• La bataille d’Hernani entre Anciens & Modernes au XIXème siècle



    Théâtre romantique & ruine de l’école classique et chrétienne au XIXᵉ siècle : le sacre du vacarme

    • Romantisme insurgé & année fatidique en 1830 : Hernani ou l’insulte faite à la règle

    • De Racine à Hugo : l’effondrement d’un monde scénique


    Énoncé liminaire

    Cher lecteur,

    Après les fastes tragiques du Grand Siècle, après la majesté sobre de Corneille & la musique funèbre de Racine, vint une génération nouvelle — impétueuse, lyrique, parfois grandiloquente — qui prétendit jeter à bas les antiques colonnes afin de dresser de nouveaux temples, faits de brume, de fièvre & d’éclats. Cette secousse théâtrale eut un nom : la bataille d’Hernani.

    Nous vous proposons ici un survol circonstancié de cette querelle du XIXᵉ siècle, où s’évanouit définitivement l’héritage de l’école classique, sacrifié sur l’autel du romantisme naissant. Nous y joindrons un florilège d’extraits choisis, échos tantôt sublimes, tantôt grotesques, de ce théâtre qui voulait abolir les règles au nom des passions humaines.

    Mais à l’issue de cette fresque, peut-être conviendra-t-il, malgré les séductions de l’exotisme romantique, de déplorer la perte d’un théâtre ordonné, noble & chrétien, tel qu’il fleurit jadis au temps de Louis XIV.

    Le théâtre sacrifie l’antique sur l’autel du pathos


    La querelle des Anciens & des Modernes, au prisme tragique sous le règne de Louis XIV

    Assise conceptuelle

    ROMANTISME, subst. masc.Mouvement littéraire & artistique du XIXᵉ siècle, caractérisé par l’expression des sentiments, la subjectivité, la liberté des formes & le rejet des règles classiques.
    THÉÂTRE, subst. masc.Art de la représentation scénique d’un conflit humain, mêlant dialogue, mimique & dramaturgie selon des formes historiques diverses (tragédie, comédie, drame).
    CLASSIQUE, adj.Qui se conforme à un idéal d’ordre, de mesure, de clarté, inspiré de l’Antiquité gréco-latine.


    Épigraphes préludiales

    • « Il y a des femmes honnêtes, monsieur, comme il y a des voleurs qui ne volent pas. »
      Alexandre Dumas père (Antony)
    • « L’alexandrin tombait comme un roi décapité. »

      Gustave Lanson, Histoire de la littérature française, publié en 1895 : Internet Archive

    • « Vous êtes des hommes de l’ordre, nous sommes des hommes de la liberté. »

      Victor Hugo, extraite de la Préface de Cromwell (1827) : Wikisource

    • « L’art moderne, c’est le chaos organisé. »

      Théophile Gautier en 1830 : Gallica

    • « La réputation est un préjugé vain et fallacieux : souvent gagnée sans mérite et perdue sans justice »

      Othello de William Shakespeare – XVIᵉ siècle : Evene

    • « Il y a deux manières de passionner la foule au théâtre : par le grand et par le vrai. Le grand prend les masses, le vrai saisit l’individu »

      Victor Hugo : Evene

    • « Le théâtre a pour objet d’être le miroir de la nature, de montrer à la vertu ses propres traits, à l’infamie sa propre image, et au temps même sa forme et ses traits dans la personnification du passé »

      Pensées de William Shakespeare, traduite et reprise dans le contexte du théâtre français du XIXᵉ siècle : zonelitteraire.e-monsite.com


    Σ Arborescence des matières

    1. 🎭 Changement de siècle, basculement d’école

    2. La bataille d’Hernani : manifeste romantique

    3. Florilège de théâtre moderne : Musset, Hugo, Dumas & autres

    4. 🏛 Mort de l’ordre antique & éclipses chrétiennes

    5. Derniers feux de la tragédie & impasses du drame bourgeois


    Le crépuscule de la tragédie classique & l’avènement du drame romantique

    🏛 I. Changement de siècle, basculement d’école
    🎭 De la grandeur tragique au lyrisme subjectif : un basculement irréversible

    L’an 1830, décidément chargé de ruptures, vit choir deux piliers d’un monde en déclin : la monarchie des Bourbons, abattue par les Trois Glorieuses, & la tragédie classique, terrassée par la première d’Hernani. D’un côté, la couronne de Charles X roulait dans la poussière des pavés parisiens ; de l’autre, la couronne dramatique de Racine sombrait dans la houle romantique. Ce fut, dira-t-on, un double régicide (fut-il semi-libérale toute part) : politique & poétique.

