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Publié le par Florian Rouanet
⚜️ Quatre colonnes — prudence, justice, force, tempérance — que l'Aquinate érige en armature de toute vie droite ; miroir fidèle où se mire la royauté, afin que l’État-Cité, tel un clocher vivant, tende vers le Bonum commune ⚜️
⁂ Arène des quadrilatères vertueux
Ô lecteur studieux, qu’il te plaise d’entrer, l’esprit bardé de révérence, dans l’arène où s’entrecroisent virilement prudence éclaireuse, justice rectrice, force combattante, tempérance « accordatrice ». Nous brocherons âprement sur le désœuvrement des cœurs sans gouvernail.
Et, par une envolée spartiate, nous tracerons l’ample circonférence d’un royaume intérieur dont la loi domine passions, tyrannie et pusillanimité. Car, si saint Louis, disciple du Docteur angélique, reçut la couronne de ses vertus, c’est que la Sagesse, telle une auréole de lumière, avait déjà conquis son âme.

☧ Lexique de cogneur
Prudence : « Disposition qui fait discerner et choisir le parti le plus convenable. »
Justice : « Vertu morale qui incline à rendre à chacun ce qui lui est dû. »
Fortitude : courage ferme face aux périls ; héroïsme de la persévérance.
Tempérance : « Modération des plaisirs et des passions. »☩ Ancienne école
« Recta ratio agibilium: la droite raison des choses à faire. »
— saint Thomas, Summa Theologiae., II-II, q. 47, a. 2« La vertu est une habitude opérative bonne. »
— saint Thomas, Summa Theologiae, I-II, q. 55, a. 3« Rex est qui multitudinem regit propter bonum commune. »
— saint Thomas, De regno, I, 1Σ Plan d’attaque par manche
Chapitre Intitulé 🕯 I Prudence, gouvernail des actions ⚖️ II Justice, équité qui pacifie 🛡️ III Force, rempart contre la peur 🍇 IV Tempérance, mesure des désirs 👑 V Couronne royale de saint Louis 🐍 VI De la vertu au spectre tyrannique
Abbé Billecocq et La Porte Latine
🕯 I. Prudence, gouvernail des actions
Principe aurige de toute vie droite, la prudence n’est point frilosité, mais science réglée du possible ; elle décèle le véritable bien, puis ordonne les moyens convenables à son obtention. Elle possède huit parts intégrales : memoria, souvenance exacte des expériences ; intellectus, saisie fulgurante des principes ; docilitas, humble accueil du conseil ; solertia, sagacité prompte à l’imprévu ; ratio, déduction méthodique ; providentia, visée lointaine du terme ; circumspectio, regard circulaire sur les circonstances ; cautio, garde‑fou contre les périls.
Ces instruments s’adjoignent trois vertus « alliées » : euboulia (délibération noble), synesis (jugement ordinaire) et gnome (jugement des cas d’exception). Sous la lumière de la prudence, l’intelligence cesse de flotter, la volonté se fixe, l’action devient concert ; le corps politique, ainsi gouverné, avance sans trébucher dans les méandres de l’Histoire.
N.B. : Quand bien même mille vents contradictoires souffleraient sur la cité, la prudence tient ferme le gouvernail, comme Ulysse ligoté résista au chant séducteur des sirènes.
⚖️ II. Justice, équité qui pacifie
Vertu rectrice de la volonté, la justice consiste à rendre à chacun ce qui lui est dû : adorer Dieu, honorer ses parents, rétribuer l’ouvrier, sauvegarder le pauvre. Elle colonise l’espace social par dix rameaux : religion (culte offert à Dieu), piété (devoirs envers les auteurs de notre être), observance (soumission aux légitimes supérieurs), gratitude (mémoire du bien reçu), vindicatio (juste défense du droit offensé), veritas (loyauté du dire et du faire), liberalitas (générosité ordonnée, libéralité), affabilitas (amitié civique), justa commutatio (équilibre des échanges) et aequitas (équité qui sauve la lettre de la loi en ses cas limites).
Dans la cité, justice et paix s’embrassent ; la charité, trouvant un lit bien nivelé, peut ruisseler des autels jusqu’aux ateliers. Sans elle, le royaume se transforme en une foire d’empoigne où l’or, tel un faux Dieu, corrompt jusqu’aux recoins de l’âme.
« La paix est la tranquillité de l’ordre. »
— saint Augustin, De civ. XIX, 13🛡️ III. Force, rempart contre la peur
La force (fortitudo) n’est pas rodomontade, mais assurance ferme au milieu des épreuves, d’abord mental, ensuite physique. Elle s’édifie sur deux colonnes : le courage qui attaque les dangers, la constance qui endure la douleur.
Quatre sous‑vertus la charpentent : magnanimité, élan vers les grandes choses ; magnificence, dépense généreuse pour les réaliser ; patientia, endurance paisible des maux ; perseverantia, fidélité durable au bien commencé. Elle est ce glaive intérieur qui taille la crainte en lambeaux ; elle prête à la justice sa vigueur, à la tempérance sa fermeté, à la prudence sa résolution.
Cas d’école : les martyrs, de Polycarpe à Charles Lwanga, dont la constance fit vaciller des empires — preuve que la force, quand elle est dirigée par la prudence et inspirée par la charité, s’avère parfois plus irrésistible qu’une légion bardée de fer.
