• Le conclave, livre de 1894 par Mgr Joseph Guthlin



    Origine, histoire, organisation, législation ancienne, moderne

  • Le conclave, origine, histoire, organisation, législation ancienne et moderne, édition Lethielleux, 1894, XII-784 pages, de Mgr (prélat, non évêque, il s’agissait d’un titre honorifique) Joseph Guthlin (publié initialement sous le pseudonyme de Lucius Lector).

    L’auteur a été professeur d’apologétique au Grand séminaire de Strasbourg, chanoine honoraire de la cathédrale de Strasbourg, docteur en droit canon, canoniste, clerc national, camérier du pape, conseiller du pape pour les questions d’Orient, prélat domestique de la Maison de Sa sainteté le pape Léon XIII, prélat référendaire de la signature papale, recteur de l’église Saint-Nicolas-des-Lorrains de Rome, supérieur de l’église St-Louis-des-Français de Rome, chevalier de la légion d’honneur.

    Un tel livre est mentionné comme tombé dans l’oubli, en ligne, et pour cause ! Tout ce que le milieu tradi’, le Tradistan, ne veut pas voir, et souvent, sédévacantistes compris.

    Nous allons vous livrer des passages qui renforce la nécessité et la licéité de la tenue d’un Concile général imparfait (réunion d’évêques, in solidum, en l’absence d’un Pape légitime, afin d’en élire un).

    Bien sûr, demeurons prudents et ne nous laissant pas aller à corps perdu dans une élection hâtive, exécuté entre laïcs ou sans « médiatisation » minimale. Toutefois, la possibilité, voir la nécessité d’élire une tête Visible, est bien réelle et il faut le vouloir en théorie, bien que la pratique soit compliquée de nos jours.

    L’église conciliaire n’existe pas à titre surnaturel, elle ne peut priver la « vraie » Église -, qui ne peut-être qu’une, vraie, pleine et entière – de sa nature et des moyens de sa subsistance.

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    Hildebrand de Soana, futur pape Grégoire VII, qui fut d’abord le conseiller et le théologien des papes Nicolas II et saint Léon IX, a dit quelque chose par rapport à la romanité et à l’élection du pape qui est particulièrement important pour notre époque, par rapport à la situation actuelle de l’Église. C’est lui qui a conseillé au pape Nicolas II de restreindre la composition du corps électoral [électeurs du pape]. C’est aussi lui qui a tout fait pour rendre l’élection papale indépendante (car il y avait des influences en tous genres, voire des excès et graves abus) et la soustraire aux violences des factions romaines et aux turbulences des passions locales.

    Et donc, avec Nicolas II, écoutant Hildebrand :

    « seuls les cardinaux-évêques peuvent décider de l’élection du pape.
    Mais pour ne pas briser brusquement avec la tradition séculaire, les autres cardinaux non évêques seront appelés à donner ensuite leur « adhésion » et, enfin, le clergé inférieur et le peuple, leur « consentement » » [se dessine donc, vers la moitié-fin du 11è siècle, en quelque sorte, et d’une manière éloignée, mais déjà articulée, la doctrine de l’acceptation pacifique et universelle – il semblerait]
    « Ces deux derniers facteurs (clergé inférieur et peuple) n’étaient guère plus convoqués que pour la forme : ils pouvaient à la rigueur refuser adhésion et consentement, et en ce cas, les cardinaux-évêques auraient pu, tout au plus, être amenés à recommencer une élection dont ils avaient seuls l’initiative et la responsabilité : Praeduces sint in promovenda Pontificis electione, reliqui autem sequaces. Ce qui veut dire : Que les cardinaux-évêques soient des premiers (chronologiquement et hiérarchiquement) dans la promotion de l’élection du Pape, et les autres (cardinaux non évêques, puis clergé, puis peuple) suiveurs. »

    Aparté :

    Même si ce processus entend, se veut être le plus sécuritaire et sûr possibles, selon la volonté d’Hildebrand, il n’est en rien faillible, car ce sont toujours des hommes qui disposent la « matière » ; et on voit bien vers quels abus et excès graves possibles on a pu aller, plusieurs siècles plus tard (cf. le conclave du 26 octobre 1958 et celui du 28 cotobre 1958… : lors du conclave du 26 octobre 1958, et normalement son contenu est secret défense, l’un des traducteurs officiels, qui était polyglotte, le jésuite Malachi Martin – à noter qu’il a terminé sa vie vraisemblablement pénitent, faisant le constat de la vacance du Saint-Siège et s’étant rapproché des « conclavistes » ; je sais que feu Mgr Dolan, entre autres, le considérait comme un « infiltré »… : je n’ai pas d’avis -, a rapporté que le cardinal Siri, l’élu du conclave, aurait été menacé de graves représailles sur sa famille notamment, par toute une faction de cardinaux… : de fait, le 26 octobre 1958, la fumée blanche a été aperçue par tout le monde place saint Pierre, et ce, pendant 5 minutes, et cela a été rapportée par la presse de l’époque… mais personne ne sera officiellement élu ce jour-là et deux jours plus tard ce sera le cardinal Roncalli qui sera élu, « Jean XXIII »…

