• “𝕿rès bon auteur, très mauvais éditeur”, passe d’armes entre l’abbé Francesco Ricossa (Sodalitium) et Bruno Saglio (ESR)



    Joute entre scoutisme, lefebvro-guérardisme, mysticisme et complotisme… ?

  • ⚔️ Duel doctrinal et éditorial autour du scoutisme, de Mgr Lefebvre,
    et des lignes traditionalistes antagonistes ⚔️

    ⁂ 𝔄rène des belligérants !

    ℭher lecteur, souffrez que nous ouvrions derechef les rideaux de cette petite commedia intra-traditionaliste, où se croisent fine érudition, rancunes anciennes, fidélités irréductibles et coups de plume acérés — s’incarnant ici dans une nouvelle affaire conflictuelle sous fonds de différends théologico-stratégiques entre deux figures connues du monde « traditionaliste » avec un échange en trois actes, dense en invectives et citations !

    1. D’un côté, l’abbé Francesco Ricossa, pugiliste lettré en soutane du camp guérardien au Sodalitium – intelligent, disert, volontiers polémiste – mais dont nous ne partageons point la thèse materialiter–formaliter. Nous le suivons davantage sur ses dénonciations de Rampolla, moins sur ses vues de La Salette (étant ici neutre, comme les trans-formaliter !) ou de l’Apocalypse.
    2. De l’autre, Bruno Saglio, directeur des Éditions Saint-Remi, homme d’humeur nationaliste-royaliste, « sédévacantiste complet », qui ne rechigne pas à publier à foison contre-révolutionnaires, auteurs ultramontains… et parfois — en effet, mais faut-il l’en tenir rigueur ? — quelques figures douteuses, tel le pseudo marquis de La Franquerie. Sympathique, mais ici prompt à répliquer sans ménagement.

    Le déclencheur ? Un numéro de Sodalitium (n° 74) où Ricossa encense le père Jeoffroid tout en flétrissant l’éditeur Saglio comme « très mauvais ». Le tout sur fond de controverse autour du scoutisme catholique, des infiltrations théosophiques, et surtout de la figure de Mgr Lefebvre, parfois honni par les uns, souvent révéré par les autres.

    🎙️ Antenna I.O. Vox Frequencia « Choc des Titans Traditionalistes ? »

    🎙 Capsules auditives

    📄 𝔇ocumentations générales


    ☧ 𝔏exique de cogneur à goupillon

    SCOUTISME – Mouvement éducatif fondé par Baden-Powell (1907), adapté en version « catholique » par le Père Sevin, critiqué pour ses infiltrations naturalistes et théosophiques.
    MYSTICISME SURNATURALISTE – Tendance à exagérer le rôle de la grâce au détriment de l’ordre naturel, dérive où la foi devient prétexte à délaisser la raison, glissant vers une religiosité illuminée et peu catholique — un surnaturalisme souvent dénoncé par Joseph Mérel et souvent proche du complotisme.
    UNA CUM – Formule liturgique exprimant la communion avec un (vrai ou faux) Pape régnant. En contexte traditionaliste, son usage ou son rejet distinguerait au Canon de la Messe, les « una cum » et « non una cum ».
    THÈSE DE CASSICIACUM – Élaboration de Mgr Guérard des Lauriers : le Siège romain serait matériellement occupé par un élu illégitime (materialiter) mais dépourvu de l’autorité formelle (formaliter).
    CONCILIUM GENERALE IMPERFECTUM (CGI) – Solution préconisée pour sortir de la vacance pontificale : réunion les derniers évêques catholiques fidèles afin d’élire un Pape.


    ☩ Ancienne école éprouvée ou « invoquée »

    Plongeons dans ces citations mentionnées dans la joute, notamment une précédent de peu le Assise ultra-œcuménique de Karol Wojtyla alias Jean-Paul II :

    « Nous nous trouvons vraiment devant un dilemme grave, excessivement grave, qui je crois n’a jamais existé dans l’Église : Que celui qui est assis sur le siège de Pierre, participe à des cultes de faux-dieux. Je ne pense pas que ce soit jamais arrivé dans l’Histoire de l’Église. (…) Quelle conclusion devrons-nous tirer, peut-être dans quelques mois, devant ces actes répétés de communication à des faux cultes ? Je ne sais pas. Je me le demande. Mais il est possible que nous soyons dans l’obligation de croire que ce pape n’est pas pape. Car il semble à première vue – je ne veux pas encore le dire d’une manière solennelle et formelle – mais il semble à première vue – qu’il soit impossible qu’un pape soit hérétique publiquement et formellement. Notre Seigneur lui a promis d’être avec lui, de garder sa foi, de le garder dans la foi. Comment celui auquel Notre Seigneur a promis de le garder dans la foi définitivement et sans qu’il puisse errer dans la foi, peut-il en même temps être hérétique publiquement et quasi apostasier ? »

    — Mgr Marcel Lefebvre, Sermon de Pâques 1986, Écône, 30 mars 1986 (relai de l’abbé Pivert). Ce fut quinze jours avant la visite annoncée de Wojtyla alias Jean-Paul II à la synagogue de Rome, le 13 avril 1986, et en prévision du fameux drame oecuménique d’Assise de la même année.

    ⟦ Contexte canonique cité par Mgr Lefebvre (Droit de 1917, via le chanoine Naz) ⟧

    « Il est absolument interdit aux fidèles d’assister ou de prendre part activement aux cultes des a-catholiques de quelque manière que ce soit. »
    — Canon 1258 §1 (1917), cité par Mgr Lefebvre, Sermon de Pâques 1986 (p. 2/6), La Porte Latine
    « Il n’est permis ni de prier, ni de chanter, ni de jouer de l’orgue dans un temple hérétique ou schismatique en s’associant aux fidèles qui célèbrent leur culte […]. »
    — Dictionnaire de droit canonique (Naz), résumé et citation donnés par Mgr Lefebvre, Sermon de Pâques 1986 (p. 2/6), La Porte Latine
    « Ceux qui participent ainsi activement et formellement au culte des non-catholiques, sont présumés adhérer aux croyances de ces derniers. C’est pourquoi le canon 2316 les déclare suspects d’hérésie […]. »
    — Dictionnaire de droit canonique (Naz), avec renvoi au Canon 2316 (1917), cité ibid.
    « § 1. Il n’est pas permis aux fidèles d’assister activement ou de prendre part, sous quelque forme que ce soit, aux rites sacrés non-catholiques. »
    — CIC 1917, can. 1258 §1 (texte FR / site de référence) ⟦ Texte des canons (édition en ligne) ⟧
    « Qui quoquo modo haeresis propagationem sponte et scienter iuvat, aut qui communicat in divinis cum haereticis contra praescriptum can. 1258, suspectus de haeresi est. »
    — CIC 1917, can. 2316 (texte latin)


    « Il y a des relents de théosophie dans le scoutisme que l’on sait déjà imprégné de protestantisme et de franc‑maçonnerie. Le scoutisme catholique, en vertu de la fraternité scoute, a des contacts avec les neutres et les protestants. » Ce qui, insiste-t-on, expose « de sérieux risques de contamination et de nombreux dangers pour le scoutisme même catholicisé »
    — Christophe Carichon décrit ainsi, de manière paraphrasée, la position de Jeoffroid (Père Henri Jeoffroid, Le scoutisme catholique et la théosophie (mémoire, ca 1922–1923) — ND Chrétienté, Ed. Saint-Rémi


    Σ Plan d’attaque par manche

    I. 📜 Le coup d’envoi de Ricossa – Louanges au P. Jeoffroid, flèches contre l’éditeur
    II. 📚 La contre-offensive de Saglio – Défense du catalogue et attaque sur le guérardisme
    III. 🖋 La réplique finale de Ricossa – Cassiciacum, Lefebvre et Benigni remis sur la table


    🏟 Entrée pugilistique lettrée : un duel sur fonds croisés

    Il y a dans cette affaire moins de divergences sur le père Jeoffroid que sur l’usage que l’on fait de son texte. Ricossa reproche aux ESR d’avoir flanqué commercialement la bannière de Mgr Lefebvre en tête d’un ouvrage anti-scout… alors que l’archevêque de Dakar fut un soutien fervent de ce mouvement. Et d’avoir relégué dans l’ombre le rôle cardinal de Mgr Benigni, maître et ami de Jeoffroid.
    
    Saglio, piqué au vif, défend la qualité matérielle et doctrinale de son catalogue, oppose la longue liste de ses auteurs irréprochables, et contre-attaque sur lesdites erreurs de Ricossa : La Salette, Apocalypse, Rampolla… mais surtout la fameuse/fumeuse Thèse de Cassiciacum.

    I. 📜 Le coup d’envoi de Ricossa

    D’entrée, Ricossa gratifie le P. Jeoffroid d’un « très bon auteur », mais assène à Saglio le coup du « très mauvais éditeur ». Non pour la reliure – qu’il sait modeste – mais pour l’art de mêler, sous la bannière ESR, du solide et du friable, du documenté et du fidéiste sentimental.

