• Controverse entre franciscains et dominicains : la question mariale



    Le Magistère de l’Eglise a tranché !

  • Dans l’histoire de l’Église catholique, les controverses théologiques ont souvent jalonné le développement doctrinal. Parmi les plus célèbres, celles qui ont opposé les franciscains et les dominicains témoignent d’une riche dialectique au service de la vérité. Une question fondamentale, parmi d’autres, les a divisés : le mystère de l’Immaculée Conception de la Vierge Marie.
    Regardons de plus près, les débats entre ces deux grandes familles religieuses, ainsi que le rôle du Magistère de l’Église, dans la résolution de ces tensions et la reconnaissance progressive de cette vérité mariale.

    Sommaire :

    Les origines de la controverse
    Une controverse théologique intensément disputé
    L’Église catholique tranche enfin : la reconnaissance de l’Immaculée Conception + orthodoxie
    Les enseignements de cette controverse


    Les origines de la controverse :

    Les franciscains, héritiers de l’esprit de saint François d’Assise, ont été parmi les premiers à défendre ardemment la doctrine de l’Immaculée Conception. Cette croyance affirme que la Vierge Marie, par une grâce préventive et spéciale de Dieu, a été préservée du péché originel dès sa conception. Jean Duns Scot, un théologien franciscain, plus déterministe que l’Aquinate (rationnel), influent au XIIIᵉ siècle, a développé un argument clé en faveur de cette doctrine : la « rédemption préventive ». Il soutenait que Marie, rachetée de manière parfaite par les mérites du Christ, devait être conçue sans tache de péché.

    Les dominicains, quant à eux, se montraient plus réticents face à cette affirmation. Influencés par la pensée de saint Thomas d’Aquin, ils craignaient que l’affirmation de l’Immaculée Conception ne diminue l’universalité de la Rédemption opérée par le Christ. Pour eux, si Marie avait été exemptée du péché originel, elle n’aurait pas eu besoin d’être rachetée. Ils insistaient donc et soutenaient « le fait » que Marie aurait été sanctifiée après sa conception, mais pas avant.

    Saint François d’Assise :

    Dans sa « Salutation à la Vierge Marie », saint François exprime sa profonde vénération pour la pureté de la Mère de Dieu :

    « Salut, Marie, Dame sainte, Reine, sainte Mère de Dieu, vous êtes la Vierge devenue Église ; choisie par le très saint Père du ciel, consacrée par lui comme un temple avec son Fils bien-aimé et l’Esprit Paraclet ; vous en qui fut et demeure toute plénitude de grâce et Celui qui est tout bien. »

    Bienheureux Jean Duns Scot :

    Marie a été préservée du péché originel dès sa conception. Il affirme :

    « Marie ne contracta pas le péché originel justement à cause de l’excellence de son Fils, dans ce sens qu’Il est rédempteur, réconciliateur et médiateur. »

    Saint Thomas d’Aquin :

    Il exprima une position prudente vis-à-vis de l’Immaculée Conception de la Vierge Marie. Il ne rejetait pas la sainteté particulière de Marie, mais il semble hésiter sur le moment précis de sa préservation du péché originel. « Summa Theologiae » (III, q. 27, a. 2, ad 2) :

    « Si l’âme de la Vierge n’avait jamais été souillée par le péché originel, cela aurait porté atteinte à la dignité du Christ en tant que rédempteur universel de tous les hommes. C’est pourquoi il est plus probable que la Vierge ait été sanctifiée après sa conception, avant que l’âme soit unie à son corps. »


    Une controverse théologique intensément disputé

    La querelle entre les deux ordres prit une tournure vive à partir du XIVᵉ siècle, avec des débats académiques et des écrits polémiques. Les universités, en particulier Paris, devinrent le théâtre des « affrontements » où les arguments étaient exposés avec une rigueur inégalée. Ces discussions, bien que parfois âpres, demeuraient dans le cadre d’une quête commune de la vérité religieuse.

    Aparté Sorbonne :
    L'Université de la Sorbonne, initialement appelée Collège de Sorbonne,
    fut fondée en 1257 par le théologien Robert de Sorbon,
    aumônier de saint Louis (Louis IX), roi de France.

    Le Concile de Bâle (1431-1449) marqua un premier pas vers une reconnaissance officielle de la position franciscaine. Cependant, l’Église hésita encore à trancher de manière définitive, souhaitant éviter des divisions inutiles. En dépit de cette prudence, la ferveur populaire en faveur de l’Immaculée Conception croissait, encouragée par les prédications franciscaines et diverses manifestations culturelles et liturgiques.