    « Pour bien marquer ce droit prépondérant, Nicolas II prévoit le cas de circonstances anormales :
    « Si par suite de troubles ou de périls, l’élection ne peut se faire à Rome, les cardinaux-évêques pourront y procéder en tout autre lieu qu’ils jugeront convenable, en s’associant quelques clercs et laïques, quoique en petit nombre »
     (Bulle In Nomine Domini du 13 avril 1059).
    « Ce principe de l’élection à faire EN DEHORS de Rome, au gré des seuls cardinaux-évêques, constitue la grande innovation.
    La participation du clergé et du peuple ne subsiste plus que comme un vestige cérémoniel des usages anciens.
    Au besoin, donc, le pape peut être élu en dehors de toutes les influences locales et populaires. Dans les circonstances normales, les formes traditionnelles du passé demeurent encore respectées, mais elles ne sont plus une entrave parce qu’elles cessent d’être une condition essentielle.
    « Et cette signification de la Constitution {ou Bulle} de Nicolas II fut parfaitement comprise par les contemporains. St. Pierre Damien, l’un des inspirateurs du texte, écrit au successeur de Nicolas II, Alexandre II, « Episcoporum Cardinalium fieri debere principale judicium ; secundo loco jure praebeat clerus assensum ; tertio popularis favor attollat applausum, sicque suspendendam esse causam usque dum regiae celsitudinis consulatur auctoritas, nisi periculum fortassis immineat, quod rem quantocius accelerare compellat ». Lettre 20, livre 1.
    Ce qui veut dire : Le(s) suffrage(s) doit principalement être rendu par les cardinaux-évêques ; en second lieu, que le clergé donne son assentiment ; troisièmement, la faveur populaire soulève les applaudissements, de sorte que l’affaire doit être suspendue jusqu’à ce que l’autorité de l’altesse royale soit consultée, à moins peut-être que le danger menace, ce qui pousse à hâter l’affaire autant que possible.
    « Au particularisme romain, Hildebrand fait une concession raisonnable. « Si Rome présente des candidats dignes et capables, il conviendra de choisir de préférence le pape parmi eux. Mais si tel n’est pas le cas, qu’on le choisisse dans le personnel de l’Église tout entière. »
    Cette phrase irréprochable et, en apparence, insignifiante, jette au monde chrétien une idée d’une portée immense.
    Pour le génie catholique d’Hildebrand, la papauté est bien attachée au Siège de Rome ; mais elle n’est pas la chose exclusive des Romains.
    L’Église est universelle : la papauté doit refléter cette universalité, et ne pas se confiner dans les limites étroites d’une institution nationale, italienne ou autre. »

    Un élément important à vous transmettre :

    La Bullle Cum tam divino du Pape Jules II, de l’an 1503, paragraphe 8, stipule que :

    « 8° Les cardinaux non complices de l’élection d’un pape fait par simonie, auront le droit d’en élire un autre, et de convoquer un concile général, malgré toutes lois et constitutions contraires. »

    IBID, Lethielleux éditeur, chapitre 3, p. 105.

    « D’autre part – car il faut aussi compter avec les surprises d’un époque tourmentée – le décret de Nicolas II [cf. un message plus haut où j’avais cité un court extrait de la bulle de Nicolas II, lui-même compris dans une citation du livre déjà mentionné de Mgr Guthlin], nous l’avons vu, prévoit le cas où, des troubles venant à éclater à Rome, le collège électoral devra se transporter ailleurs pour assurer la liberté du vote. La décision appartient encore, en ce cas, aux électeurs eux-mêmes et, quelles que soient les conditions restrictives, c’est là un point capital et d’une portée immense introduit dans le droit ecclésiastique. La papauté et son électorat y puiseront une force et une élasticité singulière. »

    Chapitre 9, p. 295.

    On apprend dans tout le livre que plusieurs papes ont été élus en dehors de Rome. Des villes comme Constance, Pérouse, Viterbe, Cluny, Avignon, Arezzo, etc., ont accueilli l’élection d’un ou de plusieurs Pape(s).

