• Tour de France, Seine-et-Marne (3) – Augustin



    Heureux comme Dieu en France !

  • « Versailles, une des plus belles villes de France, est agréablement située entre riantes collines ; mais on regrette qu’elle ne soit pas arrosée par quelque fleuve ou quelque rivière. Ses rues, tirées au cordeau et se coupant presque toutes à angle droit, sont en général formées de belles maisons, de grands hôtels, et aboutissent à de magnifiques promenades. De Paris, de Saint-Cloud et de Sceaux, on arrive à Versailles par trois longues avenues plantées d’arbres.

    Versailles n’était encore qu’un village en 1630, époque où Louis XIII y fit bâtir un château, qui servait de rendez-vous de chasse. La situation de ce château plaisant à Louis XIV, il résolut d’y faire résidence. A la voix du grand roi, un palais immense surgit comme par enchantement à la place du pavillon construit par Louis XIII. Mansard en donna le plan et le fit exécuter, le pinceau de le Brun en décora l’intérieur, le Nôtre en distribua les jardins, et le chevalier Deville y amena, à l’aide de la machine Marly, ces eaux qui jaillissent d’admirables fontaines, retombent en cascades dans de vastes bassins et font des jardins et du parc de Versailles un séjour délicieux.

    Sept ans suffirent à Louis XIV pour créer toutes ces merveilles ; mais il est inutile de dire qu’elles coutèrent des sommes immenses. De 1680 à 1789, les rois de France n’eurent pas d’autres résidence que Versailles.

    Le château est situé sur la place d’armes. On traverse pour y arriver une vaste cour, fermée par une grille de cent vingt mètres de long. Cette cour est ornée des statues de guerriers célèbres ; mais c’est du côté des jardins qu’il faut examiner le palais, il présente une façade de six cents mètres, décorée de pilastre, de colonnes et de statues représentant les saisons, les mois, les sciences et les arts. Cette façade est, à ce qu’on assure, une des plus belles choses qu’on puisse voir, soit en France, soit en Italie.

    La chapelle du château excite, par son architecture et la richesse de ses ornements, l’admiration de tous les connaisseurs. Le musée ne le cède guère à celui du Louvre. La salle de l’Opéra, une des plus belle de l’Europe, peut contenir 3000 personnes.

    Au delà du parc qui renferme le château et les eaux, s’étend un autre parc, dans lequel s’élèvent les palais du grand et du petit Trianon. Le grand Trianon, construit par Mansard, dans le style italien, n’a qu’un rez-de-chaussée, composé d’un corps de logis principal et de deux ailes en retour, formant pavillon, et réunies par un péristyle orné de vingt-deux colonnes.

    Le petit Trianon, situé à l’extrémité du parc du grand Trianon, est un pavillon carré de vingt-quatre mètres en tous sens, composé d’un rez-de-chaussée et d’un premier étage. La reine Marie-Antoinette y a passé les seuls instants de bonheur qu’elle ait trouvé en France. Ennemie de l’étiquette des cours, elle venait s’y reposer du faste de Versailles, et y admettait ses amies, à la condition qu’en y entrant, elles oublieraient la reine pour ne voir qu’une simple fermière dans celle qui les recevait. On n’y était reçu que sous un déguisement rustique, ou prétendu tel ; mais Marie-Antoinette seule, peut-être, prenait au sérieux cette pastorale.

    Sèvres possède la plus belle manufacture de porcelaine de l’Europe. Elle est célèbre par ses produits, dont on admire la forme élégante, le dessin correct et les riches ornements. On y voit un musée où se trouvent réunis des échantillons de toutes les porcelaines, faïences et poteries qui se fabriquent tant en France qu’à l’étrangers, et des terres dont elles sont composées. Ce musée renferme, en outre, une merveilleuse collection de modèles sortis de la manufacture même, et dont la plupart ont un grand prix.

