• « La contre-révolution maçonnique » en six parties – Radio Regina



    Un compte-rendu sur un travail salutaire.

  • Nous avons trouvé le temps d’écouter l’intégralité de cette série d’émissions offertes par Radio Regina et d’en faire un long compte-rendu :

    (#Maçonnerie, #France, #Monarchie, #République).

    En règle générale, nous partageons nombre de points communs avec les intervenants.

    Dans cette première partie, il s’agissait de parler des prémices et des fondements de la Franc-Maçonnerie, elle-même née dans une société royale et à priori Très Chrétienne.

    Osant faire le tri, sans faire appel à une nostalgique mythifiée et incapacitante, ils disent vrai à propos des Parlements royaux en France qui ne validaient plus les bulles papales au XVIIIe (gallicanisme oblige !). Ajoutons comme élément d’appréciation que, l’aristocratie sous Louis XIV était entièrement dévouée à son « roi Soleil » (il fallait lui tenir le jupon, c’était le but ultime de l’aristocrate centralisé). Néanmoins, dès lors que cela fut terminé, sous Louis XV, l’aristocratie s’est ennuyée et elle s’est alors mise à lire les nouveaux philosophes, les encyclopédistes et à opter  pour le combat des « libres penseurs » – aujourd’hui nom de code pour « mode de pensée maçonnique » (Alain Boer est ici un cas d’école !)… Derechef : l’ennui au sein de la noblesse, provoqué suite au trépas de Louis XIV, a précipité celle-ci dans les bras des réformistes monarchiens, qu’ils aient été maçons ou non.

    C’est une bonne chose d’avoir souligné le fait que la F.M. n’avait pas eu un caractère si subversif au départ, dans le sens où c’est la noblesse qui était acquise à ses idéaux sans que le « républicanisme révolutionnaire » n’existât encore. Au contraire, ces conventicules regorgeaient de modérés et de « conformistes », restés longtemps agents de soutiens du roi Louis XVI… !

    En revanche, nous ne nourrissons pas le même enthousiasme sur la littérature d’Étienne Couvert, ses travaux vulgarisateurs paraissant trop réducteurs, prosaïques et ainsi, plus accessibles mais relativement caricatural (gnose ou anti-gnose, absence d’échelle de degrés, multiples États profonds contradictoires, etc).

    Pour rappel, la partie 1 définissait bien le caractère ésotérique de la maçonnerie, s’accommodant un peu de tout et instrumentalisant à sa guise (ils ont tout fait quand nous les écoutons : pyramides, croisades, humanisme, Renaissance, etc). Au-delà de tout affairisme et de complots internes : c’est son essence même.

    La partie 2 de l’émission continue d’apporter de la nuance, ce qui n’empêche pas la radicalité, loin de là.

    Comme il est impossible pour une société de faire table rase, on peut toujours retrouver des conduits intacts entre le passé et le présent malgré tout. Les modernes « Droits de l’homme » par exemple, qui ont été pondus pour une bonne part par la franc-maçonnerie, existaient déjà mentalement en France, ou en puissance si l’on veut. Au fait, c’est toute la culture humaniste française qui est comme ça de nos Humanités gréco-latines à Molière et à Corneille. Nous en retrouvions l’état d’esprit dans le renaissant Roman de la Rose chez nous. Les passions humaines étaient matérialisées et personnalisées, et en étant rendues humaines,  elles prétendaient justement parler un langage universel, celui de l’humanité, car s’adressant possiblement à tous les hommes sans distinction.

    Dans notre étiologie du mal, nous ne pourrions nous contenter de l’attitude simpliste et de la culture du complot en toute circonstance. Trop souvent, quand les gens sont dans l’erreur, ils le sont de bonne foi.

    De même, monarchie et république ne sont ni antagonistes, ni deux entités irréconciliables, ni contraires en tout point – ou en tout cas pas forcément. Nous avons dans l’histoire du monde, des monarchies nationales dégénérées (XIe siècle, fin de l’Ancien régime, Juan Carlos) et a contrario des républiques tout à fait organiques et chrétiennes (Rome du temps de Théodose, Garcia Moreno en Équateur, etc). Par ailleurs, même un Père de l’Église latine, saint Augustin d’Hippolyte, soutenait en son temps la thèse d’une république bénéfique, romaine, autoritaire et chrétienne d’un même coup.

