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Publié le par Florian Rouanet
« Le Siège n’est pas vacant, c’est un fait » et le légiste du balcon – III (1/4)
Suite de nos « Curieuses accointances »Dimanche au forum
Notre deuxième livraison n’a pas fait mouche, elle a fait ruche. Sur un groupe Telegram traditionaliste de quelque cent quarante membres, les objections ont bourdonné tout un dimanche. Nous les avons recueillies, triées, épinglées. Les voici, avec leurs réponses ; rien n’a été perdu, pas même les bons mots.Les joutes d’estrade
On nous a d’abord baptisés « conciliaires imparfaits ». Le mot est de Cajetan, non de nous : concilium imperfectum. Quant à « conciliaires », l’Église l’est depuis Jérusalem (Actes 15). Ce n’est pas tant le concile qui pèche à Vatican II, c’est la doctrine.
Un autre plaisantin a vu dans notre « Saint-CGI » un puits sans fond, « pour accueillir le fond, il eût fallu qu’il existât ». Imparfait du subjonctif impeccable, reconnaissons-le : c’est bien le seul imparfait qu’il accepte. Et un puits sans fond reste un puits : on y puise. Nous ne canonisons rien, d’ailleurs ; nous convoquons. Les canonisations en série, laissons-les à d’autres.Trois positions en une heure
Vint ensuite l’objection sérieuse, en trois temps. Le concile ne se fera jamais. Puis : il n’aboutira à aucun consensus. Puis : il est illégitime, « bien évidemment ». Trois thèses en une heure ; le concile, lui, n’en demande qu’une.
« Il ne se fera jamais » n’est pas un argument, c’est un pronostic. On l’a dit des sacres d’Écône en 1988, et derechef en 2026.
Le consensus ? Aucun concile ne l’a obtenu de tous. Nicée a eu ses ariens, Constance ses récalcitrants. Benoît XIII ne s’est jamais rangé et finit ses jours retranché à Peñíscola, en 1423 ; l’élection de Martin V n’en a pas moins tenu. L’Église ne demande pas tant l’unanimité, elle demande l’autorité.
La désobéissance, enfin, que l’on nous reproche d’ériger « en modèle de vertu ». On ne désobéit qu’à une autorité légitime. Refuser le modernisme n’est pas refuser l’obéissance, c’est la garder pour qui y a droit : « Il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes » (Actes 5, 29). Mgr Lefebvre le disait dès le 21 novembre 1974 : adhésion à la Rome éternelle, refus de la Rome de tendance néo-moderniste. Qu’on rende à l’Église un Pape catholique, et les premiers à se mettre en rang seront ceux qui ont résisté. Ils n’ont jamais refusé l’autorité ; ils en réclament le retour depuis le premier jour.
[12/10/2026 19:55] Intégralisme organique: Curieuses accointances du sédévacantisme providentialiste – III (2/4)« Le Siège n’est pas vacant : c’est un fait »
Un fait se constate ; celui-ci se démontre. Que le Siège soit occupé est une conclusion théologique, comme la nôtre. Les faits, eux, sont publics : la liberté religieuse de Dignitatis humanae, Assise, la déclaration d’Abou Dhabi (4 février 2019), selon laquelle « le pluralisme et les diversités de religion » sont « une sage volonté divine ».
Et la démonstration se renouvelle sous nos yeux. Ces jours-ci, Léon XIV déclare la peine de mort « inadmissible », atteinte en soi à la dignité de la personne (Vatican News, octobre 2026). Innocent III enseignait le contraire, le 18 décembre 1208 : la puissance séculière peut exercer le jugement du sang sans péché mortel (Denzinger-Hünermann 795). Le Catéchisme du concile de Trente ne dit pas autre chose, au cinquième commandement. Quand on contredit ce que l’Église a toujours enseigné, on ne pense pas en catholique à certaines heures seulement. La vacance n’est pas un postulat de départ (bien que l’on identifie par là un problème et non une solution), c’est une conclusion d’arrivée. Un hérétique manifeste ne peut être chef de l’Église (saint Robert Bellarmin, De Romano Pontifice, II, 30 ; Paul IV, Cum ex apostolatus, 1559). Et puisqu’on invoque volontiers le doute raisonnable, l’adage des canonistes l’applique d’abord au Pontife : papa dubius, papa nullus.
