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Publié le par Florian Rouanet
Cher ami,
Je t’écris un rapide résumé de quelques idées et notions développées chez Schmitt :
Schmitt dépolît une critique du libéralisme comme facteur important de dé-satétisation du monde et son implication sur la fin des libertés humaines. Le premier terme indique la destruction progressive des États et du pouvoir qu’ils possédaient sur leur politique interne, et cela, au profit des institutions internationales type ONU.
Schmitt place ce point de rupture à partir de 1928 , lorsque l’ONU valide par le pacte Briand Kellogg, la guerre comme une entreprise hors la loi. En effet pour Schmitt la guerre est un élément constructeur des civilisations, au sens de Polemos, c’est à dire comme les grecs de Platon la décrivait : un conflit entre régions afin de renforcer les États eux mêmes. La guerre est donc à la fois une décision politique (venant d’États souverains) et comme le ressort essentiel de l’existence humaine. Ce qui l’amène à critiquer fortement la mise ne place d’un État universel, qui selon son principe anéantira au fur à mesure les espaces de liberté.Extrait de Glosssarum de Schmitt :
« Il n’y a pas de mouvement sans espace vide. Il n’y pas non plus de droit sans espace libre. Toute saisie ou délimitation normative d’un espace nécessite un espace libre qui reste en dehors, hors du droit. La liberté, c’est la liberté de mouvement, il n’y en a point d’autre. Qu’il est épouvantable, le monde où il n’y a plus l’étranger, mais seulement l’intérieur, plus d’issue vers la liberté au dehors, plus le champs libre où les forces se mesurent et s’éprouvent librement. »
C’est ainsi que le caractère faux, de la vision d’une seul communauté internationale pour faire la paix, en réalité, créait l’inverse : l’unité sur le plan juridique créait la discorde, au sens cette fois-ci, non plus de Polemos, mais de Statis, c’est à dire que, le conflit à l’intérieur de la cité peut dégénérer en guerre civile…
Car la guerre entre États se rattache au mot « ennemi », terme développé par Schmitt dans sa notion de politique. Ainsi occulté, ce droit à une nation, c’est affaiblir son peuple, car d’une part la distinction ennemi-ami disparaît, et aussi la notion d’hostilité, propre au politique ; le projet touche donc le décisionnisme suprapersonnel: « c’est à dire la volonté d’un peuple d’habiter un territoire et de donner un ordre à sa propre vie collective ».Quelques points clés de la vision de Schmit contre l’État mondial :
– Il souligne la particularité des dernières guerres qui se transforment de guerre-duel (opposant deux adversaires, États, armées) à guerre sanction impliquant bombardement aériens des zones civiles et enracinées.
– Ce qui amène à une deuxième évolution dans le fait de transformer l’ennemi en criminel (absence de codification juridique et morale), l’ennemi se transforme en criminel qu’il faut exterminer au péril de voir son existence constamment menacée.
– Sous l’idée d’unité du monde se cache l’impérialisme des États-Unis « Un nouvel ordre spatial de la terre instauré à partir de l’ouest de l’Amérique » (Nomos de la terre p.228).
– Sur le plan théologique, ce projet d’instauration d’un État mondial renvoie à Babel et l’idée diabolique d’instaurer une soi-disant paix uniformisée ici bas (avec le fameux slogan la fin justifie les moyens).Voilà quelques modestes axes et notions développé par Carl Schmitt, en ayant lu La notion de politique, La théorie du partisan et le Nomos de la terre, et non sa critique du libéralisme.
C’est intéressant, sur plusieurs domaines, car il est défenseur de la liberté dans un sens juste, il redoute que le fort détruise tous les moins forts. A comparer avec Alexandre Kojève, c’est pertinent car ce dernier justement décrit L’état universel comme inévitable, en basant cela sur idéal civique et la notion de reconnaissance qu’il reprend de Hegel (en détruisant les religions au passage), mais à sa sauce ; il s’agit plus d’un théorème qu’il applique en décrivant la somme finale (mais Kojève lui, à travailler pour les institutions européennes alors, il est passé à l’acte si j’ose dire…).
Voilà, la pensée de Carl Shmitt est évidemment plus riche que cela, mais enfin, j’espère que cela vous donnera l’envie de le lire !
PS. C’est là tout le paradoxe d’un « bon mondialisme », lequel devrait se nourrir des nationalismes qui, représentent autant de virtualités humaines possibles, homogènes et expressives, au sein du Monde lui-même. Nous évoquions ce « débat » avisé à propos du Nomos de la Terre.


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