• Fascisme et conclavisme : un décisionnisme, crise et restauration



    Crise de l’autorité : entre légitimité contestée et validité imposée

  • L'homme providentiel : rupture nécessaire et restauration nécessaire ?

    Cet onglet fait suite à la partie 1
    « Du décisionnisme/normativisme : tradition, fascisme et «conclavisme»

    s’aidant de Carl Schmitt

    Contre les Jean-vaséctomie de toutes sortes

    Préambule :

    L’étude des principes décisionnistes et des courants dans l’histoire, jusqu’à nos jours, met en exergue des moments où la volonté d’un homme ou d’un groupe surmonte la paralysie institutionnelle en imposant une solution légitime, d’abord certes selon ses promoteurs.

    À cet égard, tant le fascisme que le « conclavisme catholique » illustrent des tentatives d’affirmation de l’autorité en période de crise :

    • Le premier entend restaurer une harmonie sociale et nationale par un pouvoir politique fort,

    • tandis que le second aspire à rétablir la succession légitime des Papes dans une Église dont il jauge le manque d’autorité.

    • Ces deux mouvements, bien que fondamentalement distincts dans leur essence et leur finalité, partagent des mécanismes similaires de rupture avec l’ordre établi pour imposer une ‘nouvelle légitimité’.

    Cela s’oppose au conformisme débilitant, aux chimères stagnantes, à l’ineffable paresse d’un grand nombre, se complaisant dans l’idée d’un ennemi surpuissant, ainsi paralysant – compl-autisme.

    P.-S. Nous parlions également de cette « science du désespoir contrôlé », un pessimisme réaliste s’accompagnant justement d’une lueur d’espoir : c’est avoir la conscience de la situation comme de la fébrilité humaine, impliquant en réaction, un mouvement de force, un dynamisme brutal, afin de remettre l’ordre dans l’ordre lorsque ce dernier n’y est plus, comme c’est le cas dans notre Weimar-sur-Seine, par ailleurs, en France.

    https://integralisme-organique.com/2024/09/theologie-desesperee-sedevacantiste-et-romantisme-fasciste/

    Sommaire :

    I. Décisionnisme & crise du pouvoir
    II. Fascisme : l’ordre restauré par la force
    III. Conclavisme : la restauration d’une légitimité divine
    IV. Parallèles & divergences : une comparaison structurée

    I. Décisionnisme & crise du pouvoir

    Carl Schmitt, figure tutélaire du décisionnisme, affirme que « est souverain celui qui décide de l’état d’exception. »

    La politique, selon ses postulats, ne peut être réduite à une simple application de normes juridiques (la doctrine conclaviste est un anti-normativisme !), car dans toute situation critique, c’est la capacité de décision qui prévaut sur les règles préexistantes – parfois voire souvent désuètes et fossilisées.
    Ce principe trouve des échos aussi bien dans les mouvements révolutionnaires (et conservatrices !) que dans certaines entreprises de restauration du pouvoir, lorsque ce dernier est perçu, notamment objectivement, comme ayant sombré dans l’impuissance.

    Dans un tel cadre, le fascisme et le conclavisme s’inscrivent dans une logique similaire : en situation de vacance du pouvoir légitime, l’action directe et souvent brutale devient un impératif.
    Le chef fasciste, tout comme le « conclaviste » assumé, ne considère pas l’absence de cadre légal comme un obstacle insurmontable, mais plutôt comme une opportunité de légitimer son intervention.

    II. Fascisme : l’ordre restauré par la force

    Le fascisme se définit comme l’exaltation de l’État et du Chef comme incarnations de la volonté nationale. Dans cette vision, ne s’interdisant pas l’action brute, lorsque l’ordre établi faillit, il appartient à un homme providentiel ou à une organisation résolue d’intervenir pour imposer un nouvel équilibre.
    Mussolini et ses chemises noires marchant sur Rome en 1922 en sont l’archétype, de même que l’ascension d’Hitler dans une Allemagne de Weimar en crise.
    Ainsi, tout pouvoir vient de Dieu, et entre la fomentation et le putsch, celui qui réussi, devient « l’homme providentiel », mais n’était pas déjà revêtu de l’autorité.

    Cependant, une fois au pouvoir, le fascisme cesse d’être purement décisionniste pour s’institutionnaliser. Il élabore un cadre juridique propre et cherche à structurer une société nouvelle autour d’une doctrine, donnant, en partie, une nouvelle « norme ». Ainsi, bien qu’il naisse du refus de l’ordre établi et de la nécessité d’une rupture, il se mue en un système normatif visant la perpétuation d’un ordre restauré.

