• Hiver avec Alphonse de Lamartine – Henri Guillemin



    Poèmes de saison et biographie

  • Alphonse de Lamartine (1790-1869) est poète, écrivain, homme politique et diplomate français, considéré comme l’une des figures majeures du romantisme en France. Né à Mâcon, il est célèbre pour sa poésie lyrique qui mêle nature, spiritualité et émotions personnelles. Ses œuvres les plus célèbres incluent « Méditations poétiques » (1820), qui contient le fameux poème « Le Lac », et « Harmonies poétiques et religieuses ». Ses poèmes ont été plus chrétiens que sa vie personnelle.


    Les oiseaux (poésie-française)

    Orchestre du Très-Haut, bardes de ses louanges,
    Ils chantent à l’été des notes de bonheur ;
    Ils parcourent les airs avec des ailes d’anges
    Échappés tout joyeux des jardins du Seigneur.

    Tant que durent les fleurs, tant que l’épi qu’on coupe
    Laisse tomber un grain sur les sillons jaunis,
    Tant que le rude hiver n’a pas gelé la coupe
    Où leurs pieds vont poser comme aux bords de leurs nids,

    Ils remplissent le ciel de musique et de joie :
    La jeune fille embaume et verdit leur prison,
    L’enfant passe la main sur leur duvet de soie,
    Le vieillard les nourrit au seuil de sa maison.

    Mais dans les mois d’hiver, quand la neige et le givre
    Ont remplacé la feuille et le fruit, où vont-ils ?
    Ont-ils cessé d’aimer ? Ont-ils cessé de vivre ?
    Nul ne sait le secret de leurs lointains exils.

    On trouve au pied de l’arbre une plume souillée,
    Comme une feuille morte où rampe un ver rongeur,
    Que la brume des nuits a jaunie et mouillée,
    Et qui n’a plus, hélas! ni parfum ni couleur.

    On voit pendre à la branche un nid rempli d’écailles,
    Dont le vent pluvieux balance un noir débris ;
    Pauvre maison en deuil et vieux pan de murailles
    Que les petits, hier, réjouissaient de cris.

    Ô mes charmants oiseaux, vous si joyeux d’éclore !
    La vie est donc un piége où le bon Dieu vous prend ?
    Hélas ! c’est comme nous. Et nous chantons encore !
    Que Dieu serait cruel, s’il n’était pas si grand !
    À découvrir sur le

    Méditations poétiques (1820).

    Sous les roses des neiges (poeticamundi)

    Pourquoi, Seigneur, fais-tu fleurir ces pâles roses,
    Quand déjà tout frissonne ou meurt dans nos climats ?
    Hélas ! six mois plus tôt que n’étiez-vous écloses ?
    Pauvres fleurs, fermez-vous ! voilà les blancs frimas !

    Mais non, refleurissez ! Le bonheur et les larmes
    Dans nos cœurs (Dieu le veut) se rejoignent ainsi.
    Si près de ces glaçons, ces fleurs ont plus de charmes ;
    Et si près de ces fleurs, l’hiver est plus transi.

    Harmonies poétiques et religieuses (1830).

    Les saisons (wikisource)

    Au printemps, les lis des champs filent
    Leur tunique aux chastes couleurs ;
    Les gouttes que les nuits distillent
    Le matin se changent en fleurs.
    La terre est un faisceau de tiges
    Dont l’odeur donne des vertiges
    Qui font délirer tous les sens ;
    Les brises folles, les mains pleines,
    Portent à Dieu, dans leurs haleines
    Tout ce que ce globe a d’encens.

    En été, les feuillages sombres,
    Où flottent les chants des oiseaux,
    Jettent le voile de leurs ombres
    Entre le soleil et les eaux ;
    Des sillons les vagues fécondes
    Font un océan de leurs ondes,
    Où s’entre-choquent les épis ;
    Le chaume, en or changeant ses herbes,
    Fait un oreiller de ses gerbes
    Sous les moissonneurs assoupis.

    Ainsi qu’une hôtesse attentive
    Après le pain donne le miel,
    L’automne à l’homme son convive
    Sert tour à tour les fruits du ciel :
    Le raisin pend, la figue pleure,
    La banane épaissit son beurre,
    La cerise luit sous l’émail,
    La pêche de duvet s’épluche,
    Et la grenade, verte ruche,
    Ouvre ses rayons de corail.

    L’hiver, du lait des neiges neuves
    Couvrant les nuageux sommets,
    Gonfle ces mamelles des fleuves
    D’un suc qui ne tarit jamais.
    Le bois mort, ce fruit de décembre,
    Tombe du chêne que démembre
    La main qui le fit verdoyer,
    Et, couvé dans le creux de l’âtre,
    Il rallume au souffle du pâtre
    Le feu, ce soleil du foyer.

    Ô Providence ! ô vaste aumône
    Dont tout être est le mendiant !
    Vœux et grâce autour de ton trône
    Montent sans cesse en suppliant.
    Quels pleurs ou quels parfums répandre ?…
    Hélas ! nous n’avons à te rendre
    Rien, que les dons que tu nous fais.
    Reçois de toute créature
    Ce Te Deum de la nature,
    Ses misères et tes bienfaits !

    Harmonies poétiques et religieuses (1830).

    Henri Guillemin présente : Alphonse de Lamartine – EP01 – L’homme politique (1959)

    Henri Guillemin présente : Alphonse de Lamartine – EP02 – Sa personnalité et sa vie (1959)


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