Ménageons-le toutefois, ce Pape matériel : à en croire la Thèse, c’est de sa conversion que dépend la restauration de l’Église. Près de soixante-dix ans qu’on attend celle de ses prédécesseurs ; la peine de mort, elle, n’a pas attendu.La lignée Thuc, ou le doute sans visage
« Il y a trop de problèmes » : l’objection revient comme un refrain. Un doute positif se nomme : défaut de matière, de forme, de ministre, d’intention ? Tant qu’il ne se nomme pas, c’est un doute négatif, et la théologie morale l’écarte. La validité d’un sacrement se présume dès que ses éléments sont saufs.
Il y a mieux encore. La Rome que nos contradicteurs tiennent pour légitime a frappé les premiers sacres de Mgr Thuc, en 1976, d’excommunication et de suspense, sans en déclarer la nullité. Et Mgr Guérard des Lauriers, chef de file de la Thèse, a lui-même reçu l’épiscopat de Mgr Thuc, le 7 mai 1981 : ses disciples ne peuvent scier la branche où leur maître s’est assis.
Selon le témoignage du Dr Eberhard Heller, mis à part Mgr Guérard des Lauriers, qui avait rompu (avec Mgr Lefebvre) puis fait bande à part dans la lignée Thuc, l’unanimité morale était presque acquise. Elle se dessine de nouveau, avec les signatures de l’initiative Unam Sanctam. La lignée Thuc n’est d’ailleurs pas seule : elle tient l’avant-garde.
[12/10/2026 19:55] Intégralisme organique: Curieuses accointances du sédévacantisme providentialiste – III (3/4)Spokane, l’État de Washington, et l’ombre de Schuckardt
« Et Spokane, c’est où ? Ne me dites pas que c’est à Washington… » Si : dans l’État, à quatre mille kilomètres de la Maison-Blanche. La CMRI y tient Mount Saint Michael, ancien séminaire jésuite acquis en 1977. Les modernistes, eux, préfèrent les capitales.
Restait l’épouvantail : Francis Schuckardt, « à fuir comme la peste ». Nous en convenons, et la CMRI l’a fait avant nous. L’histoire est connue. Laïc du mouvement de Fatima, Schuckardt fonde la congrégation en 1967 ; il est ordonné puis sacré les 31 octobre et 1er novembre 1971, à Chicago, par Daniel Q. Brown, issu des vieux-catholiques. Suit une dérive sectaire. En 1984, accusé d’abus et de détournements, il est chassé et s’enfuit.
Vient alors le ménage, et c’est ce qui compte. Le 23 avril 1985, les prêtres restants font abjuration ad cautelam devant Mgr George Musey, de la lignée Thuc, qui les réordonne sous condition et réadministre les sacrements douteux. Le 27 juin 1985, il ordonne prêtre l’abbé Mark Pivarunas, que Mgr Moisés Carmona, sacré par Mgr Thuc lui-même, consacre évêque le 24 septembre 1991.
Vous parlez de prudence et de doute raisonnable ? La CMRI les a pratiqués avant vous. On ne saurait demander mieux à une congrégation que de lever elle-même le doute qui pesait sur ses origines. Le reproche vise un homme chassé depuis quarante ans, non la congrégation d’aujourd’hui. Et si quinze sœurs l’ont quittée en 2007 pour reconnaître Benoît XVI, c’est leur position sur le Siège qui changeait, non la validité des ordres.Le légiste du balcon
Sur le site, un commentateur signant Ultima Ratio nous a opposé le Code de 1917 : sacres sans mandat (can. 2370), mépris de l’autorité, nécessité qui n’excuse pas. Un lecteur se souvient de l’avoir connu sédévacantiste « seul à la maison » ; il brandit désormais le droit contre tous les évêques, sans dire qui détient aujourd’hui la succession, ni même une ébauche de juridiction.
Le canon 2370 protège le droit d’un Pape de donner ou de refuser le mandat : l’opposer aux sacres d’aujourd’hui, c’est tenir pour actuelle l’autorité de Rome, c’est-à-dire se rallier. Le même Code fait vaquer ipso facto, sans aucune déclaration, l’office de qui a publiquement défailli de la foi (can. 188, 4°). Il permet aux fidèles de demander les sacrements même à un ministre excommunié non vitandus (can. 2261, § 2) ; il supplée la juridiction dans l’erreur commune (can. 209) ; il dispose que l’élu reçoit la juridiction suprême de droit divin dès son acceptation (can. 219). Les électeurs désignent ; le Christ confère. Salus animarum suprema lex.
