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Publié le par Florian Rouanet
Article concomitant au précédent à propos de qui, techniquement parlant,
pourrait élire un Pape lors d’un Concile général imparfait ?C’est une excellente question formatrice et d’importance pour un catholique, d’autant plus de nos jours : qui peut être élu Pape, dans l’absolu, lors d’un Concile général imparfait ?
L’élection traditionnelle des Papes :
Par l’organisation de l’Eglise en ordre, nous sommes habitués de voir, jusqu’à Pie XII notamment, des cardinaux électeurs réunis à Rome et qui, parmi eux, élèvent l’un d’entre eux au souverain pontificat.
Cependant, l’Eglise catholique est romaine par définition, ainsi même la géographie n’y fait rien, comme on le voit lors du Concile de Constance par exemple.
Aussi, le cardinalat est une création plus récente et non essentielle à l’Eglise. En outre, de nos jours ils sont tous modernistes, ordonnés dans le rite montinien et affiliés à Vatican d’eux.
Ainsi, lorsqu’il y en a, l’Eglise a eu tendance à privilégier les cardinaux, qui sont au plus haut niveau de l’échelon, immédiatement après le Pape, mais dans l’absolu, tout fidèle, et même de pauvre extraction, peut se devenir Pape au cours d’un conclave légitime, comme nous allons le lire.
Les obligations personnelles :
Les obligations pour devenir Pape sont d’abord d’être un homme, raisonné, baptisé et professant la foi catholique. Potentiellement, ce n’est pas forcément un évêque qui deviendra Pape, même s’ils partent probablement avec une préférence – en l’état actuel des choses.
Pour l’événement, il faut également une publicité suffisante, telle que l’élection soit tacitement validée par les catholiques dans le monde (il n’est pas indispensable qu’une contrée comme la Papouasie soient immédiatement informées !), qu’elle soit évidente et qu’elle ne soit pas remise en cause.
Le dernier point relève de la légitimité et nécessite donc de faire le ménage en amont !
La non papauté de Jorge Mario Bergoglio :
Cette élection exige au préalable la suppression relative dans l’esprit des gens de l’idée que Bergoglio soit Pape, et ce, d’aucune façon, et demande qu’il soit associé à un intrus. Il en va de même de la secte montinienne en règle générale.
François n’est pas Pape et il n’est pas anti-Pape, ce serait lui faire trop d’honneur. Soyons véritablement thomistes : la validité d’une élection moderniste est nulle et non avenue par définition : elle ne vaut rien.
Alors, légitimité (!) : l’élection catholique d’un Pape ne produira pas d’anti-Pape, ni de confusion dans l’esprit des gens, mais constituera la réponse aux maux qui nous frappent depuis 1958 (quand l’unité de Pierre vient à manquer il y a autant de schisme que de prêtres enseigne Satis Cognitum de Léon XIII !).
Pour ce qui est d’un appui théologique et canonique ?
« (…) Après les électeurs, les Eligibles.
Ici le champ est vaste et les restrictions presque nulles. Il serait rigoureusement vrai de dire que tout fidèle catholique peut, en droit, être élevé à la Chaire de S. Pierre.
Le décret qu’Etienne III porta au VIIIème siècle, et d’après lequel un prêtre ou un diacre de l’Eglise romaine était seul éligible, avait fini par tomber en désuétude (1). Au Xème siècle sous l’influence des Othons, furent élus même quelques évêques étrangers (2). Depuis que Nicolas II réserva le privilège aux Cardinaux (1058) jusqu’à Urbain VI (1378), neuf papes ont été élus, sans avoir appartenu préalablement au Sacré Collège (3). Il est vrai que le choix du dernier ne fut guère heureux, puisqu’il donna naissance au schisme d’Occident. – Depuis lors, les cardinaux ont toujours choisi dans leurs rangs ; mais aucune loi n’a donné un caractère impératif à cet usage (4) dont la non-observance ne pourrait à aucun degré constituer une entrave à l’élection.
Il est à peine besoin de le dire, ni la bassesse de l’extraction, ni la profession religieuse dans un ordre monastique quelconque, ne constituent un obstacle à l’éligibilité pontificale. Sixte-Quint, fils d’un paysan, était, comme beaucoup de ses prédécesseurs, à la fois plébéien et moine. A partir du XVIIème siècle cependant, les suffrages du Sacré-Collège ne se sont guère portés que sur des patriciens de grande ou de petite noblesse (5) ; mais ici encore il n’y a qu’une simple question d’opportunisme et de convenance qui n’engage en rien l’avenir.