    Déjà, le XVIIIᵉ siècle avait préparé l’effritement. En substituant au pathétique noble de la tragédie les larmes bourgeoises du drame sensible — chez Diderot ou Beaumarchais — il avait sapé les fondations sacrées sur lesquelles s’était élevé l’édifice du Grand Siècle. Néanmoins, un certain ordre persistait, une hiérarchie des formes, un respect des canons — échos encore vibrants de l’autorité de Louis XIV & de ses académies malgré tout.

    Mais le XIXᵉ siècle, enfanté dans le tumulte révolutionnaire & nourri au sein du moi romantique, brisa net ce fil d’or, pour se jeter dans l’inconnu. L’école classique, bâtie sur Aristote, Sénèque & la Poétique des Anciens, voyait dans le théâtre un temple moral. Il fallait émouvoir, certes, mais par la mesure, la clarté, la rigueur — placere docendo. La vertu y brillait au creuset de l’épreuve, les passions y étaient domptées par la raison, la langue y était reine, apollinienne, toute en cadence.

    À rebours, oserions-nous écrire, les romantiques — Rousseau dans le cœur, Shakespeare dans les veines — en appelaient au tumulte, au débordement, à la sincérité subjective. Ils préféraient les flots de larmes aux lacs tranquilles du classicisme. Ils voulaient voir gémir, se pâmer, s’embraser. L’homme, affranchi des chaînes formelles, devait se mirer sans fard sur la scène, quitte à y exposer la bassesse de l’âme. De là, le théâtre cessa d’élever pour s’épancher. Il ne peignait plus des types universels, mais des figures à la dérive. Le mot d’ordre était lancé, résonnant fort mal lorsque l’on songe aux événements de Mai 68 : « La règle, c’est qu’il n’y a plus de règles. »

    & le rideau se leva sur un monde en désordre.

    ⚔ II. La bataille d’Hernani : manifeste romantique
    🥊 Théâtre devenu arène : la querelle des formes tourne à la guerre de génération

    Le 25 février 1830, salle Richelieu, la première d’Hernani fit office de combat rituel. La tragédie classique y fut traînée sur les planches comme un vieil aristocrate moqué par la foule. Car c’est bien d’un guet-apens théâtral qu’il s’agissait, préparé avec l’ardeur militante d’une (anti)croisade. Les jeunes romantiques — Théophile Gautier en tête, orné d’un gilet rouge flamboyant devenu légendaire — vinrent troubler le repos compassé des abonnés de l’Académie.

    Les clameurs, sifflets, éclats de rire & invectives transformèrent la salle en cirque. Le théâtre, d’art sacré, devenait arène des passions. Ce tumulte, loin d’être anecdotique, révélait un bouleversement civilisationnel : l’art ne visait plus la beauté harmonieuse, mais la violence expressive.

    Car Hernani, au-delà de ses qualités — indéniables à certains endroits — était d’abord une rupture ostentatoire. L’alexandrin y claudiquait, la syntaxe y haletait, les invraisemblances s’empilaient. Le héros n’était plus un prince ou un sage, mais un brigand espagnol et criard, amoureux jusqu’à la bêtise, & prompt à l’esclandre. La fidélité & l’honneur y étaient certes invoqués, mais noyés sous des torrents d’exclamations.

    Victor Hugo, dans sa célèbre Préface de Cromwell (1827), avait pourtant annoncé la couleur : « Le grotesque est la base du sublime. » Le monde moderne, disait-il, ne pouvait plus s’encombrer de l’unité d’action ou de ton. À la pure tragédie devait succéder le drame total, le chaos sublime d’une humanité tourmentée. Mais que gagne-t-on à dépeindre l’homme sans Dieu, sans Ciel, sans cadre ? À ne peindre que le tumulte, l’on court le risque de sombrer dans la cacophonie.

    & l’art, se voulant miroir, devint parfois simple reflet fêlé

    ✍ III. Florilège de théâtre moderne : Musset, Hugo, Dumas & autres
    🌠 Éclats & dispersions : la fécondité romantique au prisme de ses limites

    Malgré ses outrances, la génération romantique ne fut point stérile. Bien au contraire. Le théâtre, ainsi « libéré », enfanta quelques-unes des plus belles pages du XIXᵉ siècle — quoique de beauté fugace, tremblante, comme la lumière vacillante d’un chandelier battu par le vent.

    Victor Hugo, tantôt prophète du verbe, tantôt orfèvre du vers, sut exprimer une forme de mystique lyrique, bien que parfois sujette à l’enflure :

    « Soyez heureux ! soyez heureux ! soyez heureux ! »
    (Hernani, acte V, scène 5)

    Alfred de Musset, plus douloureux, plus intime, chanta la fragilité de l’âme humaine dans des vers qui sont des sanglots cristallisés :

    « Les plus désespérés sont les chants les plus beaux,
    Et j’en sais d’immortels qui sont de purs sanglots. »
    (La Nuit de mai, 1835)

    Alexandre Dumas père, fécond & populaire, lança ses héros à la pointe de l’épée : Henri III, La Tour de Nesle, autant de fresques virevoltantes, savoureuses certes, mais plus proches de la parade que de la catharsis. Le drame romantique se donnait volontiers en spectacle — il émouvait, distrayait, mais instruisait peu.

