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Publié le par Florian Rouanet
En terme de légitime défense, voici la limite que peut s’attribuer un catholique (partie 1) dans la mesure où l’État venait à aller contre les lois de Dieu (partie 2).
Voilà un thème favori de l’auto-défense.
La loi se légitime par le bien qu’elle provoque sinon c’est une non loi, qui ne doit pas obéissance, et il n’y a pas désobéissance en ce sens, justement parce que c’est une non loi : elle est dite illégitime (quid du « duo meurtrier » avortement-euthanasie ?).
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Légitime défense
Saint Alphonse de Liguori, Theologia moralis
« En dehors des cas de légitime défense, il n’est permis à personne de tuer des malfaiteurs. »Héribert Jone, Précis de théologie morale catholique (Pages 145-146)
« Un injuste agresseur peut être tué, lorsque toutes les conditions ci-dessous sont réunies :
– 1) Les biens qu’on défend doivent avoir une grande valeur.
On range parmi ces biens : la vie, l’intégrité des membres, la chasteté et les biens temporels de grande valeur.- Dans la défense de biens temporels de moindre valeur, on ne peut tuer l’agresseur que s’il attaque la vie du propriétaire qui défend ses biens. De même qu’on peut défendre sa propre vie et ses biens, on peut aussi défendre la vie et les biens d’autrui.
– 2) L’agresseur doit être un agresseur actuel et injuste.
Quand cette circonstance se présente, la défense est même permise contre les parents, les supérieurs, les clercs.
a) L’agresseur est un agresseur actuel, quand il s’agit d’une attaque immédiate ou qui va se produire incessamment.
La défense est donc permise, lorsque l’agresseur tire un poignard ou un révolver, épaule un fusil , excite son chien, appelle ses complices, mais le cas est différent s’il s’agit d’une simple menace ou d’une crainte d’attaque. Si l’attaque est déjà passée, le meurtre ne serait plus de la légitime défense mais de la vengeance. C’est pourquoi une femme n’a pas le droit de tuer quelqu’un, après avoir été violée par lui. Pour la même raison, il est également interdit de défendre après coup son honneur contre des injures réelles ou verbales passées. Évidemment il en est autrement, lorsque un voleur s’enfuit avec une grosse somme d’argent.
b) L’agresseur est un agresseur injuste, quand l’attaque est au moins matériellement injuste.
C’est pourquoi, en cas de légitime détense, on peut tuer un fou ou un homme ivre.
– 3) La défense doit se faire cum moderamine inculpatae tutelas, c’est-à-dire ne doit causer du dommage à l’agresseur que dans mesure où cela est absolument nécessaire pour la défense.
Celui qui peut sauver sa vie par la fuite, doit donc s’enfuir, à moins que la fuite ne soit déshonorante, par exemple pour un officier. Si l’agresseur peut être rendu inoffensif, en le blessant, on ne doit pas le tuer. En raison de la grande excitation où se trouve celui qui est attaqué, il ne commettra que rarement une faute grave, en dépassant les limites de la légitime défense. »Saint Thomas d’Aquin, Somme théologique (IIa IIae, Question 64, Article 7)
« Rien n’empêche qu’un même acte ait deux effets, dont l’un seulement est voulu, tandis que l’autre ne l’est pas. Or les actes moraux reçoivent leur spécification de l’objet que l’on a en vue, mais non de ce qui reste en dehors de l’intention, et demeure, comme nous l’avons dit, accidentel à l’acte. Ainsi l’action de se défendre peut entraîner un double effet : l’un est la conservation de sa propre vie, l’autre la mort de l’agresseur. Une telle action sera donc licite si l’on ne vise qu’à protéger sa vie, puisqu’il est naturel à un être de se maintenir dans l’existence autant qu’il le peut. Cependant un acte accompli dans une bonne intention peut devenir mauvais quand il n’est pas proportionné à sa fin. Si donc, pour se défendre, on exerce une violence plus grande qu’il ne faut, ce sera illicite. Mais si l’on repousse la violence de façon mesurée, la défense sera licite. Les droits civil et canonique statuent, en effet : “ Il est permis de repousser la violence par la violence, mais avec la mesure qui suffit pour une protection légitime. ” Et il n’est pas nécessaire au salut que l’on omette cet acte de protection mesurée pour éviter de tuer l’autre ; car on est davantage tenu de veiller à sa propre vie qu’à celle d’autrui. »Matteo Liberatore, Éléments de droit naturel (Livre III, Chapitre II, Article 1)
