• La Résurrection en cinq parties – Abbé Arsille #CSC



    Défense évangélique face aux objections de M. Vincent Reynouard

  • Apôtres menteurs, méprise générale, hallucination ou symbolique pure ? (Catholique sans concession)

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    La Résurrection : les Apôtres ont-ils menti ? (1/5)

    Status quaestionis

    Dans quelques semaines, les catholiques fêteront la Résurrection de Jésus. Si l’Église entoure Pâques de ses plus belles solennités, c’est parce que la Résurrection fonde toute la foi chrétienne au point que saint Paul a pu dire :

    « Si le Christ n’est pas ressuscité, notre foi est vaine » (I Corinthiens XV, 17)

    Nos adversaires ont bien compris l’importance de cet événement et s’y prennent de multiples manières pour le nier ou le minimiser. Les uns prétendent qu’il s’agit d’une fraude des Apôtres, lesquels auraient subtilisé le corps de Jésus. D’autres croient qu’ils ont été victimes d’hallucinations. Certains entendent le récit évangélique tout spirituellement : le Christ n’est jamais ressuscité, mais il vit spirituellement dans les baptisés. Les derniers arguent des « contradictions » des évangélistes pour nier le fait.

    Nous répondrons sommairement à chacune de ces accusations puis nous présenterons les preuves générales de la résurrection corporelle de Notre Seigneur Jésus-Christ.

    Et d’abord, les Apôtres auraient-ils menti au monde entier pour faire croire en la résurrection de leur Maître ?

    Sed contra

    Toute fraude est faite en vue d’un gain. Or quel serait le gain des Apôtres à mentir de la sorte ? Poursuivis, maltraités, traînés devant les tribunaux, flagellés, torturés et finalement mis à mort, voilà tout ce qu’ils ont gagné. Non, jamais des escrocs n’ont menti pour un tel gain.

    Conclusion

    Il n’est pas possible que les Apôtres aient menti. De plus, s’ils avaient menti, les juifs (les sadducéens, les pharisiens, le sanhédrin), pour qui Jésus était l’ennemi numéro 1, et qui détenaient les leviers du pouvoir, n’auraient pas eu de mal à mener une enquête, retrouver le corps, le montrer et dire au peuple : « Ces hommes ont menti. ». Mais loin de pouvoir contredire les Apôtres, les juifs ne peuvent que leur intimer le silence :

    [Saint Pierre vient de guérir miraculeusement un estropié. Les juifs l’arrêtent et l’interrogent]

    Alors, rempli de l’Esprit-Saint, Pierre leur dit :

    « Princes du peuple, et vous, anciens, écoutez : Puisque aujourd’hui nous sommes jugés à cause d’un bienfait en faveur d’un homme infirme, et à cause de celui en qui il a été guéri, qu’il soit connu de vous tous et de tout le peuple d’Israël que c’est au nom de Notre-Seigneur Jésus-Christ de Nazareth, que vous avez crucifié et que Dieu a ressuscité des morts; c’est par lui que cet homme est ici devant vous, debout et sain. […] »

    [Les juifs délibèrent disant] « Défendons-leur avec des menaces de parler désormais au nom de Jésus à aucun homme. » Et les ayant appelés, ils leur enjoignirent de ne parler ni d’enseigner en aucune sorte au nom de Jésus. Mais Pierre et Jean, répondant, leur dirent : « S’il est juste devant Dieu de vous obéir plutôt qu’à Dieu, jugez-en. Car nous ne pouvons pas ne point parler de ce que nous avons vu et entendu. » Mais eux les renvoyèrent avec menaces, ne trouvant pas comment les punir à cause du peuple, parce que tous vantaient beaucoup ce qui était arrivé dans cet événement. (Actes des Apôtres, IV, 4-21)

    La Résurrection : entre méprise et hallucination (2/5)

    Status quaestionis

    Un jour on me dit :

    – Comment croyez-vous en la Résurrection ? On n’a jamais vu un homme ressusciter !

    – Un homme, non, mais est-ce impossible à un Dieu ?

