• La gratuité de la grâce dans l’ordre politique



    Nature et grâce, Aquinate et Merel

  • Nous allons traiter de la gratuité de la grâce, transposé pour un individu dans sa relation à Dieu et également par rapport à la Cité ou l’Empire selon la doctrine catholique, thomiste et pré-Vatican II (cela va sans dire !).

    En réalité, la créature dont l’auteur est  certes Dieu, ou encore la Cité, peut fonctionner sans la grâce qui n’est pas exigible dans l’ordre naturel.
    L’empire romain, fort longtemps païen, a perduré sans la grâce. La loi naturelle permet l’harmonie du monde créé et garanti son bon fonctionnement. Nous en venons dons à cette fameuse phrase de Joseph Mérel et c’est une notion intéressante chez lui : l’Etat ne tire pas la légitimité de son pouvoir de l’Eglise, tout comme le pouvoir du père de famille ne vient pas de l’Eglise, mais de la loi naturelle (de Dieu sans la médiation de l’Eglise), car « Tout pouvoir vient de Dieu » !

    Cette phrase simple, qui va suivre, allume une lanterne dans notre cerveau, pourtant c’est si évident lorsqu’on regarde l’histoire. En effet, l’Empire c’est ce qui a toujours le plus duré dans l’histoire : Rome, les empires allemands et russes, sous différentes formes certes. Et l’Empire carolingien est une exception (malheureusement, périclité à cause d’absence de droit d’ainesse…).

    « Nation et Empire.

    Il reste enfin à dissiper une objection relativement au rapport entre nation française et Saint-Empire. Toutes les nations européennes sont nées de la décomposition de l’Empire romain, et elles avaient, toutes, vocation à se développer au sein du Saint-Empire romain germanique. Le bien est d’autant meilleur qu’il est plus commun, aussi le bien de l’Europe est-il meilleur que le bien de la nation. Le bien commun est d’abord un ordre, et il n’est pas d’ordre sans finalité, cependant qu’il n’est pas de finalité sans une direction efficiente.

    Confier à l’Eglise le soin d’arbitrer les différends entre nations, c’est faire de l’Église le principe intrinsèque de l’ordre politique universel, mais c’est là en venir à compromettre le principe catholique de la gratuité de la grâce, de l’Incarnation, de la Résurrection et de la fondation de l’Église, puisque cela revient à signifier que l’ordre politique ne serait possible que par l’Église, et cela non « sub ratione peccati », mais par essence. S’il n’y avait pas eu don de la grâce, il y aurait eu ordre politique universel, et c’est au principe naturel de cet ordre qu’il convient de se référer même en contexte catholique de vie surnaturelle, puisque la grâce n’abolit pas la nature mais la perfectionne.

    Et ce principe est précisément l’Empire, qui est dans l’ordre des choses, dans le vœu de la nature politique de l’homme. Cela dit, comme il l’a été démontré ici plus haut, le Politique en général consomme ses potentialités ultimes en se sublimant en religion, bien qu’il ait vocation à subsister après que la religion a été instituée, puisque la surnature n’abolit pas la nature. Le Politique a donc vocation, après que l’Église est née, à tendre vers sa consommation, mais sans la réaliser de manière exhaustive, de sorte que sa maturité étatique pour chaque nation s’excède naturellement en unité impériale non étatique mais seulement féodale : la féodalité est un moment, en chaque nation, d’avènement de ‘ l’Etat, mais elle est le mode ultime, indépassable, de rassemblement des États dans l’Empire: il ne doit jamais y avoir d’Etat mondial. L’État le plus apte à promouvoir, en même temps que le bien commun de sa nation d’origine, celui de la communauté des États, entretient à l’égard des autres États de l’Empire un rapport féodal et n’exerce pas sur eux une hégémonie aussi déterminée que celle de l’État sur ses provinces.

    L’Histoire, qui corrobore la psychologie des peuples intuitivement saisie par la sagesse populaire, nous révèle que c’est au monde germanique qu’incombait d’exercer ce rôle impérial. Quant à la manière dont il convient de reconstruire – ou plutôt de construire – cet ordre européen, il n’est nullement exclu, compte tenu de l’état spirituel lamentable de l’Allemagne contemporaine, qu’elle soit découverte et mise en œuvre par une autre nation; peut-être par la France, qui aurait ainsi l’occasion de se racheter après avoir mis le monde sens dessus dessous par sa diffusion de la satanique Révolution française. »

    Joseph Merel – Paganisme versus christianisme.

