• Tolkien et la tradition européenne – Institut l’Illiade



    Le barde anglo-saxon

  • Tolkien et S.S. Pie X en préambulle :

    Nous avions parlé de l’aspect catholique de Tolkien, lequel a été hostile au concile Vatican II lors de sa tenue. Aussi, un pan méconnu est sa volonté de créer un univers mythologique basé sur les racines anglaises.

    Tolkien était d’ailleurs catholique traditionnel, réactionnaire et en sommes assez « anarchiste » dans le sens où il n’appréciait pas l’omniprésence de l’État. Les Hobbits sont satisfaits du statu quo, de la hiérarchie de « l’Eglise » contre lesdites libertés modernistes. Ses échanges de lettre durant le concile Vatican II montrent qu’il ne méconnaissait pas le problème d’ailleurs. Dans sa conception, les gardiens de l’Arbre, c’est la haute hiérarchie de l’Eglise vivant de la Vérité, on le lit ainsi dans le Silmarillon.

    Au début du XXe siècle, un renouveau catholique de l’Angleterre est freiné par le « sentiment protestant » du pays, et le magistère de saint Pie X martela en ce sens. L’influence de l’encyclique Pascendi domini gregis, contre le modernisme, apparaît dans l’univers de Tolkien, privilégiant la foi en la providence plutôt que dans les actions humaines ; chose émanant d’un auteur catholique, raffiné et orthodoxe.

    Cela dit, le décorum du Seigneur des anneaux et du Hobbit sont assez antiques et païens. Le message chrétien tacite lui (et sans jamais le parodier) dans cette œuvre, amène au fait que le fond, l’essentiel, est chrétien là où la forme, le style et l’environnement font plus « naturalistes ». La chose est palpable lors de la leçon donnée par Gandalf à Saroumane, où le second a tous les traits du moderniste dénoncé par saint Pie X, voire du pharisien. Tolkien est un sous-créateur d’une œuvre, il est le petit « dieu » de son œuvre.

    Ainsi, on reste sur sa fin concernant l’ouvrage nommé supra qui axe bien trop sur l’aspect antique et païen de l’œuvre de Tolkien.

    TOLKIEN de l’institut l’Iliade :

    « Salut, Éarendel (l’étoile du matin), des anges le plus radieux qui, aux Gilles est envoyé, sur la terre du milieu. »

    Crist I, œuvre religieuse composée en vieil anglais vers la fin du VIIIe siècle.

    Tolkien, maîtrisant ses lettres classiques et véritable passionné, a inventé 40 langues et familles de langues (à l’instar des déclinaisons des langues indo-européennes) sur base de l’héritage linguistique de vielles langues européennes. Aussi, s’est-il inspiré de l’encyclique communément surnommée Pascendi du Pape saint Pie X (comme indiqué supra), ou encore des mythologies antiques nordiques et celtiques (races élfiques, de nains, d’homme, etc.) dans son univers de fiction du Seigneur des Anneaux.

    Il allie habilement mélange d’imaginaire et de traditions, afin de trouver une unité culturelle pour l’Angleterre, qui manque cruellement de références propres, à cause de son histoire faites de vagues successives de celtes, de saxons, de vikings, de normands – sur la terre des Angles ! Cela donne des genres de contes, non pour enfants, mais pour adultes.

    Les mythes et textes de renom qui l’influence sont le Beowulf, les Eddas, Kalevala, l’épopée arthurienne (il revoie les contes lui-même, en rédigeant La chute d’Arthur), le Silmarillon, les lais bretons de Marie de France, le voyage de saint Brendan, le Mabinogion. L’univers d’êtres fabuleux de Shakespeare a influencé son univers également.

    La littérature médiévale est d’une importance capitale chez Tolkien, il développera un héroïsme christianisant rappelant parfois la Grande Guerre dans le Hobbit (petit héros chétif sur qui pèsera toute la responsabilité de la victoire entre destin et libre arbitre ; l’être étant toujours dirigé vers le bien commun), et dans le Seigneur des anneaux : abnégation contre abdication. Tout comme chez les Crecs avec Ulysse notamment, les thèmes de la ruse, du courage et de l’errance (prise de risque d’éloignement et d’aventure fort masculine) sont omniprésents. Une référence notoire étant Óláf Haraldsson, futur saint Olaf, passant de l’errance à roi de Norvège, ainsi qu’apôtre de sa christianisation.

    Nous ressentons aussi dans son œuvre un certain sens de la nature contemplative, une écologie saine, conservatrice. Dans son œuvre est même dénoncée « l’aliénation technicienne », réactionnaire et en même temps frôlant à proprement dit le « new age », il invoque la beauté des arbres dans ses lettres. Le monde des Hobbits relève justement du juste milieu entre nature et culture (travail de la terre sans machine complexe et trop sophistiquée). Les mythes nordiques sont d’ailleurs orientés bien plus « campagnes » là où pour les villes, c’est en Méditerranée que les mythes s’y conforment mieux.

    Voilà, pour un tel hommage à ce que l’auteur Auden à surnommer à juste titre le « barde anglo-saxon » !

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  • 3 commentaires




    […] J.R.R. Tolkien – L’auteur renommé de “Le Seigneur des Anneaux” était un catholique pratiquant. Sa foi a eu une influence profonde sur son œuvre, et il a incorporé des thèmes religieux et moraux dans ses écrits. […]


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    […] XXe siècle a vu un autre écrivain catholique cultivé et linguiste, reprendre le flambeau du mythe culturel unificateur : J.R.R. Tolkien. Dans Le Seigneur des Anneaux, Tolkien crée une mythologie nationale pour l’Angleterre, […]


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    […] auteurs chrétiens anglais qui lui ont succédé, notamment C.S. Lewis, créateur de Narnia, et J.R.R. Tolkien, auteur du Seigneur des anneaux. Ces écrivains partageaient avec lui une quête commune : rappeler […]


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