    – Quoi ! Jésus serait Dieu ? Ah non ! Tout sauf ça !

    -Pourtant, il est plus rationnel de le croire que de gober vos explications « scientifiques » de la Résurrection. Passons les en revue, on a bien le droit de rire un peu

    1. Méprise des Apôtres

    Pour contester le fait de la Résurrection, certains pensent que les Apôtres ont seulement vu le tombeau vide et leur imagination aurait fait le reste. Mais pouvons-nous savoir pourquoi le sépulcre était-il vide ? C’est là où l’imagination de nos critiques s’excite en tous sens

    Thèse 1 : Le sanhédrin

    Eh bien, tout simplement, diront-ils, parce que les juifs ennemis de Jésus enlevèrent le corps de nuit, de peur, précisément, que ses disciples le substituant ne le prétendent ressusciter. Oublions que les juifs avaient placé des gardes pour éviter ce danger (Mt, 27, 66). Pourquoi n’ont-ils pas exhibé le cadavre lorsque les Apôtres clamaient (et mentaient) qu’il « est vraiment ressuscité » ?

    Thèse 2 : Joseph d’Arimathie

    Zut ! Trouvons autre chose… Un brillant critique, Holtzmann, suppose que Joseph d’Arimathie enleva, dès le samedi soir, le cadavre du crucifié pour le transporter à Arimathie. Malheureusement, il mourut presque aussitôt subitement, si bien que personne ne sut rien de ce transfert… sinon notre perspicace exégète allemand. Nous sommes en plein roman-fiction.

    Thèse 3 : Le séisme

    Quoi d’autre ? Trouvé ! Saint Matthieu parle d’un tremblement de terre. Ça ne fait pas l’ombre d’un doute : le corps aura glissé dans une faille du tombeau où il avait été déposé. Très bien, mais pourquoi les linges qui l’entouraient furent retrouvées alors ? (Jean, 20, 6-7)

    Et puis, que toute la foi des chrétiens repose sur une méprise au départ, c’est gros à faire avaler. Quelqu’un a-t-il autre chose à proposer contre l’authenticité de la Résurrection ?

    2. Les Apôtres victimes d’hallucinations

    Ah ! Ça c’est très bien, et en plus, les disciples de Jésus passent pour des malades mentaux.

    Malheureusement, il y a une grande différence entre eux et des hallucinés : ces derniers prennent toute autre chose pour l’objet de leurs désirs, tandis que les Apôtres et les saintes femmes ont toujours pris pour quelqu’un d’autre celui qu’ils désiraient.

    Au cénacle

    Lorsqu’elles viennent au Cénacle annoncer aux Apôtres qu’Il est ressuscité, loin de s’enthousiasmer, ils les traitent de folles.

    Marie-Madeleine

    Quand à l’entrée du sépulcre Marie-Madeleine pleure « qu’ils ont pris le corps de son Maître », Jésus se présente à elle, et elle le prend pour un jardinier (Jean 20, 13).

    Les disciples d’Emmaüs

    Ils ne font pas mieux non plus. Tandis qu’ils cheminaient, un passant se joint à eux et leur demande pourquoi sont-ils abattus de tristesse. Au lieu de reconnaître leur maître, ils s’en moquent presque : « Tu es bien le seul à ne pas être au courant des événements ».

    A Génézareth

    Sur le lac de Génézareth, au petit matin, les Apôtres ne distinguent pas la voix de Jésus qui les appelle depuis le rivage.

    Tous ces exemples prouvent que les disciples ne risquaient pas d’halluciner : les prédispositions (l’excitation, l’attente, le désir) manquaient. Remarquons également qu’ils n’espéraient pas Le revoir : les saintes femmes faisaient leurs emplettes de bandelettes pour l’embaument, les pèlerins d’Emmaüs repartaient « leurs espérances déçues », les Douze (moins Judas) s’étaient cadenassés dans le Cénacle. On ne peut non plus les taxer de crédulité puisque l’évangéliste rapporte qu’au moment où Jésus donnait ses dernières instructions avant de monter au Ciel, « plusieurs doutaient » (Mt. 28, 17).