    En effet, le Concile de Bâle, lors de sa trente-sixième session le 17 septembre 1439, un décret correspondant a proclamé la doctrine de l’Immaculée Conception de la Vierge Marie :

    « Nous définissons et déclarons que la bienheureuse Vierge Marie, par une grâce singulière et un privilège accordé par Dieu, a été préservée du péché originel dès le premier instant de sa conception. »

    Toutefois, il est important de noter que ce concile a connu des tensions avec le Pape Eugène IV, qui a transféré le concile à Ferrare en 1437, puis à Florence en 1439. Le Concile de Bâle a poursuivi ses travaux de manière schismatique, ce qui a conduit à des divisions au sein du corps ecclésial de l’Église. Par conséquent, les décisions prises, y compris la proclamation de l’Immaculée Conception, n’ont pas été immédiatement reconnues par l’ensemble de l’Église.


    L’Église catholique tranche enfin : la reconnaissance de l’Immaculée Conception

    Lorsqu’un anciennement de l’Eglise porte sur la foi et les mœurs, il est de facto infaillible et assisté de l’Esprit Saint, et c’est le cas lorsqu’une bulle traite de l’Immaculée conception.

    C’est finalement le 8 décembre 1854 que le Pape Pie IX, dans la bulle Ineffabilis Deus, proclama solennellement le dogme de l’Immaculée Conception :

    « Nous déclarons, prononçons et définissons que la doctrine qui soutient que la Bienheureuse Vierge Marie a été, dès le premier instant de sa conception, par une grâce et un privilège singulier de Dieu Tout-Puissant, en vue des mérites de Jésus-Christ, Sauveur du genre humain, préservée intacte de toute souillure du péché originel, est une doctrine révélée par Dieu et doit, pour cette raison, être crue fermement et constamment par tous les fidèles. »

    Cette proclamation confirmait la position des franciscains, tout en intégrant l’insistance dominicaine sur le rôle du Christ comme unique source de la Rédemption. Ainsi, loin d’opposer les deux écoles, la définition dogmatique les réunit dans une perspective théologique supérieure.

    Aparté orthodoxe :
    Le Grand Schisme de 1054, marquant la séparation entre l'Église d'Orient (dite orthodoxe, ou schismatique orientale) et l'Église d'Occident (catholique), est principalement associé au pontificat de Léon IX (1049-1054), lequel a pourtant essayé de repoussé l'échéance le plus possible, appuyé par le cardinal Humbert de Moyenmoutier. Cela a opposé le patriarche de Constantinople Michel Cérulaire, côté oriental/Est, héritier du monde grec, et non latin.
    Cet événement résulte d'une longue série de tensions théologiques, liturgiques, et politiques. Les anathèmes échangés en 1054 entre les légats du pape Léon IX, , et Michel Cérulaire scellent officiellement la rupture.
    Les "églises orthodoxes" rejettent les dogmes proclamés unilatéralement par l'Église catholique après cette date. Cela inclut le dogme de l'Immaculée Conception.

    Les enseignements de cette controverse

    La controverse mariale entre franciscains et dominicains illustre la dynamique de l’élaboration doctrinale dans l’Église. Elle montre que les débats théologiques, lorsqu’ils sont menés avec foi et charité, peuvent devenir un terreau fertile pour l’approfondissement du mystère chrétien.

    Elle rappelle également l’importance de l’autorité du magistère, qui veille à préserver l’unité de la Foi, tout en permettant une pluralité d’approches, surtout sur un sujet non encore tranché.

    -*-

    Après la proclamation du dogme de l’Immaculée Conception en 1854, plusieurs Papes ont honoré la Vierge Marie en la désignant comme « Reine Immaculée ». Par exemple, le Pape Pie XII, dans son encyclique Ad Caeli Reginam du 11 octobre 1954, a institué la fête de Marie Reine, soulignant son rôle éminent dans le salut :

    « Nous ordonnons que chaque année, en la fête de Marie Reine, le monde entier renouvelle sa consécration au Cœur Immaculé de la Bienheureuse Vierge Marie. »

    Cette citation illustre la reconnaissance par l’Église de la royauté et de la pureté immaculée de la Vierge Marie.

    Le Cœur Immaculé de Marie dans la Bible
    Dominicains d’Avrillé & Mgr Williamson

    L’Immaculée Conception – dite aussi Immaculée Conception de Soult, ou Immaculée Conception des Vénérables – est un des tableaux les plus fameux du peintre espagnol Murillo (1618-1682). Cette grande huile sur toile de 274 × 190 cm est conservée à Madrid, au musée du Prado.


  • Vous avez aimé cet article ? Partagez-le sur les réseaux sociaux !

    [Sassy_Social_Share]

  • 2 commentaires




    […] dans les régions de Kyūshū et de Honshū. Les missionnaires, notamment les jésuites et plus tard les franciscains, établirent des communautés chrétiennes florissantes, attirant des convertis de toutes les […]


    Répondre

    […] Controverse entre franciscains et dominicains : la question mariale […]


    Répondre