    Il y voit, derrière le cas du scoutisme, la marque d’une « école antilibérale » façon Louis-Hubert Remy : encline à publier des auteurs « contaminés par le traditionalisme du XIXᵉ », ou à préférer des plumes à mysticisme exalté plutôt que rigueur historique.

    “Très bon auteur, très mauvais éditeur”… Abbé Francesco Ricossa
    R.P. HENRI JEOFFROID — Notes sur le Scoutisme — ESR, Cadillac, 2022

    Dans le dernier numéro de Sodalitium (n° 73, note 297, p. 193) je commentais ainsi la prochaine publication de Le scoutisme catholique et la Théosophie du père Jeoffroid, par les Éditions Saint-Remi, édité avec le titre anodin de : Notes sur le scoutisme. Le très bon auteur est, évidemment, le père Henri Jeoffroid (1880-1961) des Frères de Saint-Vincent-de-Paul, ami sincère de Mgr Benigni, au point d’être un des deux prêtres à avoir participé à ses funérailles (l’autre était le père Saubat). Le “très mauvais éditeur” est Bruno Saglio, des Éditions Saint-Remi. Quand j’écris “très mauvais éditeur”, je ne me réfère pas à la qualité matérielle des publications (comme la reliure, ou choses semblables) : nous savons bien que les poches ‘traditionalistes’ ne sont pas bien fournies. Je ne me réfère pas non plus au fait que les ESR publient (uniquement) de mauvais auteurs, en effet, elles en publient (aussi) de très bons, précisément comme, dans notre cas, le père Jeoffroid (et je pourrais en citer d’autres : je me limiterai au père Maignen, lui aussi des Frères de Saint-Vincent, et membre de la diète du Sodalitium Pianum). Hélas, comme d’autres représentants de l’actuelle “école antilibérale” (nous pensons à Louis-Hubert Remy – passé à une vie meilleure – ou à l’abbé Grossin qui s’appelle désormais Rolland, et à d’autres), le défaut de ces éditions consiste à mélanger des auteurs sérieux et documentés avec d’autres complètement privés de ces caractéristiques ; études qui, nous savons, unissent doctrine orthodoxe avec sérieux scientifique et d’autres au contraire qui sont anciennes, dépassées, peu documentées ; des auteurs fiables et d’autres contaminés, par exemple, par le traditionalisme fidéiste du XIXe siècle (voir l’article “Rétractation” du n° 69-70 de notre revue).

    Nous en avons parlé à plusieurs reprises dans Sodalitium (par exemple dans le n° 63, juillet 2010 : Notes pour l’étude de la Sainte Écriture et des autres sciences ecclésiastiques en général) et dernièrement en septembre 2020 (toujours dans le n° 69-70 : Problèmes de documentation dans certains livres antimaçonniques, article – entre autres – écrit par d’autres, qui se concluait par ce programme pleinement acceptable : “rigueur et vérité”).

    Le livre du père Jeoffroid sur les liens entre le mouvement scout et la théosophie ne rentre pas parmi les ouvrages peu fiables à cause des lacunes de l’auteur : au contraire ! Nous en recommandons absolument la lecture et partageons les thèses de ce courageux et clairvoyant prêtre, resté malheureusement inécouté. Sur quoi porte, alors, notre critique ? Non pas tant et non seulement sur le fait que l’éditeur ne nous plaît pas, évidemment, que sur la présentation du livre et les notes du texte qui ne sont pas du père Jeoffroid mais du rédacteur, Louis-Michel Dufay, que l’éditeur lui-même présente ainsi : “L’auteur de la présentation, grand connaisseur du scoutisme et fidèle dans une chapelle de la FSSPX, tient à remercier les prêtres (FSSPX et communautés amies) qui l’ont conseillé et relu”. Ledit rédacteur (dont on ignore tout) a eu le mérite – non de découvrir l’existence du texte et d’en décrire les faits, puisque ce mérite revient à Christophe Carichon, dont le rôle est largement diminué et dénigré par l’éditeur et le rédacteur – mais d’avoir publié intégralement le travail du père Jeoffroid : honneur au mérite, donc ! Pour le reste, nous pouvons le dire, le rédacteur a démoli le texte qu’il publie. D’autant plus qu’il dédie son travail (aussi) à Mgr Lefebvre par ces mots : “À Mgr Lefebvre, qui, nous a donné la lumière des principes à la suite des Pontifes Romains pour nous guider en temps de crise”. Et nous qui pensions que l’éditeur était ouvertement “non una cum” ! qu’il trouverait même trop modérée la Thèse de Cassiciacum ! et au contraire, nous devons croire que parmi les lumineux principes que nous a donnés Mgr Lefebvre à la suite des Pontifes Romains, il existerait l’existence de l’erreur dans le magistère des susdits Pontifes Romains pour justifier la légitimité de Paul VI, Jean-Paul Ier et II, Benoît XVI et François, avec l’expulsion conséquente de la Fraternité de qui penserait le contraire. Mais – objectera-t-on – Mgr Lefebvre aujourd’hui serait sédévacantiste.

    Dans l’attente d’une séance de spiritisme, exorcismes ou apparitions qui le confirment, il est certain que la Fraternité, aujourd’hui encore, est parmi les peu, très peu, qui défendent encore la légitimité de Bergoglio dans les rangs traditionalistes… Mais au moins Mgr Lefebvre et la Fraternité Saint Pie-X ont-ils jamais dénoncé les infiltrations maçonniques, théosophiques et naturalistes dans le scoutisme, même catholique ? Le faire croire est ouvertement un mensonge flagrant. J’ai sous les yeux un feuillet des “Scouts et Guides Notre-Dame de France” fondés le 17 avril 1977 au Prieuré Notre-Dame du Pointet de la Fraternité Saint Pie-X avec l’approbation et les encouragements de Mgr Lefebvre, qui écrivait : “Le Scoutisme a été une source remarquable de générosité chrétienne. Il a formé de nombreux parents animés d’une foi vive et suscité de nombreuses vocations” (25 août 1977).

    Opinion respectable, certes. Mais comment la concilier avec un écrit qui dénonce le scoutisme, y compris le scoutisme catholique, comme imprégné de l’esprit de la théosophie ? Quiconque a fréquenté Écône sait comment Mgr Lefebvre a accueilli et ordonné les candidats de la communauté scoute de Riaumont (je me souviens bien de l’abbé Philippe Peignot, tristement célèbre), dont l’actuel prieur, Alain Hocquemiller, recommande évidemment le livre du père Sevin contre qui écrivit le père Jeoffroid.

    Sur la couverture du livre, l’éditeur et le rédacteur présentent au lecteur les photographies des partisans et des adversaires du scoutisme, ces derniers au nombre de six. Or, on remarque l’absence de Mgr Umberto Benigni, quasi absent aussi de la présentation de L.-M. Dufay. Pourtant, le tant déprécié Carichon avait mis en relief le rôle de premier plan joué par Mgr Benigni dans toute la question du livre du père Jeoffroid, mais on voit que dans la Fraternité Saint Pie-X et à Cadillac Mgr Benigni est quasi inconnu ou bien ne jouit pas, pour des motifs qui me sont mystérieux, d’une bonne presse. Ayant moi aussi fait partie de la Fraternité, je comprends combien il est difficile (surtout pour les séminaristes, ou au maximum pour les prêtres, non pas tant pour les fidèles, à moins qu’ils aient des intérêts commerciaux à sauvegarder) d’être cohérents avec leurs propres bonnes idées et de s’éloigner de la susdite : le rédacteur et ses collaborateurs peuvent donc avoir ma compréhension et mon indulgence. L’éditeur, non : sans raison, il a démoli un livre excellent.


    II. 📚 La contre-offensive de Saglio

    La Voix des Francs répond sur trois fronts :

    • Matériel : reliures soignées, impression à la demande, justification économique.
    • Doctrinal : défense des auteurs publiés, rappel des grandes figures éditées.
    • Personnel : soupçon que Ricossa frappe par rejet « pur et simple » de tout ce qui ne plie pas devant Cassiciacum.

    Saglio en profite pour mettre en accusation la thèse guérardienne (qu’il affirme reniée par son auteur), railler les avis propres de Ricossa sur La Salette et l’Apocalypse, et rappeler ses propres analyses sédévacantistes « complètes », en partie hostile seulement à l’héritage de Mgr Lefebvre.

    Réponse à l’article de M. l’abbé Ricossa : « Très bon auteur, très mauvais éditeur », paru dans
    Sodalitium (n° 74, pp 76-78)

    C’est un ami, très choqué, qui nous a signalé un article de M. l’abbé Ricossa dans le dernier n°74 de sa revue Sodalitium1, où il attaque violemment les éditions Saint-Remi et son directeur, qu’il qualifie de « très mauvais éditeur » sic !

