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Publié le par Florian Rouanet
Ces échanges épistolaires font suite aux articles schmittiens rédigés dans nos colonnes, à propos du Nomos de la terre, puis des débats philosophiques autour des questions engendrées par cette conception.
Ici, nous complétons en intégrant les concepts d’Alexandre Kojève pour ainsi mieux saisir leurs correspondances régulières, ainsi de ce qu’incarne le Tribunal de Nuremberg dans le monde post-1945, inspiré des principes dits universalistes de 1789, dénoncé avec brio par Maurice Bardèche.
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Juridique et politique, un changement de paradigme :
Carl Schmitt développe la notion d’ennemi via l’aspect juridique, ce qui expose partiellement les règles de la guerre. En effet, cette distinction permet d’établir, sur le plan juridique, le respect du droit et de la réciprocité entre les deux protagonistes (la politique devant rester au dessus du juridique). L’ancien droit européen conservait ce respect, ce qui n’est plus le cas avec les puissances modernes qui, accompagnées par les doits internationaux, désignent des agresseurs et des agressés. Le droit international est détourné par le droit pénal et criminel, indiquant une prise de supériorité du juridique sur le politique.
Ainsi Carl Schmitt va démontrer cette affirmation par l’exemple du traité de Versailles prévoyant des poursuites contre l’empereur Guillaume II, rendant de ce fait la guerre illégale, et obligeant l’agresseur désigné à payer des réparations, d’une part, et lui retirer l’égalité juridique d’autre part ; sans oublier le fait d’y ajouter la culpabilité sur l’ensemble des citoyens ce cette nation.
Ce droit international devant annoncer un état universel basé sur un retour à la morale primitive/hébraïque (Ni pardon, ni oubli ; œil pour œil dent pour dent, etc.).Démocratie et dictature chez Carl Schmitt:
Pour Schmitt, la dictature n’est pas une arcade étrangère à la démocratie, elle est le secret des démocraties libérales. C’est en effet un point qui avait été développé auparavant (texte 1) là où il reprochait au libéralisme son aspect destructeur de peuples et d’états (à la suite de Tocqueville !). Si la démocratie laisse libre cours au marché et à la concurrence, le problème, c’est aussi son impossibilité d’être représentative et directe : ce qui en fait un mensonge constant, car son concept demeure uniquement idéal (représentation directe).
Ainsi, il considère que seul les régimes dictatoriaux ou autoritaires sont basés sur une logique fusionnelle qui est à même de conserver la souveraineté des états.
En suivant la logique de Schmitt, le système démocratique des états est incriminé en tant que responsable de leur destruction interne et annonçant leur soumission à un Etat unique et mondial (dictature absolue, voire tyrannie, puisque sans opposants). Ce qui fait penser aux descriptions de Georges Orwell dans 1984 et la fameuse phrase « la guerre c’est la paix », la pacification interne est une domination coercitive.Kojève & Scmitt:
Alexandre Kojève et Car Schmitt entretiennent une correspondance de 1955 à 1960. Kojève est à l’époque, secrétaire de l’Organisation européenne de coopération économique (OECE), il est connu pour avoir donné des cours sur Hegel à l’école pratique des hautes études dans les années 1930 à Paris. Le recueil de ces séances ont été publié sous le titre Introduction à la lecture de Hegel.
Kojève est connu pour avoir introduit la notion de « fin de l’histoire » accessoirement collé à celui de « citoyen de l’état universel ». Le rapprochement de Kojève et Schmitt vient de leur constat réciproque de la mise en retrait du politique par le juridique.
Le droit s’est lui aussi actualisé, façonné et uni par les oppositions qui le font se contredire, le droit historique n’est donc jamais complètement synthétique ou conforme avec la fin du droit, c’est à dire le système final, l’état universel, etc.
Le droit existe dans une société donnée, et s’il en sort, il tente de s’humaniser avec les autres sociétés, comme les traités d’extradition en sont des exemples. L’harmonie complète ne peut aboutir qu’à un droit unique dans une société de sociétés intégrées à elle. Car le doit unique n’a de sens qu’en tant qu’intégration de tous les droits particuliers, une telle société ne saurait être autre chose que l’état universel. Dans une lettre de 1955, Kojève explique que cette tentative à déjà été opéré par Napoléon 1er. L’empereur voulait abolir l’état au profit de la société, grâce à la guerre totale, conduisant sûrement à un état total aboli, car porté à son accomplissement : s’achevant dans les deux sens du termes comme la chrysalide donne le papillon (ainsi, le saut qualitatif de Hegel, ce qui est accompli totalement, s’abolit) :Lettre du 01/08/55 de Kojève :
« Pour moi, il va de soi que les révolutions sont devenues tout aussi impossibles que les guerres, les unes et les autres présupposent des Etats, mais des états, il n’y en a plus…, Le droit international européen cherche aussi à établir une paix perpétuelle par l’institution de règles vouées à protéger la souveraineté nationale et à maintenir en place un monde constitué d’états territoriaux. Or une telle vision s’oppose frontalement à la propension des Etats Unis à s’autoriser le cas échéant, une « guerre totale » au nom des idéaux posés comme universels tels « les doits de l’homme » ou la « démocratie »
Carl Schmitt- Chant du vieux Mosellan :
L’humanité est maintenant intégrée
La Moselle est canalisée
Le sacrement reste détourné
Au laïc le calice demeure soustrait
Caché demeure le bon Dieu
Le monde entier devient melting pot
L’autoritarisme devient global
Au laïc on offre du véronalVoilà, la forme n’est pas terrible, mais c’est une petite synthèse complétant mon premier envoie.
Force à vous !

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