« Fortis est qui se vincit. »
« Est fort celui qui se vainc lui-même. »
— Saint Thomas d’Aquin, Commentaire sur l’Éthique à Nicomaque, livre III, leçon 2🍇 IV. Tempérance, mesure des désirs
Sôphrosynê, dit le Grec ; temperantia, répond le Latin. Cette vertu accorde le concert des passions pour que l’homme demeure maître de lui‑même. Elle n’abolit pas le plaisir ; elle l’élève à la louange.
Ses espèces : abstinence (modération de la nourriture), sobriété (règle de la boisson), chasteté (pureté des actes), modestie (retenue dans les gestes et les parures). Ses alliées : continence (retenir les élans d’un cœur encore indiscipliné), humilité (vigilance contre l’orgueil), mansuétude (douceur envers autrui), studiositas (usage ordonné du savoir), eutrapélie (détente mesurée), simplicité et contentement (joie d’un cœur non encombré).
Ainsi tempérée, l’âme chante à rebours de la fuite moderne : elle goûte l’instant présent sans se vautrer, garde le sucre sans céder au diabète moral, sereine comme un cloître au soir tombant.
« Temperantia est pulchritudo animae. »
« La tempérance est la beauté de l’âme. »
— Thomas d’Aquin, Commentaire sur les Sentences, lib. III, dist. 33, q. 3, a. 1, ad 2👑 V. Couronne royale de saint Louis
Saint Louis IX, que la postérité proclame « roi très chrétien », reçut de son confesseur Geoffroy de Beaulieu et de saint Thomas d’Aquin une règle d’or : gouverner, c’est servir.
— Prologue, De regno : le théologien, bannissant la flatterie, offre au prince un manuel du pouvoir ordonné au bien commun.
— I, 1 : le roi est avant tout pasteur.
— I, 3 : la paix, unité vitale du royaume.
— I, 4 : la tyrannie, pire des régimes.
— S. Th. I‑II, 90, 4 : loi juste, ordonnancement rationnel vers la béatitude publique.Louis IX, méditant ces axiomes, annonça : « Je préférerais être lépreux que péché mortel consentir. » Et lorsqu’il rendait justice sous le chêne de Vincennes, le plus humble sujet voyait s’incarner la recta ratio dans la chair vivante d’un prince qui tenait la couronne comme ostensoir.
« Mon cher fils, je t’enseigne premièrement à aimer Dieu de tout ton cœur et de toute ta force ; car sans cela nul ne peut valoir. Et garde-toi de tout ce qui est déplaisir à Dieu, c’est-à-dire le péché mortel ; tellement que tu aimerais mieux souffrir toute manière de tourments que de commettre un péché mortel. »
— Jean de Joinville, rédigé entre 1272 et 1309 (§ 5, Vie de saint Louis, édition de Natalis de Wailly, 1868)
🐍 VI. De la vertu au spectre tyrannique
Hélas, pour x raison, quand la couronne se détourne du bonum commune, chaque vertu se pervertit :
- Prudence fléchit en ruse captieuse ;
- Justice s’atrophie en privilèges ;
- Force dégénère en brutalité ;
- Tempérance s’avachit en licence.
N.B. : Cette perversion provoque dans les masses le complotisme, et le légitime même en partie sans doute — à compter aussi que les gens peuvent percevoir un évènement dans leur façon propre, non comme il est réellement…
Ainsi naîtrait la tyrannie, hydre à mille gueules — fiscale, médiatique, policière, idéologique. Plus le sceptre était destiné à élever, plus, corrompu, il abat.
Exemples ? Nabuchodonosor changeant Jérusalem en cendre ; Philippe le Bel étrillant le Trésor royal par le faux‑monnayage ; les Terreuristes de 1793, sacrifiant au Veau d’airain de l’égalité abstraite. Toutes ces monstruosités partent d’une vertu trahie ; elles s’achèvent dans le sang ou l’asservissement…
« La tyrannie est une déviation de la royauté (…), et le tyran recherche son propre intérêt, non celui des gouvernés. »
— Aristote, Politique, livre III, chap. 7 (traduction grecque : τυραννὶς γάρ ἐστι μοναρχία πρὸς τὸ συμφέρον τοῦ ἄρχοντος)« Inter omnia vero regimina pessimum est tyrannicum. »
« Parmi tous les régimes, le plus mauvais est assurément le régime tyrannique. »
— Saint Thomas d’Aquin, De Regno ad Regem Cypri, livre I, chapitre 2🛎 Sentence par KO
Cher lecteur, nous avons suivi les quatre routes de l’âme qui convergent vers le souverain bien ; nous avons vu la couronne assujettie à la Sapience, puis la déchéance quand le sceptre sert la seule convoitise.
Que chacun, à son rang, se retrempe dans la vertu : car une cité de saints vaut plus qu’un arsenal de lois et de fusils : les vertus cardinales, infusées à notre baptême, se fortifient par les actes répétés et la grâce des sacrements.
📚 Pour approfondir
- « Part Three Section One Man’s Vocation Life In The Spirit Chapter One The Dignity Of The Human Person Article 7 The Virtues I. The Human Virtues »
- « SUMMA THEOLOGIAE: Each quasi-integral part of prudence (Secunda Secundae Partis, Q. 49) »
- « Question 51. The virtues which are connected with prudence »
- « SUMMA THEOLOGIAE: Justice (Secunda Secundae Partis, Q. 80) »
- « SUMMA THEOLOGIAE: The parts of fortitude (Secunda Secundae Partis, Q. 128) »
- « SUMMA THEOLOGIAE: The parts of temperance, in general (Secunda Secundae Partis, Q. 143) »
- « Thomas Aquinas: De Regno »
- « Summa Theologica »
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