    Nous n’aurions pas été étonné d’une telle accusation de la part d’ennemis déclarés de l’Église, mais non, il faut que de telles accusations viennent d’un prêtre sensé défendre la foi, alors que l’objectif premier de notre maison d’édition est de rééditer le meilleur de la littérature catholique pour la défense de la foi, et que de fait nous pensons l’avoir en partie réalisé, après plus de 25 ans de travail acharné, puisque l’on trouve aux ESR plus de 1500 références des meilleurs auteurs tant loués par la sainte Église, qui ont forgé des générations de catholiques au sortir de la Révolution. Les bras nous en tombent !

    C’est à la suite de notre édition Notes sur le scoutisme par le père Henri Jeoffroid, que nous avons fait paraître en 2022, que l’abbé Ricossa a écrit son article dénigrant, rempli de faux jugements téméraires, comme nous allons le démontrer pour le bien de la Vérité, et parce qu’en attaquant ainsi cette maison d’édition catholique contre-révolutionnaire, nous pensons que c’est le bien commun qui est attaqué, et notre devoir est de le défendre.

    Dans la première partie de son article, M. l’abbé Ricossa nous qualifie de « très mauvais éditeur » :

    – Non pas d’un point de vu matériel, dit-il. Mais notons au passage qu’en réalité il en profite bien pour critiquer la qualité matérielle, en insinuant que n’ayant pas beaucoup de moyen, la « reliure, ou choses semblables » est de mauvaise qualité. Ne sait-il pas que depuis plusieurs années nous proposons de nombreux titres en très belles reliures, cahiers cousus, couvertures rigides, qui justement demandent des moyens que les ESR ont acquis petit à petit ? Une 60 aine de titres sont
    ainsi proposés à l’heure actuelle. D’ailleurs le livre Notes dur le Scoutisme, — qui fait l’objet de son article et que M. l’abbé Ricossa est sensé avoir dans les mains — nous l’avons édité en cahiers cousus avec couverture souple à rabats en très belle qualité. Pourquoi fait-il mine de l’ignorer ? Quant au reste du catalogue, dont les livres sont fabriqués à la commande en reliure brochée, c’est-à-dire dos-carré-collé, la qualité reste tout à fait satisfaisante et de très nombreux lecteurs des ESR en sont satisfaits selon les nombreux témoignages que nous recevons depuis des années. S’il fallait éditer notre catalogue de 1500 références en belles reliures avec du stock, dont certains titres entre 15 et 40 volumes (comme L’Année Liturgique 15 vol., Les Petits Bollandistes 20 vol., L’Histoire Générale de l’Eglise 44 vol.), il nous faudrait un hangar gigantesque pour les stocker et plusieurs millions d’euro pour les imprimer en stock. Dieu soit loué ! les nouvelles technologies nous permettent de les imprimer à l’unité, certes pas en qualité optimale, mais cela reste tout à fait satisfaisant, et ainsi la littérature catholique des meilleurs auteurs ultramontains et contre-révolutionnaires est de nouveau à disposition des lecteurs.

    – Ensuite M. l’abbé Ricossa en vient au fait et donne les raisons de fond pour lesquelles nous serions un « très mauvais éditeur » : « le défaut de ces éditions consiste à mélanger des auteurs sérieux et documentés avec d’autres complètement privés de ces caractéristiques ». Nous aurions bien aimé qu’il cite exactement les titres et les auteurs en question, mais il n’en fait rien, ne permettant pas au lecteur de juger sur pièce, et cela lui permet de mettre un discrédit complet sur notre maison d’édition, ce qu’il souhaite car dévoile-t-il : « l’éditeur ne nous plaît pas ». En effet sur les 1500 références du catalogue, admettons qu’il y ait quelques titres pour lesquels il ne soit pas d’accord, et nous pensons savoir lesquels le dérangent, nous y reviendrons, est-ce une raison pour mettre au panier un tel catalogue unique en son genre à l’heure actuelle ? Devons nous lui rappeler qu’on trouve aux ESR, les œuvres complètes ou quasi complètes des meilleurs auteurs comme saint Thomas d’Aquin, de saint Alphonse, de saint Bernard, de saint Pie X, de Darras, de Mgr Fèvre (Hisoire apologétique de la papauté), de Rohrbacher, Mgr Guérin (Le Petits Bollandistes), de Dom Guéranger, de Mgr de Ségur, de Mgr Gaume, des abbés Lémann, du cardinal Pie, de Donoso Cortes, de Louis Veuillot, de Mgr Jouin, du père Maignen, de Mgr Delassus, du père Fahey (que nous avons fait traduire, très gros travail !), du père Pègues, du père Hamon, du père Garrigou-Lagrange, de Dom Monléon, de Dom Marmion, de Lecoy de la Marche, d’Alphonse Vetault, de Léon Gautier, de Gougenot-des-Mousseaux, de Jean Vaquié, de Pierre Virion, de Léon de Poncins, etc. Nous épargnons au lecteur les autres grands noms de la littérature catholique présents au catalogue pour ne pas alourdir notre réponse. Mais voilà les auteurs que l’abbé Ricossa risque d’empêcher de continuer leur action salvatrice auprès des fidèles dissuadés d’aller voir les éditions Saint-Remi par un tel dénigrement.

    M. l’abbé Ricossa ne cite pas d’auteurs de notre catalogue qui seraient mauvais, mais prétend que nous publions « des auteurs fiables et d’autres contaminés, par exemple, par le traditionalisme fidéiste du XIXe siècle ». Pourrait-il nous indiquer de quels auteurs de notre catalogue il s’agit ? Il cite dans d’autres n° de Sodalitium les auteurs comme Bonnety et Ventura qui ont été condamnés pour traditionalisme ou fidéisme, mais précisément nous n’avons jamais publié ces auteurs, ni aucun autre qui auraient été ainsi condamnés.

    Que M. l’abbé Ricossa manifeste son désaccord avec certains auteurs que nous publions sur des questions libres, comme sur des questions d’histoire ou de géo-politique, il en a tout à fait le droit, mais disqualifier notre maison d’édition en nous traitant de « très mauvais éditeur », pour cette raison, faisant abstraction de l’écrasante majorité des autres auteurs qu’il qualifie de bons, est déraisonnable.

    Enfin, M. l’abbé Ricossa rentre plus dans son sujet en faisant une critique de notre édition Notes sur le scoutisme, objet principal de son article, pour à la fois louer la publication de cet ouvrage mais aussi discréditer « Je ne me réfère pas non plus au fait que les ESR publient (uniquement) de mauvais auteurs, en effet, elles en publient (aussi) de très bons ». Par cette phrase, l’abbé Ricossa ne précise pas la proportion de mauvais auteurs à ses yeux par rapport à celle des bons. Le lecteur pourrait penser que la proportion serait égale. Mais sur nos 1500 références, pourrait-il nous dire ce qu’il en est ? Un simple examen objectif du catalogue montrera que même aux yeux de l’abbé Ricossa la proportion de ce qu’il appelle « bons auteurs » est sans commune mesure avec ceux qu’il appelle « mauvais auteurs ». L’éditeur, à cause de la « présentation du livre et des notes du texte qui ne sont pas du père Jeoffroid mais du rédacteur, Louis-Michel Dufay », qui ne plaisent pas à M. l’abbé Ricossa pour plusieurs raisons.

    Première raison : Louis-Michel Dufay diminuerait et dénigrerait le rôle de Christophe Carichon qui aurait découvert le premier l’existence du texte du père Jeoffroid.

    Il est étonnant de voir M. l’abbé Ricossa chercher à rétablir M. Carichon, alors que celui-ci suit le sulfureux Émile Poulat non seulement dans les recherches, mais aussi dans les conclusions qui font fi de la condamnation de Saint Pie X contre le modernisme historique.

    M. Carichon n’a pas le mérite d’avoir trouvé le texte du P. Jeoffroid. Celui-ci est connu depuis les années 1990 dans la Tradition, même s’il n’avait pas encore été rendu public, vu l’aspect délicat. Il a la responsabilité d’avoir comme « enterré » le mémoire du P. Jeoffroid en faisant de celui-ci un « intransigeant » comme le montre cette phrase : « C’est pour défendre la même jeunesse et par amour de l’éducation et du service des enfants que ces deux prêtres français, l’aumônier scout et celui des patronages se sont opposés si durement, sans se comprendre, prisonniers de leur propre subjectivité. » Au contraire, il ne s’agit nullement de « subjectivité », mais bien de principes catholiques d’éducation. Avec une telle conclusion, M. Carichon noie le poisson et invite tous les scouts à ne pas approfondir le sujet, ce qu’il a magnifiquement réussi. Et c’est un tel homme que l’abbé Ricossa veut rétablir ! Donc loin de l’honneur ou du mérite, c’est un lâchage.