    D’ailleurs, c’est un autre problème. Quand bien même les Apôtres auraient été victimes d’hallucinations, il reste difficile d’expliquer les quarante jours d’hallucinations consécutives où, de sa Résurrection à son Ascension, les Apôtres auraient cru vivre avec Jésus, l’entendre, recevoir de sa lui une mission et le voir monter au Ciel.

    Ah je sais ! Les Apôtres étaient profondément dérangés.

    Supposition gratuite, mais admettons. Le problème se renforce, parce qu’il nous faudra dire comment se fait-il que ce n’est pas une dizaine, mais des centaines qui témoignent L’avoir vu ressuscité (I Cor. 15) en des heures et des lieux différents, comment un adversaire aussi acharné que saint Paul se soit finalement rangé du parti des aliénés et bien plus que saint Paul, que des centaines de mille, si peu de temps après les faits, se soient laissés trompés par une bande de dérangés.

    Ça, c’est un miracle plus difficile à croire que la Résurrection : quelques illuminés fondent une institution planétaire qui existe encore de nos jours. Vraiment, les critiques modernistes croient n’importe quoi !

    La Résurrection : symbole spirituel ? (3/5)

    Status quaestionis

    Dans quelques heures, nous fêterons la Résurrection de Jésus. Nous avons vu avec quelle haine on combat son historicité : on fait passer les Apôtres pour des fous ou des menteurs. Tout est bon contre l’évangile. Mais ces objections ont le défaut de rabaisser la dignité des Apôtres et par suite n’ont pas de prise chez les catholiques. Il fallait trouver autre chose et c’est cette objection spécieuse que nous voulons voir aujourd’hui.

    1. La Résurrection inventée par les premières communautés sous l’influence des religions païennes

    Les Apôtres, dit-elle, ne sont ni des menteurs ni des mafieux. Toutefois, la Résurrection n’a pu avoir lieu puisqu’elle dépasse l’ordre naturel. Comment expliquer sa présence dans les quatre évangiles et sa croyance bimillénaire ? Facile, disent certains. Jésus avait laissé une forte impression sur ses disciples. Le récit de sa vie s’est transmis avec des modifications. Peu à peu, sous l’influence des apothéoses païennes (Hercule, Phaéton…) et du souvenir de Jésus, les premiers chrétiens eurent la conviction que leur maître non plus n’était pas mort et c’est ainsi qu’on rédigea les évangiles.

    Cette thèse dresse trois problèmes.

    1.1. Anti-psychologique

    Il ne faut pas être bien vieux pour s’apercevoir qu’avec le temps, le souvenir des grands hommes, même des plus puissants, s’amenuise inévitablement. Qui connaît vraiment Alexandre le Grand, César, Charlemagne, François Ier ou Mozart ? Et à quel homme rend-on un culte public plus de 2 000 ans après sa mort ?

    1.2. Le temps a manqué

    La thèse suppose qu’il y eut avec l’éloignement une déformation de la vie de Jésus. Il faudrait prouver également que cette métamorphose fût à son avantage, mais passons. Malheureusement, une légende ne se crée pas du jour au lendemain. Or, que lit-on dans les évangiles ? Cinquante jours après sa mort, le Christ est déjà prêché et cru dans Jérusalem. Quelques années encore et saint Paul sillonne le bassin méditerranéen en fondant partout des églises. À moins que le récit ne fût vrai, on voit mal comment la légende a pu naître si rapidement et n’ait été démentie par aucun des contemporains.

    1.3. Des centaines de témoins

    Et c’est là la troisième difficulté que pose cette « solution ». Comment saint Paul, moins de 20 ans après l’événement, peut-il sans crainte renvoyer à des centaines de témoins encore en vie ? (I Cor., XV, 3-9) Si peu de temps après les faits, les proches de Jésus vivaient encore, ainsi que ses ennemis. Il n’était pas difficile de vérifier les dires de l’Apôtre. Si lui-même invite ses lecteurs à se renseigner, c’est qu’il est bien certain que les témoignages seront en sa faveur.

