• L’Intégralisme lusitanien et brésilien devant l’universel



    Ce que nous proposons avec les Portugais. Σ

  • Dans cet article, nous allons regarder, en tant que français, du côté de la péninsule ibérique et de l’Amérique latine, soit dans cet espace qui est à priori très catholique d’héritage. *

    « L’Intégralisme », expression plus répandue dans le monde hispanique et galicien – notamment grâce à la réussite du thomisme, des effets du principe de totalité et à l’essor des nationalismes modernes en général -, est d’abord un nationalisme, car il a conscience qu’une société politique aboutie est composée d’une patrie et d’un peuple bien défini, mais aussi de classes sociales, d’institutions, de lois anthropologiques propres et d’une spiritualité transcendantale en haut de la pyramide. Unanimement, l’Intégralisme lutte pour l’établissement d’une monarchie organique et intégrale, hiérarchique et traditionnelle. C’est une doctrine – un ensemble d’idées donc – qui est pour la défense de ces échelons humains, crescendo : familial, communal, provincial, national, universel, etc.

    « Organique et intégral, vivant et total, universel et corporatif, national et social, etc » sont les termes qui expriment le meilleur de la vie naturelle et politique possible voulue par l’Ordre des choses ; ils permettent également de désigner les plans de Dieu, car « au commencement était le Verbe ». Soyez-en certain, que Dieu soit retiré de l’équation et le château de carte s’effondra, même si ceci peut paraître paradoxal pour la religion la moins terrestre qui soit (le christianisme). C’est ainsi que l’abbé « thomiste et fascisant » Julio Meinvielle osera, toujours en ce sens, l’expression de « totalitarisme du bien commun » (sic).

    (Σ) Europe, au Portugal :

    L’intégralisme lusitanien au XXe siècle – la Lusitanie ayant été l’ancienne province d’Empire romain qui correspond à peu près aux frontières actuelles du Portugal – fut logiquement influencé par la pensée maurrassienne, l’école française de droite étant la première à réagir, tout simplement parce que la Révolution progressiste et libérale de 1789 avait éclatée sur son sol. La première publication physique intégraliste fut l’Alma portuguesa [L’âme portugaise] en 1913. Le sous-titre de la revue d’Action Française, avec sa formule « organe du nationalisme intégral », peut d’ailleurs expliquer en partie la création du mot « Intégralisme » chez les Portugais, terme qui n’a rien à voir avec l’intégrisme, le fondamentalisme ou le littéralisme et qui n’a rien à envier non plus au patriotisme, au solidarisme, au rexisme belge ou au phalangisme espagnol (qui sont les deux doctrines qui lui sont les plus proches, mais pour entendre un peu parler du monde hispanique, veuillez vous reportez plutôt à cet article).

    Après le cumul de ces éléments, il n’est pas étonnant de remarquer que l’Intégralisme se mêle avec l’expérience fasciste historique. Même si les thèmes contextuels et locaux italiens peuvent être parfois écartés ou  relativisés du fait que : l’ambiance d’un pays et la mentalité d’un chef influencent en particulier les courants du moment (Pour notre cas, l’État ne sera évidemment plus à fonder et/ou à unifier par un néo-centralisme accru).

    « En raison de l’extrême désagrégation à laquelle est arrivé l’État, c’est peut-être au Portugal que sera réservé le destin glorieux d’inaugurer l’Ordre nouveau en Europe ; s’il doit en être ainsi – et je crois qu’il en sera ainsi ! – nous aurons récupéré notre vocation apostolique de peuple conquérant et explorateur, en levant contre l’ouragan maximaliste de l’Orient, le maximalisme très chrétien du monde occidental. »

    Antonio Sardinha, Naçao Portuguesa, juillet 1922.

    « Si en relation à chaque Patrie singulière, le traditionalisme suppose un nationalisme. Il suppose également, par rapport à l’ensemble de l’humanité, un universalisme. »

    Antonio Sardinha, Ao principio era o Verbo.

    « Le nationalisme intégral portugais à ses raisons propres, sui generis, exactement comme les possèdent les nationalismes intégraux de France, d’Italie et de tous les autres peuples. »

    Joao Ameal, Panorama do nacionalismo portugêa, Lisbonne, 1932.

    L’intégralisme lusitanien a été influencé, mais n’est pas une vulgaire copie :

    « Le mouvement contre-révolutionnaire portugais n’est pas comme le suppose M. Pierre Tuc, un rayonnement des idées de l’Action française dans le monde latin, mais un effort proprement portugais des générations contemporaines de l’avènement de la République et que celle-ci avait déçues. »

    Alfredo Pimenta, O debate, 27 novembre 1954.