    Le mérite de Louis-Michel Dufay est donc de « dénoncer » l’erreur et de rétablir la vérité face à M. Carichon à qui il incombait de montrer que le scoutisme ne peut être catholique, lui qui avait eu connaissance en profondeur et avec les archives, de cet essai de condamnation, où Pie XI a été manœuvré par les libéraux et les modernistes. C’est pour cela que Louis-Michel Dufay n’a pas pris le temps, puisque M. Carichon l’avait fait, de montrer la place de Mgr Benigni dans cette affaire. L’important était de revenir sur 1924 et de montrer où se situait la manœuvre. Et ce n’est pas en 30 pages que l’on peut tout expliquer.

    Par ailleurs, nous accuser de ne pas parler de Mgr Benigni, quand on cite pour approfondir le sujet du Sodalitium Pianum, l’ouvrage de Mgr Ducaud Bourget, Maçonnerie noire ou la vérité sur l’intégrisme, cela ne montre pas un grand amour de la vérité. C’était pour un lecteur scout, averti en défaveur par des auteurs comme M. Carichon, le meilleur moyen de préparer le terrain au retour en grâce de Mgr Benigni. Encore une fois, M. l’abbé Ricossa, manie à merveille le procès d’intention. Qu’il se rassure, malgré son peu de bienveillance, nous continuerons à dénoncer le scoutisme, en rappelant aussi, c’est bien notre intention, le combat de Mgr Benigni à ce sujet, que nous n’avons pu traiter faute de place et de temps, pensant qu’il valait mieux rétablir la vérité sur l’affaire de 1924.

    Quant à la date et à l’importance de Mgr Benigni dans l’affaire de Rome, voici ce que l’on peut dire selon les sources que nous avons consultées : C’est Mgr Benigni qui transmet le rapport à la R.I.S.S.,
    célèbre publication anti-libérale et anti-maçonnique de la période. La transmission du mémoire Jeoffroid à la RISS n’est peut-être pas ce qui inquiète les Scouts De France, les documents de l’époque (notamment une lettre du Chanoine Cornette du 31 mars 1924) rapportent que c’est le fait d’une attaque virulente à l’Assemblée des Cardinaux et des Archevêques de France, qui d’ailleurs a été mis en annexe par Louis-Michel Dufay, même si celle-ci a lieue en mars, que Mgr Benigni donne
    le rapport en mai, et qu’à la fin du mois le P. Sevin est à Rome. Alors à force de vouloir mettre Mgr Benigni partout à la première place, l’abbé Ricossa finit-il par dire des choses inexactes ? En tous cas, il ne cite pas de source.

    1 « Pourtant, le tant déprécié Carichon avait mis en relief le rôle de premier plan joué par Mgr Benigni dans toute la question du livre du père Jeoffroid, mais on voit que dans la Fraternité Saint Pie-X et à Cadillac Mgr Benigni est quasi inconnu ou bien ne jouit pas, pour des motifs qui me sont mystérieux, d’une bonne presse. » Dans l’article de M. l’abbé Ricossa.

    Deuxième raison : M. l’abbé Ricossa nous accuse de démolir le texte du père Jeoffroid parce que les ESR ont autorisé Louis-Michel Dufay, fidèle qui pratique à la Fraternité Saint-Pie-X, à écrire la dédicace suivante : « À Mgr Lefebvre, qui, nous a donné la lumière des principes à la suite des Pontifes Romains pour nous guider en temps de crise. » C’est un peu fort de café ! Nous répondons que la dédicace est signée de l’auteur et non des ESR. De plus, même si nous pensons que Mgr Lefebvre a malheureusement eu des incohérences sur sa position concernant l’usurpation du siège de Pierre par les anti-papes modernistes1, et que finalement il n’a pas voulu trancher en les déclarant « anti-papes »2, il n’en reste pas moins que c’est en grande partie grâce à lui que le Sacerdoce et la Foi catholique ont pu subsister dans cette crise unique de l’Église. Faut-il rappeler à M. l’abbé Ricossa qu’il a été formé au séminaire d’Écône et ordonné par Mgr Lefebvre (d’ailleurs
    au cours d’une cérémonie una cum…), et que par conséquent sans Mgr Lefebvre il n’aurait pas été prêtre et son institut l’IMBC n’aurait pas existé ? Et parce que nous avons laissé Louis-Michel Dufay écrire cette petite phrase de dédicace à Mgr Lefebvre, M. l’abbé Ricossa prétend que nous ne sommes pas ouvertement « non una cum ». Jugement téméraire que cela. Il semble que toute référence favorable à Mgr Lefebvre fasse perdre la raison à M. l’abbé Ricossa.

    1 Notez qu’alors le terme de sedevacantiste ne correspond pas vraiment à la réalité, le siège n’est pas vacant mais occupé par des usurpateurs. Nous préférons nous appeler catholique et rien d’autre que catholique. 2 Rappelons tout de même que Mgr Lefebvre, bien qu’il n’ait malheureusement pas voulu trancher, et nous le déplorons, a exprimé publiquement lors de son sermon de Pâques 1986 à Écône, la doctrine permettant de déclarer que ce « pape » n’était pas pape (Jean-Paul II à l’époque, et cela s’applique aux « papes » de Vatican II) :

    Quant à la question de savoir si Mgr Lefebvre était pro-scout, on ne peut pas affirmer décemment une telle chose.

    Mgr Lefebvre a donné des principes qui sont les enseignements des Souverains Pontifes notamment dans ces cours d’actes du Magistère. S’il n’est pas d’accord avec cela et cite Mgr en 1977, tolérant une fondation scoute et encourageant les personnes, il faudrait qu’il rejette aussi les Papes à partir de saint Pie X, qui a donné via Mgr Merry del Val la bénédiction apostolique aux scouts catholiques belges, jusqu’à Pie XII qui a largement encouragé les Scouts.

    Qu’il ait pu encourager des personnes à faire comme elles savaient faire, comme un Pie XI ou Pie XII, c’est indéniable, pour autant affirmer qu’il était pro-scout, serait tordre la réalité. Mgr Lefebvre a lui-
    même connu, estimé et pratiqué le patronage dans la région de Lille en 1930 (Bernard Tissier de Mallerais, Marcel Lefebvre une vie, p. 87). Par ailleurs comme le rapporte Mgr Tissier de Mallerais dans sa biographie, il connaissait la congrégation du R.P. Jeoffroid et l’appréciait, il connaissait notamment les Pères Paisant (p. 435) et Reynaud dont on apprend ceci dans Le Lien n°86 : « 1969 – 1977 : Sous l’influence de Mgr Lefebvre qu’il rencontre en 1962 et 1974, et par fidélité à ses engagements religieux… Lors de l’une de ses entrevues avec Mgr Lefebvre, il entend celui-ci lui dire : « Gardez les yeux fixés sur le cap de la vérité » … 1983 – 1997 : Nantes. Il exerce son ministère auprès du Prieuré de la Fraternité Sacerdotale Saint Pie X de Nantes. Après quelque temps, il s’installe de façon définitive chez les Religieuse du Rafflay dont il devient l’Aumônier. A de nombreux enfants, il enseigne le catéchisme et applique les principes du Patronage. » Si le R.P. Reynaud applique les principes du Patronage, c’est bien que Mgr Lefebvre le laissait faire. Et Mgr Lefebvre était prêt à envoyer des séminaristes chez les Frères de Saint-Vincent-de-Paul : « Mgr Lefebvre ne s’avoue pas encore vaincu , si l’on peut dire : « Je cherchais en France désespérément. Cependant, les Frères de Saint-Vincent-de-Paul à Érigné acceptaient deux séminaristes… » (p. 435). Membre de la Croisade Eucharistique en 1920 (p. 29) ; Conférence de St Vincent de Paul (p. 32), Préfet de congrégation mariale (p. 29). Il n’a jamais eu le temps de se pencher sur ce problème, tout comme les Papes ci-dessus, et a en outre peut-être été trompé. Il se chargeait de la formation des prêtres et tout était à faire. Il estimait grandement Mgr Chollet, l’un des plus grands adversaires du scoutisme à l’Assemblée des Cardinaux et Archevêque de France de 1924, la fameuse qui déclencha l’affaire de
    Rome, et le déplacement du P. Sevin pour se défendre. Vouloir montrer qu’il encourage les scouts sans rappeler cela est-il vraiment juste ? On voit bien que partisan de ses idées propres, l’abbé Ricossa ne peut supporter que Mgr Lefebvre soit donné en exemple.

    Enfin examinons la conclusion de M. l’abbé Ricossa qui manifeste sa compréhension au rédacteur et à ses collaborateurs mais pas à l’éditeur, sic ! Pourquoi les éditions Saint-Remi donnent-ils de l’urticaire à M. l’abbé Ricossa, au point de faire des jugements si ridicules ? C’est probablement parce que nous publions un certain nombre d’ouvrages qui lui apportent la contradiction sur ses positions personnelles quelque peu choquantes pour des catholiques. – Erreurs sur la Thèse de Cassiciacum (Materialiter-Formaliter), inventée par le dominicain, futur mgr Guérard des Lauriers, thèse reniée par son auteur avant sa mort, malgré les cris d’orfraie de M. l’abbé Ricossa et des siens.

