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Publié le par Florian Rouanet
Biographie d’Edgar Degas : une vie entre tradition et modernité :
Edgar Degas, né Hilaire-Germain-Edgar de Gas le 19 juillet 1834 à Paris, est l’un des peintres les plus marquants du XIXe siècle. Issu d’une famille bourgeoise d’origine napolitaine, il reçoit une éducation soignée, destinée à le former au droit. Cependant, passionné par l’art, il abandonne ses études juridiques pour s’inscrire à l’École des Beaux-Arts de Paris en 1855, où il est marqué par l’enseignement académique et la peinture des maîtres classiques comme Ingres, qu’il admire profondément.
Influencé par ses voyages en Italie, Degas puise son inspiration dans la rigueur de la Renaissance, mais aussi dans la recherche de mouvements et de scènes contemporaines. Cette tension entre tradition et modernité caractérisera toute son œuvre.Edgar Degas meurt le 27 septembre 1917 à Paris, à l’âge de 83 ans. Il passe ses dernières années dans un relatif isolement, notamment une perte progressive de la vue, qui l’oblige à abandonner la peinture.
Partie 2 – L’impressionnisme : un regard neuf sur le monde
Bien que Degas soit associé à l’impressionnisme, il s’en distingue par divers aspects. Contrairement à ses contemporains comme Jean Monet, il ne peint presque jamais en plein air et privilégie les scènes intérieures. Fasciné par le mouvement, il immortalise des danseuses, des chevaux ou des ouvriers dans un style vibrant, mais maîtrisé. Ses pastels sur les ballets sont emblématiques de son art, où l’observation scrupuleuse de la réalité côtoie une recherche d’esthétisme.
Si nous apprécions l’impressionnisme pour son audace et sa capacité à renouveler la perception de la lumière et du quotidien, il marque aussi une transition vers des courants plus troubles comme l’expressionnisme, marquant une première dégénérescence. L’art contemporain fut annoncé à partir de là et il s’éloigne des principes aristotéliciens de mimesis (représentation vraisemblable du réel) pour sombrer dans des visions floues et désordonnées. Comme le soulignerait Aristote lui-même, une œuvre qui ne porte plus sur la vérité du monde visible devient « vilaine » et dénuée de sens.
Degas, bien que novateur, reste attaché à une certaine rigueur formelle et se garde de franchir cette limite, nous le pensons…
Partie 3 – Engagements politiques de Degas : un artiste réactionnaire
Ce qui distingue Degas, parmi les impressionnistes, assez souvent laïcs et/ou progressistes, c’est son positionnement politique marqué (« droite radicale ») après la guerre franco-prussienne (1870-1871).
Conservateur, patriote et antidreyfusard, il s’engage dans des ligues patriotiques comme la Ligue de la Patrie Française.
La Ligue de la Patrie française :
Fondée le 31 décembre 1898, en réaction à l’affaire Dreyfus, cette association nationaliste rassemblait intellectuels et artistes opposés au dreyfusisme. Parmi ses membres éminents figuraient l’écrivain Paul Bourget, ainsi que les peintres Pierre-Auguste Renoir et Jean-Louis Forain.
Mais la Ligue de la Patrie Française se distinguait de la Ligue des Patriotes, fondée en 1882 par Paul Déroulède, par une approche plus modérée. Alors que la Ligue des Patriotes prônait un nationalisme militant et parfois violent. Cette distinction attirait des personnalités du monde académique et artistique, soucieuses de préserver une image « respectable » tout en affirmant certes leur attachement à la nation.
Cela dit, Degas rompt même avec plusieurs de ses amis et collègues impressionnistes, comme Pissarro, en raison de divergences idéologiques comme l’affaire Dreyfus.
Cela fait le lien avec la Ligue des Patriotes – Maurice Barrès est d’ailleurs présente dans les deux ligues – fondée en 1882 par Paul Déroulède.
Partie 4 – Contexte historique : la Ligue des Patriotes et le boulangisme
La Ligue des Patriotes, a été initialement appuyée par Victor Hugo qui y voyait un mouvement de rassemblement. Hugo, « désillusionné », car insuffisamment nationaliste et autoritariste, et plus d’un type républicain modéré, quitte le mouvement, tandis que Paul Déroulède, son fondateur, appelle à une démocratie directe et à un État fort capable de surmonter les divisions héritées de la défaite contre la Prusse.
D’ailleurs, à ce titre :
Le poème « À ceux qui reparlent de fraternité » de Victor Hugo, extrait de L’Année terrible (1872), exprime la douleur et la fierté françaises après la défaite de 1870. Il fut initialement publié dans le journal Le Rappel le 22 mai 1871. Et en 1883, ce poème a été reproduit dans Le Drapeau, la revue de la Ligue des Patriotes, mouvement fondé par Paul Déroulède. Cette publication conférait au texte une nouvelle dimension, reflétant l’esprit revanchard et patriotique de la Ligue.
La Ligue des Patriotes, créée le 18 mai 1882, comptait parmi ses premiers membres des républicains modérés, dont Victor Hugo. Toutefois, le poète s’en est rapidement éloigné en raison de l’évolution nationaliste et militariste du mouvement.
Ainsi, la réédition du poème dans la revue de la Ligue témoignait de l’appropriation de l’œuvre de Hugo par des courants nationalistes, malgré les réserves de l’auteur quant à leur orientation politique nationaliste et radicale.
Avec d’autres nationalistes, Charles Maurras, dans une critique acerbe du général Boulanger, écrit qu’il
« incarnait plus un homme de foule qu’un homme d’État »
Il soulignait ainsi les limites d’un populisme nationaliste sans véritable vision politique, sans colonne vertébrale. Cependant, la Ligue rassemble autour d’elle une grande diversité de patriotes, bonapartistes et monarchistes, qui trouvent un terrain d’entente dans l’exaltation de l’armée et de la patrie. Déroulède, dans ses discours, parle de la France comme d’une foi, tient une mystique patriotique, insistant sur la nécessité d’éduquer les jeunes générations dans cet esprit.
Ces idées trouveront un écho ultérieur, au-delà des Alpes, dans des mouvements tels que le squadrisme italien de l’entre-deux-guerres, où une certaine gauche radicale et patriotiques, certains monarchistes et nationalistes se regroupèrent autour d’un idéal d’ordre et de discipline, faisant de la Patrie une sacralité !
Maurice Barrès, écrivain et homme politique, joue également un rôle clé dans cette exaltation du nationalisme spirituel et enraciné, insistant sur le lien entre l’individu, le sol et les morts.
Conclusion
Edgar Degas est ainsi bien plus qu’un peintre impressionniste. À la croisée des chemins entre tradition et modernité, art et politique, il incarne les tensions d’une époque marquée par la montée des nationalismes (doctrinaires et monarchistes) et des patriotismes (instinctifs, éducatif et militaire). Son œuvre, tout comme ses engagements, témoigne d’un souci constant de préserver la beauté et l’identité de la France.
De la Sainte Ligue aux ligues nationalistes !



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