    L’appartenance maçonnique du duc d’Orléans et la réussite impériale et bonapartiste depuis Napoléon 1er va contribuer à casser cette dynamique royaliste. La maçonnerie revient à la mode, se stabilise avec la IIIème République, place ses pions de façon totalitaire et en opposition à l’Église catholique ; ce qui va la rendre très anti-cléricale et encore plus diffuse – en réalité, à partir de la campagne d’Égypte, le mal était déjà fait).

    Les deux compères de l’émission ont omis de mentionner le fait que les conquêtes militaires napoléoniennes allaient diffuser la secte maçonnique dans tout le reste de l’Europe, et en Italie en particulier, qui deviendra un centre non négligeable au siècle suivant la Révolution (soit au XIXe siècle avec la Alta Vendita, précisément sous Napoléon III).

    Si la Révolution de 1789 a éclaté, c’est qu’un ensemble de faits – doctrinaux, économiques et sociaux – ont conduit à un mécontentement populaire fort important (sans omettre l’élément bourgeois bien sûr et d’un début de capitalisme inorganique). Mentionnons ici : une crise nourricière, une corruption des mœurs, un manque de fermeté de la part de Louis XVI, un état mal géré des finances, etc. Cette déchéance a amené d’irrémédiables révoltes, qui ont dégénéré en Révolution. En passant un peu vite, disons qu’à cet instant, la bourgeoisie s’est arrogé le bien commun contre les autres couches sociales.

    Avant de traiter de la franc-maçonnerie en soi, il faudrait d’abord s’interroger sur les raisons profondes de sa réussite… Si elle a tenue c’est parce que des gens y ont cru massivement – se faisant ainsi les complices d’une réussite – et ce, malgré les avertissements et condamnations – et non de simples réserves – émis par le Saint-Siège.

    La bonne vision, non simpliste des choses, exprimée dans ces interventions, est « prouvée » par le peu de vues que cette série fait – hélas. C’est bien triste quand on pense à l’état de nos contemporains car ça leur ferait pourtant du bien.

    (#Héritage, Dissidence, #Ésotérisme, #Gnose, #Complotisme, #Réalisme).

    La partie 3 va baser ses analyses sur la prolifération des œuvres de Joseph de Maistre et de René Guénon.

    La mouvance nationaliste ou la nouvelle droite, tout comme les francs-maçons, peuvent s’intéresser à ces auteurs pour des raisons sensiblement différentes – et par rapport à des périodes différentes de leur rédaction (quoi que, de Maistre ayant été un ex-maçon de haut grade, très fidéiste, a fait une œuvre parsemée de restes de ce qu’il a été !). Cet ancien maçon n’a jamais renié ses errements dans les loges, il en conserva certainement quelques traces et influences. Cet ancien « matiniste » a ainsi professé l’erreur de la « philosophie traditionaliste du XIXe » : l’intelligence ne saurait trouver la réalité par elle-même, mais en cherchant dans la Tradition primordiale (la plus antique possible, et même la plus éloignée du catholicisme ; toutes les traditions seraient bonnes avec ou sans christianisme).

    Pour un catholique le langage qui vanterait une « tradition primordiale » ferait mieux de se limiter aux premières traditions de la Révélation héritées d’Adam et Ève, transmises aux apôtres et jusqu’à nos jours par l’Église pour les fidèles.

    Le surnaturalisme d’un de Maistre se rapproche du gallicanisme – en ce qu’il préfère le légitimisme et le légalisme au religieux : les lois du royaume avant celles de L’Église -,et quand nous songeons à la « contre révolution des origines », il revient également à notre souvenir un certain abbé Augustin Barruel qui, lui aussi, a certainement partagé quelques-unes de ces limites.

