• Le Chant séculaire d’Horace, éloge de l’Empereur Auguste

  • Auguste fonda durablement une république monarchique dont les bases furent jetées précédemment par Jules César, assassiné prématurément après avoir été nommé « dictateur à vie ». Auguste, dictateur éclairé et lucide, savait que la « propagande littéraire » servirait à consolider son règne.

    « Auguste nous intéresse ici à un triple point de vue. Il est d’abord celui qui a su réunir autour de lui et pour sa cause les plus grands écrivains de son temps. Mieux : il leur a suggéré, sinon dicté, ses volontés, contribuant ainsi à la genèse de l’Enéide de Virgile, du livre 4 des Odes et du chant séculaire d’Horace, une bonne partie du livre 4 des Elégies de Properce. Il y fallait du tact et de la persévérance. Ce faisant, Auguste n’imitait pas seulement Alexandre et les souverains hellénistiques, qui voulaient qu’on immortalisât leurs actes par les lettres et les arts figurés ; il avait compris, en plus, tout le parti qu’un homme politique pouvait tirer d’une propagande de qualité, systématiquement orchestrée. »

    Hubert Zehnacker et Jean-Claude Fredouille, Littérature latine. 

    CHANT SÉCULAIRE (Traduction Anquetil, 1850) :
    Divin Phébus, et toi souveraine des bois,
    Radieux ornements de la voûte azurée,
    Dont la gloire adorable est toujours adorée,
    Dans ce jour solennel exaucez notre voix.
    La Sibylle a voulu qu’en ces jeux séculaires
    De vierges et d’enfants un Choeur chaste et pieux
    Célèbre les bienfaits des Dieux
    Qui protégent nos monts de leurs bras tutélaires.
    Soleil, dont la féconde ardeur
    Dispense et ravit la lumière,
    Toujours nouveau, toujours égal en ta splendeur,
    Puisses-tu durant ta carrière
    Ne rien voir qui de Rome éclipse la grandeur !
    O bienfaisante Ilithye,
    Dont la secourable main
    A l’enfant mûr pour la vie
    De sa mère ouvre le sein,
    Quelques noms, vierge divine,
    Que daigne agréer ton choix,
    Ou Génitale ou Lucine,
    De l’épouse entends la voix.
    Donne, ô Déesse féconde,
    Des défenseurs à l’Etat ;
    Que ta volonté seconde
    Les saintes lois du Sénat ;
    Que les citoyens dociles,
    De l’hymen serrant les noeuds,
    Fassent bientôt dans nos villes
    Renaître un peuple nombreux.
    Qu’ainsi puissent nos fils de ces fêtes si belles
    Renouveler la pompe, et qu’après cent dix ans
    Ainsi durant trois jours et trois nuits solennelles
    Rome entière se presse à ces jeux, à ces chants !
    Arbitres des destins, Déesses prophétiques,
    Dont la parole est stable et ne trompe jamais,
    Par de nouveaux présents, ô Parques véridiques,
    Daignez mettre le comble à vos premiers bienfaits.
    De moissons que la terre ornée,
    Couverte d’abondants troupeaux,
    A Cérès offre chaque année
    Sa couronne d’épis nouveaux ;
    Que les tièdes zéphyrs et la douce rosée
    Fécondent la semence en nos champs déposée.
    De tes jeunes Romains, ô Phébus, désormais
    Exauçant les souhaits,
    Laisse dans le carquois tes flèches meurtrières ;
    Et toi, reine des nuits, qui fais briller aux cieux
    Ton croissant radieux,
    De la vierge romaine exauce les prières.
    Dieux, s’il est vrai que Rome est l’oeuvre de vos mains,
    Aux Phrygiens forcés de quitter leur patrie
    Si des rivages d’Etrurie
    Vous avez montré les chemins,
    Tandis que le pieux Enée,
    Des remparts de leur ville aux flammes condamnée
    Arrachant les Troyens proscrits,
    Pour une illustre destinée
    De ces heureux vaincus conservait les débris :
    A la docile jeunesse,
    O Dieux, donnez un coeur pur ;
    Dieux, donnez un abri sûr
    A la paisible vieillesse ;
    Dieux, aux Romains triomphants
    Donnez toujours la victoire
    Et l’opulence et la gloire
    Et d’innombrables enfants.
    Du noble rejeton de Vénus et d’Anchise,
    Dont la blanche hécatombe arrose votre autel,
    Exaucez le voeu solennel :
    Au superbe ennemi que sa force maîtrise
    Qu’un pardon généreux le montre paternel.
    Déjà le Mède altier, sur la terre et sur l’onde,
    Craint son bras tout-puissant et les faisceaux latins ;
    Le Scythe et l’Indien, aux limites du monde,
    Sous lui, courbent leurs fronts naguère si hautains.
    La Loyauté, la Paix, la Vertu, l’Innocence,
    Le vieil Honneur, longtemps exilé de nos bords,
    Ose enfin reparaître, et l’heureuse Abondance
    De sa corne féconde épanche les trésors.
    Dieu des oracles, cher aux vierges du Parnasse,
    Paré de l’arc éblouissant,
    Et dont la science efficace
    Ranime le corps languissant ;
    Si du mont Palatin tu vois d’un oeil propice
    Le majestueux édifice,
    Sur nous fais luire encore un siècle de bonheur;
    Accrois notre puissance, et que rien ne flétrisse
    Des Romains l’immortel honneur !
    A nos hymnes pieux, Déesse vénérable
    Qui règnes sur l’Algide et le sombre Aventin,
    Prête une oreille favorable,
    Et couronne les voeux du pontife latin.
    Jupiter et les Dieux agréeront ma prière :
    C’est l’espoir qu’aujourd’hui se plaît à remporter
    Le Choeur instruit à vous chanter,
    Chaste Diane et toi qui répands la lumière.

    Version en latin.


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