• De l’obligation de discriminer – Ethnarchie

  • La discrimination est un terme employé de nos jours de façon péjorative. Or, si j’en crois le dictionnaire, ce terme désigne deux choses : 1) Action, fait de différencier en vue d’un traitement séparé des éléments les uns des autres en les identifiant comme distincts, sans idée de traitement inégal et 2) Traitement différencié, inégalitaire, appliqué à des personnes sur la base de critères variables, avec idée de traitement inégal, souvent péjoratif.

    La première définition ne présente pas de répugnance idéologique pour beaucoup, sauf pour les existentialistes absolus qui favorisent l’indistinction : si je classe des voitures selon leur type de carburant pour aider au choix de mes clients, par exemple, je différencie des éléments en vue d’un traitement séparé en les identifiant comme distincts. On peut donc dire que la discrimination, en ce sens, est un procédé logique nécessaire à la vie courante.

    La seconde conception, elle, s’oppose à la mentalité moderne prise de façon globale.

    Il est évident que la discrimination s’oppose à l’égalitarisme, elle en est même l’antonyme. Tenir compte des particularités, en établissant des classements spécifiques et en y apportant des réponses propres et inégales, s’oppose à l’idée d’égalité entre les espèces. La doctrine réaliste prend soin des spécificités naturelles et n’entend pas leur porter atteinte. Elle favorise au contraire ces traits en les conformant aux fins pour lesquelles ils furent créés. Le vice consiste précisément à détourner la réalité en vue d’un bien perçu moindre ou qui répugne à l’ordination des choses. L’égalitarisme relève du vice, car il prétend s’émanciper du réel en le nivelant.

    Il pourrait sembler plus étrange de constater une opposition entre la discrimination et le libéralisme. Beaucoup de libéraux affirment ainsi défendre un droit à la discrimination. Mais justement, pour eux il ne peut s’agir que d’un droit, là où pour l’homme vertueux, et plus encore pour le catholique, il peut s’agir d’un devoir. La liberté est intimement liée au devoir, et c’est en se conformant à sa fin que l’individu raisonnable acquiert une véritable liberté. Pour le libéral, la discrimination relève de la préférence subjective, dont il est libre d’user selon sa convenance. Pour l’homme raisonnable, la discrimination peut s’imposer comme une nécessité.

    C’est particulièrement vrai dans le domaine de la Religion. Le Décalogue débute par un commandement discriminatoire :  Vous n’aurez point d’autre dieux devant moi (Exode, XX, 3). L’adoration envers Dieu est discriminatoire envers les idoles, qui sont détruites et les idolâtres, qui sont tués, pour avoir voulu attenter à la majesté divine (Exode, XX, 4-6 ; XXXII, 15-28). Le Christ a aussi des formules discriminantes, « personne ne vient au Père sinon par le Fils » (Saint Jean, XIV, 6). Et il n’hésite pas à mettre à mort ceux qui refusent Son règne (Saint Luc, XIX, 27).

    L’Église a toujours conservé présente à l’esprit cette nécessité de la discrimination dans Son gouvernement, enseignant régulièrement qu’il fallait empêcher les hérétiques de pénétrer en territoire chrétien (par exemple dans l’encyclique A Quo Primum, § 1) ou encore qu’il fallait lutter contre la diffusion des mauvais livres (encyclique Pius Satis, § 15). Ou même qu’il fallait exterminer les hérétiques dans l’intérêt du maintien des mœurs (Saint Léon le Grand, Lettre XV, Quam laudabiliter, § 1).

    Les conciliaires, par soumission à l’esprit du monde, entendent lutter contre les discriminations. C’est très clairement exprimé dans Nostra Aetate, § 5 : « L’Église réprouve donc, en tant que contraire à l’esprit du Christ, toute discrimination ou vexation dont sont victimes des hommes en raison de leur race, de leur couleur, de leur condition ou de leur religion ». C’est une absurdité démontrable avec un exemple recevable par tous : pour être baptisé en tant qu’adulte, il faut faire sa profession de foi catholique et pour cela avoir reçu une solide catéchèse. Celui qui ne rentre pas dans ces conditions ne peut être reçu au sein de l’Église. Il n’a pas accès à la communion, il est donc discriminé par rapport à la communauté des fidèles. La doctrine catholique de la communion des saints est discriminante, car elle exclut ceux qui n’en sont pas. Cette déclaration conciliaire est donc de la pure démagogie pour plaire aux tenants de l’idéologie égalitariste, c’est un rejet implicite de la croyance en un Dieu qui ne tolère pas d’autres dieux devant Lui. L’aboutissement de tout cela, c’est la folie actuelle au Vatican où on ne parle que d’ouverture de ponts et de destruction de murs, car on refuse de discriminer, et on en arrive ainsi à la justification de toutes les atteintes aux lois les plus sacrées, les plus fondamentales et les plus évidentes.

    Les idéologues au pouvoir cherchent à faire passer l’idée qu’au moins la discrimination envers les personnes serait quelque chose de cruel, alors qu’il n’en est rien. La discrimination peut être une conséquence du réel une fois celui-ci devenu intelligible. Celui qui combat les discriminations en tant que telles entend combattre la réalité. C’est un insensé. Il ne faut pas confondre discrimination et persécution des personnes. Lorsqu’on discrimine des gens en fonction de la religion, ou en fonction du risque qu’ils peuvent poser à la communauté, on agit dans l’intérêt de la religion ou de la communauté. Pas en haine des personnes. D’ailleurs, en les discriminant selon la religion, on leur montre ainsi que, pour nous, leurs doctrines sont fausses et ils peuvent être plus facilement amenés à remettre leur fausse croyance en question que si on laissait accroire qu’une communion partielle existerait entre eux et nous, ou qu’on adorerait le même Dieu, ou que nos divergences ne seraient que des détails par rapport à ce qui nous unirait (égalitarisme niveleur, là encore).

    Le politique, en tant que force d’union, s’appuie sur la discrimination entre l’ami et l’ennemi. Sans discrimination, plus de politique. Et même les conciliaires discriminent, de façon incohérente il est vrai, mais réellement, en empêchant les plus « frileux » d’entre eux de lutter contre leurs coreligionnaires plus fanatisés. Celui qui construit des murs, accusé de pharisaïsme, est discriminé par les sectaires de la société inclusive qui, à leur tour, construisent des murs autour de lui. Tout cela n’est donc que chimères de déments qui ne peuvent que mal finir, comme la tour de Babel.

    La discrimination n’est pas un mal en soi, elle peut être bonne lorsqu’elle est guidée par les vertus de prudence et de charité. Dire que toute discrimination est mauvaise procède d’un état d’esprit égalitariste et ennemi de la Vérité. Un chrétien ne peut les condamner par principe, car Saint Augustin parlait bien de deux Cités et non d’une seule. Et ces deux Cités ne sont pas égales.

    SOURCE 


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