salut des âmes, la demande tacite des fidèles. Le canon 209 du Code de 1917 ne vise, pour sa part, que l’erreur commune et le doute positif et probable ; la suppléance dont l’abbé se prévaut relève donc, pour l’essentiel, de la nécessité. Nous la lui accordons, mais tout entière. Car la loi suprême ne saurait valoir à moitié : si le salut des âmes autorise de confesser et de célébrer sans mandat, il autorise a fortiori le seul acte dont dépend le rétablissement du mandat. On ne peut invoquer la nécessité pour tout sauf pour en sortir. Et la majeure de l’abbé se retourne contre lui : s’il fallait de la juridiction ordinaire pour agir au nom de l’Église en corps, il en faudrait pour sacrer des évêques, ériger des séminaires et ouvrir des chapelles.
Ⅱ. ⚔️ L’expectative, ou le frein à main serré
« Alors on prie, on fait pénitence, on est dans l’expectative et on attend l’heure de Dieu. » Voilà le (non) programme. La prière et la pénitence, nul ne les conteste : elles sont la prémisse de toute action catholique, non sa conclusion. Quant à l’expectative, Larousse la définit comme l’attitude prudente de qui s’abstient de prendre parti et attend avant d’agir. Prudente, soit. Mais pendant soixante-huit ans ? La prudence qui n’agit jamais n’est plus la prudence ; c’est la théologie de l’esquive, qui a l’élégance de se confondre avec la résignation !
L’abbé veut qu’on ne cherche point à « sortir de la situation actuelle que le bon Dieu permet ». Le mot est exact, et c’est le dernier dont il pouvait se prévaloir. Saint Thomas l’enseigne : Dieu ne veut ni que le mal soit fait, ni qu’il ne le soit pas, mais il veut permettre qu’il soit fait. Permettre n’est point vouloir. Le Bon Dieu permet la crise ; il ne veut ni le chaos, ni les âmes en enfer. De ce qu’une épreuve est permise, nul n’a jamais conclu qu’il fallût la laisser durer : le médecin qui constate que Dieu permet la fièvre ne range point son thermomètre.
Reste le « fait accompli » : on ne met pas le bon Dieu devant un fait accompli pour lui demander sa bénédiction après. Mais quel fait ? Le Christ a institué pour le salut perpétuel de l’Église des successeurs perpétuels à Pierre, et le Concile du Vatican en conclut que ce qu’il a institué doit durer sans cesse dans l’Église : iugiter durare necesse est. La promesse engage Dieu, non pour qu’Il agisse à notre place, mais par les causes secondes qu’Il a Lui-même instituées : l’Église hiérarchique, ses évêques, la dévolution de l’autorité. L’abbé nous presse d’attendre que Dieu agisse sans nous ; Dieu a fondé l’Église pour qu’Il agisse par elle.
Il invoque Dom Guéranger, et il a raison de le faire : c’est une autorité du meilleur aloi. L’abbé en retient l’avis de garder pure l’intelligence non moins que la volonté dans ces jours mauvais. Admirable programme ! Une intelligence pure pense droit : elle voit qu’il n’y a point de juridiction ordinaire sans Pape et en tire la conséquence, qu’il faut un Pape. Une volonté pure veut le bien : elle veut le retour de Pierre. Mais voyez l’équipage : des esprits immaculés de toute erreur, à l’arrêt, frein à main serré, raclant le bitume de leur belle conscience. Le moteur tourne, les roues crissent, la voiture ne bouge pas. Plus Guérard que Guéranger : on demande encore la fidélité aux vérités enseignées par Notre-Seigneur, fidélité d’autant plus franche et plus entière que la défection sera plus universelle. Au nombre de ces vérités figure la promesse de Matthieu, 28, 20 : le Christ demeure avec les siens tous les jours, jusqu’à la consommation des siècles. Elle ne se tient point pour acquittée par l’immobilité.
Et l’autocéphalie ? Elle est déjà là, et le sermon la sacre. En n’offrant d’autre horizon qu’une suppléance sans terme, il livre chaque prêtre à son propre jugement sur la sienne, sans juge commun ni échéance. Une suppléance qui s’interdit de rétablir ce à quoi elle supplée est un remède changé en régime ; une anarchie bien tenue n’en demeure pas moins une anarchie. Nous lui concédons sa majeure : sans Pape, point de juridiction ordinaire. Nous en tirons la mineure qu’il refuse : donc il faut un Pape. Voulons-nous le retour de Pierre ? Voilà tout notre crime.
Autocéphalie sacrée sans mandat…
Ⅲ. 🛡️ Entêtement, zizanie et matière sans forme
On peut aisément retourner ce propos, quand on propose la stérilité !
« La fidélité dans l’erreur, ça s’appelle de l’entêtement. » Nous l’inscrivons sur nos tablettes, et nous le retournons sans effort, puisque c’est facile.