La nationalité, quelle qu’elle soit, ne peut pas davantage être considérée comme un obstacle canonique. La Constitution de Nicolas II en 1058, émet, il est vrai, le vœu que le pape soit choisi – autant que possible – dans les rangs du clergé de Rome ; mais à défaut de candidats romains convenables, est-il ajouté, « qu’on prenne le plus digne partout où il se trouvera » (6). C’est d’ailleurs la tradition des premiers siècles au cours desquels plus d’un Grec ou Oriental occupa le Siège apostolique. Au moyen âge les papes sont tour à tour Français, Allemands, Anglais ou Italiens (7). Il est vrai que c’est à cette dernière nationalité qu’ils appartiennent tous depuis la fin du grand Schisme, sauf cependant les deux Borgia espagnols : Callixte III (14555) et Alexandre VI (1492), et un Hollandais, le cardinal d’Utrecht, Adrien VI (1522). – Il y avait là une sorte de conséquence de la souveraineté temporelle qui liait étroitement le S. Siège à l’Italie et aux Italiens. Aussi, et bien qu’on ne puisse absolument prévoir l’interruption prochaine de cette tradition, ne saurait-on méconnaitre qu’en modifiant profondément les conditions matérielles de la Papauté, la transformation politique de l’Italie contemporaine pourrait préparer le retour à l’ancien état de choses et favoriser l’élection du plus digne « partout où il se trouvera ». (…) »
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(1) Ce décret avait été motivé par l’intrusion d’un laïque, Constantin (767). Depuis lors, le seul laïque élu pape fut Jean XIX (1024), le second fils du consul Crescentius de Tusculum. – Bien que le sens de ce décret de 767 visât l’exclusion d’un laïque, on a cru parfois qu’il emportait aussi l’invalidité de l’élection d’un dignitaire déjà évêque. La tradition des premiers siècles n’admettait guère, en effet, le passage d’un siège épiscopal à un autre.
(2) Tels Grégoire V (996), Silvestre II (999), Clément II (1046), Damase II (1048), [etc.]
(3) Ce sont Alexandre II (1068), Callixte II (1119), Eugène III (1145), Urbain IX (1261), Grégoire X (1271), Célestin V (1294), Clément V (1305), Urbain V (1362), Urbain VI (1378).
(4) Au Conclave de Benoit XIV (1740), le P. Barberini, ex-général des capucins qui n’était pas cardinal, recueillit un certain nombre de suffrages. – Le même Benoit XIV, en constatant cette éligibilité des non-cardinaux, estime cependant que, vu la présence au sein du Sacré Collège d’un bon nombre de cardinaux capables de gouverner l’Eglise, congrum omnino ut ex eis S. Pontifex desumatur. [ce qui veut dire : il est tout à fait approprié que le Souverain Pontife soit choisi parmi eux]
(5) Les moines, sur le trône pontifical, ont été particulièrement nombreux du VIIème au XIIIème siècle. Nous croyons intéressant d’en dresser la liste [N.B. : ceux qui sont listés ne sont pas tous de la période du VIIème au XIIIème siècle] :
23 Bénédictins primitifs [liste], 4 Bénédictins de Cluny [liste], 4 Cisterciens [liste], 27 Chanoines réguliers de Saint Augustin [liste], 4 Dominicains [liste], 5 Franciscains [liste], 1 Chartreux [liste], 1 Célestin [liste], 1 Carme [Benoit XII, en 1334], 1 Ermite de Saint Augustin [Clément VII, en 1523], 1 Camaldule [Grégoire XVI, en 1830].
(6) Eligatur de ipsius Ecclesiae gremio, si reperitur idoneus, vel si de ipsa non invenitur, ex alia sumatur (Constitution In nomine Domini, Pape Nicolas II). [ce qui veut dire : « qu’il soit choisi dans le giron de l’Église {romaine} elle-même, s’il est jugé apte, ou s’il n’est pas trouvé en elle, qu’on prenne le plus digne partout où il se trouvera »]
(7) Voici la liste des papes étrangers à l’Italie, depuis la fin du Xème siècle [étant entendu que durant les dix premiers siècles, il y eut des papes de nationalité grecque, ou orientale, ou africaine] :
– 17 Papes Français, dont 10 « de Rome » (qui résidèrent à Rome ; parmi lesquels : 1 du Cantal, 1 de Haute-Alsace, 1 de Lorraine, 2 de Savoie [Savoie et Tarentaise], 1 de la Marne : Urbain II, celui qui lança la première Croisade à l’issue du Concile de Clermont-Ferrand !, 1 du Doubs, 1 de l’Aube, 1 du Gard, 1 du Cher) et 7 « en Avignon » (qui résidèrent en Avignon ; parmi lesquels : 1 de Gironde, 1 du Lot, 1 d’Ariège, 1 de Lozère et 3 de Corrèze [diocèse de Limoges] dont celui qui ramena la Papauté à Rome, et qui est d’ailleurs le dernier pape français : Grégoire XI).
– 5 Papes Allemands, dont le célèbre Saint Léon IX, alsacien, évêque de Toul [aujourd’hui en France].
– 4 Papes Espagnols, dont le célèbre Saint Damase (367).
– 1 Anglais, Adrien IV.
– 1 Hollandais, Adrien VI.
Et Mgr Guthlin de terminer sa note :
« Une vingtaine d’orientaux figurent dans la série des pontifes romains durant les huit premiers siècles. Ils étaient le plus souvent incorporés au Clergé de Rome. »


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