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Publié le par Florian Rouanet
Après le traitement de la légitime de défense et de la vertu de vengeance, passons au thème, non moins intéressant, dudit tyrannicide.
Introduction du pouvoir
Selon la formule saint-paulienne, toute autorité, tout pouvoir, vient de Dieu.
Le pouvoir peut-être laissé ou permis par Dieu, même à une personnalité ingrate vis-à-vis de ce même Bon Dieu, car Il tire une plus grande gloire de notre libre arbitre, à ne pas compromettre avec le conspirationnisme, et de nos efforts, ainsi.C’est aussi, parfois, une permission divine et une épreuve pour les bons que d’être dirigés par les mauvais.
Mais jusqu’à quel point le tyran ne doit il pas être démis de ses fonctions ? Quand se « révolter » fini par être une bonne chose ?Politique et légitimité
La politique étant ce qu’elle est, un équilibre des vertus de prudence, de justice et de force est demandé.
Et à l’origine de tout pouvoir « légitime », il y a, en réalité, un coup de force. Les empereurs romains n’ont pas cédé volontairement la place aux royautés barbares.
Saint Thomas permet le tyrannicide dans certains cas bien particuliers. Cela se trouve dans la Somme Théologique, et selon le bon propos de l’ancienne page Tradition catholique :
Oui, le tyrannicide est moral.
« Le gouvernement tyrannique n’est pas juste, parce qu’ordonné non au bien public, mais au bien particulier du gouvernement… Aussi le renversement de ce régime n’a pas le caractère d’une sédition, hors le cas où le renversement du régime tyrannique se ferait avec un tel désordre, qu’il entraînerait pour le pays plus de dommages que la tyrannie elle-même. Mais c’est bien plutôt le tyran qui est séditieux, lui qui entretient discordes et séditions dans le peuple qui lui est soumis, afin de pouvoir plus sûrement le dominer. »
(Saint Thomas d’Aquin ; Sum. Th. IIa-IIæ, q. 42, a. 2, ad 3um).
Du coup d’État
Il faut être également sûr de réussir son coup lorsque l’on tente un tyrannicide, ainsi savoir quels bons chefs mettre au destin de la nation, afin d’éviter toute anarchie, qui donnerait une situation pire que le régime précédemment honnis.
Ainsi, nous imaginons que les royalistes auraient pu en être facilement partisans s’ils avaient plus de « cojones », vu qu’ils ont un candidat stable, probablement supérieur à Macron en différents points (Orléans comme Bourbon).
Mais ils préfèrent porter des collants comme Louis XIV à la place, il semblerait…Les termes de république, de démocratie, comme de révolution sont neutres à la base, ou du moins équivoques, l’incompréhension des catholiques vient souvent de là.
Tandis que l’expression de coup d’État est simplement la formule moderne, cela ne change rien sur le fond. Nous rappelons que le mot État revient des dizaines de fois dans les enseignements du Pape Léon XIII notamment.
Nous passions d’une société organique à une société de contrat post-1789, laquelle à nier le précédente, alors que ce nouveau concept permettait de traiter du cas national plus largement, avec une relative équité entre les entreprises et associations de la nation. Il y aurait eu de bonnes assises en conservant l’ordre passé, sans jeter ainsi le bébé avec l’eau du bain. C’est ce qu’a combiné le fascisme un bon siècle plus tard avec la sempiternelle question du comment faire une société traditionnelle au goût du jour ?
L’histoire témoigne
De souvenir, la légitimité selon le thomisme, n’est-elle pas tout simplement celle de faire le bien ?
Henri IV a conquis son royaume non par la légitimité de sa race, mais par la force directe. Il en est ainsi pour chaque changement entre les dynasties des mérovingiens, des carolingiens et des capétiens d’ailleurs.
Henri IV s’est fait catholique, a promu une réconciliation, a recréé une économie et a eu le soucis du peuple…, d’où sa réussite et sa popularité.Et dans les temps Antiques, Néron, Commode, Dioclétien ne l’ont pas été, des tyrans, eux ? Ou bien non, c’est surtout que leur renversement n’a pas été possible. Saint Basile a prié pour le renversement de Julien l’Apostat, qui a finalement été tué par les Perses d’ailleurs.
L’armée blanche devait se battre contre les bolcheviques, mais pouvait elle vaincre ? Cela était une toute autre affaire !Mais existent-ils des précédents historiques contemporains ?
Il y a eu des tentatives d’assassinats contre des chefs d’État tel que Charles de Gaulle, Benito Mussolini ou Adolf Hitler.Tyrannicide, arrivée au pouvoir & politique sociale
Le tyrannicide n’est possible que dans des cas restreints donc, notamment à cause de l’anarchie qui pourrait en résulter, mais le coup d’État ne se limite pas du tout à cela et ce n’est d’ailleurs pas ce qui est motivé chez l’essentiel des auteurs nationalistes qui mentionnent la solution d’un coup d’État contre les Fils de la Révolution (ex : Charles Maurras, Georges Sorel).
Il s’agit de mettre un coup de pression (une marche massive sur la capitale par exemple) au gouvernement en place et montrer sa capacité à reprendre l’État en main (avec derrière soi des milliers de personnes aptes à tenir l’administration) ; en cela, ce coup de force n’est pas répréhensible d’un point de vue de la morale catholique, que nous sachons.Et, en réalité, un mouvement qui prend le pouvoir par la force, comme par les élections du reste (qui peuvent avoir aussi leur tension dictatoriale), ne tarde pas à s’établir et à se légitimer par la-même.
Sauf, lorsqu’il y a ensuite un échec, à constater à plus ou moins long termes. Un exemple récent étant, dans un autre cadre civilisationnel, avec les Frères musulman qui, ont su conquérir les masses par leur discours de fond en Egypte, mais qui, faute d’une politique sociale et économique minimale, ont perdu les Rênes du pouvoir par la suite.Illégitimité et légalité ?
Peut-on espérer trouver une justification chrétienne afin de pouvoir se venger, si jamais quelqu’un venait à faire du mal à ses enfants ? Et dans notre société actuelle où les lois favorisent la haine de soi ?
C’est ici une situation dégénérée nouvelle qui conduit à de hautes injustices. Le danger étant inversement que cela pousser au bout, il devient logique de faire justice soi-même, en l’absence de justice réellement impartiale.
Toutefois, a contrario, le mot de « prudence » est devenue une arme de destruction massive dans les Bouches de nos clercs, acceptant tous les reniements et toutes les lâchetés…
Tant de questions soulevées auxquelles il faudra donner réponse philosophique et théologique !

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