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Publié le par Florian Rouanet
Démonstrations, perspectives historiques et théologiques
Sommaire :
I. Chrétienté et régimes politiques : pluralité historique
II. Saint Augustin & la République chrétienne romaine durant l’Antiquité tardiveLiens préventifs :
« Au milieu des sollicitudes », cette encyclique fait-elle du Pape Léon XIII un « vil ralliementiste » ?
Citations référencées de la conférence « des formes gouvernementales » – Florian Rouanet
André Lesage dit Marquis de la Franquerie – Yves ChironCitation introductive :
« Or, il n’est de véritable justice que dans cette république dont Jésus-Christ est le fondateur et le souverain, si toutefois nous la nommons république, ne pouvant nier qu’elle ne soit en réalité la chose du peuple. Que si ce nom, pris ailleurs dans un autre sens, s’éloigne trop de notre langage accoutumé, il n’est pas moins certain que la vraie justice n’appartient qu’à cette Cité dont l’Écriture sainte a dit : “On a publié sur toi des choses glorieuses, Cité de Dieu.” (Psaume 87, 3). Mais, pour revenir à la question réelle, malgré les éloges que nos adversaires décernent à la république telle qu’elle fut ou telle qu’elle est, toujours est-ce une vérité qu’au témoignage de leurs plus savants auteurs, longtemps avant la naissance du Christ, elle n’était que désordre et corruption ; ou plutôt elle n’était plus, elle avait péri dans la ruine de ses mœurs. »
Cf. Saint Augustin, La Cité de Dieu, Livre II, chapitres XXI et XXII.
I. Chrétienté et régimes politiques : pluralité historique
Contre la vision erronée de catholiques royalistes
Nombreux sont ceux qui, parmi eux – et il en va de même de certains catholiques traditionalistes –, associent la Chrétienté à la Monarchie, qu’ils considèrent comme un modèle politique quasiment sacralisé.
Pourtant, l’histoire et les enseignements de l’Église révèlent une relation bien plus diversifiée et nuancée, entre la foi chrétienne et systèmes politiques.
Loin d’être un dogme, comme cela est courant dans le domaine surnaturel, la royauté n’a jamais été imposée comme régime unique, absolu ou même idéal par le Magistère de l’Église :
« Les diverses formes de gouvernement ne répugnent pas par elles-mêmes à la doctrine catholique, pourvu qu’elles respectent les droits de chacun et tendent au bien commun. »
Léon XIII, dans son encyclique « Immortale Dei » (1885)
Ce passage souligne que l’Église ne privilégie pas un régime en particulier, mais s’intéresse à la moralité et aux principes de justice qui guident l’autorité politique.
D’ailleurs, comme nous allons le voir, certaines républiques chrétiennes ont marqué l’histoire, telles que la Sérénissime République de Venise, gouvernée avec collaboration entre les pouvoirs laïcs et religieux, partant : elle était dans la gestion « républicaine » des affaires politiques, tout en restant profondément chrétien.
En effet, la Chrétienté a vu coexister une grande variété de régimes politiques, témoignant de son adaptabilité aux contextes politiques, historiques et culturels :
- Antiquité tardive :
Outre saint Augustin, d’autres Pères de l’Église ont collaboré avec des régimes non monarchiques. Saint Ambroise, évêque de Milan, négocia souvent avec les empereurs, mais il reconnaissait également le rôle du Sénat romain, une institution « pourtant » issue de la tradition républicaine. - Période médiévale :
- La République de Florence et d’autres cités-États italiennes, comme Gênes ou Venise, démontrent que des systèmes républicains pouvaient fleurir dans un environnement catholique.
Ces régimes respectaient les principes de justice sociale et de bien commun, tout en maintenant des relations étroites avec l’Église. - Les ordres religieux militaires, comme les Templiers ou les Hospitaliers, ont adopté des formes de gouvernement internes proches des républiques, basées sur des élections et des conseils délibératifs.
- À ce titre, le Saint Empire romain germanique n’était pas basé sur la « primogéniture mâle » franque mais, globalement, sur un système électif aristocratique.
- La République de Florence et d’autres cités-États italiennes, comme Gênes ou Venise, démontrent que des systèmes républicains pouvaient fleurir dans un environnement catholique.
- Temps modernes :
- Un exemple remarquable de cette adaptation au sein des temps modernes est celui de Gabriel García Moreno, président de l’Équateur au XIXᵉ siècle. Ce chef d’État catholique fervent a établi une république profondément enracinée dans la foi : sous sa direction, la nation fut consacrée au Sacré-Cœur de Jésus, témoignant d’un engagement explicite envers la foi catholique dans une forme dite républicaine.