    Aveux de rétractation de Mgr Guérard des Lauriers sur sa thèse dite de Cassiciacum1

    « Cher Monsieur,
    J’ai trouvé, en arrivant ici, votre envoi et votre lettre. MERCI.
    Je conserve donc, au moins provisoirement (vous me direz), l’étude de A. Denoyelle. En ce qui me concerne personnellement, je souscris à toutes ses conclusions. Son étude est excellente ! Maintenant, je crois que ma thèse contient des erreurs théologiques énormes.
    En fervente union, au service de la Vérité et dans la prière.
    M. L. G. des Lauriers, O.P. »

    1 Explications de M. Denoyelle qui a publié ce mot de Mgr Guérard des Lauriers : « Ce mot du P. Guérard est bel et bien authentique. Il était adressé à un correspondant suisse qui me l’a transmis (puisque j’y étais mentionné). Ce mot, non daté mais dûment signé et écrit entièrement à la main, avait été reçu par mon correspondant, quelques mois avant le décès du P.Guérard. »

    – Erreurs sur La Salette, allant jusqu’à interdire la lecture du Secret aux fidèles (brochure rédigée en ce sens) dont il prétend qu’il aurait été condamné et interdit de diffusion par le Saint-Siège, malgré les approbations et les démonstrations factuelles des magouilles d’un certain nombre de prélats corrompus farouchement opposés au secret de la Salette, alors que celui-ci a été donné par la Reine du Ciel en personne, au nom de la Très Sainte Trinité.
    – Erreurs sur l’Apocalypse : dont il prétend qu’elle n’est pas une prophétie des 7 âges de l’Église jusqu’à la fin des temps mais concerne le passé, à l’encontre de l’enseignement de la Tradition. Que M. l’abbé Ricossa étudie le Vénérable Holzhauser, l’abbé Duprat et le P. de Clorivière (tous réédités par les ESR), ouvrages de valeur qui infirment en tous points ses théories fumeuses et scandaleuses (qu’il relise dans l’Apocalypse ce qui est promis à tous ceux qui s’en prennent au livre prophétique…).
    – Erreurs sur le Cardinal félon Rampolla. L’abbé Ricossa a défendu bec et ongle le grand félon italien Rampolla del Tindaro. Mise sous le boisseau du témoignage capital de Marc Winckler, rédigé à la demande du RP [Mgr] Guérard des Lauriers (dont se réclame pourtant l’abbé Ricossa), texte capital paru dans le numéro 1 des Cahiers de Cassiciacum, en 1979. Il y a chez lui un refus obstiné de voir l’action d’un réseau de hauts félons incrusté dans l’Église pour mieux la détruire de l’intérieur, et de considérer que, de Roncalli à Bergoglio, nous avons affaire à des anti-papes, à des ennemis affiliés aux Sociétés Secrètes de la Contre-Eglise ! Il y a une volonté non moins obstinée de ne pas vouloir considérer que leurs élections sont nulles, que tous les actes posés depuis 1958 sont nuls et non avenus, parce que ces imposteurs sont tous excommuniés, ipso facto, en tant que membre des chapelles de l’Ennemi !

    Voici quelques ouvrages en question qui le poussent à ne pas aimer les ESR. Il faut remarquer que le dénominateur commun du rejet de ces ouvrages est la non-compatibilité avec la thèse de Cassiciacum. Faisant de cette thèse un dogme de Foi, au point de ne pas accepter dans son séminaire des candidats qui n’accepteraient pas cette thèse, nous pensons que l’attitude hostile de M. l’abbé Ricossa envers les ESR trouve sa source en notre rejet de cette thèse.

    Bruno Saglio.


    III. 🖋 La réplique finale de Ricossa

    Cela se répète, mais se précise aussi : dans sa « Voix de Rome », derechef, Ricossa nuance – il n’a rien contre Saglio en tant que chrétien – mais persiste sur le reste :

    • L’édition du Jeoffroid sous patronage Lefebvre est trompeuse.
    • Le rôle de Benigni est injustement occulté.
    • Le mélange ESR inclut bel et bien des auteurs au fidéisme, sinon au naturalisme tout aussi périlleux.

    Et il renvoie Saglio à ses propres penchants pour un « Grand Monarque » annoncé par des prophètes douteux, pour des livres « mis à l’Index », ou pour un Mgr Lefebvre qu’il sacraliserait malgré ses consécrations « una cum ».

    La Voix de Rome (réponse à La Voix des Francs)

    Bruno Saglio, des Éditions Saint-Remi, a répondu sur sa revue (La Voix des Francs Catholiques, N° 73, juillet 2024) à ma recension intitulée Bon auteur, très mauvais éditeur, publiée sur Sodalitium n° 75 (n° 74 dans l’édition française), où le bon auteur était le père Jeoffroid, et le très mauvais éditeur, précisément, Bruno Saglio. Je comprends que le terme un peu fort de “très mauvais éditeur” puisse avoir heurté le responsable des Éditions Saint-Remi, auquel cas je l’assure de ma compréhension. La rapide intervention de l’abbé Grossin, désormais Rolland, venu immédiatement à son secours, tout content de mettre en garde – pour la énième fois – contre “l’abbé Ricossa”, pourra le consoler : Grossin-Saglio, même école (celle de LHR), même mentalité, “même combat”. Il ne s’agit pas en effet d’une diatribe entre personnes (de ce point de vue, je n’ai rien contre B. Saglio, que je considère être un bon chrétien) mais d’une question – au minimum – sinon de doctrine, certainement de mentalité. Ce qui n’est pas sans portée dans la formation de nos lecteurs.

    Une victime ? Je ne crois pas…

    LVDF se plaint d’avoir subi une “attaque violente”, et ajoute : “Nous n’aurions pas été étonné d’une telle accusation de la part d’ennemis déclarés de l’Église, mais non, il faut que de telles accusations viennent d’un prêtre sensé défendre la foi” (“sensé défendre la foi” : chers éditeurs : on écrit “censé” et non “sensé” ; l’erreur est reprise à la p. 4, c’est pourquoi il ne semble pas que ce soit une inadvertance). L’abbé Ricossa devrait défendre la foi, mais ne sera-t-il pas, au contraire, un “ennemi de l’Église” bien que non déclaré, mais caché ? C’est ce que LHR (Louis-Hubert Remy), l’abbé Grossin, B. Saglio, “F. Causas”, “H. Barbier”, etc. soutiennent publiquement depuis des années, c’est pourquoi je suis surpris de leur étonnement si quelqu’un, après tant de bastonnades, ose objecter quelque chose. Mais pour LVDF, il ne s’agit pas de légitime défense, puisque par principe l’article de Sodalitium est “dénigrant” “rempli de faux jugements téméraires”, tandis qu’attaquer les Éditions Saint-Remi veut dire, ipso facto, attaquer ni plus ni moins que “le bien commun” (et non seulement le bien de l’éditeur en question).

    Petit espace publicitaire

    Avant d’entrer in media res, l’éditeur (pp. 3-5) vante sa maison d’édition, la qualité de ses livres, les auteurs publiés, etc. Je trouve normal qu’un commerçant fasse de la publicité de ses articles, c’est pourquoi, pour éviter tout malentendu, je peux préciser que les Éditions Saint-Remi sont exceptionnelles, inégalées, du point de vue matériel (reliures, etc.) et, comme je l’ai déjà écrit, elles publient (aussi) de très bons auteurs. Parlons d’autre chose ! Et avant tout, parlons de l’édition de l’écrit du père Jeoffroid contre le scoutisme.

    Mes deux critiques de l’édition de l’écrit du père Jeoffroid contre le mouvement scout

    Je rappelle donc mes deux critiques de l’édition du texte inédit du père Jeoffroid (édition en soi digne d’éloges). La première : mettre cette édition sous l’égide de la Fraternité Saint Pie-X et de Mgr Lefebvre. La seconde : mettre en relief des acteurs secondaires de l’opposition au mouvement scout, et en particulier dans l’affaire du mémoire du père Jeoffroid, et cacher pour ainsi dire complètement le rôle de Mgr Benigni, qui fut le maître et l’ami du père Jeoffroid, en collaborant activement à la diffusion du texte en question.

    Un (très bon) livre contre le scoutisme sous l’égide de Mgr Lefebvre

    Le livre en question

    Je l’ai déjà écrit et je le répète : le dossier que le père Jeoffroid écrivit contre le mouvement scout, y compris sa version “catholique” du père Sevin, est excellent. Le rendre publique et accessible encore aujourd’hui est donc digne de louanges, et notre revue n’a pas manqué d’en recommander la lecture. La critique de Sodalitium ne concerne donc pas le texte du père Jeoffroid, qui démontre les liens étroits entre le mouvement scout et la théosophie, mais l’édition de ce texte (de la part des rédacteurs et de l’éditeur) qui place l’œuvre du père Jeoffroid contre le scoutisme sous l’égide de Mgr Lefebvre qui fut toujours en faveur du scoutisme. Le lecteur est ainsi trompé, et la vérité piétinée. De plus, de la part d’un éditeur qui se dit “sédévacantiste” et qui critique violemment la “thèse de Cassiciacum” parce que pas suffisamment “sédévacantiste”, faire l’éloge publiquement de Mgr Lefebvre – qui expulsa de la Fraternité tous ceux qui n’étaient pas en communion avec Paul VI et Jean-Paul II, qu’ils fussent “sédévacantistes” ou “Cassiciacum” – est une tromperie pour les lecteurs et une injure à la vérité. Il s’agit en tout cas d’une tendance qui se manifeste souvent chez de nombreux soi-disant “sédévacantistes” qui accusent Mgr Guérard des Lauriers, mais qui ont un culte jamais démenti, et vraiment révélateur, pour Mgr Lefebvre.