L’entêtement est la persévérance dans ce qui ne porte point de fruit ; et l’on n’a pas encore dit pourquoi l’attente de soixante-huit ans, qui n’a produit ni Pape ni concile ni même une date, mériterait le nom d’une fidélité plus noble. Quant à l’hérésie pertinace que le sermon agite en passant, il faut un peu de tenue : l’hérésie suppose l’opposition à une vérité de Foi définie, non un désaccord sur la procédure de dévolution. Disputer d’un moyen canonique n’a jamais fait un hérétique ; et le mot ne se jette point sans pièces sur des prêtres qui signent un appel à réunir des évêques.Zizanie, ensuite. Larousse la définit comme la désunion qu’on fait naître dans un groupe. Qui la fait naître ? Des évêques qui s’écrivent, se concertent et signent un appel : voilà donc la division ; et des chapelles qui s’ignorent, chacune avec sa suppléance et sa Semaine sainte, voilà la concorde ? Ceux qui veulent réunir sont accusés de diviser ; leur écueil est de chercher une solution, quand le contradicteur se contente de décrire le malaise. Souvenons-nous de la parabole : c’est pendant que les hommes dormaient que l’ennemi vint semer l’ivraie. Mieux vaut, pour la reconnaître, regarder qui dort. Et si le projet est farfelu, que n’applique-t-on le conseil de Gamaliel (Actes, 5, 38-39) : si c’est l’œuvre des hommes, elle se détruira d’elle-même. On ne dénonce pas deux fois ce qui doit tomber seul.
Reste la confusion des mots. L’abbé nomme « conclavistes » les partisans du projet. Or le conclave est la réunion des cardinaux, et c’est justement ce qui ne peut plus se tenir : Bellarmin enseigne, au livre II, chapitre 30 du De Romano Pontifice, que le Pape hérétique manifeste cesse par lui-même d’être Pape et chef – comme le chrétien professant hérésie se place hors de l’Église –, et que les hérétiques manifestes perdent toute juridiction. Dès lors que le collège ne compte plus de cardinaux vraiment catholiques, nul conclave n’est possible ; d’où le concile imparfait. Le projet est donc l’inverse d’un conclave, et l’étiquette dont le sermon l’affuble repose sur un contresens.
Le plus savoureux est pour la fin. Les guérardiens tiennent les autorités romaines pour titulaires de l’office materialiter : la matière, sans la forme. L’abbé, sans le vouloir, applique le même régime à l’épiscopat fidèle : l’ordre, la messe, les sacrements, la saine doctrine, c’est-à-dire la matière ; et l’interdiction d’en faire jamais rien, c’est-à-dire la forme retranchée. Un clergé materialiter, corps sans tête qui marche : le zombie ecclésiologique des guérardiens, retourné à l’envoyeur.
On notera aussi le paysage, car le sermon s’adresse en réalité à trois publics : des catholiques acquis au projet, des partisans sede vacante qui en discutent, des traditionalistes qui regardent. Il demande aux derniers de ne point prêter l’oreille aux premiers. On rattache l’abbé à la « CMRI de Spokane », laquelle laisse, à notre connaissance, ses membres libres de leur jugement sur la question ; l’abbé use de cette liberté, et il en a le droit ; mais il l’emploie à l’ôter à ses fidèles.
Il termine par Éphèse. Pie XI avait institué cette fête par l’encyclique Lux veritatis, le 25 décembre 1931, pour le quinzième centenaire du concile de 431. Nestorius, qui refusa de comparaître à trois convocations, y fut frappé d’exclusion de toute dignité épiscopale le 22 juin 431 par une assemblée d’évêques que Cyrille d’Alexandrie présidait à la place de Célestin Ier. Concile parfait, nous le concédons : Rome y parlait par la voix du Pape. Mais retenons la leçon : quand l’hérésie frappa, l’Église n’attendit point en priant que Nestorius se convertît ; elle assembla ses évêques. Que le Pape légitime vienne à manquer, devrait-elle cesser de le faire ? Un sermon qui honore un concile pour interdire d’en tenir un tient du mécompte et de l’acrobatie.
☩ ℭoup de grâce
Gong ultime pour les paralysés unijambistes essayant de marcher « très imparfaitement » sur la jambe de l’Ordre
L’abbé achève en priant Notre-Dame : Gaude, Maria Virgo, cunctas haereses sola interemisti. Nous prierons de grand cœur, et nous ferons mieux : nous la prierons de nous éclairer, car la même Église qui chante cette antienne est celle qui assemble ses évêques et élit ses Papes. Prière, pénitence et attente ne se discutent point ; elles forment le socle, mais le socle n’a jamais passé pour la maison.
Retour au vestiaire, donc, et sans acrimonie : l’abbé a posé la plus belle des prémisses, qu’il n’y a point de juridiction ordinaire sans Pape, et refusé la plus nécessaire des conclusions. Tant qu’il tiendra la première sans oser la seconde, la Tradition aura des esprits purs, des volontés droites, et un frein à main serré jusqu’au rouge.
- La Rédaction
📚 Pour approfondir
- Thomas de Vio, dit Cajetan, De comparatione auctoritatis Papae et Concilii, Rome, 1511.
- Robert Bellarmin, De Romano Pontifice, livre II, chapitre 30, Rome, 1586-1593.
- Concile du Vatican, constitution dogmatique Pastor aeternus, 18 juillet 1870.
- Pie XI, encyclique Lux veritatis, 25 décembre 1931.
- Dom Prosper Guéranger, L’Année liturgique, Le Temps après la Pentecôte, XXᵉ dimanche.
- Saint Thomas d’Aquin, Somme théologique, Ia, q. 19, a. 9.
- Code de droit canonique de 1917, canons 209 et 219.
🥊 𝔑𝔬𝔰𝔞𝔯𝔱𝔦𝔠𝔩𝔢𝔰𝔡𝔢𝔩𝔞𝔖𝔱𝔯𝔞ß𝔢

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