• Jules César, un personnage exceptionnel

  • Voici le début de chapitre d’un livre qui traite davantage de sa « littérature de combat » et du « corpus césarien » afin de poursuivre le thème de l’ouvrage, mais qui demeure intéressant aussi pour connaître l’homme politique qui est « un personnage exceptionnel » (sic) :

    « César est d’abord un aristocrate, issu d’une de ces familles qui se disaient d’origine troyenne et même divine, la gens Iulia. Les politiciens de rang consulaire étaient nombreux dans son ascendance ; sa tante Julia avait épousé le grand Marius, et lui-même, à 17 ans, serait marié avec une Cornélia, la fille de Cinna. Ces alliances (Marius, Cinna) nous montrent aussi que César appartient au clan des aristocrates « populares », ce qui, au moment de la dictature de Sylla, ne manqua pas de lui causer des difficultés.

    César est ensuite un militaire, et, disons le, un soldat de génie. La conquête de la Gaule, mais aussi ses victoires durant la guerre civile qui l’opposa à Pompée et aux partisans de l’ancienne République en sont de retentissant témoignages. Ses soldats l’adoraient et lui étaient dévoués à la vie, à la mort. Ses batailles ont été disséquées dans les écoles de guerre et les états-majors de tous les pays, à l’égal de celles de Napoléon. Il est peut-être le seul, ou un des rares, qui n’ait jamais échoué dans une action militaire : ueni, uidi, uici, pouvait-il proclamer en 47, après la campagne éclair conte Pharnace, roi du Pont.

    César est aussi un homme politique, et dans ce domaine son génie était peut-être plus éclatant encore. Il était le seul, en cette époque où la République finissait de pourrir, qui ait compris ce qu’il faire et qui s’en soit donné les moyens. La dictature n’était pour lui qu’un instrument pour la réorganisation du monde romain ; au terme de l’évolution se profilait la monarchie. Assassiné en plein Sénat par un groupe de nobles envieux nostalgiques de l’ordre ancien, César ne put jeter  que les fondements de ce régime, que son successeur Octave-Auguste eut la difficile tâche de mener à maturité. Après quoi la monarchie impériale se maintînt, sans solution de continuité majeure, jusqu’à la chute de Constantinople en 1453. Quant à César, il légua son nom aux empereurs de Rome, qui en firent une partie intégrante de leur titulature, et à quelques dynastes modernes, les Kaisers, les Tsars…

    César enfin, est un lettré et un homme de culture, et à ce titre il recommence à nous intéresser dans le cadre de cet ouvrage. Son premier professeur d’éloquence fut un certain M. Antonius Gnipho ; mais cela ne lui suffit pas et, après un brillant début de carrière, il partît en 75 à Rhodes écouter les conférences du célèbre Molon. L’option philosophique de César était l’épicurisme ; mais son goût littéraire penchait du côté de la sobriété attique, qui était d’ordinaire l’apanage stoïciens. Il s’intéressait à la littérature ; il aimait échanger des pamphlets avec ses adversaires ou ses ennemis. Mais les œuvres qui en résultèrent sont perdues.

    Ainsi, César prit part à la querelle linguistique qui sévissait alors entre les partisans de l’anomalie (qui admettaient, dans la langue, l’existence de nombreuses exceptions), et ceux de l’analogie (qui soulignaient l’importance et la permanence des règles), parmi lesquels se trouvait son maître Antonius Gnipho. Entre deux campagnes en Gaule et après la lecture du De Oratore de Cicéron, il rédigea dans l’été 54 un De analogia en deux livres. Il y recommandait de « fuir comme un écueil le mot étrange et rare » (Aulu-Gelle, 1, 10, 4). »

    Hubert Zehnacker et Jean-Claude Fredouille, Littérature latine.


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    Il a inventé également le calendrier Julien


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