    2. Résurrection inventée par les Apôtres

    On ne peut en douter : les Apôtres croyaient déjà en la Résurrection. Comment expliquer qu’ils y croyaient si elle n’avait eu lieu ? C’est ici que l’objection prend de l’ampleur. Les Apôtres n’ont pas menti, dit-elle, mais ils se sont souvenus de son enseignement (« et le troisième jour, le Fils de l’Homme ressuscitera »). Il devait ressusciter! En plus, les prophètes ne l’avaient-ils pas annoncé ? Le Messie devait ressusciter et Jésus était le messie. Donc il est ressuscité. C’est en toute bonne foi que les Apôtres l’ont imaginé revenir à la vie.

    Quoiqu’elle se prétende fidèle aux évangiles, la critique moderniste les perfore de part en part pour leur faire dire ce qu’elle veut.

    2.1. Les Apôtres ne croyaient pas Jésus quand il annonçait sa Passion et sa Résurrection

    Cette hypothèse suppose que les disciples adhéraient à ses paroles et en épiaient la réalisation. Mais c’est le contraire qui est vrai. Pour qui a tant soit peu parcouru les évangiles, il ne fait pas l’ombre d’un doute que les Apôtres ne comprenaient pas leur maître. Un jour par exemple où Jésus leur prédit sa Passion, saint Pierre « se mit à le reprendre, disant : À Dieu ne plaise, Seigneur! cela ne vous arrivera point. » (Mt., XVI, 22).

    Ils étaient encore imbus des préjugés de leurs coreligionnaires qui attendaient un messie guerrier pour restaurer le Royaume d’Israël.

    2.2. Aucune prétention de légitimer les prophéties

    Les apôtres n’avaient pas non plus en vue de faire réaliser les prophéties de l’Ancien Testament : ils ne les avaient pas comprises ! C’est encore l’évangéliste qui nous le confie comme à regret, si peu de jours avant la Passion :

    Jésus prit à part les douze et leur dit : Voici que nous montons à Jérusalem, et que s’accomplira tout ce qui a été écrit par les prophètes touchant le Fils de l’homme, car il sera livré aux Gentils, et raillé, et flagellé, et couvert de crachats. Et après qu’ils l’auront flagellé, ils le feront mourir, et le troisième jour, il ressuscitera. » Mais les apôtres ne comprirent rien de ces choses, et cette parole leur était cachée; ainsi ils ne comprenaient point ce qui leur était dit. (Luc XVIII, 31-34)

    2.3. Leur incrédulité crasse

    Enfin, si les apôtres avaient tenté de voir les prophéties de Jésus se réaliser, on se demande pourquoi n’ont-ils pas cru à sa Résurrection lorsque les saintes femmes leur annoncèrent. Leur incrédulité persiste longtemps, jusqu’à l’Ascension de Notre Seigneur, soit 40 jours après sa résurrection, alors qu’il s’était depuis plusieurs fois manifesté. Puisque les Apôtres n’avaient pas cru Jésus-Christ quand il prédisait sa mort, à plus forte raison ne comprenaient-ils pas les prophéties qui l’annonçaient. Et dans ces conditions, comment auraient-ils pu attendre sa résurrection ?

    3. La Résurrection, un symbole de leur foi

    Pour échapper au miracle, les modernistes vont tirer leurs dernières cartouches : les Apôtres ont cru en une résurrection spirituelle du Christ. Jésus vit en chacun des baptisés par leur foi et c’est ainsi qu’au-delà de la mort il est revenu à la vie, par le souvenir de ses fidèles. Le tombeau vide et les apparitions ne sont que des allégories spirituelles. Mais avec le temps, disent-ils, les chrétiens ont matérialisé les enseignements, et le symbole est devenu réalité.

    Cette objection vaut le coup qu’on s’y penche, car si elle s’avère exacte, elle ruinerait toute notre foi : « Si le Christ n’est pas ressuscité, notre foi est vaine » (I Corinthiens 15, 17). Pourtant, elle n’a aucun fondement, ni dans les évangiles, ni dans la Tradition.