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    La Gratuité de la Grâce selon la Doctrine Catholique Thomiste :

    Introduction

    La gratuité de la grâce est un concept central de la théologie catholique, particulièrement développé par saint Thomas d’Aquin et préservé dans la doctrine ante-conciliabule de Vatican II.
    Ce principe affirme que la grâce divine est un don libre et immérité de Dieu, accordé à l’individu pour sa sanctification et son salut (minimal). Transposée à une Cité ou un empire, cette notion de gratuité divine a des implications profondes sur la manière dont une société chrétienne se structure et fonctionne.

    1. La Gratuité de la Grâce pour l’Individu

    Saint Thomas d’Aquin définit la grâce comme un don surnaturel qui sanctifie l’âme et la rend agréable à Dieu. Selon la théologie thomiste, la grâce est entièrement gratuite, car elle ne peut être méritée par les œuvres humaines. « La grâce est donnée par Dieu selon sa volonté et non selon nos mérites » (Somme Théologique, Prima Secundae, Q. 112, Art. 1).

    Cette gratuité souligne la dépendance totale de l’homme vis-à-vis de Dieu pour son salut. Chaque individu, par nature pécheur, est appelé à recevoir cette grâce par les sacrements et la vie de prière. La gratuité de la grâce invite donc à une humilité profonde, reconnaissant que tout bien spirituel provient de Dieu et non de l’effort humain seul (ce que le surnaturaliste corrompt en exagérant le trait surnaturel).

    2. La Gratuité de la Grâce dans la Cité ou l’Empire

    Transposée à une Cité ou un empire donné, la gratuité de la grâce a des répercussions sur la manière dont une société chrétienne est organisée et gouvernée. Selon la doctrine catholique traditionnelle, la société doit reconnaître sa dépendance envers Dieu et aligner ses structures et lois sur la loi divine.

    Une Cité chrétienne doit donc se concevoir comme un lieu où la grâce divine est librement accueillie et célébrée. Les institutions civiles doivent soutenir et faciliter l’accès aux sacrements, à l’éducation chrétienne et à la pratique de la foi. Par exemple, les fêtes religieuses et les jours de repos doivent être respectés (principes moraux) pour permettre à la population de vivre pleinement sa relation avec Dieu (ce que demande la juridiction de l’Eglise sur la Cité en matière de foi et de mœurs du reste).

    En outre, les dirigeants d’une Cité chrétienne sont appelés à exercer leur autorité de manière juste et charitable, reflétant la gratuité de la grâce divine et élevant chaque partie vers le Bien commun.
    Cela signifie promouvoir le bien commun, protéger les plus faibles et œuvrer pour la paix et la véritable justice sociale. Une gouvernance chrétienne, éclairée par la grâce, doit chercher à imiter l’amour désintéressé de Dieu pour ses créatures.

    3. La Doctrine Thomiste et Pré-Vatican II

    La doctrine thomiste insiste sur l’harmonie entre la foi et la raison, entre le naturel et le surnaturel.
    Saint Thomas d’Aquin enseigne que la grâce ne détruit pas la nature, mais la perfectionne. Ainsi, la grâce divine élève l’âme humaine sans pour autant supprimer ses capacités naturelles. Cette vision intégrative encourage une société où la foi chrétienne illumine tous les aspects de la vie, de la politique à l’économie, en passant par la culture et l’éducation.

    L’Église catholique a toujours, à l’inverse du brigandage de Vatican II, maintenu une vision stricte de cette intégration, cherchant à préserver la pureté de la doctrine et des pratiques sacramentelles. La liturgie, les sacrements et la vie de prière étaient rigoureusement encadrés pour garantir que la grâce divine soit reçue et vécue de manière authentique.

    Conclusion

    La gratuité de la grâce, telle que développée par la théologie thomiste et préservée dans la doctrine pré-Vatican II (ainsi non catholique), est une pierre angulaire de la foi catholique. Pour l’individu, elle représente l’absolue nécessité de se tourner vers Dieu dans une humble dépendance pour le salut. Pour une Cité ou un empire, elle implique une structure sociale et politique qui reconnaît et facilite la réception de la grâce divine, alignant ainsi les institutions humaines sur les principes divins.
    En somme, la gratuité de la grâce appelle à une vie individuelle et collective centrée sur Dieu, source de tout bien et de toute justice.


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  • 3 commentaires




    […] la matière, l’esprit étant au-dessus du corps, le dirigeant, sans le nier, pour son bien : lire la gratuité de la grâce dans l’Ordre politique). Aristote insistait sur le rôle de la vertu dans la réalisation du bonheur, et Thomas […]


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