-
Publié le par Florian Rouanet
Suite au papier précédent, faisant découvrir des personnalités aristocratiques comme Henri de Guise, dans un sens élogieux des ligues patriotiques, appuyons et prouvons notre propos grâce à de nouveaux éléments catholiques ultramontains, nationalistes, anti-protestants et anti-gallicans : plaçant les Principes avant les Princes, et ce, bien avant le XIXe siècle français !
Cela montre, en outre, qu’il y avait du remous, bien avant la Révolution française et que cette opposition pouvait être parfois tout à fait légitime !Nous allons visiter ce qu’était la Sainte Ligue et au-delà par 15 citations concordantes et brièvement commentées.
Dates clés :
Règne d’Henri III :
- Début du règne : 30 mai 1574 (à la mort de son frère Charles IX)
- Fin du règne : 2 août 1589 (assassiné par Jacques Clément, un moine ligueur)
Existence de la Sainte Ligue :
Fondation : 1576 (à l’initiative du duc de Guise, catholique intransigeant, après la signature de l’édit de Beaulieu qui accordait des concessions aux protestants)
Apogée : Entre 1584 et 1594 (période de crise exacerbée par la succession au trône après la mort de François d’Alençon, héritier de Henri III, rendant Henri de Navarre – futur Henri IV – prétendant légitime au trône malgré sa religion protestante)
Déclin : Après 1594, lorsque Henri IV abjure le protestantisme et est couronné roi catholique.
Pour saisir l’aspect politique et pré-nationaliste de la Sainte Ligue et de courants similaires, voici des citations et réflexions extraites des discours, manifestes, ou écrits des ligueurs.
Ces passages mettent en exergue un discours – en avance sur leur temps -, axé sur la défense de l’identité nationale et des principes politiques, souvent au-delà du simple aspect religieux, bien que la foi en demeure le fondement premier et absolu !
Extraits référencés :
1. Jean Boucher, De Justa Henrici Tertii Abdicatione (1591)
« Le royaume de France ne peut être gouverné par un roi qui ne s’aligne pas sur l’âme de la nation, qui est la foi catholique. (…) Nos lois, nos coutumes, notre monarchie même sont façonnées par cette foi qui unit le trône et le peuple. »
Jean Boucher lie ici la légitimité politique à une idée nationale : la France a une identité propre et indivisible, fondée sur une monarchie catholique. Un roi qui s’écarte de ce modèle perdrait son droit au trône.
2. Édit des États de la Ligue, tenu à Paris (1593)
« La France n’a de grandeur qu’en demeurant la Fille aînée de l’Église, un royaume uni par la foi, et non divisé par des ambitions étrangères ou des hérésies venues d’ailleurs. »
Cette déclaration, adoptée par les membres de la Ligue, montre une conception politique de la nation française, souveraine et hostile à l’étranger. Le nationalisme y est religieux, mais aussi défensif, opposé aux influences extérieures.
3. Déclaration de l’Union catholique (1585)
« Nous jurons de préserver ce royaume, non pour la personne du roi, mais pour l’ordre établi par Dieu : la France est un domaine sacré, que nous devons protéger de la trahison et de la corruption. »
Ici, l’accent est mis sur la sacralisation de la nation française comme entité politique au service de Dieu. Le royaume n’est pas vu comme la possession pure d’un monarque, mais comme une mission collective.
4. Ligueur anonyme, pamphlet parisien (vers 1588)
« Les vrais Français sont ceux qui défendent la foi et la liberté de la France contre les princes félons, serviteurs de leurs passions ou des puissances étrangères. »
Cette déclaration, très politique pour le coup, accuse les monarques comme Henri III et Henri IV de compromissions avec des puissances extérieures (huguenots, protestants allemands ou anglais), en opposition aux intérêts français, ce qui est exacte (même Richelieu a hélas participer à la protestantisation des germains par souverainisme cocorico).
5. Cardinal de Guise (1588)
« Le roi est gardien de l’unité française, mais s’il s’écarte de sa charge sacrée, c’est à la noblesse et au peuple de restaurer l’ordre. Une France divisée n’est plus la France. »
Cette citation du cardinal de Guise, par principe de subsidiarité, place la noblesse et le peuple en garants de l’identité nationale, en période trouble. Elle marque l’idée que la légitimité royale repose sur un contrat implicite avec la nation.
