• « Art, littérature, technique, mondialisation et être » avec Martin Heidegger



    L’humain ou le transhumain (dossier).

  • Pourtant partisan un temps du régime national-socialiste allemand, notamment pour avoir pressenti et refusé l’idée d’un monde servile par rapport au tout-technique, Heidegger est considéré comme le plus grand philosophe mondial du XXe siècle, et ce, y compris par des Juifs et des gauchistes (comme Luc Ferry), c’est vous dire !

    Il s’agissait par ailleurs du philosophe préféré de mon paternel, je regrette de l’avoir perdu trop jeune aussi pour ça, et de ne pas avoir également le temps dans l’immédiat, pour me plonger dans ses travaux afin de découvrir une pensée complexe sur l’homme et le monde, à la fois philosophique et poétique.

    Après le couplet shoahtique obligatoire et les violons appropriés du début, vous bénéficiez d’une émission culturelle digne (France Culture avec Fabrice Midal et François Caunac).

    Cette émission abordera la manière dont le philosophe ouvre une méditation sur le divin et la poésie d’une ampleur inégalée. (…) Martin Heidegger a écrit des pages lumineuses sur Rimbaud, Van Gogh, Rainer Maria Rilke, et a analysé la situation de l’exposition de l’œuvre d’art à l’ère de l’omnipotence de la technique (prénumérique).

    Une entrée philosophique :

    Les quelques notions de la philosophie de Heidegger sont très jargonneuses, mais il faut seulement connaître ces quatre-là : l’être, l’étant, le néant et l’ontique. L’être c’est simplement la venue en présence de l’objet, c’est le “il y a” qui s’exprime encore mieux en allemand avec “es gibt” (il donne); et l’étant, c’est l’objet. On retrouve cette logique dans son œuvre Le dépassement de la métaphysique (Die Überwindung der Metaphysik).

    Pourquoi Heidegger a tout dit et pourquoi sa pensée est la plus profonde pour comprendre ce qui nous arrive ? C’est parce que seule la technique donne la puissance dans un monde hyper-concurrentiel sans Dieu, et partant sans valeur, où seule l’innovation paie et rapporte. Cette 4e révolution industrielle va s’imposer à nous, quoi que l’on fasse et si nous ne prenons pas le train en marche, nous risquons tous la paupérisation.

    Certes, ce n’est pas en matière religieuse que l’auteur sera le plus pertinent, néanmoins il faut lire et comprendre Heidegger avec ses conférences sur le monde sur la technique notamment.

    Le « mondialisme » n’empêche pas les nationalismes d’exister :

    Certains ont intérêt à ce que la mondialisation, qui n’est qu’un phénomène naturel, devienne la loi du monde et dans tous les domaines. Notamment culturel, afin de parvenir à effacer les identités charnelles :  tel est le globalisme.

    Cependant l’exemple du Japon invalide complètement toutes ces théories de « mondialisme » destructeur. Tout est dans les peuples. On passe de la mondialisation au mondialisme quand on est dégénéré et c’est ici qu’on accuse les autres de nous priver d’identité, alors que c’est une question personnelle et que personne ne nous oblige à abdiquer l’histoire de nos pères. Il ne tient pourtant qu’à chacun de vivre fidèlement à la nation de ses pères et de perpétuer au mieux l’héritage immatériel qu’il a reçu. Il est donc possible d’être un peuple très moderne comme les Japonais, s’insérer dans les flux mondiaux, tout en restant très traditionnels et pas spécialement xénophiles.

    Nonobstant, quand il n’y plus d’histoire, de pères, de race  et de culture, on dit que les autres veulent nous l’enlever. Heidegger a bien expliqué toutes ces questions et bien plus rationnellement que tous ces ploucs, fats et demi-incultes insupportables des plateaux télé (attentat cosmique).

    L’époque du numérique s’impose à tous :

    La situation de l’Afrique, berceau de l’humanité, est due simplement au fait que ses habitants ont eu beaucoup de mal à s’acclimater à ces nouveaux modes de production qui donnent la puissance et quand ils les adoptèrent, la constance, la rigueur, l’assiduité leur firent cruellement défaut. Un témoignage extrêmement précieux pour notre étude: Cavalli-Sforza, nous rapporte aussi leur commerce sporadique avec les agriculteurs. L’Afrique subsaharienne a certes une économie rudimentaire, mais elle n’est plus paléolithique depuis longtemps, les Pygmées sont en contact avec les agriculteurs africains depuis au moins 2000 ans, ils utilisent certains objets en fer à l’inverse par exemple des aborigènes australiens, qui à l’époque de la découverte de l’Australie au XVIIIe siècle, utilisaient encore – et continuent en partie à utiliser – des outils en pierre semblables à ceux du paléolithique. Son économie est majoritairement agricole et c’est ici que nous allons nous aviser qu’il y a des stades d’évolution et de civilisation supérieures, auxquels personne ne peut résister, sous peine de péricliter, de mourir.