« Mais s’il s’agit de défendre la religion contre d’injustes agresseurs, qui avec un acharnement impie s’efforcent de l’opprimer et de l’arracher du cœur des populations, ou d’entraver sa liberté, rien n’est plus évident que la justice d’une guerre entreprise pour une telle cause. En effet, si la religion est le plus précieux bien de l’homme, puisqu’elle lui procure une éternelle félicité, il est indubitable qu’elle donne à l’individu et à la société le droit de combattre les sacrilèges qui l’attaquent. Disons plus : cette résistance est pour l’individu et la société non-seulement un droit, mais un devoir fondé sur l’obligation qui nous est imposée de défendre et de conserver, au-dessus de tous les autres biens, l’honneur et la gloire de Dieu.-*-
Législation
Actes des Apôtres V, 29
« On doit obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes. »Héribert Jone, Précis de théologie morale catholique (Page 41)
« Il y a conflit de devoirs, quand, apparemment, deux lois obligent en même temps et qu’on ne peut en accomplir qu’une seule. En réalité, la loi la plus importante oblige seule. En conséquence la loi naturelle passe avant la loi positive divine ; dans la loi naturelle elle-même, une loi qui défend passe avant une loi qui ordonne, La loi positive divine passe avant la loi humaine, la loi ecclésiastique avant la loi civile. »Saint Augustin, Lettre à Boniface (CLXXXV)
« Quiconque refuse d’obéir aux lois des empereurs, portées contre la vérité de Dieu, acquiert une grande récompense. »Joaquín Torres Asensio, Le droit des catholiques de se défendre (Page 40)
« L’obligation d’obéir à la loi n’a point sa source dans la volonté d’un autre homme, mais dans la raison ; cependant celle-ci considérée en elle-même n’a pas été jugée suffisante pour commander. Les théologiens ont cherché plus haut la sanction de la loi ; la loi juste dérive, non pas précisément de la raison humaine, mais de la loi éternelle, et c’est dans celle-ci qu’elle puise la force d’obliger les consciences. Ce n’est plus la volonté d’un homme qui règne sur les autres hommes, ce n’est plus la raison humaine, mais la raison émanée de Dieu, ou, pour mieux dire, la raison même de Dieu, la loi éternelle, Dieu lui-même. Théorie sublime, où le pouvoir trouve ses droits, ses devoirs, son prestige, et dans laquelle la société trouve la plus ferme garantie de l’ordre, du bien-être et de la vraie liberté. »Oliveira Salazar, Discours et notes politiques (Tome 1, Page 319)
« Les lois, en vérité, sont faites par les hommes qui les exécutent, elles finissent par être, sous le voile de leur pureté abstraite, le miroir de nos défauts de compréhension et des déviations de notre volonté. »Jacques Balmès, Le protestantisme comparé au catholicisme dans ses rapports avec la civilisation européenne
« Vérité logiquement établie par les catholiques ; que tout pouvoir, pour être regardé comme légitime et exercer l’ascendant qu’il lui faut, doit demander ses titres au Ciel. Enfin, si vous me commandez au nom de celui qui m’a tiré du néant, je m’inclinerai ; mais si vous dites que vous n’avez rien à voir avec Dieu, je ne vous reconnais plus d’autorité. »Héribert Jone, Précis de théologie morale catholique (Page 138)
« On n’a pas le droit d’obéir aux lois immorales d’un État athée et l’on opposer à leur exécution la résistance passive. On peut même, en pareil cas, résister à la violence ouverte par la violence, à condition qu’on est un espoir fondé de réussir et que la résistance ne cause pas un plus grand préjudice au bien commun que la tyrannie des gouvernants. »Bibliographie
– Gérard Guyon, Justice de Dieu Justice des Hommes

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