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Publié le par Florian Rouanet
Un trait fascinant de « l’aristocratie romaine », durant certaines périodes de l’Antiquité, fut cette volonté de lier ses origines à celles des Grecs, dans un effort de légitimation culturelle et politique.-*-Cette tendance fut particulièrement marquée à la fin de la République romaine (509 – 27 avant J.-C.) et au début de l’Empire (27 avant J.-C. – 476 après J.-C.), lorsque les grandes familles patriciennes et les chefs militaires cherchaient à magnifier leurs lignées en revendiquant des ancêtres grecs ou troyens.Prenons, par exemple, Jules César, l’un des personnages les plus emblématiques de l’Empire romain, et en particulier, de la fin de la République romaine, qui vécut de 100 à 44 avant J.-C.
César, désireux de se démarquer tant par ses succès militaires que par la noblesse de sa lignée, affirma être le descendant direct de Vénus (Aphrodite en Grèce), par le biais d’Énée, héros troyen et fils de la déesse. Énée, selon la légende, aurait fui la destruction de Troie pour s’établir en Italie, et cette figure héroïque permettait à César de tisser un lien mythique entre la grandeur troyenne et sa propre lignée.
Cette origine divine justifiât non seulement son ascension au pouvoir, mais consolidât également l’image de la puissance romaine enracinée dans une antique épopée partagée avec les Grecs.
Les récits mythologiques romains, comme l’Énéide de Virgile, soulignèrent ce lien entre Rome et la Grèce en plaçant Énée comme le fondateur spirituel de la cité (Virgile, Énéide, Livre I).Un autre exemple de cette revendication d’héritage grec apparût sous le règne d’Auguste, qui vécut de 63 avant J.-C. à 14 après J.-C., et fut le premier empereur de Rome, fondant ainsi le Principat en 27 avant J.-C. Auguste, comme César, se présentât comme l’héritier d’Énée et, par là, de Vénus. Il utilisât cette filiation mythologique pour légitimer sa position et renforcer l’autorité de sa nouvelle dynastie impériale (Suétone, Vie des douze Césars, Auguste, 2).
Auguste, en célébrant ses origines troyennes, cherchât également à associer son règne à la civilisation grecque, perçue comme un modèle de raffinement et de culture.Néron, empereur de 54 à 68 après J.-C., incarna une relation encore plus explicite avec la culture grecque. Néron, « malgré » sa réputation tyrannique, antichrétienne, était un grand admirateur de la civilisation grecque.
Il participât aux Jeux Olympiques en Grèce et se produisît dans des concours artistiques et musicaux, cherchant à s’imposer comme un nouveau « princeps hellénique », puissant et cultivé.
Ses succès dans ces compétitions étaient davantage liés à son statut impérial, qu’à ses compétences réelles, mais ils démontrèrent à quel point l’influence grecque était profondément ancrée dans la société romaine impériale (Tacite, Annales, Livre XV).L’héritage grec se manifesta également dans la manière dont les élites romaines s’approprièrent les modèles philosophiques helléniques.
Marc Aurèle, qui régna de 161 à 180 après J.-C., bien que célèbre pour son stoïcisme, fut aussi fortement influencé par la philosophie grecque, qu’il étudia en profondeur. Son œuvre majeure, Les Pensées, témoigna de cette absorption des principes stoïciens, une école de pensée grecque. Marc Aurèle personnifiât ainsi cette fusion culturelle entre la Grèce et Rome, où la force militaire romaine se mariait à l’élévation intellectuelle grecque (Marc Aurèle, Pensées, Livre I).Cet engouement pour les origines grecques et troyennes illustra la manière dont les Romains, malgré leur puissance militaire et territoriale, cherchaient à s’ancrer dans une tradition culturelle prestigieuse et ancienne.
À travers la revendication d’ancêtres grecs et l’adoption de la culture hellénique, les aristocrates et empereurs romains cherchassent à se légitimer et à inscrire leur pouvoir dans une continuité civilisationnelle partagée avec la Grèce.
Selon l’historien Paul Veyne, cette « hellénisation » de la culture romaine fut une manière pour les élites romaines de se doter d’une légitimité culturelle en se positionnant comme les héritiers et les continuateurs du modèle grec (Paul Veyne, L’Empire gréco-romain). La civilisation romaine, tout en conquérant militairement la Grèce, s’était laissée conquérir culturellement par elle, adoptant ses coutumes, sa philosophie et ses arts.-*-
Cela soulignât une continuité culturelle entre les mondes grec et romain. Mais également une supériorité morale et culturelle sur l’Empire. Les Romains, malgré leur propre puissance, regardaient vers la Grèce non seulement comme une source d’inspiration mais comme un modèle à intégrer dans leur propre identité (héritage qu’ils ont eux même universalisé).
Il fût dès lors de « bon ton » parmi l’élite romaine de se revendiquer de cette origine grecque, car cela conférait un prestige intellectuel et une légitimité quasi-divine dans la continuité d’un héritage antique partagé.Aussi, les conceptions du temps s’appliquent à nous, on le voyait avec l’utilisation racialiste des Indo-européens par l’Allemagne nationale-socialiste.
Ou encore, ce qui s’entend en ce sens, les rois ou le royalisme, qui se revendiquent, en tant que chrétiens, des lignées du Roi David de l’Ancien testament.

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