- Les cantons suisses, profondément enracinés dans la foi chrétienne, ont adopté des formes de démocratie directe, tout en restant plus ou moins fidèles à leurs traditions religieuses, tandis que des monarchies se sont laïcisées davantage (Belgique, Angleterre, etc.).
II. Saint Augustin & la République chrétienne romaine durant l’Antiquité tardive
Évêque d’Hippone et Père de l’Église latine
Une pensée politico-religieuse enracinée dans la tradition, son époque, ainsi que dans la recherche de paix et de justice

Saint Augustin (354-430), l’un des plus grands docteurs de l’Église, a joué un rôle fondamental dans la réflexion sur les rapports entre foi chrétienne et pouvoir politique – bien que la distinction des Ordres naturel et surnaturel eux, seront plus précis avec l’arrivée de scolastique du XIIIe siècle.
Dans son œuvre majeure « La Cité de Dieu » (De Civitate Dei), il oppose la « Cité terrestre », fondée sur l’amour de soi jusqu’au mépris de Dieu, à la « cité céleste », basée sur l’amour de Dieu jusqu’au mépris de soi.
Pour autant, il ne rejette pas la nécessité d’une organisation politique dans ce monde, car celle-ci contribue à maintenir l’ordre et la paix.Augustin ne prône pas un principe monarchique exclusif. En son temps, il soutient l’empereur romain chrétien Honorius (395-423) et cet appui ne découle pas d’un attachement à une forme particulière de gouvernement.
Dans un contexte de crise de l’Empire romain, il considère la préservation de l’unité impériale comme un moyen de garantir la paix et la justice.
Il écrit ainsi In. La Cité de Dieu :
« Le droit naturel, qui donne à chacun ce qui lui est dû, fait de la société humaine une société ordonnée et pacifique. Or, parmi les États terrestres, l’Empire romain s’est élevé à une telle grandeur qu’il est regardé comme une merveille de la Providence. […] Les Romains, dans leurs vertus antiques, recherchaient la gloire, et cette recherche leur a permis d’établir une paix temporaire, utile aux chrétiens pour vivre leur foi. »
(De Civitate Dei, V, 12)« Ainsi donc, la paix temporelle, la paix des mortels avec leurs semblables, la paix domestique ou civile est ordonnée à la paix éternelle. […] Toutes les institutions humaines qui servent à procurer cette paix temporelle doivent être rapportées à cette fin. »
(De Civitate Dei, XIX, 13)Augustin reconnaît ici la légitimité de divers régimes, pourvu qu’ils soient ordonnés à la recherche du bien commun et qu’ils permettent aux chrétiens de vivre leur foi en paix.
L’attachement de saint Augustin à l’idéal « républicain romain » se reflète également dans son admiration pour les vertus civiques de la Rome antique, sans parler de saint Jérôme qui en était citoyen admiratif, bien que celles-ci aient été corrompues sur la fin.
Les empereurs contemporains de saint Augustin :
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Valens (364-378) et Gratien (375-383) : Augustin était encore jeune lorsqu’ils régnaient. Gratien fut l’un des premiers empereurs à privilégier ouvertement le christianisme.
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Théodose Ier le Grand (379-395) : Empereur chrétien déterminé à unifier l’Empire sous la foi chrétienne orthodoxe, il est une figure majeure de l’époque d’Augustin, et plus chrétien encore que Constantin !
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Honorius (395-423) : Empereur d’Occident sous le règne duquel Augustin exerça son influence théologique et pastorale.
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Valentinien III (425-455) : Jeune empereur ayant succédé à Honorius, il régna à la fin de la vie d’Augustin.
Conclusion :
Enfin de compte, l’histoire montre clairement que la Chrétienté n’a jamais été liée exclusivement à la Monarchie/Royauté. Si ce régime a souvent été dominant dans l’Europe médiévale et moderne, il ne constitue pas un impératif doctrinal.
De saint Augustin à Léon XIII, les plus grandes figures de l’Église ont défendu une vision de la politique où prime le bien commun, indépendamment de la forme institutionnelle choisie.
La diversité des régimes adoptés dans l’histoire de la Chrétienté témoigne de l’universalité et de l’adaptabilité (relative) de la foi catholique, toujours tournée vers l’objectif supérieur de la paix, de la justice, de la vertu, du bien et du Salut des âmes.
- Antiquité tardive :

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