• Les grands écrivains de « l’entre-deux temps » de la Gaule romanisée (Littérature latine) !



    Les oeuvres médiolatines, entre Antiquité tardive et Moyen Âge

  • Les spécialistes de la littérature latine et chrétienne traitant de l’Antiquité tardive et du Moyen Age aiment distinguer la courte transition qui marque les deux périodes, celle-ci apparaît comme étant plus supranationale du fait de l’unité linguistique d’une langue latine ayant légèrement évolué. Ces auteurs de l’entre-deux-temps semblent tenir du monde antique tout en préparant l’ère médiévale.

    Dans tous les territoires latinisés d’Europe de l’Ouest, on observe la naissance d’une littérature qui semble être unifiée entre les Ibères, les Gaulois et les « Italiens ». Cela prendra fin avec la naissance des royaumes divers et des langues dites néo-latines.

    L’actuel territoire espagnol aura donné pas mal d’hommes à Rome : des empereurs avec Trajan, Hadrien et Théodose ; des auteurs païens avec Quinillien et les deux Sénèque ; et des auteurs chrétiens avec Juvencus, Prudence, saint Martin de Braga et saint Isidore de Séville (excellant dans le domaine de la culture classique comme en théologie ; évêque de littérature « médiolatine » également), mais ici il sera plutôt question de nos anciens compatriotes :

    « Si l’Histoire se moque des dates, l’historien, par vocation et par nécessité, à moins d’humour. (…)

    Il est sans doute plus difficile d’indiquer la ligne de partage entre la littérature de l’Antiquité tardive et celle du Moyen Âge. (…) Il n’est pas rare qu’une œuvre soit en avance, ou au contraire, en retard sur l’esprit ou l’esthétique de son temps, qu’elle se situe dans le prolongement d’une tradition différée ou qu’elle annonce les tendances novatrices des générations suivantes. »

    Entre le champ de la patristique latine finissante et celui de la littérature médiolatine naissante existe un « espace » revendiqué volontiers par les spécialistes de l’une et l’autre discipline, correspondant approximativement au VIe siècle. (…) Cette littérature par son unité linguistique et culturelle, nous apparaît souvent encore comme plus « supranationale » que « ‘nationale ». 

    Les écrivains de la Gaule romanisée (Littérature latine, en pages 458-463) :

    « On a évoqué les noms de Salvien, de Sidoine Apollinaire, de Claudien Mamert (mort env. 474), de Faustus de Riez (mort env. 495), d’Avit de Vienne. Cette vie intellectuelle a pu se maintenir grâce aux écoles que les rois barbares, indifférents à la culture classique, ont laissés végéter. Le contraste entre le sud et le nord du pays subsistera du reste après que Clovis aura conquis et unifié la Gaule, dans la première moitié du VIe siècle. Les Francs s’efforcent de renouer avec la tradition culturelle classique, mais c’est en Aquitaine, en Provence et en Burgondie que se maintient surtout la « romanité » — un terme forgé par Tertullien. » [C’est ce qui fera naître accidentellement « deux pays » en Gaule/France, se délimitant entre la langue d’Oïl et la langue d’Oc].

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    1. Césaire d’Arles 470-542 [Un saint évêque gallo-romain honoré le 26 août dans l’Église catholique] :

    Son influence s’exerça sur la Gaule méridionale et l’Espagne. Il sut à la fois protéger son peuple contre les exactions des Barbares et enseigner par des sermons simples et vivants (inspirés par la théologie de saint Augustin). Il naquit en territoire burgonde et fut accueilli par l’évêque saint Sylvestre lors du commencement de sa  « prêtrise ». Il est le premier évêque à recevoir le pallum du Pape Symmaque à Rome. Après l’annexion de la Provence par les Francs en 536, les relations entre l’archevêque et la royauté chrétienne deviennent très chaleureuses. Ainsi, en 540, il y eu un acte de donation de Childebert Ier.

    « Césaire caractérise assez bien, par sa vie et par son œuvre, la vie spirituelle dans la Gaule méridionale du VIe siècle. » « Des ennuis de santé le contraignent à renoncer à la vie monastique et il rejoint le clergé d’Arles (499) ; il y est diacre, prêtre, puis se voit  chargé de reformer un monastère dans l’actuel quartier de Trinqueraille par l’évêque Eone, auquel il succède en 503. Il eut alors l’occasion de convoquer ou de présider plusieurs conciles. Durant les trente-neuf années de l’épiscopat de Césaire (503-542), Arles connut trois régimes : visigoth, sous Alaric II (…) ostrogot, sous Théodoric et ses successeurs (508-536) ; franc enfin, lorsque les fils de Clovis chassèrent les Ostrogots de Provence. »

    « Césaire fut a deux reprises, sous les ariens Alaric II et Théodoric (en 505 et 513), soupçonné de trahison envers le pouvoir temporel et dut se justifier. Mais le danger doctrinal est plus sournois : Césaire est obligé de revenir fréquemment, dans ses Sermons, sur le dogme trinitaire et il écrit deux traites anti-ariens : le De mysterio sanctae Trinitatis et le Breuiarium aduersus haereticos.