Piquant détail : ce Code de 1917 a été abrogé en 1983 par Jean-Paul II (can. 6). Invoquer l’ancien pour obéir à celui qui l’a abrogé, c’est suivre son « Pape materialiter » jusqu’au bout.
[12/10/2026 19:55] Intégralisme organique: Curieuses accointances du sédévacantisme providentialiste – III (4/4)La ligne de partage des eaux
Le 1er juillet 2026, la Fraternité Saint-Pie X sacrait quatre évêques à Écône devant 16 639 participants de plus de soixante-cinq nations. Le lendemain, le « dicastère pour la doctrine de la foi » constatait l’excommunication des six évêques et menaçait de la même peine clercs et fidèles qui y adhèrent. Rome trace elle-même la ligne de partage des eaux : elle exclut la Fraternité et serre la vis à Ecclesia Dei.
La Fraternité, de son côté, change de ton en bien des prieurés : on y raille de nouveau les néo-modernistes, et l’on y reparle, discrètement, avec les frères partis, de la Résistance aux williamsoniens et au-delà. Les murs se fissurent des deux côtés ; c’est le moment de bâtir des ponts, non de compter les briques.L’archipel et la dévolution
Railler les ralliés est un jeu de foire amusant, bateleurs compris. Mais regardons d’abord la poutre dans notre œil (Matthieu 7, 3) : un archipel de chapelles jalouses, chacune son anathème. Les joutes d’estrade ne cesseront jamais ; restons sur le terrain, clercs à leur poste et laïcs sur le banc, tandis que d’autres commentent depuis les gradins, quand ce n’est pas depuis le trottoir.
L’Église est hiérarchique, et en temps de crise l’autorité descend par dévolution : le Pape, puis les cardinaux, puis le clergé romain, puis l’Église universelle, c’est-à-dire les vrais évêques, successeurs des Apôtres, réunis en concile (Cajetan, De comparatione auctoritatis papae et concilii). Pierre a des successeurs perpétuels (Pastor aeternus, chapitre 2). Quinze évêques se parlent et ont commencé de le faire à Spokane, en octobre 2025 : des électrons libres, nous dit-on. Les électrons s’assemblent ; c’est même ainsi qu’on fait des molécules.Cinquante ans sur deux mille
La crise arienne a déchiré l’Empire romain une soixantaine d’années, de 318 au concile de Constantinople en 381, avant de subsister près de trois siècles chez les peuples germaniques. Notre crise n’est pas une fin ; c’est un chapitre. Le véhicule n’est pas immobile parce que la route est longue, mais parce que certains tiennent le frein.
La vacance n’est pas le problème ; c’est le constat. Le problème, c’est l’absence de remède. Le concile est la solution.Intégralisme Organique : ni puits sans fond, ni doute sans visage, ni Code contre l’Église, ni frein à main serré.
Florian Rouanet.
Références
– Cajetan, De comparatione auctoritatis papae et concilii (1511).
– Concile du Vatican, Pastor aeternus, 18 juillet 1870, ch. 2.
– Code de droit canonique de 1917, can. 188, 4° ; 209 ; 219 ; 2261, § 2 ; 2370.
– Innocent III, lettre du 18 décembre 1208, Denzinger-Hünermann 795.
– Mgr Lefebvre, Déclaration du 21 novembre 1974.