    Encore sur Mgr Lefebvre : La Voix des Francs en faveurs des consécrations una cum

    Si le N° 73 de La Voix des Francs attaque le soussigné, le N° 74 soutient ouvertement les sacres épiscopaux en communion avec Jean-Paul II, opérés par Mgr Lefebvre, et espère, en même temps, de nouveaux sacres épiscopaux au sein de la Fraternité, et par conséquent en communion (à l’époque) avec Bergoglio. En commentant la mort de Mgr Tissier de Mallerais, l’éditorial de Bruno Saglio, en effet, manifeste la “vive inquiétude” du même (c’est-à-dire de Saglio) : il ne reste plus que deux évêques au sein de la Fraternité ! Et alors, direz-vous, quid ad nos ? Mais Saglio s’inquiète pour les séminaristes de la Fraternité : que deviendront-ils ? “Prions pour que la FSSPX ouvre enfin les yeux…” et reconnaisse la vacance du Siège, direz-vous ? Mais non ! “…qu’elle ouvre enfin les yeux sur l’urgentissime nécessité de la transmission valide des sacrements, en procédant à de nouveaux sacres solennels comme son fondateur l’avait voulu (…) Que la FSSPX suive l’exemple de Mgr Lefebvre qui avait eu le courage avec Mgr de Castro Mayer de consacrer il y a 36 ans de sacrer 4 évêques sans mandat apostolique”.

    En vérité, dans cette cérémonie sacrilège, fut lu un grotesque “mandat apostolique” reçu soi-disant de l’Église, et non du Pape qui était cependant reconnu solennellement comme tel. Or, B. Saglio voudrait que se répète le forfait pour donner au monde d’autres évêques una cum, alors que nous avons des évêques non una cum, et que nous en avons même trop [critique radicale des lignées lefebvriennes et thuciennes…]. À lire La Voix des Francs, cependant, il semblerait que ces évêques n’existent pas, et que la validité des sacrements dépende uniquement de la Fraternité Saint Pie-X, qui a un si grand respect de ladite validité qu’elle fait célébrer et confesser des prêtres “ordonnés” avec le nouveau rite ou fait administrer les confirmations de manière invalide par de simples prêtres de la Fraternité. (Nous nous demandons alors comment des prêtres ordonnés par des évêques non una cum peuvent entretenir de bons rapports avec qui a une aussi mesquine considération desdits évêques). Mais La Voix des Francs me reprochera l’ingratitude envers Mgr Lefebvre et la Fraternité : “Faut-il rappeler à M. l’abbé Ricossa qu’il a été formé au séminaire d’Écône et ordonné par Mgr Lefebvre (d’ailleurs au cours d’une cérémonie una cum…), et que par conséquent sans Mgr Lefebvre il n’aurait pas été prêtre et son institut l’IMBC n’aurait pas existé ?”. Mais peut-être faut-il rappeler aux Éditions Saint-Remi que l’abbé Ricossa et ses confrères ont publié une “Amende honorable publique” pour avoir répandu les erreurs de la Fraternité Saint-Pie-X, et que je répète aussi cette amende honorable pour avoir reçu une ordination una cum, quand j’aurais très bien pu recevoir le sacerdoce des mains de Mgr Guérard des Lauriers. Mais B. Saglio ne se souvient de cet évêque que pour le dénigrer, alors que quand il écrit sur Mgr Lefebvre il semble “perdre la raison” (pour reprendre l’accusation que lui-même m’adresse), au point de publier un livre de l’abbé Lafitte (“un des prêtres formés par Monseigneur Lefebvre”, écrit le catalogue ESR, bien que l’éditeur n’ignore pas qu’il serait mieux de se taire que de parler) intitulé “L’esprit de Mgr Lefebvre”. Sans haine, animosité ou rancœur, et sans nier les nombreuses qualités de Mgr Lefebvre, personne ne peut nier que, si la Fraternité Saint-Pie-X reconnaît et impose de reconnaître la validité du N.O.M. et la légitimité de Paul VI et ses successeurs, cela est dû au choix que Mgr Lefebvre accomplit en 1979.

    Il n’est donc pas vrai que Mgr Lefebvre – à propos de la légitimité de Paul VI et de ses successeurs “n’a pas voulu résoudre la question” (p. 8 : “il n’a pas voulu trancher”). Malgré les fréquentes variations de la pensée de Mgr Lefebvre, les faits parlent d’eux-mêmes : en 1979, Mgr Lefebvre a “tranché” avec sa “Position de la Fraternité sur la Messe et le Pape” et dès 1982 il a en conséquence obligé tous les ordinands à signer le fameux serment dans lequel on reconnaissait la légitimité de Jean-Paul II. Point. Quant au scoutisme, Saglio objecte que les Papes aussi l’ont approuvé (pp. 9-10). Certes. Et de fait, nous ne contestons pas à Mgr Lefebvre d’avoir lui aussi approuvé les mouvements scouts, y compris Riaumont – mais nous contestons à l’édition du livre du père Jeoffroid d’“enrôler” Mgr Lefebvre dans une condamnation du mouvement scout qu’il n’exprima pas (au contraire). Son soutien aussi (aussi) au système des patronages ne signifie pas qu’il avait compris ou dénoncé les origines maçonniques et théosophiques du scoutisme. “L’abbé Ricossa ne peut supporter que Mgr Lefebvre soit donné en exemple” (p. 10), écrit Saglio. Cela dépend en quoi il est donné en exemple : comme exemple de condamnation du scoutisme, certainement pas. B. Saglio conclut : “il semble que toute référence favorable à Mgr Lefebvre fasse perdre la raison à M. l’abbé Ricossa” (p. 9) ; je pourrais dire au contraire que toute référence à Mgr Lefebvre met des peaux de saucisson devant les yeux de l’éditeur Saglio, comme, avant lui, de LHR et même – en remontant les branches – du notoirement médisant BOC (Bulletin de l’Occident Chrétien, dans lequel écrivaient sous pseudonyme Tailhades, Remy et Bonnet de Villers). Médisant erga omnes… sauf à l’égard de Mgr Lefebvre !

    Les sacres épiscopaux de Mgr Lefebvre en 1988

    Mgr Benigni dans l’ombre. Et encore nous ne comprenons pas pourquoi…

    L’éditorial de LVDF ne nie pas, et même admet, que le rôle de Mgr Benigni dans l’affaire Jeoffroid a été par eux laissé dans l’ombre. La raison donnée est ridicule : “Louis-Michel Dufay n’a pas pris le temps, puisque M. Carichon l’avait fait, de montrer la place de Mgr Benigni dans cette affaire” (p. 6) (mais il a eu le temps de parler d’autres auteurs – certes de grand mérite – qui n’ont eu aucun rôle dans cette affaire). Nous n’avons presque pas parlé de Mgr Benigni ? “faute de place et de temps” (p. 7). Et en tout cas, l’abbé Ricossa dit des choses inexactes “à force de vouloir mettre Mgr Benigni partout à la première place” (p. 7). Voici : la gêne qui transparaît contre Mgr Benigni – bien plus que le manque de temps et de place – semble être le véritable motif de l’attitude des Éditions Saint-Remi envers sa personne. Et pourtant… le fait que le père Maignen, des Frères de Saint-Vincent, fût un dirigeant et un collaborateur du Sodalitium Pianum de Mgr Benigni et que le père Jeoffroid, de la même congrégation, ait été un des deux prêtres fidèles présents aux funérailles de Mgr Benigni (ce qui démontre une proximité et une intimité certainement pas accidentelles), ne dit rien à M. Saglio ?

    Si, comme je crois, subsiste cette gêne envers la figure de Mgr Benigni, il reste à comprendre pourquoi, étant donné que, par exemple, les ESR publient de manière louable, plusieurs écrits de son étroit collaborateur que fut le père Maignen. Ignorance (au sens de non connaissance) ? Barrière linguistique ? Défiance envers un auteur qui avait un fort esprit critique et de profondes et sérieuses études académiques ? Toutes ces choses ensemble ? Si les ESR étaient sincères, elles pourraient résoudre facilement le petit mystère.

