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Publié le par Florian Rouanet
Nous vous livrons un échange épistolaire interposé et daté, et relativement court, mais édifiant, dont nous fûmes témoin et intermédiaire, et effectué, suite à la diffusion de notre conférence sur l’helleno-christianisme, le 27 février 2020 :
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-*-Les deux plans de l’humanisme helléno-chrétien :
« Je définirai donc l’humanisme chrétien sur deux niveaux, un niveau accessible à tous et un niveau supérieur plus contemplatif et mystique, qui est celui de Pic de la Mirandole, mais le deuxième niveau n’invalide pas le premier, il le confirme.
Le premier niveau se limite à la rhétorique au plan naturel et à l’instruction dans la foi au plan surnaturel ; le deuxième est philosophique au plan naturel et mystique au plan surnaturel. »
David Veysseyre.« Je ne vois pas ce que vous voulez dire par humanisme à la Pic de la Mirandole… Et le terme humanisme est trop usé par nos adversaires. Je suggérerais que l’on préfère le terme civilisation helléno-chrétienne. Le Bien commun est notre perfection sociale rationnelle. j’espère avoir le temps d’écouter… »
Père Chazal.« Bonne question, l’humanisme de Pic de la Mirandole, c’est le deuxième niveau, c’est exploiter toutes les possibilités rationnelles que nous donne la philosophie naturelle comme le neoplatonisme pour nous élever le plus possible et « nous détacher de notre corps », pour mieux nous abandonner ensuite à la fruition béatifique, ou à la contemplation : le niveau en dessus. C’est utiliser plutôt la raison que l’affectivité pour nous élever, comme les mystiques, par exemple. »
David Veysseyre.« On n’arrive pas à la vision béatifique sans la grâce. Ça sent le souffre. Les platoniciens de l’époque étaient les ennemis de l’Église en Italie, et grand maitres de l’équivoque. Rien à voir avec le platonisme Augustinien qu’il faudrait largement préférer. »
Père Chazal.« Il a tout à fait raison, bien entendu, mais j’ai bien précisé que le néoplatonisme et l’exploitation de toutes les méthodes de la philosophie naturelle (intelligence de la nature, ascèse) avaient pour vocation de nous disposer à la grâce. J’aurais dû le préciser. L’ascèse néoplatonicienne ne nous mène pas à la fruition béatifique, bien entendu. La théologie est comme le droit : il faut être très précis. Elle est très exigeante intellectuellement, il ne faut rien laisser au hasard, et j’ai péché ici par imprécision.
Nous ne pouvons rien sans la grâce, je professe ce qu’il y a de plus orthodoxe au plan catholique. Rien n’est plus insupportable et hérétique que cet esprit prométhéen qui croit tout obtenir par lui-même. Je ne suis ni pélagien, ni protestant, où la grâce est complètement gratuite et peut étreindre la pire des ordures.
Pic disait dans son Discours sur la dignité de l’homme : « Poteris in inferiora quae sunt bruta degenerare, poteris in superiora quae sunt divina ex tui animi sententia regenerari », tu pourras dégénérer en formes inférieures qui sont bestiales ; tu pourras, par décision de ton esprit, être régénéré en formes supérieures, qui sont divines.
Certains mauvais traducteurs traduisent la forme passive regenerari par un verbe pronominal en français (te régénérer), ce qui est grotesque et inepte ici, et c’est travestir la pensée de Pic, très érudit et fils fidèle de l’Église. « Être régénéré » implique la décision dernière laissée à Dieu, libre de prodiguer sa grâce, à condition que nous la voulions, bien entendu, et que notre vie soit toute entière consacrée à la vouloir. Il n’appartient qu’à nous de déchoir, mais à Dieu de nous élever encore plus haut.Quant au platonisme augustinien, j’entends bien : saint Augustin est venu justement au christianisme par la rhétorique et la philosophie, la culture classique de l’époque, riche mais incomplète, non achevée. Platon avait eu des intuitions, mais il n’avait pas connu la grâce.
Les platoniciens italiens de la Renaissance n’étaient pas du tout anti-chrétiens, mis à part le Grec Gemiste Pléthon. Il régnait plutôt une forme de syncrétisme où l’on mélangeait tout, ce qui explique la fortune du néoplatonisme chrétien avec Denis l’Aréopagite au Quattrocento. Quant à Ficin, le héraut du platonisme à Florence, le premier traducteur de Platon et de Plotin, il n’était pas du tout anti-chrétien. Il recherchait simplement une concordia entre platonisme et christianisme, sans avoir bien saisi toutefois ce qui différenciait ontologiquement l’hellénisme et le christianisme. C’est justement Pic qui va lui représenter ses erreurs dans son Commentario sopra la canzone d’amore de son ami Jérôme Benivieni. »
David Veysseyre.
« On est bien d’accord. Vaya con Dios, Caballero de Nuestro Senor. »
Père Chazal.« Ça me rassure alors. Je suis soulagé d’être en communion avec le père Chazal, j’attendais son verdict avec appréhension. »
David Veysseyre.Le Père Chazal appartient au milieu williamsonien et c’est un legteur rivarolien


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