– Abbé A. Cekada, brochure sur Mount Saint Michael et la CMRI (octobre 1993) : traditionalmass.org/articles/traditionalist-controversy/mt-st-michael-cmri-brief-overview/
– FSSPX.News, « Les chiffres des sacres épiscopaux » (juillet 2026) : fsspx.news/fr/news/des-milliers-fideles-econe-les-chiffres-des-sacres-episcopaux-60258
– Aleteia, « Rome acte l’excommunication des six évêques » (2 juillet 2026) : fr.aleteia.org/2026/07/02/rome-acte-lexcommunication-des-six-eveques-lefebvristes/
– Vatican News, Léon XIV et la peine de mort (octobre 2026) : vaticannews.va/fr/pape/news/2026-10/pape-peine-justice-dignite-eglise-catholique-justice-citoyens.html
– Notre étude sur Palmar de Troya (juillet 2025) : integralisme-organique.com/2025/07/etude-palmar-de-troya-palmarisme-mystique-crypto-modernisme-et-conclavisme-lunaire/

Suite de nos « Curieuses accointances » (parties I à III) : « Les remparts, c’est obsolète – le néo-pape de l’UNESCO » IV (1/4)
Remparts et ralliements
Le dimanche n’était pas fini. Après notre troisième livraison, le même groupe Telegram a rouvert le feu jusque au soir. Moins de fond, davantage de fumée ; mais la fumée aussi renseigne sur le foyer. Recueil, tri, et quelques pépites qu’il eût été dommage de perdre.La tourière et le centième
Premier tir : « Vous rêvez. » Preuve à l’appui : une religieuse, ancienne de la Fraternité, refuse les sacres de juillet et devient tourière dans un autre monastère. Soit. Nous avions écrit « en bien des prieurés », non « dans tous » ; une sœur n’est pas le centième de la maison. Et son départ prouve qu’il existe une ligne de partage, non qu’il n’en existe pas : on ne franchit pas une frontière qui n’existe pas. Une tourière, enfin, garde la porte du monastère ; elle ne garde pas le dépôt de la foi.Léon IV et les remparts
Second tir : « le grand succès qu’a connu Léon le quatrième du nom à Paris ». Lapsus pour le quatorzième, sans doute ; mais le lapsus est providentiel. Léon IV régnait en 847. Après le sac de Saint-Pierre par les Sarrasins, en 846, il ceignit la basilique d’une muraille, la cité léonine, achevée en 852 : un Pape qui bâtissait des remparts autour du tombeau de l’Apôtre.
La réplique est venue, et elle vaut son pesant d’or : « Les remparts, c’est obsolète. »
Ce n’est pas un argument, c’est un aveu, et dans la langue même que nous dénonçons. « Obsolète » : le mot vient du catalogue, non du catéchisme. On le dit d’un téléphone, d’un logiciel, d’une machine qu’on remplace par le modèle suivant. Appliqué à la défense de la Foi, il trahit toute une manière de penser : la vérité aurait une date de péremption, la doctrine des mises à jour, et l’Église un service après-vente. C’est le modernisme parlé couramment, sans accent, par ceux-là mêmes qui jurent n’en rien savoir. Saint Pie X l’appelait « l’égout collecteur de toutes les hérésies » ; un rendez-vous sans remparts, c’est une ville ouverte. On ne défend plus la cité, on y accueille.
Notre Seigneur, pourtant, n’a pas jugé la vigilance obsolète : « Attendite a falsis prophetis » (Matthieu 7, 15). Saint Paul pas davantage, qui voyait venir après son départ des loups ravisseurs n’épargnant pas le troupeau (Actes 20, 29). Les remparts ne sont pas une architecture ; c’est une charité.Paris, l’UNESCO et l’applaudimètre
Le « succès » invoqué était celui du voyage de Léon XIV en France, du 25 au 28 septembre 2026 : Stade de France comble, messe sur les Champs-Élysées, Lourdes, Metz. Le même jour que la veillée des jeunes, il parlait à l’UNESCO.
L’UNESCO : maison dont le premier directeur général, Julian Huxley, voulait fonder la philosophie sur un « humanisme mondial scientifique » (UNESCO, its purpose and its philosophy, 1946). Tout un symbole. Le Christ n’y fut nommé qu’une fois, pour dire que le mystère de la personne humaine trouve en lui sa pleine lumière : c’est Gaudium et spes, 22, la phrase fétiche de Jean-Paul II. Même son Christ passe par le Concile.
Pie XII, après la guerre, parlait aux savants, aux médecins, aux juristes, et leur parlait en catholique, sans traduction. Léon XIV a parlé la langue de l’adversaire. Ce n’est pas une affaire de vocabulaire : qui adopte la grammaire de l’autre finit par en épouser la syntaxe.
Les foules ? Elles prouvent l’affection, voire la médiocrité, non l’orthodoxie. Jérusalem a crié « Hosanna » le dimanche et « Crucifige » le vendredi ; le nombre ne fait pas la Foi, ni hier ni aux Champs-Élysées. Nous avions cité les seize mille d’Écône contre ceux qui raillaient notre petit nombre, non pour juger de la vérité à l’applaudimètre.
[15/10/2026 19:36] Intégralisme organique: IV (2/4)
Maurice Thorez et les serpents
On nous a prêté de voir des francs-maçons partout : « si le Pape passe rue Maurice-Thorez, vous l’accuserez d’être communiste ». Relisons-nous : nous parlions de principes maçonniques, non d’appartenance aux loges. Les maçons ne sont pas partout ; ils ne sont pas nulle part non plus. Et quand un document signé à Abou Dhabi, déjà cité ici, bénit la diversité des religions, on n’a pas besoin de tablier pour reconnaître l’équerre.