    « On apprend dans tout le livre que plusieurs papes ont été élus en dehors de Rome. Des villes comme Constance, Pérouse, Viterbe, Cluny, Avignon, Arezzo, etc., ont accueilli l’élection d’un ou de plusieurs Pape(s). »

    Chapitre 9, pp. 299-300 :

    « Aussi, ne peut-on s’empêcher de sourire quand on voit la presse gouvernementale italienne s’efforcer de faire accroire au monde chrétien qu’une élection pontificale, faite hors de Rome, serait par cela même entachée de nullité, et qu’elle pourrait fournir aux puissances de la triple alliance un motif plausible de se refuser à reconnaître l’élu pour vrai pape, dût un nouveau schisme d’Occident résulter de ce refus… En vérité !… pourquoi ce qui s’est fait pendant quatre cents ans, ne pourrait-il plus se pratiquer aujourd’hui ?… Du milieu du XIè siècle au début du XVème siècle, l’élection pontificale ne s’est accomplie à Rome que très exceptionnellement et les élections pontificales ne pourraient être valides hors de Rome ?… C’est un peu faire fi de l’histoire et du droit. »

    C’est donc plus la faute des hommes que celle de la législation et le Concile de Constance témoigne. 

    « Quoi qu’il en soit, si le lamentable schisme de l’Occident divisé, pendant quarante ans, entre l’obédience de deux papes, ne put être évité, ce fut moins la faute de la législation que celle des hommes. Afin d’y mettre un terme, le concile de Constance, pour une fois seulement et dans ce cas extraordinaire, modifia quelque peu la procédure électorale, en décidant qu’à l’élection du nouveau pontife, qui devait être le romain Martin V, prendraient part tous les cardinaux nommés par les trois papes compétiteurs [l’un était en Avignon, l’autre était à Rome, et le dernier élu était à Pise… chacun prétendait être l’unique pape légitime] ainsi que cinq prélats de chacune des six nations représentées au Concile (1417). » 

    Chapitre 3, pp. 101-102.

    Suite :

    « Le Bienheureux Grégoire X (…) promulgua sa célèbre constitution Ubi periculum, du 7 juillet 1274. – En voici les points principaux : 

    – (…)

    – 3° Il y aura au conclave une fenêtre par laquelle on fera passer aux cardinaux leur nourriture ; mais cette ouverture devra être disposée, de manière que personne ne puisse s’introduire par là dans le conclave. 

    – 4° Si le pape n’était pas élu, dans les trois premiers jours après l’entrée au conclave, pendant les cinq jours suivants, on ne devra servir aux cardinaux qu’un seul plat tant à leur dîner qu’à leur souper. Au bout de ces cinq derniers jours, les cardinaux ne recevront pour toute nourriture, jusqu’à l’élection du pape, que du pain, de l’eau et un peu de vin. 

    (…) 

    – 7° Les cardinaux réunis en conclave ne devront s’occuper d’aucune affaire autre que l’élection, à moins qu’il ne s’agisse de pourvoir à la défense urgente de l’Eglise ou de parer à un péril si évidemment imminent que tous soient d’accord pour arrêter une prompte résolution. 

    (…) 

    – 10° Le pape, menaçant aussi les cardinaux des châtiments et de la vengeance de Dieu, les exhorte à mettre de côté toute affection privée et à oublier tous contrats, obligations, conventions et serments, faits ou consentis à l’avance, en vue d’élire une personne déterminée au pontificat suprême. 

    Finalement, il recommande aux fidèles d’avoir, dès qu’ils auront reçu la nouvelle de la mort du pape, à en célébrer les obsèques et à prier Dieu, tous les jours, d’accorder à son Eglise une élection de pape digne, pacifique et utile. Les prélats locaux devront rappeler ces exhortations, en toute occasion, à leurs ouailles et ajouter à leurs prières des jeûnes dans le même but. (…) La défense de s’occuper d’autre chose que de l’élection, formulant un principe fondamental en droit, sede vacante, nihil innovetur [Pendant la vacance du siège, aucune innovation ne peut être introduite], supprimait une tentation de retard et prévenait tout abus de pouvoir et tout empiètement sur les doits exclusifs de la juridiction pontificale. »

    Ce n’est pas choquant que les cardinaux de chaque obédience ait pris part à l’élection du futur Pape (en l’occurrence donc, Martin V). Chaque obédience professait publiquement la foi catholique. Aujourd’hui, il n’y a plus un seul cardinal en vie qui ait été créé par un Pape légitime. 

    Et de toute façon, le dernier était vraisemblablement le cardinal canadien Paul-Emile Léger (créé cardinal en 1953 par S. S. Pie XII), mort en 1991 (même année que la mort de Mgr Lefebvre) : et, de plus, il semble qu’il avait souscrit à Vatican II…

    S’il n’y a plus rien à attendre ?