    P.S.: j’avais terminé ce petit chapitre de mon article, quand je me suis aperçu du fait que non seulement les ESR ignorent Mgr Benigni mais, quasi certainement sans le savoir, en un certain sens, l’attaquent. Tandis que notre Centro Librario Sodalitium a publié (en italien) la Storia sociale della Chiesa de Mgr Benigni (et Radio Spada une histoire de l’Église traduite en italien à l’époque par le père Rosa s.j., ennemi mortel de Benigni), les Éditions Saint-Remi ont publié Histoire partiale, histoire vraie de Jean Guiraud (1866-1953), (2024, réédition de l’édition de 1911, 4 volumes, 100 €), alors enseignant à l’Université de Besançon, une histoire apologétique contre les manuels laïcistes de l’époque. Mais les ESR ignorent peut-être la violente polémique intervenue à propos du volume IV entre Guiraud, précisément, et I. de Récalde (c’est-à-dire l’abbé Paul Boulin, bras droit de Mgr Benigni en France et rédacteur à la R.I.S.S.) qui écrivit même tout un volume pour répondre aux accusations de Guiraud : Histoire Jésuite, Histoire vraie (si B. Saglio désire, je peux lui envoyer en PDF). De la part de prétendus experts de l’“école antilibérale”, on s’attendrait à une meilleure connaissance des faits.

    Mes deux critiques en général aux Éditions Saint-Remi (et pas seulement)

    Jusqu’à présent, je me suis limité à revenir sur ma critique à l’édition du très bon livre du père Jeoffroid, à cause 1) du soutien à la Fraternité Saint-Pie-X et à Mgr Lefebvre, quand ils défendirent et défendent le scoutisme 2) sur la question de Mgr Benigni. Toutefois dans ma recension je mentionnais deux erreurs plus générales que je perçois dans la ligne éditoriale des ESR et plus généralement dans la soi-disant “école antilibérale” telle que conçue, à l’époque, par plusieurs personnes, mais particulièrement par Louis-Hubert Remy. La première erreur consiste à inclure, sans distinction, dans la dite “école antilibérale” (en bonne partie du XIXe siècle) des auteurs influencés par le “fidéisme traditionaliste” du XIXe siècle ; la seconde, dans la diffusion (aussi) d’auteurs peu sérieux, ce qui est dû d’une part à un préjugé contre les études “universitaires” (sans les distinctions qui s’imposent) et d’autre part par une forte tendance pseudo-surnaturaliste. Les deux erreurs proviennent probablement d’une même racine.

    Le fidéisme “traditionaliste”

    Dans l’éditorial du N° 73 de La Voix des Francs contre Sodalitium, Bruno Saglio écrit : “M. l’abbé Ricossa ne cite pas d’auteurs de notre catalogue qui seraient mauvais, mais prétend que nous publions des ‘auteurs fiables et d’autres contaminés, par exemple, par le traditionalisme fidéiste du XIXe siècle”. B. Saglio nous demande quels sont ces auteurs, après avoir énuméré pour sa défense une longue liste des “meilleurs auteurs” en circulation (pp. 4-5). Il ne s’aperçoit pas non plus que dans cette liste il a, précisément, inclus certains de ces auteurs qui, bien que méritants à de nombreux points de vue et excusables à tant d’autres, sont justement parmi ceux qui ont subi l’influence de ce courant de pensée. Parmi certains de ceux cités, nous avons déjà parlé sur les pages de Sodalitium, de Donoso Cortés (Sodalitium n° 50 [éd. fr.] et n° 51 [éd. ital.]) ou de Mgr Fèvre, en parlant duquel l’abbé Pinaud fait l’éloge de Bonnetty (Sodalitium n° 69-70, p. 29). Un autre maître de la Contre-révolution, et de ce point de vue louable, présent dans le catalogue des Éditions Saint-Remi, est le comte Joseph de Maistre, qui était sans doute “traditionaliste”, ainsi que franc-maçon, bien que contre-révolutionnaire (cf. Sodalitium n° 49 : Joseph de Maistre ésotérique ?). Parmi les auteurs publiés par Saglio ne manque pas le rabbin converti Paul Drach (très estimé par Louis-Hubert Remi) et ses disciples (comme les frères Lémann), pourtant lui aussi “traditionaliste” véhiculant (de bonne foi – je pense) la grave erreur d’une bonne Cabale à côté d’une Cabale dévoyée (cf. Sodalitium n° 69-70). L’énumération pourrait continuer, et d’ailleurs nous n’avons pas été les premiers à observer ce problème de fond dans la prétendue “école antilibérale” du XIXe siècle répandue par Remy et ses épigones : un élève de l’abbé Belmont – le séminariste Athanase-Henri Sauget – le fit déjà dans son écrit Mgr Gaume et le Traditionalisme, une étude de 31 pages qui date de novembre 2014. Nous ne sommes donc pas les seuls, et peut-être pas non plus les premiers, à avoir constaté depuis longtemps et à plusieurs reprises cette erreur de l’école de pensée à laquelle font référence (aussi) les Éditions Saint-Remi. Une autre critique de notre part à cette “école de pensée” n’est pas non plus une nouveauté. Elle concerne en général – parmi les études catholiques – la nécessité de suivre une ligne de “rigueur et de vérité”. Ce n’est pas par hasard que nous citions, dans notre recension, l’article programmatique “Notes pour l’étude de la Sainte Écriture (et des autres sciences ecclésiastiques en général” (Sodalitium n° 64, mai 2010 ; ed. française n° 63), ainsi que “Problèmes de documentation dans certains livres antimaçonniques” (Sodalitium n° 70-71, septembre 2020 ; éd. française n° 69-70). Dans l’exégèse, dans la théologie, dans l’histoire ecclésiastique, dans la nécessaire documentation contre la “judéo-maçonnerie”, les Éditions Saint-Remi et semblables préfèrent des auteurs peu documentés et peu fiables. On ne combat pas la franc-maçonnerie avec les légendes à la Léo Taxil, ni même, comme démontrent les auteurs cités dans l’article en question, avec la légende “Pike-Mazzini” ou autres.

    B. Saglio m’attaque ensuite, dans le sillage de l’abbé Paladino et de plusieurs autres, pour l’exégèse de l’Apocalypse dont il est question dans le n° 49 d’avril 1999, à laquelle il oppose l’exégèse du vénérable Holzhauser (p. 12). Dommage que Holzhauser (qui par ailleurs, comme l’abbé Grossin désormais Rolland, croyait aux pseudo-prophéties du pseudo-Malachie) place l’avènement de l’Antéchrist en 1855 et prétend qu’il mourra à l’âge de 55 ans et demi. Mais comme avec les Témoins de Jéhovah, certaines personnes ne se laissent pas convaincre par la non réalisation de leurs prophéties, et en changent les dates à leur gré. Mais quel est le motif, profondément exégétique, pour lequel L.-H. Remy d’abord et B. Saglio maintenant croient fermement à l’exégèse de Holzhauser ? Parce qu’il annonçait la venue du “Grand Monarque” et du “Saint Pape”, auxquels évidemment en Bretagne on croit presque comme à un dogme de foi. Et en effet, les Éditions Saint-Remi ont publié plusieurs ouvrages sur le “Grand Monarque”, parmi lesquels Le Grand Monarque à venir, et la paix sous son règne de l’abbé Franz Spirago (1862-1942). Je n’ai pas lu le livre, mais la présentation qu’en fournit l’éditeur m’a suffi, étant donné qu’auteur et éditeur donnent du crédit à Adrien Péladan (Le dernier mot des prophéties) et à Nostradamus ! Si ce dernier est célèbre, peut-être que ne l’est pas autant Adrien Péladan père (1815-1890), militant monarchiste et “catholique” mais occultiste, digne père de Joséphin (1858-1918), connu pour l’Ordre de la Rose-Croix kabbalistique, fondé par lui avec Stanislas de Guaita et Gérard Encausse dit “Papus”, et d’Adrien Péladan fils (1844-1885), médecin homéopathe victime de ses mêmes médecines et lui aussi spécialiste en sciences occultes : une belle famille, c’est certain ! Il n’y a pas besoin de Paul Airiau (Le Grand Monarque dans le catholicisme français, XIXe-XXe siècles) pour reconnaître dans le mythe du Pape Angélique et du Grand Monarque une ascendance joachimite et millénariste évidente, associée parfois à des déviations peu orthodoxes comme celle de la doctrine de la rénovation du chanoine Emmanuel Chabauty (1827-1914) et d’autres. Son livre, “Études scripturales, patristiques, théologiques et philosophiques, sur l’avenir de la religion catholique selon le plan divin ou la régénération de l’humanité et la rénovation de l’univers” (1890-1893) fut mis à l’Index des livres interdits (1896) avec quatre autres de ses ouvrages sur le “Système de la rénovation”. Cela n’empêche pas de mentionner favorablement Chabauty dans le catalogue des auteurs des Éditions Saint-Remi. Par ailleurs, le catalogue des Éditions de B. Saglio n’en a que faire de l’Index des livres interdits : en décrivant le livre de Déodat Lapilli “Le message de La Salette commenté par Mélanie Calvat et son confesseur”, il écrit au sujet d’un livre de l’abbé Gilbert Combe (le confesseur de Mélanie, justement) : “il est vrai que la diffusion de ce livre fut rapidement freinée par sa mise à l’Index le 12 avril 1907. Cette affaire mérite d’être étudiée, car elle est révélatrice de l’hostilité rencontrée par le Secret de La Salette auprès d’une faction de l’épiscopat français et d’autres clercs qui n’acceptaient pas que l’Immaculée vienne se faire l’écho des menaces bibliques contre les ministres de Dieu” (notez que le Pape en 1907 était saint Pie X). Dans son éditorial (p. 12) contre l’abbé Ricossa, La voix des Francs lui impute des “erreurs sur La Salette” “allant jusqu’à interdire la lecture du Secret aux fidèles”, ce que je n’ai jamais dit ou écrit, me limitant à publier une collection de tous les actes du Saint-Siège à ce propos (qui effectivement en interdisaient la lecture).