    3.1. Contradiction flagrante

    Selon ces hérétiques modernistes, c’est la foi des apôtres en Jésus-Christ qui les a conduits à croire en sa Résurrection, symbole de sa survivance spirituelle en chacun des croyants. C’est bien beau, mais complètement faux. La vérité est à l’extrême opposée : c’est parce qu’Ils ont vu le Christ ressuscité qu’ils ont eu foi en Lui. Relisons les évangiles. Ils sont enfermés au Cénacle, tristes et abattus. Plus aucun ne convoite la première place auprès du maître, comme ils s’étaient chamaillés  tant de fois à ce sujet. Tout espoir a bel et bien disparu. Soudain, les saintes femmes arrivent et leur annoncent l’heureuse nouvelle. Ils restent de marbre. Ils n’y croient pas. Seuls Pierre et Jean se rendent au tombeau et là, « [Jean] vit et il crut » (Jn, 20, 8). Ce n’est donc pas en développant l’enseignement doctrinal de Jésus qu’ils en sont arrivés à l’idée de sa Résurrection, mais c’est parce qu’Il était vraiment ressuscité qu’ils ont osé l’enseigner.

    3.2. La Résurrection : fondement de leur prédication

    Autrement dit, ces modernistes voudraient qu’à force d’enseigner la doctrine qu’ils reçurent de Jésus, les Apôtres conclurent qu’Il était ressuscité. Là encore, c’est le contraire qui est vrai. Pour preuve, la Résurrection est le commencement de leur prédication, c’était le premier objet de leur catéchèse (Actes 2, 32 ; 3, 15 ; 4,10) et c’est au nom de « Jésus ressuscité » qu’ils font des miracles.

    3.3. Changement radical

    Et puis, cette hypothèse pose une difficulté insoluble. Nous avons vu que les Apôtres attendaient comme tous les juifs un messie guerrier et vainqueur. Ils n’avaient rien compris aux prophéties et aux paroles de leur maître. Comment donc expliquer que du jour au lendemain ils aient abandonné tous leurs rêves de puissance et se soient ralliés à l’idée que le messie mourût ignominieusement et, pour comble, dans l’hypothèse moderniste, qu’il ne soit même pas ressuscité. Cette métamorphose des apôtres est incompréhensible et forme à lui seul un miracle plus grand encore que la Résurrection.

    Conclusion

    Force est d’admettre que les apôtres n’ont rien inventé pour conforter leur foi et leurs espoirs, puisque c’est précisément la Résurrection qui les décida une bonne fois pour toutes à croire et à renoncer à leurs rêves de gloire.

    Si personne n’a dérobé le corps de Jésus, si aucun disciple ne fut victime d’hallucination et si les apôtres n’ont rien imaginé, que reste-t-il pour nier la Résurrection ? Les contradictions entre les évangiles ? C’est ce que nous verrons la prochaine fois.

    La Résurrection : les évangiles se contredisent (4/5)

    Status quaestionis

    En ces jours après Pâques, l’Église propose dans sa liturgie bimillénaire un vaste panel de textes autour de la Résurrection. Les plus malins des hérétiques n’auront pas manqué de relever les « contradictions » entre les évangiles et de conclure que tout ceci est faux. Les plus perspicaces, quant à eux, n’auront pas de mal à trouver la vérité au beau milieu de ces témoignages.

    1. Les anges

    Pour les rationalistes, c’est une énigme insoluble qu’aux dires des saintes femmes qui visitèrent le sépulcre dimanche matin, un évangéliste mentionne « deux anges assis » au sépulcre (Jean), l’autre « deux anges debouts » (Luc), le troisième « un ange assis à droite » et le dernier « un ange assis sur la pierre du tombeau » (Matthieu). En plus, un évangéliste dit qu’un ange a parlé, mais pour l’autre les deux anges ont parlé. Conclusion : tout est faux.

