• Contre Robespierre et sa clique – Du bon usage de la musique (partie 2), Jacynthe



    Ou comment résister avec la musique de l’ennemi et guerroyer fièrement en chantant

  • Dans l’article précédent, j’évoquais les tactiques musicales d’un Robespierre mélomane et semblait suggérer qu’il était plus fin stratège que certains. Voyons donc, à travers ce qu’il est devenu, comment le camp adverse lutta… en musique.

    « C’en est fait ! d’un Tribun farouche,

    Le glaive a puni la fureur :

    La liberté fut dans sa bouche,

    Le despotisme dans son cœur. »

    C’est par le Chant du 9 thermidor, que sont saluées la mort et la défaite de Robespierre en juillet 1794. Un chant révolutionnaire encore, écrit par Théodore Désorgues, sur une musique de Jean-François Lesueur.

    D’ailleurs le premier couplet annonce la couleur :

    « Levons-nous : un Tribun perfide

    De son orgueil foule nos droits;

    Pour subir son joug homicide,

    Avons-nous triomphé des rois ? »

    C’est le couplet des révolutionnaires dit « modérés », remplit des idéaux d’une société dé-mo-cra-tique, et qui écarquillent les yeux de frayeur en voyant la tyrannie exercée par leurs nouveaux maîtres, eux qui pensaient échapper à celle – prétendue – des rois.

    Pendant ce temps, les Français, les vrais, les résistants, les Vendéens, les Blancs, se composaient un répertoire d’attaque, capable de rentrer dans la tête des gens aussi facilement que les Hymnes à la liberté et autres sornettes (sornettes bien écrites néanmoins, le talent était encore valorisé à l’époque). Ce devint une véritable guerre d’hymnes, plus ou moins copiés les uns sur les autres. Les Bleus singeant les hymnes Blancs et les Blancs parodiant les hymnes Bleus. On connaît l’exemple fameux de la Marseillaise des Blancs, qui servit à tromper l’ennemi par sa musique reconnaissable, mais il n’est pas le seul. La musique en elle-même est souvent neutre. Pourvue de paroles, elle est une arme, dans les deux camps.

    Après la débâcle des Montagnards avec Robespierre, les Jacobins se sont empressés également de se faire détester. L’auteur des paroles du Réveil du peuple, Jean-Marie Souriguières de Saint-Marc quoique au départ acquis aux idées révolutionnaires, était néanmoins partisan du roi. Ses paroles furent mises en musique par Pierre Gaveaux et eurent un succès considérable, au point d’être interdit par le Directoire le 14 nivôse de l’an IV (8 janvier 1796). Tout le texte est un petit bijou de lyrique à la française, un peu chargée et grandiloquente – nous ne sommes plus habitués –, mais savoureuse. On croirait voir le portrait de nos dirigeants actuels, et pourtant Robespierre et sa clique ne faisaient pas la promotion du meurtre d’enfants dans le ventre de leurs mères ou du mariage des « personnes de même sexe ».

    «  Peuples Français, peuple de frères,

    Peux-tu voir sans frémir d’horreur,

    Le crime arborer les bannières

    Du carnage et de la terreur ? »

     En revanche, on voit bien qu’ils avaient avec « le peuple » les mêmes soucis qu’à présent :

    « Quelle est cette lenteur barbare ?

    Hâte-toi, peuple souverain,

    De rendre aux monstres du Ténare

    Tous ces buveurs de sang humain !

    Guerre à tous les agents du crime !

    Poursuivons-les jusqu’au trépas ;

    Partage l’horreur qui m’anime !

    Ils ne nous échapperont pas. »

    Cette citation d’actualité pourrait orner une pancarte un tantinet provocatrice dans une prochaine manif.

    La démon-cratie (vous remarquerez l’ajout d’une seule lettre pour un résultat fort jouissif, merci Florian), ne marchait pas non plus à l’époque, pas plus qu’elle ne marche à l’heure actuelle. Néanmoins, quand le peuple va se chercher des chefs, comme il fit en Vendée, l’armée peut s’organiser et combattre. Et défiler au son de leur Marseillaise.

    « Allons armées des catholiques
    Le jour de gloire est arrivé !
    Contre nous de la république
    L’étendard sanglant est levé… »

    Les Vendéens allaient au combat au chant de l’hymne catholique Vexilla Regis, qui n’était ni une parodie, ni un nouveau chant. Ils avaient pour eux toute la tradition catholique de France, et tous les chants de France, tandis que la Révolution n’avait rien, seulement du copié, du contrefait, de l’originalité qui n’en n’était pas puisque ce n’était pas elle qui avait inventé la musique, la polyphonie moderne, la notation musicale, mais les moines cachés dans leurs monastères, et elle en avait honte. Mais elle était travailleuse et elle eu à son service nombre de talents.

    Les chants servent aussi de mémoire, des combattants, des jeunes officiers ont écrit les paroles de plusieurs chants vendéens narrant telle ou telle épopée.

    Le chant doit élever l’homme. Les catholiques le savaient, Robespierre l’avait compris. Maintenant, la Gueuse née de ses cendres et qui n’a plus besoin d’un grand peuple mais d’esclaves, veut enfoncer ceux-ci dans sa fange, promeut une musique fade, répétitive, assommante et abrutissante, qui séduit le public par son nombre de vues YouTube et sa capacité à endormir le cerveau plutôt que par sa réelle beauté.

    Les conclusions sont simples : nous, nous sommes dans la situation des Blancs, des Vendéens. Nous avons pour nous le trésor inestimable de l’histoire, tandis que la République en perpétuel changement est obligée de tout réinventer sans cesse, car ce qu’elle invente vise à effacer le passé chaque jour un peu plus.

    Notre musique doit être semblable à notre esprit : solide, enracinée, moderne aussi sans être laide. En un mot : belle. Les Blancs parodiaient la musique facile des Bleus. Luttons avec leurs armes. La parodie est chose aisée quand la musique est déjà écrite avec d’autres paroles.

    Et tout simplement : chantons.

    Jacynthe B (partie 1).

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    Le Réveil du peuple :

    Paroles des chants cités :

    – https://fr.wikipedia.org/wiki/Chant_du_neuf_thermidor

    – https://fr.wikipedia.org/wiki/Le_R%C3%A9veil_du_peuple_(chant)

    https://fr.wikipedia.org/wiki/La_Marseillaise_des_Blancs


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