    Enfin, l’éditorial de La Voix des Francs m’accuse à nouveau d’avoir défendu “le grand félon italien Rampolla del Tindaro” (autrement dit le cardinal secrétaire d’État de Léon XIII nommé secrétaire du Saint-Office par saint Pie X qui, entre parenthèses, était italien lui aussi). Peut-être est-il opportun de rappeler que nous n’avons jamais défendu le cardinal Rampolla del Tindaro – dont nous désapprouvons la politique religieuse et diplomatique – mais la vérité historique. Quant au témoignage que j’aurais caché “sous le boisseau” (p. 12), que B. Saglio sache que je l’ai fait par respect de la mémoire d’un vieil ami (et je peux mieux m’expliquer en privé avec B. Saglio, s’il le désire). C’est la même vérité historique que j’ai défendue à propos de la soi-disant rétractation de Mgr Guérard des Lauriers, publiée également par les Éditions Saint-Remi à la suite de L.-H. Remy, et que j’ai amplement réfutée.

    B. Saglio conclut avec deux affirmations catégoriques, toutes les deux tout aussi catégoriques que fausses : la première est que notre “rejet de ces ouvrages” aurait comme “dénominateur commun” leur “non-compatibilité avec la thèse de Cassiciacum”. Non, Monsieur Saglio. Plusieurs ouvrages de votre catalogue ne sont pas incompatibles avec la thèse de Cassiciacum, mais avec la raison, le bon sens, la vérité historique. Il peut y avoir – et il y a – des personnes qui suivent la thèse de Cassiciacum et croient au Grand Monarque, hélas, et B. Saglio les connaît bien. La seconde est que “nous faisons de cette thèse un dogme de Foi”. Cette affirmation aussi est complètement infondée, alors qu’il est vrai que nous n’acceptons dans notre séminaire que ceux qui adhèrent à la thèse (tandis que nous administrons les sacrements même à ceux qui n’y adhèrent pas). La thèse n’est pas une vérité de Foi, elle est simplement vraie. Enfin, je voudrais avertir B. Saglio, qui croit que le prochain Pape sera nommé directement par saint Pierre, qu’à Palmar de Troya saint Pierre aurait déjà élu – à la mort de Paul VI – son successeur en la personne de Clemente Dominguez-Grégoire XVII. B. Saglio n’y croit pas ? Il est un dangereux rationaliste qui ne croit pas aux “prophéties”… exactement comme moi !

    Mgr Umberto Benigni

    P.S. : Peut-être ai-je compris le motif de tant de froideur envers Mgr Benigni de la part d’un certain traditionalisme dont nous nous sommes occupés. Il suffit de relire certains passages du programme du Sodalitium Pianum approuvé et loué par saint Pie X :

    “14. contre l’enseignement philosophique, dogmatique et biblique «modernisé», qui, même quand il n’est pas tout à fait moderniste, est tout au moins rendu pareil à un enseignement archéologique ou anatomique, comme s’il ne s’agissait pas d’une doctrine immortelle et vivificatrice que tout le clergé, sans exception, doit apprendre surtout pour son ministère sacerdotal ; pour l’enseignement ecclésiastique inspiré et guidé par la glorieuse tradition de la Scolastique, des Saints Docteurs de l’Église et des meilleurs théologiens du temps de la Contre-Réforme, avec toutes les aides sérieuses de la méthode et de la documentation scientifiques.

    15. contre le faux mysticisme à tendances individualistes et illuministes ; pour la vie spirituelle intense et profonde, selon l’enseignement doctrinal et pratique des saints auteurs et des mystiques loués par l’Église”.

    J’ai mis en caractères gras les points qui risquent d’être indigestes pour nos amis : un digestif efficace est urgent !

    La rédaction de ce présent article était déjà terminé quand m’est parvenu, samedi 12 juillet à 22 h 30, un mail des Éditions Saint-Remi contenant un communiqué de Henri Barbier et Felix Causas (deux pseudonymes) contre Adrien Abauzit à propos de la question du cardinal Rampolla. Je tiens à préciser que j’étais totalement dans l’ignorance de la vidéo d’Adrien Abauzit (mise en ligne au mois de juin) et que j’en ai découvert l’existence uniquement par leur communiqué, qui met également en cause ma personne. Quant à moi, je ne peux faire autrement que réaffirmer ce qui est écrit dans les différents articles dédiés à ce sujet et publiés sur Sodalitium (numéros 60 et 65 de l’édition italienne et n° 62 de l’édition française avec un appendice non présent dans l’édition italienne. La recension sur le conclave de 1903 publiée sur le n° 65 de l’édition italienne n’a malheureusement pas été traduite et publiée, me semble-t-il, sur l’édition française).


    🛎 Sentence par KO ?

    Les deux marquent certes quelques points chacun ; nous restons toutefois mitigés, ou du moins nuancés, selon le sujet, comme mentionné en introduction.

    En vérité, cher lecteur, nous sommes là devant un combat emblématique du « microcosme tradi' » : les plus petites différences sont les plus insupportables, et, d’un côté l’érudit sourcilleux sur la rigueur, de l’autre le compilateur militant soucieux de nourrir les troupes avec tout ce qui lui semble utile.

    Sur le fond, nous le clamons : le traditionalisme a besoin d’évêques non una cum, garants de la succession apostolique. L’initiative des sacres de 1988, bien que entachée dudit una cum (?), a tout de même permis une certaine survivance « matérielle » des sacrements – et cela mérite reconnaissance, sans taire les incohérences doctrinales ou autres…

    Et, nous, contre l’attentisme lefebvro-guérardien, tenant du Concilium Generale Imperfectum, professons que l’élection pontificale revient, de droit/devoir, aux derniers évêques fidèles. Et nous restons résolument à rebours de tout mysticisme surnaturaliste ou des rêveries millénaristes.

    Mais enfin, à la différence également de M. Saglio, préférons utiliser la tournure « non Pape » car même la qualité d’anti-pape médiéval donnerait trop d’importance aux modernistes-clown installés à Rome.

    N.B.
    Nul guérardien ici, nous nous montrons résolument opposé à cette thèse, bien que nous entendons le fait que ses adeversaires tiennent parfois de la « foire théologique à roulette », et qu’il soit malaisé pour le fidèle de s’y retrouver — n’en tenons pas rigueur à ce dernier. La seule vraie paix est l’autorité rétablie par la ligne du « concile général imparfait » telle que défendue par Mgr Musey et déjà présente chez saint Robert Bellarmin.


    📚 Pour approfondir

    • Père Henri Jeoffroid, Notes sur le scoutisme (éd. Saint-Remi, 2022)
    • Abbé Francesco Ricossa, Sodalitium n° 74 – Texte
    • Bruno Saglio, La Voix des Francs Catholiques n° 73 – Réponse
    • Abbé Ricossa, La Voix de Rome – Réplique

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    — La Rédaction


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    Pourquoi l’Église convoque-t-elle des conciles ? Les Sièges vacants ipso facto et les conciles généraux parfaits et imparfaits

    Réquisitoire distinguant l’évolution interne entre vétéro-guérardien et néo-guérardien

    Pierre-Édouard Stérin : fortune catholique, tempête médiatique et gauchiste colique

    Le sociabilisme “NUC” guérardien : pourquoi cette thèse est étrangère à la Tradition catholique

    Petit historique du scoutisme

    Contre les conspirationnistes

    Étiologie du complotisme – David Veysseyre

    De Montini Paul VI à Wojtyla Jean-Paul II : la messe dominicale anticipée du samedi soir

    FSSPX : exclusions et départs à motifs variés dans son histoire et leurs suites entre Ralliés, Résistance, et Sede vacante

    1962 et ses suites, aux origines préventives du constat Sede vacante – les combats du père Saenz y Arriaga

    Praxis Mgr Lefebvre-FSSPX, de la fondation à nos jours : relations houleuses avec la Rome-clown post-Vatican II

    Jeffrey Herf et l’organisation sociale-économique du labeur « moderniste réactionnaire »


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