    Puis vinrent Labiche & Feydeau, princes du vaudeville. Leur théâtre, mécanique & malicieux, fit rire les salons. Mais quelles hauteurs restaient-elles ? On claquait les portes, l’on riait des maris trompés…, & la société s’y mirait sans pudeur aucune. Cela avait du style, probablement, disait parfois vrai également, mais n’avait guère d’âme.
    Quant à Eugène Scribe, génial artisan d’un théâtre de salon aussi brillant que vide, il incarna à lui seul ce théâtre bourgeois, dont l’élégance dissimulait le néant.


    🏛 IV. Mort de l’ordre antique & éclipses chrétiennes
    ⛪ L’évanouissement du sacré dramatique : théâtre sans transcendance

    Sous les oripeaux du romantisme se cache une réalité plus grave : la désagrégation du lien organique entre art dramatique & vision chrétienne du monde. Car le théâtre classique, héritier des Grecs autant que des Pères de l’Église, puisait sa force dans un équilibre : celui du Logos & de la Grâce. Racine, dans Athalie, révélait le tragique comme lieu d’épreuve morale & de salut possible.

    Le théâtre romantique, au contraire, tourne le dos à cet héritage. L’unité de lieu ? Jetée au vent. Le martyre ? Disgracié. Le repentir ? Remplacé par l’orgueil. Le péché ? Devenu simple pulsion, et traitement psychologique. L’homme romantique n’est plus coupable devant Dieu, mais victime devant l’univers, ce qui rapproche d’un judaïsme mental.

    Plus de sacré, plus de rite, plus de finalité transcendante. Le héros devient bandit, la sainte devient hystérique, la parole devient plainte. Le théâtre ne reflète plus l’Ordre divin, mais le désordre des passions. La scène, naguère sanctuaire, s’avère désormais exutoire. Le chant liturgique s’éteint, remplacé par les soupirs d’êtres égarés. Ce décèle ainsi, au sein des domaines de la politique et de l’art, une même mentalité intrinsèque.

    & le Nazaréen, naguère encore lumière de la scène, est chassé du drame comme du cœur.

    ⚖ V. Derniers feux de la tragédie & impasses du drame bourgeois
    🕯 Le théâtre moderne : une parole orpheline d’une verticalité perdue

    Certes, nous employons un ton tragique dans nos sous-titres, usant de la corde « ennemi », mais c’est ici pour mieux défendre la tradition éprouvée par les siècles, ainsi que la Chrétienté.

    Et, en effet, malgré quelques ultimes lueurs — Vigny & son Chatterton, Claudel & ses grandes fresques mystiques — la tragédie classique, en tant que genre porteur d’une vision cohérente de l’homme, est morte à partir de cette « bataille ». Non sans noblesse certes, mais morte tout de même.

    Le drame bourgeois, bavard & sentimental, occupa le vide laissé. Il émouvait, parfois. Il dénonçait, souvent. Mais il n’enseignait point. Car enseigner, c’est transmettre avec autorité un sens supérieur, une vérité universelle, un bien. Or ce théâtre ne croyait plus qu’en l’homme — non plus en Dieu.

    Ainsi, la scène devint une tribune, un divan, une galerie de portraits névrotiques. Il ne s’agissait plus de juger l’homme à l’aune de l’éternité, mais de le plaindre à l’échelle de l’instant. Le théâtre s’abaissa au rang de miroir sociologique, sans profondeur ni ciel.

    & voilà comment la couronne tragique, tombée en 1830, ne fut jamais relevée, et continua de tomber en désuétude et déshérence


    ⚜️ Synthèse conclusive

    Fidèle à sa vocation première, le théâtre fut longtemps un lieu de culture, mais aussi de vérité — non point d’illusion malsaine. Il montrait le cœur de l’homme aux prises avec la Loi, divine ou naturelle. Il formait, à sa manière, un autel de justice & de beauté. Mais avec ladite modernité, ce sanctuaire fut profané.

    Ce n’est point la sensibilité en soi qu’il faut rejeter, mais son absolutisation. Car hors de la verticalité, hors du sacré, le théâtre n’est plus que jeu. Qu’il se fasse vil divertissement ou manifeste, peu nous en chaut s’il cesse d’édifier.

    Il faudra, tôt ou tard, retrouver la voie perdue. Redonner au verbe sa majesté, à la scène son mystère, à l’homme son âme.

    La Rédaction


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