    III. Conclavisme : la restauration d’une légitimité divine

    Le conclavisme, quant à lui, naît de la conviction que l’Église, à travers le concile Vatican II et ses suites, n’est plus entre les murs du Vatican moderniste, analysant le Siège de Pierre vacant. Face à cette crise inédite, certains catholiques de constat sédévacantiste ont cherché à élire un « véritable Pape » en dehors des structures « officielles », arguant que la continuité apostolique devait être rétablie par un acte extraordinaire, notamment de la part des évêques restés fidèles à la Foi catholique.
    Toutefois, en sachant qu’une loi positive saute de fait, la situation n’est pas si « extraordinaire » que cela, même si la situation d’urgence (qui peut certes provoquer des réactions passionnelles) est nette…

    Ce mouvement « décisionniste théologique » ne vise pas une révolution au sens profane, mais bien un retour à l’ordre légitime.
    Sainte Catherine de Sienne exhortant le Pape d’Avignon à regagner Rome, l’Empereur Sigismond organisant le Concile de Constance pour mettre fin au Grand Schisme d’Occident, ou encore Constantin convoquant Nicée pour clarifier la doctrine, sont autant de précédents qui peuvent inspirés lesdits conclavistes.

    Leur « décisionnisme » repose sur une volonté de (re)fondation, mais aussi sur l’idée que l’action d’urgence est nécessaire pour maintenir la fidélité à l’institution divine.
    Contrairement aux révolutionnaires qui brisent l’ancien monde pour en ériger un nouveau, ils entendent sauver ce qui demeure encore saint, quitte à recourir à des moyens en apparence extrêmes.

    IV. Parallèles & divergences : une comparaison structurée

    Points communs :

    1. Rejet de l’autorité déchue : Fascistes et conclavistes partagent la conviction que l’autorité en place a trahi son essence et ne peut plus prétendre à la légitimité.
    2. Crise comme moteur d’action : Ils émergent tous deux en temps de crise — politique et sociale pour les uns, spirituelle et doctrinale pour les autres.
    3. Une solution jugée « extraordinaire » : Dans leur logique décisionniste, le recours à l’exception devient non seulement légitime, mais nécessaire pour restaurer l’Ordre perdu, ou du moins le rendre à nouveau pleinement « visible ».

    Différences fondamentales :

    • Nature de la violence : Si le fascisme assume la violence physique et politique comme levier du pouvoir, le conclavisme ne se manifeste que dans une « violence » à l’écrit ou à l’oral, dans un ordre théologique et canonique.
    • Finalité de l’action : Le fascisme cherche à refonder une société nouvelle sur des bases idéologiques propres, bien qu’attachés à des principes préexistants comme l’Ordre naturel de la Création, tandis que le conclavisme entend rétablir un ordre complétement préexistant, en le purgeant d’éléments extérieurs illégitimes.
    • Fondements philosophiques : Le fascisme s’inscrit dans un volontarisme politique et une exaltation de la force, tandis que le conclavisme repose sur une théologie de la légitimité divine et une fidélité aux normes ecclésiastiques authentiques.

    Légitimité & validité : un enjeu fondamental

    La distinction entre légitimité et validité est essentielle. Un pouvoir peut être valide (c’est-à-dire reconnu comme exerçant une autorité effective) sans être légitime aux yeux de certains. Le conclavisme opère précisément sur cette fracture, en rejetant la validité des papes post-Vatican II sous prétexte qu’ils ne peuvent être légitimes.

    Le fascisme, lui, se situe davantage dans une dialectique du fait accompli : une fois le pouvoir conquis, il devient valide de par sa propre existence et impose une nouvelle légitimité ex nihilo.

    Σ

    Conclusion : rupture & restauration, une tension paradoxale

    Si le fascisme et le conclavisme partagent une même critique de l’impuissance et une volonté d’agir en temps de crise, leur finalité les distingue fondamentalement. Là où le fascisme vise la fondation d’un ordre nouveau, mais traditionnel, en rejetant l’ancien, le conclavisme, quant à lui, cherche à « ressusciter » un ordre divin en apparence « altéré ».

    Leur point de convergence demeure toutefois cette certitude que le pouvoir ne saurait rester vacant sans conséquences (État comme Église), et que la seule réponse face à l’effondrement est l’action résolue d’un homme ou d’un groupe, de laïcs ou de religieux, assumant une mission « providentielle ».

    En somme, le côté « irruption dans l’histoire et homme providentiel » est commun, et, tous deux, proclament que « le ciel appartient à ceux qui se font violence. »

    Évangile de saint Matthieu 11:12 dans la traduction de l’Abbé Crampon :

    « Depuis les jours de Jean-Baptiste jusqu’à présent, le royaume des cieux est emporté avec violence, et ce sont les violents qui s’en emparent. »

    P.-S. Il faut user cependant de prudence sur les termes, car les inventeurs de ces mots, fascisme et conclavisme, ont été leurs contempteurs : les communistes (presse rouge contre les Faisceaux) pour les uns, et, entre autres, Mgr Guérard des Laurriers (guérardisme) pour les autres.

    #EnDirectDeLaCavePourUnConclaveAvecMgrAdolf!

    https://integralisme-organique.com/2024/01/du-decisionnisme-et-du-normativisme-tradition-fascisme-et-conclavisme/

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    https://integralisme-organique.com/2025/01/de-lamor-fati-au-bunker-de-tonton-romantisme/

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