    René Guenon enfin, reste une figure incontournable en franc-maçonnerie. Ce n’est pas que la Nouvelle droite qui s’entiche de ce personnage. Pour lui, l’état de perfection existait avant la Chute, et les multiples traditions (identités et « religions » dans le monde) qui sont nées ensuite, ne sont jamais que des rejetons imparfaits de cettedite tradition primordiale. La « révolte contre le monde moderne », qu’elle émane de lui ou d’Evola est une idée très répandue. À l’aide de l’ésotérisme, il prétend trouver un fond commun, un fond de vérité, un fait unificateur, au sein de toutes les religions du globe (œcuménisme Vatican II).

    La modernité n’est pas un problème en soi, c’est la décadence de notre époque qui lui donne une définition alarmante et péjorative (un progrès déconnecté des traditions). Et cette gnose est souvent professée par des charlatans qui amènent des pauvres gens à eux en profitant de la déchristianisation et du manque de culture sérieuse. De même, nous pouvons toujours repérer le bien, en catholique, d’une culture/philosophie plus ou moins « défaillante » : certains clercs l’ont bien fait avec Hegel notamment. Idem avec le père saint Basile de Césarée recommandant nos humanités gréco-latines. Même le centralisme politique moderne,  issu de la politique de Richelieu, souvent porté par des gallicans ou des jacobins contient du bon et du vrai qui doit être corrigé et tempéré (le fédéralisme implique une centralisation avant de décentraliser, les vertus chrétiennes doivent calmer les appétits, etc.).

    Dans ce contexte, l’exemple de la Grande loge nationale de France nous appelle à la plus grande prudence, car elle est l’obédience qui est la plus proche de ces courants de pensée dits traditionalistes, conservant à elle la tradition des loges anglaises, avec sa laïcité a-dogmatique, plus spirituelle, plus à droite et fort libérale. C’est un exemple « d’opposition », si l’on veut, au Grand Orient qui est réputé de « gauche radicale » et très anti-clérical (J-L Mélenchon, sur qui pousse des boutons dès qu’il voit un portrait d’Escada ou de la Sainte Vierge – littéralement – est aussi un cas d’école).

    Contrairement à ce que certains pensent, nombre de francs-maçons s’affirment anti-système et s’en font une gloire, car l’essence de la gnose est ainsi : le monde serait intrinsèquement mauvais et méchant, et c’est pourquoi il faut être un opposant en toute circonstance à ce qui se passe ici-bas (toujours selon ses sectateurs donc).

    C’est aussi la démarche conspirationniste : tout est refusé en bloc quelque soit les réalités. Il y a dans cette partie, un rappel de bon aloi sur cette mentalité que nous dénonçons de façon régulière.

    La « certitude du complot » élevée au rang de dogme ne se soumet qu’à une réalité partielle et ne s’embarrasse pas d’esprit scientifique (car manquant de rigueur). C’est ainsi que son adepte passe vite du conditionnel à l’indicatif… Dès lors, l’analyse du réel tel qu’il est ainsi que la place du Bien commun en société demeurent des questions totalement secondaires. C’est un révisionnisme historique du pauvre qui infaillibilise n’importe quel titre de presse ou n’importe quel site farfelu pour autant que le résultat plait et satisfait l’égo de son partisan. Le besoin humain de se sentir libre fait le reste grâce aux sources d’informations anti-systémiques.

    Les assertions qui les définissent le mieux sont « la philosophie permanente du soupçon » et « la défiance extrême à l’égard de tout ce qui leur est extérieur ». C’est la paranoïa pour horizon, encore que les paranoïaques soient généralement plus rationnels qu’eux (paradoxalement, ils gardent les pieds sur terre, sauf cas clinique of curse).

    Le compl’autiste de haut degré s’oppose à la franc-maçonnerie en tant que simple mot, mais pas dans son essence même. Déjà parce qu’il partage la vision gnostique de la franc-maçonnerie, encore une fois : le monde ne serait qu’illusion et il ne faudrait pas se laisser avoir par les apparences ; seuls ceux qui « savent » sont les acteurs réels contre les « moutons » ultra-majoritaires (sic – cocasse lorsque nous songeons à la place de l’agneau dans le christianisme…).

    Nous pouvons commettre des erreurs, mais même à l’égard de nos ennemis il faut une charité, et ne pas dire tout est n’importe quoi juste pour leur nuire. Il faut dire vrai en toute circonstance.