    Ont-ils oublié que tout récit est une simplification ? Les deux anges ont très bien pu être assis à l’arrivée des saintes femmes, puis s’être levés pour leur parler. Et lequel a parlé ? Car on imagine bien que ce ne sont pas les deux à la fois qui ont dit :

    « Pourquoi cherchez-vous parmi les morts celui qui est vivant ? Il n’est pas ici, mais il est ressuscité. » (Luc, 24, 5-6)

    mais l’un seulement. Ainsi le problème du nombre est résolu : Marc et Matthieu ont juste mentionné l’ange qui parla ; Luc et Jean ont rapporté ce que les saintes femmes ont vu : deux anges. Seul un esprit borné pinaille sur ces détails et prend prétexte pour contester l’authenticité du fait.

    2. La nuit ou le jour?

    Mais il y a pires contradictions diront nos adversaires. Saint Matthieu dit que les saintes femmes se sont rendues au tombeau « le soir du sabbat [samedi] » (Mt 28, 1), tandis que les autres déclarent expressément qu’elles s’y rendirent « le premier jour de la semaine [dimanche] de grand matin » (Luc 24, 1).

    La solution est simple. Pourquoi le soir de la mort de Notre Seigneur Jésus [vendredi], n’eurent-elles pas le temps d’embaumer le corps ? C’est parce que le sabbat [samedi] commençait et, avec lui, le grand repos de la Loi : interdiction de toutes œuvres serviles. Pour ne pas l’enfreindre, elles étaient retournées chez elles. Elles n’allaient donc pas, les oir du sabbat, transgresser la Loi, mais déjà elles pouvaient se rendre au sépulcre. Celui-ci était en dehors de la ville. Pour ne pas perdre de temps, on comprend.qu’elles se soient dit « partons dès le soir pour arriver à la première heure et commencer notre ouvrage ». C’est d’ailleurs ce que suggère le texte de saint Matthieu qui cité en entier donne ceci :

    « Le soir du sabbat [samedi], dès l’aube du premier jour de la semaine [dimanche], » (Matthieu 28, 1)

    Il y a le matin, comme le soir, un moment où l’on peut dire indifféremment qu’il fait nuit. Affaire d’impressions. Mais quoique l’on dise, on entend bien parler de la même heure.

    3. Trop ou trop peu d’apparitions?

    À nouveau déboutés dans leurs prétentions, voyons les modernistes courir à leur dernier bastion : les apparitions de Jésus. Pour sûr, disent-ils, elles ont été inventées. La preuve : saint Marc et saint Matthieu ne rapportent que celles ayant eu lieu en Galilée, alors que Luc et Jean celles à Jérusalem. Et toujours leur conclusion : tout ceci est faux.

    En admettant que cela soit vrai (mais nous ne tarderons pas à voir qu’ils lisent mal les évangiles), on ne voit pas en quoi elles seraient contradictoires. Les uns ont très bien pu raconter ce qui s’est passé à tel endroit, les autres à tel autre. Aucun évangéliste ne s’est proposé de rédiger un rapport de policier. C’était leur droit de relater ce qui les intéressait. Saint Matthieu oriente son œuvre à dévoiler aux juifs les raisons pour lesquelles le salut leur fut refusé et transmis aux Gentils (les nations). Pour clore son ouvrage, il choisit donc l’apparition de Jésus sur la montagne galiléenne, parce que c’est là où Jésus confia aux Apôtres la mission d’enseigner les païens (Mt 28, 18). Saint Marc écrit pour des Romains friands d’œuvres de force ou de domination. La Résurrection est cette victoire sur la mort qui certifie une bonne fois pour toutes la divinité du Christ. Avant de refermer son livre, saint Marc dépeint cette scène galiléenne où Jésus transmet aux Apôtres le pouvoir sur les éléments, les maladies, les animaux et les esprits mauvais. Quant à Luc, il se propose de raconter la conquête du monde par le christianisme. À quoi bon mentionner la Galilée ? C’est de Jérusalem qu’il s’est propagé jusqu’aux extrémités de la terre. Ceci explique qu’ils aient choisi des apparitions différentes, mais qui ne s’excluent nullement.