Savoureux détail : le même camp, une heure plus tard, faisait circuler l’image d’un serpent « qui règne en maître au Vatican ». On nous reproche le soupçon, puis l’on poste des reptiles. Nous laissons les vipères aux herpétologues ; nous nous en tenons aux textes.Prier pour la France
Enfin, le reproche le plus inattendu : nous militerions pour la disparition de la France, faute d’applaudir. Nous prions pour elle, et chaque dimanche. Mais prier pour la France est le moins ; la vouloir au Christ-Roi est le tout (Pie XI, Quas primas, 11 décembre 1925). La fille aînée de l’Église ne se sauve pas par un humanisme abstrait ; elle se sauve par son baptême.Léon XIII, l’Action française et le ralliement
« Puisqu’on évoque les Léon, le treizième du nom a fait le ralliement ; le quatorzième, c’est le suivant. » La pique se voulait cinglante ; elle tombe à côté.
Léon XIII, par Au milieu des sollicitudes (16 février 1892), a engagé les catholiques français dans la Cité sans rien céder des principes : accepter le pouvoir établi n’est pas épouser sa doctrine. Il a demandé aux fidèles de combattre les lois antichrétiennes sur le terrain de la constitution existante, non d’applaudir la Révolution. Le « ralliement » brandi comme repoussoir doit beaucoup à la dialectique de l’Action française, que Pie XI condamna en décembre 1926. Reprocher à Léon XIII le ralliement avec les arguments d’un mouvement condamné, c’est faire de Maurras un docteur de l’Église.
Et la différence saute aux yeux : Léon XIII ralliait les catholiques à un régime ; Léon XIV rallie son église aux principes du régime. Le premier acceptait le fait, le second adopte le droit.Le libre examen à la rescousse
Pour finir de nous confondre, on appela un renfort : un tiers de confession réformée, qui voit lui aussi « des francs-maçons partout, et surtout dans l’Église catholique ». L’allié est inattendu. Daniel de l’Observatoire du modernisme catholique. Son anarchisme ecclésial se marie mal avec Gratien, le droit canonique et la thèse du Concile général imparfait. On ne bâtit pas une ecclésiologie catholique sur le libre examen ; on ne convoque pas un concile avec ceux qui récusent les conciles.« C’est le Pape qui convertit, non un évêque Thuc »
« Allez convertir les nations. Ça vous parle ? Eh bien, c’est le Pape qui le fait, et non pas un évêque Thuc. » Cela nous parle, en effet : c’est l’ordre du Christ (Matthieu 28, 19). Encore faut-il un Pape qui veuille convertir les nations, et non dialoguer avec elles. Convertir la foule, oui ; avaliser la sottise ambiante, non.
Mais l’objection, à son insu, avoue l’essentiel : il faut un Pape pour cette mission. Nous ne disons pas autre chose. Toute la question est de savoir comment l’Église en retrouvera un qui prêche l’Évangile au lieu de le traduire en humanisme abstrait et maçonnique. Un évêque Thuc ne convertit pas les nations, c’est vrai. Un corps d’évêques réunis peuvent rendre à l’Église celui qui le fera.
[15/10/2026 19:36] Intégralisme organique: IV (3/4)
La vraie ligne de front : le rite
Derrière les piques, une réalité que nul n’a contestée : à Rome, les rites de Montini Paul VI ont vaincu. Promulgué le 3 avril 1969, le nouveau missel règne dans les diocèses depuis plus d’un demi-siècle. Le 25 septembre 1969, les cardinaux Ottaviani et Bacci avouaient à Paul VI qu’il s’éloignait de façon impressionnante de la théologie catholique de la messe formulée à la session XXII de Trente. Le reste n’est que péripétie. Ecclesia Dei (2 juillet 1988), puis Summorum Pontificum (7 juillet 2007) : on rendait la messe de saint Pie V secondaire et en liberté conditionnelle. Traditionis custodes (16 juillet 2021) l’a remise en cellule. Entre les deux, un double jeu, au double sens du mot : deux formes d’un même rite, disait-on, comme on dirait deux formes d’une même foi. Les conservateurs conservent, certes ; reste à savoir quoi. Depuis soixante-dix ans, c’est surtout le Concile. Et chaque décennie qui passe forme des néo-prêtres qui ne savent plus un mot de latin et n’ont jamais vu l’ancien vrai rite.Ce qu’un Pape ne peut pas
Un Pape peut régler les accidents d’un rite ; il ne peut ni en changer la substance, ni en altérer la doctrine. Trente l’a dit : l’Église a pouvoir sur la dispensation des sacrements, « salva illorum substantia », leur substance sauve (session XXI, ch. 2, 16 juillet 1562). Le rite romain s’est édifié par accroissement organique au fil des siècles, avant d’être codifié et unifié. Saint Pie V, par Quo primum (14 juillet 1570), a reçu et fixé ; il n’a rien inventé. Paul VI, lui, a fabriqué – par esprit archéologiste, ou prétendu tel. Un rite ne se décrète pas : il se reçoit.L’impasse de la Thèse
C’est ici que la Thèse de Cassiciacum bute encore. Elle attend des cardinaux « materialiter » qu’ils restaurent un jour ce qu’ils n’ont jamais connu : le latin qu’ils n’ont pas appris, le rite qu’ils n’ont pas célébré, la doctrine qu’ils ont désapprise au séminaire. C’est confier la restauration de Chartres à un architecte de centres commerciaux, et attendre qu’il retrouve par lui-même le secret des vitraux.