6. Ligueurs des Seize, journée des Barricades (1588)
« Nous bâtirons des remparts, non contre les ennemis étrangers seulement, mais contre un roi qui nous vend à ses intérêts et oublie son devoir envers la France. »
Les barricades, emblème de la rébellion parisienne, sont ici symboles d’une résistance nationale autant que religieuse, que l’on croirait très actuelle par certains aspects.
7. Déclaration de Mayenne, chef de la Ligue après l’assassinat des Guises (1589)
« Ce royaume n’est pas une couronne, c’est un peuple ; ce peuple appartient à Dieu, mais il ne se laissera pas gouverner par des tyrans impies ou des étrangers. »
Le duc de Mayenne, chef politique de la Ligue, insiste sur l’idée que la France est d’abord un peuple et une identité collective devant Dieu, avant d’être une possession royale manipulable à sa guise.
8. La Sorbonne sur le « contrat politique » (1589)
« Si le roi ne respecte pas le pacte divin et national, c’est au peuple de rétablir la justice. (…) La France n’est pas une tyrannie, mais une monarchie ordonnée par Dieu et au service du bien commun. »
Dans cet avis doctrinal, la Sorbonne justifie la résistance politique et religieuse. Elle évoque une forme d’engagement du roi envers la nation.
9. Manifeste des Seize (1588)
« Mieux vaut périr avec la foi que vivre sous l’hérésie. »
Ce manifeste, rédigé par les leaders parisiens de la Ligue, incarne l’idée que la foi catholique est supérieure à toute autre considération politique ou monarchique, y compris la vie elle-même.
10. Jean Boucher, prédicateur et idéologue de la Ligue (1591)
« Les lois de Dieu doivent gouverner les rois, non les rois gouverner les lois. »
Célèbre prédicateur de la Sainte Ligue, M. Boucher défendait l’idée que les rois ne sont légitimes que tant qu’ils respectent les lois divines. Cette déclaration visait directement Henri III, accusé de tolérer l’hérésie protestante.
11. Ligueurs parisiens lors des Journées des Barricades (1588)
« Plutôt mourir bons catholiques que vivre mauvais sujets. »
Ce cri, entendu lors des barricades de 1588, résume la philosophie des ligueurs : la fidélité à Dieu et à l’Église passe encore avant l’obéissance au roi en tout et pour tout (que Louis XIV mettra en place et qui prendra fin à sa mort pour laisser place aux salons bourgeois et à la Révolution !).
12. Édit de Nemours (1585) – Texte revendiqué par la Ligue
« Nous, très chrétiens, ne reconnaissons comme roi que celui qui combattra pour la vraie foi. »
Cette formule résume la conditionnalité que la Ligue imposait à la royauté du début à la fin : la légitimité du roi dépend de son rôle de défenseur du catholicisme et de la justice.
13. La Sorbonne, soutien théologique de la Ligue (1589)
« Les peuples doivent ôter la couronne à ceux qui ne protègent pas la religion. »
Dans une déclaration controversée, l’Université de Paris, soutenant la Ligue, justifiait le droit des sujets à se rebeller contre un roi qui trahissait la foi catholique.
14. Charles du Moulin, juriste ligueur
« Le trône est saint, mais il doit servir l’autel. »
Cette formule souligne que pour les ligueurs, la monarchie n’était qu’un moyen au service de la défense des principes religieux, et non une fin en soi.
15. Le cardinal de Lorraine, à la tête du Conseil de la Ligue
« Nous servons un roi céleste avant de servir un roi terrestre. »
Cette déclaration met en avant l’idée ultramontaine, en réalité catholique, que l’autorité divine prime sur toute autorité humaine – exactement comme le Christ paraissant face à Ponce Pilate –, y compris celle du roi.
Ces citations expressions illustrent parfaitement le fait que la Ligue catholique n’était pas uniquement animée par des préoccupations religieuses, mais également par une vision politique totalement nationaliste et catholique de la France.
La nation était perçue comme un ensemble politique et culturel indissociable de son identité et de la foi catholique.
Cette vision dépasse l’allégeance dynastique et fait émerger une forme de patriotisme aristocratique, de populisme dévot, d’un nationalisme religieux où, la défense des principes nationaux et religieux, priment sur la fidélité aux princes.Il nous manque encore une bonne documentation à ce titre,
que Théodon de Radio Regina ne méconnaissait cependant pas !
Il est dommage de ne plus pouvoir entrer en contact avec lui

5 commentaires
Réagissez à cet article !