    Les conspi’ font le jeu du pouvoir aussi en absolutisant leur puissance. Chose révélatrice, certains d’entre eux croient que les dirigeants – des États ou les globalistes en général – sont surhumains (ici le complot judéo-reptilien de Marc Dem est criant !). Nous en arrivons là parce qu’ils se sous-estiment eux-mêmes. Ce n’est pas une posture de gagnant, mais de victime sempiternelle. Or, nous ne saurons nous cantonner qu’aux effets du Malin, tant le Bon Dieu permet toujours un mal pour un plus grand Bien.

    Plutôt que de parler d’un complot au singulier (écrasant, universel, unique et inique), mieux vaut parler des complots, et démontrer ensuite en quoi une succession de complots relèvent d’une même trame. C’est un peu comme le conflit entre la liberté abstraite et les libertés concrètes. Exemple : le projet messianique juif veut le retour du Messie, certaines conditions sont requises pour cet avènement (supériorité claire sur les Gentils, en réduisant leurs droits au niveau des bêtes dans le plus grand des calmes, etc.). Cela n’est pas une folie pour le coup, c’est réel et correspond à leurs agissements par rapport à leur eschatologie (qui se heurte à celle des autres). Il est par ailleurs difficile d’élucider les vrais complots, qui demandent à ce que des détectives/journalistes professionnels se mettent sur l’affaire (Sommes-nous vraiment sûrs que les accusés sont bien ceux qui ont assassiné Jules César, Henri IV ou Kennedy ?) Et dès lors que le « complot » est effectué à ciel ouvert, tant de faux principes guident les classes politiques de nos jours (jusqu’à l’UE et l’ONU), alors on peut raisonnablement parler d’autre chose que d’un complot, comme par exemple de principes libéraux et post-marxistes qui mènent à la catastrophe.

    Il fallait le rappeler dans ces lignes, pour que les gens développent les « anti-corps » intellectuels afin de les préserver de cette mentalité néfaste pour tous. C’est inquiétant d’ailleurs lorsque nous découvrons la liste des meilleures ventes des éditions de Chiré – ce qui donne une idée des centres d’intérêt de la bourgeoisie catho tradi actuelle – : la documentation ne se réduit qu’à du complot débilitant et délirant à deux balles. Même les livres pieux sont dépassés, le comble !

    Aussi, nous croyons parfois avec crédulité en l’existence de bon et de mauvais franc-maçon, pour autant que l’un d’entre eux et à titre individuel, se dise traditionnel, anti-immigration ou opposé au système. Or, pour un catholique c’est chose insuffisante !

    Nous entendons bien les critiques anti-fascistes italiennes contextuelles, mais le tout manque ici de nuance et de culture. Nous aurions préféré l’analyse plus historienne et rationnelle de Theodon. Quelques passages dérogent d’ailleurs avec la mentalité – faite de nuances – usée précédemment. Autrement, il est évident que le courant fasciste, faisant suite au Risorgimento, allait comprendre son lot de maçons, nonobstant, il fallait bien passer par cette phase pour améliorer et pousser la ligne dans le bon sens avant de revenir à des principes sains et saints – ce qui fut plus le cas à partir du Concordat.

    Les parties 5 et 6 s’en prennent aux défauts de la dissidence et de la droite radicale en tapant là où ça fait mal. Le mouvement nationaliste révolutionnaire, Casapound, E&R, Nouvelle droite et quelques personnalités dont Alain de Benoist ou Alexandre Douguine (blocs continentaux, néo-paganisme, socialisme-national, souverainisme, etc) en prennent un peu pour leur grade, mais avec charité (dire vrai pour un plus grand bien). Et la partie 6 peaufinera cette analyse, que nous partageons, sur l’obsession bébête et exclusive des complots, toujours systémiques et systématiques. Nous les suivrons en revanche moins dans leurs conclusions concernant l’utilisation « officielle » du coronavirus – qui est faite pour basculer dans une société de type « soviético-libanaise », à échelle mondiale, et avec le contrôle digital en bonus game.

    Pour le reste, ces deux émissions confirment ce qui a été traité dans les premiers numéros.

    Radio Regina, émission.


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