    « L’évêque d’Arles n’oublia pas sa vocation de moine lérinien ni ses fonctions d’abbé. Il rédige deux règles monastiques (…) Césaire concevait du reste volontiers la vie des clercs arlésiens en communauté ; il y voyait l’avantage de pouvoir mieux les former et les instruire ; il accueillait également de jeunes enfants dans la domus ecclesiae, créant ainsi une école épiscopale. Cette initiative fut reprise et se développa ; elle fut complétée par une autre institution : l’école presbytérale, à l’échelon paroissial cette fois (Concile de Vaison en 529).

    Le souci qu’avait Césaire de former et d’instruire de retrouve naturellement dans les 238 Sermons que l’on a conservés de lui. »

    « Les Sermons de Césaire sont répartis par les modernes en cinq groupes : monitions aux fidèles sur diverses questions de morale pratique et de vie quotidienne (1-80), sermon aux fidèles sur l’Écriture (81-186), sur les fêtes liturgiques (187-213), sur les saints (214-232) ; homélies adressées aux moines (233-238). L’exhortation pressante à la pratique des vertus chrétiennes et des sacrements, la condamnation des vices et des coutumes païennes – idolâtriques – résiduelles, n’épuise pas toute la thématique homilétique de Césaire. (…) À cet égard [celui de la Grâce] est plus augustinien que lérinien. Par souci pastoral, Césaire n’avait pas eu d’ambition littéraire, mais une double préoccupation : instruire les fidèles, permette à ses confrères de les instruire à leur tour. » [Ses successeurs des deux siècles suivants s’inspireront volontiers de lui – Découvrez les titres et datations exactes en lisant l’ouvrage, cela en vaut la peine].

    1. Venance Fortunat ~530 – apr. 600 :

    Il est né près de ce qui est aujourd’hui la ville de Trévise.

    « Beaucoup de choses séparent le troubadour voyageur et poète de cour, que fut longtemps Fortunat, du moine-évêque rigoriste Césaire d’Arles : le monde dans lequel ils ont vécu, leur univers intellectuel, leur conception de la littérature. Mais tous deux ont en commun, outre leur foi, d’avoir connu plusieurs régimes politiques. (…)

    Attribuant à saint Martin la guérison d’une maladie des yeux (…), Fortunat décide d’aller en pèlerinage à Tours et quitte Ravenne, sans doute en 565. Le voyage dure deux ans. Fortunat traverse les pays germaniques en prenant le chemin le plus long, visite les églises et les tombeaux des martyrs, découvre la civilisation gallo-franque et la cour de Sigebert à Metz, et s’arrête naturellement à Tours, prolonge son équipée jusqu’aux Pyrénées et remonte jusqu’à Poitiers. (…)

    Les Carmina [qu’il composa lors de son périple] sont regroupés en onze livres (comptant 230 pièces) et un appendice (34 pièces), selon un ordre qui mêle la thématique (le livre IV ne contient que des épitaphes ; les poèmes du livre VI sont adressés à Radegonde et Agnès) et la chronologie (les livres I-VIIi comportent les pièces écrites jusqu’en 576, le livre IX contient celles des années 577 à 584). (…) le livre IX contient celles des années 577 à 584). (…) Le livre X et le livre XI s’ouvrent sur un commentaire en prose (expositio) du Pater et du Credo. » [il y évoque sa rencontre avec les peuples « barbares », etc.]

    « Aux panégyriques et autres poèmes auliques, dans lesquels les compliments flatteurs ou les silences pudiques franchissent parfois le seuil de l’indécence, on préférera les carmina qui évoquent la société et la civilisation mérovingiennes, les arts et les basiliques, l’amitié du poète pour Radegonde et Agnès, les paysages traversés. (…)

    Il est aussi l’auteur de plusieurs biographies de saints : d’Hilaire de Poitiers (…), de Germain de Paris (mort env. 575), destinataire du Carmen VIII, 2, d’Aubin d’Angers, de Paterne d’Avranches, de Radegonde, de Marcel de Paris, en frites en un style précieux et accordant une grande place aux miracles. (…) La source de Fortunat est naturellement Sulpice Sévère. (…)

    Fortunat a voulu opérer la métamorphose de l’hagiographie en poème épique : en s’inspirant de l’esthétique de Virgile (auquel il emprunte tours et expressions), en adaptant le genre de l’épopée biblique tel que l’avait inauguré Juvencus, en prolongeant la tradition des poèmes en l’honneur des saints et des martyrs selon Prudence. (…) Le Moyen Âge considéra le dernier poète de l’Antiquité tardive comme « l’enfant bien-aimé des Muses » et le « héraut du bien heureux Martin ».

    La littérature latine.

    Une fierté nationale supplémentaire à connaître avec la société trifonctionnelle des Gaulois. #JeanPatriote


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  • 2 commentaires




    […] Le prochain dossier ira de pair avec cette fierté nationale à tirer du monde antique, il traitera de ces premiers auteurs gaulois romanisés … […]


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    […] est à connaître tant il est formateur et fondamental pour notre roman national. Lisez aussi 1. la formation latine des gaulois & 2. l’organisation sociale des […]


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