    Saint-Cloud, près de Sèvres, doit son nom à Clodoald, petit-fils de Clovis. Échappé à la fureur de ses oncles Childebert et Clotaire, qui venaient d’immoler ses deux aînés, le jeune prince se retira dans un monastère, où il se sanctifia. Cette abbaye, située  sur la pente d’une colline, a été remplacée par un château royal. Mansard et Lepautre firent un tout régulier des quatre bâtiments dont il se composait ; le Nôtre se chargea de l’entourer d’un parc et de jardins, quoique l’aridité du coteau rendît cette tâche difficile. Il sut trouver dans les accidents du terrain les effets les plus pittoresques, et de vastes bassins, des jets d’eau, une cascade, des grottes, des bosquets, des statues, des réduits charmants, qu’on découvre au détour d’un sentier, firent de ce lieu, naguère sans grâce et sans beauté, un féerique séjour.

    Saint-Germain en Laye est une petite ville située près de la forêt du même nom. A peu de distance de Saint-Germain, entre Port-Marly et la chaussée, se trouvent les ruines de la machine qui amenait autrefois les eaux de la seine à Versailles, machine des plus compliquée et remplacée aujourd’hui par une pompe à feu, qui remplit mieux et à moins de frais le but que s’étaient proposé les ingénieurs du temps de Louis XIV.

    Poissy, à l’une des extrémité de la forêt de Saint-Germain en Laye, a un grand marché de bestiaux.

    Mantes, autrefois place forte, est une ville dont on fait remonter la fondation jusqu’aux druides. Elle est aujourd’hui surnommée ‘la jolie’, et elle mérite ce titre. La Seine la sépare du bourg de Limay, qui s’y rattache par deux beaux ponts. Les environs offrent de délicieuses promenades. Mantes fut brûlée en 1087 par Guillaume, duc de Normandie, devenu roi d’Angleterre. Le conquérant ne pouvait oublier que Philippe Ier, son suzerain, avait refusé de l’aider à s’emparer de ce royaume, et sa vengeance ne se fut pas bornée là, sans doute, si la mort n’eût arrêté Guillaume. La cathédrale de Mantes est un édifice gothique très-remarquable. On admire surtout la délicatesse des piliers qui entourent le choeur.

    Pontoise fait un grand commerce de farines.

    Rambouillet est une jolie petite ville, située près de la forêt de Rambouillet. Dans une cinq tours de son antique château, François Ier mourut en 1547. C’est du château de Rambouillet que le fils de Napoléon Ier, le roi de Rome, partit pour l’Autriche, après la déchéance de l’empereur, et c’est là aussi qu’en 1830 Charles X et le Dauphin signèrent leur abdication.

    Le parc de Rambouillet est fort beau. La première ferme-modèle de toute la France y a été établie, et c’est de là que la race de moutons mérinos et des métis s’est propagée.

    Étampes et Corbeil font, comme Pontoise, un grand commerce de grains et de farines pour l’approvisionnement de Paris.

    On remarque aux environs d’Étampes, sur les bords de la Louette, des pétrifications en forme de tuyaux, de différentes longueurs, creux et polis à l’intérieur, raboteux à la surface. On suppose que ces tuyaux sont des plantes qui, recouvertes par des eaux chargées de substances calcaires, ont pris avec le temps l’apparence et la solidité de la pierre.

    Montlhéry, petite ville peu éloignée de Corbeil, avait un château tellement redoutable, que les rois de France, se rendant de Paris dans leurs domaines de l’Orléanais, n’osaient passer qu’accompagnés de grandes troupes devant cette forteresse. L’un des châtelains de Montlhéry donna sa fille unique à l’un des fils de Philippe Ier, et fit au roi l’abandon de son château.

     »Le roi Philippe et Louis, dit la chronique, s’en réjouirent comme si on leur eût ôté une paille de l’oeil ou comme si l’on eut brisé les barrières qui les retenaient emprisonnés ; car les maîtres de ce château savaient attirer à eux, de loin comme de près, tout ce qu’il y avait de mauvaises gens, et rien ne se faisait de mal dans le royaume, qu’ils n’y eussent leur bonne part. »

    Une bataille eut lieu en 1465 sous les murs de Montlhéry, et Louis XI y demeura vainqueur de la ligue du Bien public.

    La France. C. Fallet. 1859.

    Vive Dieu ! Vive la France !

    AUGUSTIN.


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