    (Σ) Amérique latine, au Brésil :

    En Amérique du Sud, lors du siècle dernier, les zones d’immigrations allemandes et italiennes ont été plus enthousiastes vis-à-vis des mouvements fascisants, ne serait-ce qu’en référence aux épopées hitlériennes et mussoliniennes, respectivement, de leurs nations d’origines ; tandis que les autres populations admiraient et s’inspiraient plus facilement des expériences salazaristes et franquistes. La situation brésilienne ne les empêchait pas d’être anti-cosmopolites par principe, loin de là, et même si les doctrines raciales leurs étaient généralement plus méconnues.

    Le mouvement apparenté au fascisme au Brésil, l’Action Intégraliste brésilienne, dont la devise était « Dieu, Patrie, Famille », est né en tant que tel dès le 8 octobre 1932, c-à-d lors de la divulgation de son Manifeste intégraliste. Son fondateur, Plínio Salgado, par sa pensée littéraire et « théologique » catholique, est celui qui donne à l’Intégralisme un caractère nettement plus « personnaliste » et spiritualiste encore que le fascisme dans sa conception de l’homme (le second ayant tendance à supprimer quasiment la notion d’individu au bénéfice de la communauté, du collectif). Ce sont ses militants qui contribueront le plus à distinguer cette doctrine Intégraliste des autres systèmes de pensée.

    Selon Miguel Reale, le nouvel humanisme du XXe siècle est l’humanisme intégral, car si le siècle précédent a été celui de l’analyse, alors le XXe siècle est celui de la synthèse :

    « Les diverses théories antérieures reflètent une partie de la réalité. C’est en quoi elles se trompent. Le fascisme les a intégrées dans une conception totale. (…) Le syndicalisme, le nationalisme et l’étatisme fusionnent dans la doctrine fasciste. (…) Le fascisme contient beaucoup de valeurs universelles valables pour tous les peuples liés à la culture chrétienne. »

    « Le caractère empirique, pragmatique et relativiste du fascisme a été si remarquable que les Italiens n’ont pas compris tout de suite l’universalité de ses principes. C’est nous, les étrangers, qui avons montré aux péninsulaires que l’expérience fasciste n’a pas seulement une valeur limitée à l’Italie, mais constitue une expérience universelle. Au début, Mussolini disait « le fascisme n’est pas un article d’exportation ». Maintenant, il reconnaît que le « fascisme est la doctrine universelle du siècle ». ».

    Miguel Reale (secrétaire national à la doctrine), Formaçâo de politica burguesa.

    L’Intégralisme n’imite pas le fascisme, mais appartient à la même famille de pensée :

    « L’intégralisme parmi tous les mouvements fascistes (…), est celui qui contient la plus grande proposition de spiritualisme et qui a la doctrine la plus achevée, parce qu’il va d’une conception de l’homme et de l’univers jusqu’à la solution des problèmes matériels. »

    Gustavo Barroso, O integralismo e o mondo.

    « Nous sommes des branches d’un même arbre, fils d’une même doctrine. Résultats de la même conception totalitaire de l’univers. »
    Gustavo Barroso – O integralismo em marcha.

    « L’intégralisme est la doctrine qui ne conçoit pas l’État sans les corporations. C’est la marche naturelle de l’Histoire. »
    Miguel Reale – Bases da Revoluçâo Integralista, 1934.

    PS. Encore aujourd’hui, le « fascisme »  est représenté par l’alliance entre la bourgeoisie nationale et la classe ouvrière, et c’est ce qui fait trembler le système globaliste. La classe moyenne blanche, qui a accès à la culture tout en faisant partie des petits, est perçue comme une menace existentielle par le système dit démocratique. Disons que la classe moyenne n’est pas assez bourgeoise pour être déconnectée mentalement parlant, et pas assez sous-prolétarisée pour être totalement inculte ; c’est pourquoi elle représente l’ennemi numéro un et qu’il faut l’asphyxier en la surtaxant. Mais c’est justement ce qui contribu à son éveil !

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    * Cet article m’a été inspiré grâce à la relecture d’un exemplaire de « Doctrines du nationalisme » (édité chez Chiré) que M. Pierre Sidos m’avait offert il  y a cinq ans de cela.

    Études à lire :

    • Hélgio Trindade, La tentation fasciste au Brésil dans les années trente.
    • Jacques Ploncard d’Assac, Doctrines du nationalisme.

    Vidéos à écouter :

    « L’Intégralisme Organique », une ligne éditoriale (Florian Rouanet)

    Mondialisme catholique avec Fide catholica

    PS. L’intégralisme est une doctrine chrétienne qui comprend l’intégralité des choses, en adéquation avec le principe de totalité thomiste qui est commun aux catholiques. “Organique” parce que chaque strate de la Cité doit être vivante et hiérarchisée. Organicisme ou corporatisme, ce sont des expressions bien connues du fascisme et c’est un site avant tout de « philosophie-politique ». Cela peut paraître relever d’un langage hermétique, mais c’est au fait assez compréhensible pour autant qu’on s’en donne la peine… Au final, il s’agit de ma vision spontanée du monde, chose expliquée plus en détail dans l’onglet présentation du site.


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    […] Lire ceci pour saisir ce que nous entendons par Intégralisme. […]


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