[15/10/2026 19:36] Intégralisme organique: IV (4/4)
Ni conciliarisme, ni salon
Reste le reproche de fond qu’on nous adresse à mots couverts : le CGI serait du conciliarisme. Non. Le conciliarisme place le concile au-dessus d’un Pape légitime ; Pie II l’a condamné par Execrabilis (18 janvier 1460), et Vatican I a frappé ceux qui en appellent du Pape au concile « comme à une autorité supérieure » (Pastor aeternus, ch. 3). Nous souscrivons. Le CGI ne se met pas au-dessus du Pape ; il se met à la place du conclave, faute de Pape. On n’en appelle pas d’un juge absent.
Le mot même de « concile imparfait » vient d’ailleurs de Cajetan, dans un traité écrit en 1511 contre le conciliabule de Pise : le père du concile imparfait est le grand pourfendeur du conciliarisme. Nous accuser de gallicanisme avec ses mots, c’est reprocher à un pompier l’odeur de la fumée.
Et sur la vacance, la maison d’en face tient le principe. Dans La Civiltà Cattolica, revue des jésuites relue par la Secrétairerie d’État, le P. Gianfranco Ghirlanda, que François fit cardinal, écrit en mars 2013 qu’un Pape tombé dans l’hérésie notoire déchoirait « ipso iure » de son office. Il ne lui manque que de regarder les faits.Ce qui est proposé
Ni un conclave de famille, ni une révélation privée, ni un concile au-dessus d’un Pape légitime. Des évêques valides, catholiques de profession, publiquement réunis, tendant à l’unanimité morale, pour rendre à l’Église un Pape qui convertisse les nations et relève les remparts. Voilà ce qui est proposé, et ce qu’il faut appliquer. Le reste est affaire de courage, et de prière.Intégralisme Organique : ni remparts abattus, ni rite fabriqué, ni néo-pape de l’UNESCO, ni concile au-dessus du Pape.
Florian Rouanet.
Références
– Pie II, Execrabilis, 18 janvier 1460 ; Concile du Vatican, Pastor aeternus, 18 juillet 1870, ch. 3.
– Cajetan, De comparatione auctoritatis papae et concilii (1511).
– Concile de Trente, session XXI, ch. 2 (16 juillet 1562) ; saint Pie V, Quo primum (14 juillet 1570).
– Léon XIII, Au milieu des sollicitudes (16 février 1892) ; Pie XI, Quas primas (11 décembre 1925).
– Saint Pie X, Pascendi Dominici gregis (8 septembre 1907).
– Cardinaux Ottaviani et Bacci, lettre à Paul VI, 25 septembre 1969 : sspx.org/en/letter-cardinal-ottaviani-pope-paul-vi-30144
– G. Ghirlanda, « Cessazione dall’ufficio di Romano Pontefice », La Civiltà Cattolica, n. 3905, 2 mars 2013 : laciviltacattolica.it/articolo/cessazione-dallufficio-di-romano-pontefice
– J. Huxley, UNESCO, its purpose and its philosophy (1946).
– Léon XIV à l’UNESCO, 25 septembre 2026 : dioceseparis.fr/visite-a-l-unesco-du-pape-leon-xiv.htmlCurieuses accointances du sédévacantisme acéphale, ou la vacance érigée en confort (2 parties)

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