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Publié le par Florian Rouanet
Deus Vult, dans sa réponse au dernier livre d’Adrien Abauzit La France divisée contre elle-même, titrée Les quelques incohérences historiques d’Adrien Abauzit a eu quelques mots faux sur le sédévacantisme et son « milieu ». L’expression de « dialectique merelienne » fait référence à l’auteur Joseph Merel, par ailleurs très bon en philosophie politique, qui pratique un pilpoul lefebvriste. Mon commentaire (mis ci-dessous) a été censuré, mais entendu. Ainsi, je remercie leur rédaction d’avoir fait machine arrière. Je la rends ici publique, uniquement par l’intérêt de fond que le sujet engage doctrinalement.
– « Là, notre ami Adrien ne comprend plus. Il se morfond. Il se plaint de l’incroyable décadence spirituelle, morale, intellectuelle, culturelle et économique de notre pays. Il accuse de Gaulle ! … en oubliant que le principal artisan de la victoire des Alliés fut Pétain, comme il vient brillamment de le démontrer ! »
Très juste, ce positionnement est incohérent à propos de son choix des Alliés (ou d’une troisième voie de type France seule) en même temps que de faire de l’anti-anglosaxonisme primaire ! Cependant, cette incohérence n’est pas directement « historique », puisqu’il dit juste à ce sujet (Les « Frances » gaulliste et pétainiste étaient résistantes), mais concerne bien son positionnement politique qui l’accompagne.
– « ses réserves sur les théories complotistes trop appuyées rendant la judéo-maçonnerie coupable de tous les maux de la France, alors que sa puissance n’est en réalité que la conséquence des reniements et des apostasies successives des Français eux-mêmes au cours de leur Histoire. Il est effectivement plus difficile de se remettre soi-même en cause et de reconnaître ses erreurs que d’accuser les autres de ses échecs… Pierre Hillard et Johann Livernette lui sont tombés dessus à bras raccourcis pour cette prise de position dissonante. C’est fort logique : dans leur grille de lecture sédévacantiste et par trop surnaturaliste, ces derniers en viennent à idéaliser l’Ancien Régime et l’Église d’avant Vatican II, au point de ne pas en supporter la moindre critique et de faire porter la cause de sa chute quasi exclusivement à ses ennemis extérieurs. »
Mes amis de la Phalange Saint-Martial et moi-même, par exemple, sommes clairement des exemples contraires, à ce que décrit d’ailleurs la dialectique williamsonienne de Joseph Merel : nous sommes anticomplotistes et l’on ne décrète pas comme « dogme de foi » des positionnements politiques et pratiques (qui plus est) des papes d’avant Vatican II, qui, eux, ne bénéficient même pas de l’infaillibilité pontificale, qui elle concerne avant tout la foi et les mœurs.
Je recommande donc intensément à la lecture, et pour commencer, la constitution dogmatique Pastor aeternus de Vatican I (1870) pour mieux saisir l’enseignement du Magistère de l’Église qui fait autorité sur la question : si après l’on ne conclue pas au sédévacantisme, c’est que l’on souffre d’un strabisme sévère.
Le surnaturalisme frappe sociologiquement tout le milieu traditionaliste. Et les lefebvristes conscients en politique savent qu’à la FSSPX, clercs comme fidèles, ne sont pas indemnes de tout cela (cléricalisme, exagération du rôle de la foi contre la nature, fidéisme…). Idem pour l’idéalisation médiévale chez certains. Ça ne prouve rien de plus et fuit encore le débat de fond (à propos du Magistère de l’Église, de l’autorité, du rôle du pape et de son infaillibilité…). De plus, évoquer l’Ancien Régime est un thème politique et non religieux, chose que le sédévacantisme ne traite donc pas immédiatement, en tant que distinction thomiste des sujets relevants de la nature et de la grâce, de la politique et de la foi, de l’Église et de l’État… Sede Vacante signifie tout au plus «Vacance du Saint-Siège», «Non una cum» signifie une Sainte-Messe non entachée dans le canon par le nom d’un conciliaire professant une foi moderniste (donc non «en union» avec lui) : c’est alors une infime partie de ce que nous sommes : c’est-à-dire catholiques intégraux et doctrinaux. Puisse cette réponse faire réfléchir.

P.S. Pierre Hillard n’est pas sédévacantiste, étant fidèle de la chapelle FSSPX de N-D de la Consolation de l’abbé Célier à Paris, et non de l’IMBC à Paris. Adrien Abauzit en revanche, est sédévacantiste convaincu, fidèle de l’IMBC à Paris. Ce qui est louche ici est de revendiquer politiquement un sédévantiste anti-complotiste pour canonner sur un prétendu sédévacantisme forcément complotiste (citant Johan Livernette et Pierre Hillard). Adrien Abauzit chez Daniel Conversano dit bien « pape conciliaire » en émettant de clairs doutes sur son autorité.