    D’après Cavalli-Sforza, 70 % des Esquimaux actuels auraient essayé, à un moment ou à un autre de leur existence, de vivre de ce genre d’expédient, ce qui est très éloquent et témoigne combien les activités bobos et inutiles – mais rémunératrices – de hippies blancs peuvent exercer une attirance délétère et funeste sur ces populations archaïques, mais tout de même honorables et dignes, ne connaissant pas le mensonge, l’entregent, la cautèle. Le monde de la technique s’impose à nous et nous allons vers lui, quoi que l’on fasse. On peut ne pas aimer les téléphones portables, mais qui n’en a pas aujourd’hui ? On peut leur trouver maints défauts, sans compter les phénomènes de servitude et d’assuétude pouvant survenir, mais il faut bien avouer qu’ils nous facilitent bien la vie en nous permettant de communiquer plus facilement avec nos proches. Le développement est trop pratique pour être combattu frontalement et totalement. Une vie d’artiste et de travailleur, mais confortable à l’ « occidental », bien qu’infiniment plus chronophage et pénible, finira donc toujours par prévaloir pour le plus grand nombre d’individus sur une vie de chasseur-cueilleur. Et cela est vrai, même si ce n’est pas la technique qui nous rendra plus heureux.

    C’est peu ou prou la thèse de Heidegger dans La question de la technique et dans le Dépassement de la métaphysique, deux conférences très intéressantes et très bien traduites, que je vous invite à lire, dans un recueil de plusieurs textes du maître de Todnauberg intitulé Essais et conférences chez Gallimard dans la collection Tel quel. Le philosophe allemand explique très bien le processus de mondialisation à l’œuvre dans le monde depuis la Révolution scientifique du XVIIe siècle et la Révolution industrielle à la fin du XVIIIe siècle. Il démontre que la mondialisation est la mise en place d’un monde hyper-concurrentiel animé de part en part par la volonté de puissance définie par Nietzsche, c.à.d une volonté indifférente à son but, mais qui se nourrit de sa propre intensité. C’est partant uniquement la puissance qui prévaut et l’activité qui la donne, indépendamment de la morale poursuivie. Il est par exemple constant qu’une économie de production, quelle qu’elle soit, est supérieure en terme de puissance à une économie de prédation de chasseurs-cueilleurs beaucoup plus humble et moins ambitieuse, quant aux biens produits.

    Quant aux réseaux sociaux, on est obligé d’y être un peu malgré tout, cela s’impose à nous quoi que nous fassions et on est obligé de l’accepter un peu sous peine de disparaître à cause de la concurrence. Un parti politique qui n’est pas sur les réseaux sociaux aujourd’hui est un cadavre inanimé. Et au sujet des économies de production, les économies industrielles sont bien supérieures aux économies uniquement agricoles. La révolution industrielle a donné à la Grande-Bretagne la première place dans le monde au XIXe siècle. Le plan du juif Morgenthau après la Seconde Guerre mondiale consistait à transformer l’Allemagne, alors première puissance industrielle du monde, en pays agricole afin de conjurer définitivement toute renaissance allemande. Une Allemagne NS uniquement agricole eût été en effet d’une parfaite innocuité, car aucun État ne peut refuser les avantages comparatifs, en terme de puissance, que peut donner la technique. Le monde de la technique décrit par Heidegger est ici.

    Parachèvement :

    Pour toutes ces raisons, et avec le danger transhumaniste devant nous, affligeons-nous profondément de la défaite allemande de 1945. Rien ne va empêcher désormais, dans un monde libéral où la technique asservit le politique (et Dieu sait que dans le fascisme, c’est l’inverse), la technique de se déployer, car elle seule donne la puissance, le pouvoir, l’argent et tous ses avantages en nature : maille, flambe, pouffe, etc.

    Merci à notre ami David Veysseyre derechef, pour l’intérêt de nos échanges épistolaires et ses rappels de bon aloi.

    Martin Heidegger, né le 26 septembre 1889 à Meßkirch et mort le 26 mai 1976 à Fribourg-en-Brisgau, est un philosophe allemand.

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