    Enfin, il ne faut pas négliger le style des auteurs et leur habitude à ramasser les événements, ce qui laisse la place à un tas de péripéties omises. Une première lecture de saint Luc donne à croire que l’Ascension eut lieu le soir de Pâques, alors que dans les Actes des Apôtres, il sépare de 40 jours les deux événements. Donc cet ordre de Jésus (« et vous, mes disciples, vous resterez à Jérusalem jusqu’à ce que vous soyez revêtis du Saint Esprit ») n’a pas été forcément dit le jour de Pâques, et par suite, les Apôtres ont pu se rendre en Galilée, où Jésus se manifesta comme le racontent Marc et Matthieu, puis revenir à Jérusalem. De son côté saint Matthieu n’ignore pas les apparitions de Jésus à Jérusalem puisqu’il mentionne d’abord celle aux saintes femmes.

    Conclusion

    Loin d’infirmer le témoignage des évangiles, ces divergences les confirment:

    1) Des faussaires se seraient consultés et leur récit n’aurait pas trouvé de différences « inconciliables » qui risquaient de mettre en doute leur dire.

    2) « La tendance naturelle est de regarder la concordance des témoignages comme une confirmation d’autant plus probante qu’elle est plus complète ; il faut au contraire adopter la règle paradoxale que la concordance prouve davantage quand elle est limitée à un petit nombre de points » (Langlois et Seignobos, Introduction aux Études historiques).

    3) Les divergences de détails n’empêchent point l’accord sur le fond et même sur les circonstances principales du récit. Les évangélistes attestent unanimement que, le dimanche matin, les saintes femmes accourues au tombeau du Seigneur pour parfaire son embaumement le trouvèrent vide et que le Maître ressuscité leur apparut alors. La variété des récits prouve l’indépendance mutuelle des témoins : elle fait mieux éclater leur accord sur le fond même.

    À présent que nous avons réfuté les objections à la Résurrection, il convient de présenter les preuves en sa faveur : à la semaine prochaine !

    La Résurrection (5/5) : les preuves

    Maintenant que nous avons répondu aux objections contre l’historicité de la Résurrection (cf. les 4 articles précédents), est-il encore besoin de certifier un événement garanti par tant de témoins ? Mais puisqu’au siècle dernier certains ont témoigné à faux, nous allons devoir passer au crible les témoins de la Résurrection.

    1. Il est bien mort

    Une manière toute simple de nier la Résurrection est de nier la mort de Jésus. Ainsi font les musulmans et quelques sectes ésotériques. Mais ces fantaisies se heurtent à tous les détails des récits évangéliques. À supposer que l’agonie de Gethsémani, la flagellation, la crucifixion n’aient point suffi à causer la mort à Jésus, le coup de lance de Longin qui transperça son cœur ne permet pas de mettre en doute la réalité de cette mort.

    2. Foi et Résurrection

    Jésus est donc bien mort. Malgré cela, les apôtres, les premiers chrétiens et tous les baptisés tiennent Jésus pour Roi, sauveur et Messie. Comment expliquer qu’ils le prennent pour le messie-sauveur s’Il était tout simplement mort et n’avait pas su se sauver Lui-même ? Non, jamais les disciples qui, imbus des préjugés juifs, attendaient un messie glorieux et puissant, ne se seraient résolus à prendre pour Messie un vil scélérat mort piteusement sur la croix. S’ils lui décernent le titre de « Fils de Dieu » malgré sa mort ignominieuse, c’est bien parce qu’Il a supplanté celle-ci d’une victoire plus éclatante encore : la Résurrection.

    (Relisez la prédication des Apôtres [I Pt 1, 3 et 21, A.A…] : ils fondent leur apostolat sur l’heureux événement de Pâques. Saint Paul va jusqu’à rendre solidaire tout le christianisme de la résurrection du Christ. Qu’elle n’ait pas eu lieu et la prédication évangélique devient sans objet, la foi des fidèles ne porte plus aucun fruit et personne ne saura sauver de la mort si le Christ n’est pas ressuscité.)

