• Pie XI et la « croix ennemie nazie », une dénonciation historique ?



    Allocution de 1938 dénonçant une menace contre l’Église

  • 🔎 Un flou historique à propos d’une « récente apothéose »

    En cette soirée du 24 décembre 1938, le Pape Pie XI, s’adressant au Sacré Collège, prononça des paroles empreintes de gravité, évoquant une « croix ennemie de la croix du Christ » et une « récente apothéose » à Rome.
    Certains interprétèrent ces termes comme une allusion à la visite d’Adolf Hitler en mai de la même année. Cependant, une analyse attentive des faits et du contexte historique invite probablement à reconsidérer cette interprétation.

    Et effectivement, le professeur Robert Faurisson n’étant plus, il va falloir confronter les sources nous-mêmes, et ne rien prendre pour acquis, sur un sujet aussi passionnel en politique, où la raison a déserté depuis déjà fort longtemps !

    Définition

    Apothéose, subst. fém. : Glorification, exaltation suprême d’un événement ou d’une personne.

    Sommaire

    • I. Analyse de la « récente apothéose »
    • II. Suite de l’identification de la « croix ennemie »
    • III. Paroles du Pape
    • IV.​ Confronter les sources en tant que telles

    I. Analyse de la « récente apothéose »

    Certains suggérèrent que le Pape faisait allusion à la visite d’Adolf Hitler à Rome en mai 1938. Cependant, le mot semble mal choisi (car il est équivoque et serait paradoxalement élogieux compris dans ce cadre !), et cette hypothèse présente des incohérences chronologiques.
    En effet, l’adjectif « récent » employé par Pie XI semble inapproprié pour un événement survenu sept mois auparavant.

    De plus, bien que la croix gammée fût présente/exhibée lors de cette visite, elle ne fut point en abondance, et les manifestations organisées ne correspondent pas non plus à l’idée d’une « apothéose » grandiose.
    Les cérémonies furent limitées et certaines annulées en raison d’intempéries, puis le Pape manifesta son désaccord en se retirant à Castel Gandolfo. Ainsi, la visite d’Hitler ne semble pas correspondre à la « récente apothéose » évoquée par le Pape, ou du moins, la formule semble inappropriée.

    nrt.be (article hostile)

    II. Suite de l’identification de la « croix ennemie »

    Pour comprendre la référence de Pie XI, il est essentiel d’examiner les événements survenus à Rome à cette époque.

    Effectivement, lors de cette visite, il n’y a eu qu’une parade militaire qui, si la vidéo YouTube ne réalise pas de coupures, n’a pas duré plus de 9 minutes :

    Une autre parade a été annulée pour cause météorologique, et Hitler, s’est retrouvé à visiter les sites de Rome. C’est cela qui serait une apothéose à retardement ?!

    Mais il est difficile d’imaginer, autrement, qu’en 1938, des cérémonies maçonniques eurent lieux à Rome, en raison de leurs interdictions par le régime mussolinien, et ce, bien que cela puisse justement exalter des idéaux contraires à ceux de l’Église catholique.

    En ce sens, des manifestations auraient pu exhiber des symboles opposés à la croix du Christ. Et ainsi, l’« apothéose » utilisé par Pie XI ferait écho à des propos employés par Léon XIII pour dénoncer des célébrations similaires.

    Comme cela est très peu probable, si la citation est bien vraie, cela laisserait peu de place au doute quant au coupable arborant une croix – gammée. Un autre événement pouvait-il retenir cette attention ? Telle est la question.

    Enfin certaines traductions diffèrent en ajoutant un « il n’y a pas de place pour deux croix du Christ dans l’Eglise » ce qui ajoute à la confusion et traite autrement le problème soulevé…

    III. Paroles du Pape

    « Il y a une autre observation que Nous voulons également faire : c’est un rappel de la grande et glorieuse mémoire de Léon XIII. En repensant à la récente apothéose préparée dans cette Rome même pour une croix ennemie de la croix du Christ, à cette blessure portée au Concordat et à toutes les autres choses auxquelles Nous avons fait allusion plus haut, il ne Nous semblait pas excessif à Nous-même d’espérer au moins des égards pour Nos cheveux blancs. On a voulu, par contre, passer outre brutalement. (LEONIS XIII, P. M. Acta XV, p. 369.). »

    (Allocution en réponse aux vœux du Sacré-Collège à l’occasion des fêtes de Noël et du nouvel an, le samedi 24 décembre 1938 ; in : Actes de S. S. Pie XI, Maison de la Bonne Presse, tome 7 (Année 1938), p. 254)

    Si la première partie reste étrange, la deuxième conclusion demeure sans équivoque sur la gravité de la situation dénoncée, en faisant appel à une citation du siècle précédent.

    Mais encore, cette allocution demeure absente des Acta Apostolices. Mais cela ne signifie certes pas que l’événement n’a pas eu lieu, il a d’ailleurs eu lieu.
    En dehors de cela, la source mentionnée existe belle et bien elle aussi, mais serait-ce un texte original ou une traduction remaniée ?Cela est également pas impossible.

    Mais surtout : cette visite a-t-elle contenu quoi que ce soit de violence morale envers le Pape ? Il est évident que non.

    Au regard de ce qui a été écrit supra, et de ce qui complètera le propos dans le chapitre suivant, nous penchons pour le canular incohérent, mais nous voulons bien nous « amender » s’il en était besoin, ou qu’un détail d’importance nous avait échappé !

    IV. Confronter les sources en tant que telles !

    De toutes ces subtilités, nous en parlions avec le symbole du swastika (article plus bas), lequel a été utilisé par le Parti national-socialiste, mais existait déjà bien avant dans l’histoire « eurasiatique » et même chrétienne.

    Ensuite, si le contexte de cette allocution demeure moins authentique et solennel qu’une encyclique : la citation semble, en outre, dénotée de ce que pouvait dire l’Episcopat allemand, qui était au contact plus direct du régime.

    La seule comparaison de même ampleur qui peut être trouvée, bien plus tardive, elle, reste ici la faible allocution de 1945 du Pape Pie XII, devant les vainqueurs américano-soviétiques – lire notre article plus bas sur l’anti communisme de Pie XII.
    L’encyclique Mit brennender Sorge n’emploie pas de tels termes, avec un tel ton, et encore moins la lettre de précision qui suivit la semaine suivante – lire ici Pierre Maximin en revanche.

    En outre, et même si cela n’est pas un argument massue : nos prédécesseurs avaient répondu à tout ou presque, et voilà des choses « sorties de nulle part », qui fleurissent encore et encore ; voilà qui reste étrange et douteux…, surtout lorsque l’on constate tout ce qui pullule au sein de la « droite conspirationniste ».

    Il restera enfin, qu’on ne peut professer contre un nationalisme allemand quel qu’il soit, son nationalisme propre, sans limite, sombrant par exemple, dans les dogmes d’un royalisme obligatoire, ou encore dans les sources Evian du complotisme, non avérées, lesquelles rôdent sautoir du sujet, avant, pendant et après la Seconde guerre mondiale !

    Il restera cependant à savoir et confirmer :

    – Quelle fut l’ampleur et l’injure faite au Pape sous Léon XIII ?
    – Quel fut le programme exact et complet de « Tonton » lors de sa venue à Rome ?
    – Un autre événement n’a-t-il pas eu lieu à Rome à l’époque mettant en scène une croix ?
    – La franc-maçonnerie était interdite, mais n’a-t-elle pas réalisé un coup d’éclat en 1938 pour les 200 ans de sa condamnation par Clément XII ?
    Affaire à suivre !

    #JeanRévisionnisteHistorique

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