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Publié le par Florian Rouanet
Le nom de Grand Schisme d’Occident est une période de l’histoire de l’Église catholique qui s’étend de 1378 à 1417, où l’Église était divisée entre plusieurs prétendants au trône papal. Ce schisme a eu des conséquences profondes tant sur le plan religieux que politique en Europe. Voici une description détaillée de cette période tumultueuse, incluant les principaux antipapes, les conciles, les villes impliquées, les retournements de situation et la résolution du schisme, ainsi que son contexte historique.
Origines et contexte
Contexte historique : la Guerre de Cent Ans
Le schisme se déroule dans le contexte plus large de la Guerre de Cent Ans (1337-1453) entre le Royaume de France et le Royaume d’Angleterre. Cette guerre affecte profondément la politique européenne et, par extension, l’Église catholique. Les alliances et les rivalités entre les puissances européennes influencent le choix et le soutien des papes et des antipapes.Les débuts du schisme
La papauté à Avignon (1309-1377)
Avant le schisme, la papauté avait été déplacée de Rome à Avignon en 1309, sous l’influence de Philippe IV de France. Cette période, connue sous le nom de « Captivité babylonienne », dure jusqu’en 1377, lorsque le pape Grégoire XI décide de revenir à Rome, en grande partie à cause des pressions politiques et spirituelles, notamment celles de sainte Catherine de Sienne.
La mort de Grégoire XI et l’élection d’Urbain VI (1378)
À la mort de Grégoire XI en 1378, le conclave se réunit à Rome sous la pression du peuple romain qui exige un pape italien. Bartolomeo Prignano, qui prend le nom d’Urbain VI, est élu. Cependant, son comportement autoritaire et sa volonté de réformer l’Église provoquent l’hostilité de nombreux cardinaux.
Élection de l’antipape Clément VII (1378)
En réponse à l’attitude d’Urbain VI, une partie des cardinaux déclare son élection invalide et élit un antipape, Robert de Genève, qui prend le nom de Clément VII et s’installe à Avignon. Ce double pontificat marque le début officiel du schisme d’Occident.Le développement du schisme
Les Antipapes
– **Clément VII (1378-1394)** : Son élection est soutenue par la France, l’Écosse, la Castille, l’Aragon et Naples.
– **Benoît XIII (1394-1423)** : Successeur de Clément VII, il poursuit la lignée d’Avignon malgré des tentatives de négociation pour mettre fin au schisme.Les Conciles et les Tentatives de Réunification
Concile de Pise (1409)
En 1409, un groupe de cardinaux convoque le concile de Pise dans le but de résoudre le schisme. Le concile dépose les deux papes rivaux, Grégoire XII de Rome et Benoît XIII d’Avignon, et élit un nouveau pape, Alexandre V. Cependant, ni Grégoire XII ni Benoît XIII ne reconnaissent cette décision, et Alexandre V est alors considéré comme un troisième pape, aggravant la situation (article contre le néo-pisanisme).
Concile de Constance (1414-1418)
Le concile de Constance est convoqué par le roi Sigismond du Saint-Empire romain germanique et le pape Jean XXIII (successeur d’Alexandre V), dans une ultime tentative de résoudre le schisme. Ce concile est décisif pour plusieurs raisons (article sur le Concile général imparfait et l’exemple de Constance) :
– **Déposition de Jean XXIII** : Sous la pression, Jean XXIII est déposé en 1415.
– **Renonciation de Grégoire XII** : Grégoire XII abdique volontairement en 1415.
– **Condamnation de Benoît XIII** : Benoît XIII refuse d’abdiquer et est excommunié.
La Résolution du Schisme
Élection de Martin V (1417)
Le concile de Constance élit Oddone Colonna, qui prend le nom de Martin V, mettant ainsi fin à la division de l’Église. Martin V est largement reconnu comme le pape légitime, marquant la fin officielle du schisme.
Retour de la Papauté à Rome
Après l’élection de Martin V, la papauté est restaurée à Rome, mettant fin à la période d’Avignon et rétablissant la centralité de Rome dans la chrétienté occidentale.
Impacts et conséquences
Le schisme d’Occident affaiblit considérablement l’autorité de la papauté et expose les divisions internes des membres de l’Église. Il renforce également le pouvoir des monarchies nationales, notamment celle de France, qui avait soutenu les antipapes d’Avignon. En outre, le schisme pave la voie à des réformes ultérieures, en particulier celles menées lors du Concile de Bâle (1431-1449) et, plus tard, la Contre-réforme contre la Réforme protestante du XVIe siècle.
Conclusion
Le schisme d’Occident est une période complexe et tumultueuse de l’histoire de l’Église catholique, caractérisée par des rivalités politiques, des ambitions personnelles et des tentatives répétées de réforme et de réconciliation. Sa résolution avec l’élection de Martin V et le retour de la papauté à Rome marque la fin d’une ère de division et le début d’un processus de renouvellement pour l’Église catholique, avec une autorité visible, légitime pleine et entière pour tous les fidèles, ainsi que la hiérarchie catholique.

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