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Publié le par Florian Rouanet
Nous transmettons le propos d’importance d’un camarade – souhaitant rester anonyme -, relevant d’une dialectique forte et juste entre le « principe supérieur » et « l’ordre concret ».
Celui-ci a raison d’écrire que l’on ne peut faire totalement abstraction du « conformisme » et être totalement décisionniste, autrement il n’y aurait pas de socle moral et de vie collective possible à l’échelle d’une société. Il faut toujours une certaine dose de « conformisme » afin d’éviter les cas sociaux et d’empêcher la survie d’une groupe national. Derrière tout concept politique d’ailleurs, il y a toujours une « théologie politique », donc du « religieux » quel qu’il soit.
Nous pourrions jumeler cette réflexion avec la « violence nécessaire », « résolutive », « chirurgicale » que traite Jacques Ploncard d’Assac dans Doctrines du nationalisme, section Benito Mussolini, ou encore avec le propos de Joseph Merel à propos du principe de renouvellement d’un régime lorsqu’il vante le fascisme plutôt que la Monarchie – et inversement, selon la stabilité et les circonstances d’un pays donné !

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Histoire
Le fascisme peut être décisionniste comme il peut être normativiste (pour en savoir plus sur les concepts de décisionnisme/normativisme, issus du juriste catholique allemand Carl Schmitt, je renvoie à « Ego Non : Décision et souveraineté (Carl Schmitt) ».
En effet, il y avait un Grand Conseil du fascisme qui a fait abandonner les charges du gouvernement à Mussolini au profit du Roi, Mussolini n’incarnant plus, pour le Conseil d’Italie, ou l’ordre concret.
Aussi, le régime hitlérien était à maints égards polycratique, i. e. où les différents organes de pouvoir (le gouvernement, le parti, la SS, la SA (avant le 30 juin 1934), l’armée et les groupes industriels) interprétaient de façon opposée et traduisaient en normes parfois contradictoires les décisions du Führer. La décision du Führer dépendait de l’entremise de ces organes de pouvoir, qui ou bien se substituaient au Führer et décidaient en son nom ou bien s’en référaient aux normes déjà existantes, d’où une certaine anarchie présente dans ce régime (cf. Béhémoth de Franz Neumann sur la structure du régime nazi).
Philosophie politique
Du reste, un régime sain, « d’ordre concret », comme dirait Schmitt, doit reposer sur des institutions où il y a place pour les deux modes de fonctionnement, à savoir l’application des normes déjà établies et la décision dans le cadre des exceptions qui dépendent – les normes et les décisions – de l’ordre concret qui doit être sauvegardé (1).
Il n’y a pas, en dehors des théories, des régimes purement décisionnistes ou normativistes.
Les décisions sortant des normes sont « légales » si elles sont « légitimes », c’est-à-dire trouvent leur fondement non pas dans une règle formelle et extérieure, mais dans un principe supérieur de l’ordre concret. (encore note 1)
Ecclésiologie et situation actuelle de l’Eglise
Le lefebvrisme est une application du décisionnisme, mais à l’échelon d’un évêque, pas à l’échelon de l’Église.
Mgr Lefebvre, pour le lefebvriste, « incarne la Tradition ». Mais, la « Tradition », pour eux, voire un bon nombre de sédévacantistes, ce sont les Sacrements de la Foi et la Foi (la Doctrine catholique), pas l’Église proprement dite.
Ledit « conclavisme » voit le principe supérieur de l’ordre concret dans l’ecclésiologie (une partie de la théologie qui étudie la nature et le fonctionnement de l’Eglise, ecclesia en latin, d’où ecclésiologie, ou ek-kaleos, en grec ; « appeler au dehors »), dans ce qu’est et doit être l’Église.
Le lefebvrisme, lui, voit ce principe supérieur, qui détermine la décision, dans la « Tradition ». Ce dernier a donc une vision désincarnée de l’Église, probablement influencée par la confusion qui régnait dans les années 1960-1970, et aussi par une conception ecclésiale, qui mine la structure réelle de l’Église au profit de son idéalisation. Mais cette tendance, on la retrouve aussi bien souvent dans le sédévacantisme « acéphale ».
Sources
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(1) Deux citations importantes qui pourraient éclairer mon propos, concrètement, sur le rapport avec l’Église et sa situation exceptionnelle, justifiant parfaitement la licéité de la tenue d’un Concile Général Imparfait (CGI) :
a) « Un Concile (…) agissant indépendamment du vicaire du Christ est impensable dans la constitution de l’Église. (…) De telles assemblées n’ont eu lieu qu’en période de grands troubles constitutionnels, quand il n’y avait pas de pape ou que le pape légitime ne se distinguait pas des anti-papes. En ces temps anormaux, la sécurité de l’Église devient la loi suprême, et le premier devoir du troupeau est de trouver un nouveau berger, sous la direction duquel les maux existants peuvent être corrigés. » – Cf. Catholic Encyclopedia, Volume IV, Councils ; Rev. J. Wilhem.
b) S. Robert Bellarmin : « (…) « Mais le concile de Constance n’a-t-il pas formellement proclamé « que le concile général a, du Christ, une autorité immédiate, à laquelle tous sont tenus d’obéir, même ceux qui sont revêtus de la dignité pontificale ». A cette difficulté des Gallicans, S. R. Bellarmin donne notamment cette réponse :
« Le concile de Constance n’a pas défini absolument que le concile avait du Christ l’autorité sur le pape ; mais seulement dans le cas où l’on se trouvait [exception], c’est-à-dire dans le cas de schisme, alors qu’on ne sait pas quel est le vrai pape. En effet, un pape douteux n’est pas regardé comme vrai pape ; et avoir sur lui l’autorité n’est pas avoir l’autorité sur le pape. » – Cf. Rév. P. de La Servière, SJ, La théologie de Bellarmin, Nihil Obstat et Imprimatur 1907, p. 168 « L’Église réunie en concile », éditions sainte Agnès.

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