    3. Les évangélistes

    On objectera que la Résurrection nous est connue par les récits des partisans de Jésus : les évangélistes. D’accord, et alors ? Le sous-entendu, partisan donc complice et menteur, tombe rien qu’en le disant. Tout partisan n’est pas un menteur, d’autant plus quand le gain de son mensonge serait la mort. Pascal disait :

    « Je crois volontiers en des témoins qui se font égorger »

    Et c’est bien vrai ! Les apôtres n’ont rien gagné d’autre que d’être massacrés. Ce serait un miracle plus grand que la Résurrection si des milliers d’hommes consentaient à se faire tuer pour rien, comme ce fut le cas des premiers chrétiens mis à mort sans pitié, pour le simple fait d’être chrétien.

    En outre, si les évangélistes avaient menti, ils n’auraient pas eu de peine, les Juifs, à les confondre de mensonge devant le peuple questionnant les « centaines » de témoins que les apôtres faisaient valoir. S’il n’y eut aucun démenti de la part des juifs, ennemis acharnés de Jésus, c’est qu’il leur était impossible de le faire.

    4. Le corps du crucifié ?

    Même raisonnement quant au corps de Jésus. Personne ne l’a retrouvé. Un cadavre n’a pas l’habitude de s’enfuir. Pourquoi les juifs n’ont pas contre-attaqué en présentant le cadavre ou en menant une enquête pour le retrouver (s’il avait été volé, ce qui ne semble pas probable puisqu’ils avaient eux-mêmes mis des gardes au tombeau pour prévenir cette éventualité) ?

    5. Les témoins

    Saint Paul, en faveur de la Résurrection, allègue les « centaines de témoins » qui l’ont revu (I Cor. 15). Ces témoins, encore en vie, pouvaient être interrogés. Comment saint Paul se serait-il risqué à citer ces témoins s’ils avaient pu démentir la Résurrection ? Et pourquoi tous ces témoins auraient-ils inventé une histoire propre seulement à leur attirer les pires ennuis ? En plus, ce n’était pas des exaltés prêts à croire n’importe quoi. Rappelez-vous les pèlerins d’Emmaüs : ils n’étaient même pas intéressés par la Résurrection et se moquaient des saintes femmes « affirmant l’avoir revu ». Pareillement les disciples : jusqu’au jour de l’Ascension (soit 40 jours après Pâques et après plusieurs manifestations de Jésus) ils doutaient du fait. S’ils ont fini par l’accepter et s’en faire les témoins, c’est qu’il était bien avéré.

    6. Des effets inexplicables autrement

    Sans la Résurrection, le comportement des Apôtres restera une énigme à tous les psychologues. Avant son arrestation et sa mort, ses disciples ne pensent qu’aux honneurs et fuient la moindre difficulté (cf. saint Pierre renie Jésus). Soudain, ils deviennent les propagandistes les plus dévoués et prêts à souffrir jusqu’au martyre. En un rien de temps ils propagent une croyance nouvelle et établissent une institution, l’Église, qui n’exige rien de moins à ses sujets que la fidélité jusqu’à la mort. D’où leur vient cette audace et cet idéal inconnu sur terre alors ? On ne peut s’y tromper : seulement de Jésus ressuscité. Autrement, comment auraient-ils fondé leurs espérances et qu’auraient-ils enseigné ? Car toute leur prédication repose sur l’heureux événement de Pâques. Et puis, comment des milliers d’hommes les auraient crus s’ils n’avaient eu quelques garanties sur leurs dires ?

    7. Les juifs : témoins malgré eux

    Enfin, regardons les pires ennemis du Christ et de son Église, les Juifs, et voyons quelle argumentation leur opposent-ils depuis tant de siècles. Toujours la même : la persécution. Qu’elle soit physique ou législative, cela ne plaide pas en faveur de bonnes raisons.

    Conclusion

    « C’est très simple : faites-vous guillotiner, ressuscitez le troisième jour, et tout le monde croira en vous. »

    C’est le conseil ironique que Napoléon donnait au député La Révellière-Lépeaux qui se désolait de l’échec du culte théophilanthropique (1797) lancé par la Révolution.

    Abbé Louis Arsille


    Sortie de Catholique sans concession – Numéro 6 – Printemps 2025 #CSC

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