    – des faux papes,

    – il n’y a plus rien à attendre non plus des faux cardinaux (non créés par un Pape légitime, et parmi ceux créés par des faux papes, aucun ne professe publiquement la foi catholique, tous adhèrent aux déviances de Vatican II et un récemment est dernière le document de la bénédiction des duo d’invertis), 

    – il n’y a plus rien à attendre non plus des évêques diocésains : quant à l’Ordre (Apostolicité des Ordres), cela vaut rien, quant à la Nomination (ou Apostolicité de juridiction) ça vaut rien (nommés par des faux papes), quant à la Doctrine (Apostolicité de Doctrine), ça vaut rien non plus (Vatican II comme fondement et Vatican II appliqué et défendu)…

    + Le problème des 12 évêques encore en vie et consacrés avant 1968, c’est que: l’Apostolicité des Ordres, ça ils l’ont sans nul doute…

    mais celle de Nomination/Juridiction… ils ont été nommés ou par Jean XXIII (un seul, qui a aujourd’hui 102 ans…, en la personne de Mgr Sahagun de la Parra) ou par Paul VI (ils sont 11, et parmi eux on a un pro-invertis public, y compris pour leur agrégation dans le clergé… dont j’ai déjà parlé, Mgr Gumbleton) : celui par Jean XXIII peut-être, mais par Paul VI ?

    Et, enfin, l’Apostolicité de Doctrine : les 12 sont tous a priori en faveur de Vatican II et des pontifes conciliaires…

    Donc pour eux non plus, il n’y a rien à attendre.

    Alors :

    Ceux qui sont de vrais successeurs des Apôtres (Apostolicité des Ordres + Apostolicité de Nomination/Juridiction + Apostolicité de Doctrine), ce sont les évêques dits traditionalistes/traditionnels. 

    Les citations, de Nicolas II, d’Hildebrand de Soana, citées par Mgr Joseph Guthlin, et toute la citation, du reste, de Mgr Guthlin, sont plus solides et efficientes que ce qu’on entend ici et là dans les rangs traditionalistes, ici résumée en une citation de M. l’abbé Desposito (RCI, Mgr Sanborn) :  « Les seuls électeurs sont le collège des cardinaux, ils possèdent un titre légal pour le faire. » [cardinaux qui sont magiquement désignés par un pape matériel qui n’a pourtant aucune autorité… (sic)].

    P-S. Pour mettre en PLS les trois quart du milieu sédévacantiste, vous leur demandez seulement : qu’est-ce que l’Église fait lorsqu’elle n’a pas de Pape ? CQFD.


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  • 12 commentaires




    […] fait qu’il doit se tenir avec des évêques valides, sujet déjà traité à diverses reprises (Le Conclave, néo-pisanisme, Concile de Constance, Mgr Squetino, Mgr Loya, etc.), celui-ci doit se réaliser […]


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    […] à régler dans ce domaine pareillement : surnaturalisme oblige, notamment au travers d’un Concile général imparfait, réglant le problème de l’autorité dans l’Eglise, d’une manière ou […]


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    […] de Vatican II posant des actes contraire à la foi, que ladite « solution » du CGI/conclave (canoniste Mgr Joseph Guthlin) avait été envisagée elle-même par quelqu’un comme le Révérend Père Joaquin Saenz y […]


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    […] : Concile de Constance (précédent historique), conclavisme dit néo-pisan (sectaire), Lois du conclave (droit canonique), Apôtres du CGI en France, Publicité et universalité nécessaires, […]


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    […] du Tradiland, Règle du conclave par Mgr Joseph Guthlin, précédent historique de Constance, 5 modalités par l’abbé Jaqumin, néo-pisannisme un […]


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    […] cela n’a aucun rapport avec un conclave, ou à fortiori un Concile général imparfait (mode d’élection du Pape en l’absence […]


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    […] Lucius Lector (pseudonyme de Mgr Joseph Guthlin), a rédigé sur “Le conclave” afin de mieux comprendre ses origines, son histoire, son organisation, sa législation et son déroulement (version longue et détaillée, environ 750 à 800 pages). Nous vous avions déjà livré de bons passages dernièrement. […]


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    […] Anti-Palmarisme espagnol, anti-conclavisme sectaire ; Concile générale imparfait par le père Guillaume Hecquard, par le père Lavery ou par Mgrs Roy et Pivarunas ; règles du Conclave par Mgr Guthlin… […]


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    […] Complétions : Anti-“totaliste”, Anti-“solitaires”, Pro-“Conclavisme” […]


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    […] Le conclave, livre de 1894 par Mgr Joseph Guthlin […]


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    […] Le conclave, livre de 1894 par Mgr Joseph Guthlin […]


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    […] Le conclave, livre de 1894 par Mgr Joseph Guthlin […]


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