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Publié le par Florian Rouanet
Ces passages sont primordiaux pour bien comprendre la pensée de Maurras dans le contexte de la seconde guerre mondiale.
(chapitre : Conclusion) de Paul Sérrant, Le romantisme fasciste.
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Contre la collaboration :
« Si les écrivains fascistes furent condamnés par toutes les « familles spirituelles » qui composait la Résistance, ils le furent aussi, il est vrai, par le nationalisme dit « attentiste » et par son maître Maurras. Celui-ci rappel à son procès qu’il n’a jamais voulu recevoir pendant l’occupation les journalistes de la presse parisienne « pro-boche », même lorsqu’il s’agissait d’anciens amis de L’Action française. Qu’est-ce que la collaboration intellectuelle, pour Maurras ? C’est le clan des Ya, le parti franco-allemand, « ce parti, dit-il au tribunal, qui, pour nous limiter aux trente dernières années de notre histoire politique, a eu successivement comme chef Jaurès, Caullaux, Briand et, depuis l’armistice, Laval, ou Déat voulant supplanter Laval, ou Doriot voulant supplanter Déat.
Ce parti, Charles Maurras l’a toujours exécré, ce n’était pas l’occupation qui pouvait modifier ses sentiments à cet égard. On comprend qu’il ait été douloureux pour lui de voir un ami de L’Action française comme Bonnard, ou de jeunes collaborateurs de son journal comme Brasillach et Rebatet, et d’autres journalistes, et d’autres militants de son mouvement rejoindre ce « clan ». D’autant plus douloureux que cette adhésion a la collaboration découlait en partie de certaines idées, de certains principes, que Maurras avait lui-même inculqués et enseignés à ses disciples.
Certes, Maurras ne fut jamais fasciste; jamais il n’envisagea la possibilité ou l’opportunité d’un fascisme français, et il ne pardonna pas à Georges Valois- qui fut,au lendemain de la première guerre mondiale, le meilleur économiste de l’Action française – de se séparer d’elle pour fonder le premier mouvement fasciste de France, le Faisceau. Et le principe maurrassien de décentralisation ne pouvait s’accorder avec l’étatisme de Mussolini. En dépit de ces divergences doctrinales, n’en éprouvait pas moins la plus vive admiration pour l’œuvre politique et sociale du Duce. Dans l’introduction d’un livre qui est sans doute sa plus importante œuvre de théoricien, Mes idées politiques (…).☧
P.264/265
La latinité contre le germanisme ?
« Dans un autre livre écrit après son voyage en Espagne, Maurras comparait le cas de Franco a celui de Mussolini. Il formait des vœux pour la restauration de la monarchie en Espagne, mais à condition qu’elle ne fut pas parlementaire, et envisageait une coopération de Franco et du futur souverain analogue à celle de Mussolini et de Victor-Emmanuel III ». [Vers l’Espagne de Franco, 1943].☧
P.266/267
Cette admiration pour les dictateurs latins n’entrainait chez Maurras aucune concession envers l’hitlérisme, dans lequel il ne voyait que la plus récente expression de l’éternelle barbarie allemande. Il refusait le racisme hitlérien (dans lequel il voyait comme une adaptation allemande du messianisme juif), condamnait « tels conservateurs français » qui espéraient en Hitler pour les préserver du désordre, et n’hésita pas à approuver le parti communiste, lorsque celui-ci suggéra qu’on distribuât des extraits de Mein Kampf aux enfants des écoles, pour leur faire prendre conscience du danger allemand. Mais il pouvait difficilement empêcher ses jeunes disciples de constater que l’antifascisme des démocraties ne distinguait pas entre les dictateurs latins et le dictateur germanique, et d’en tirer quelques conclusions quant à la parenté des fascismes et de l’hitlerisme. Et à partir du moment où l’Allemagne et l’Italie s’unirent par une alliance, et où elles accordèrent l’une et l’autre leur concours actif à l’Espagne de Franco, la position maurracienne a la fois antiallemande et pro-italienne et pro-franquiste devenait quelque peu théorique. Ainsi, des maurraciens que l’influence de leur maitre avait orientés vers le fascisme italien en vinrent-ils a penser que l’anti-hitlérisme persistant de leur vieux maitre était plutôt le résultat de son éducation germanophone et de son ignorance du monde germanique que la preuve de son réalisme politique. »
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Fin et conclusion P.267/268
« L’attitude de Maurras après l’armistice, prétendant soutenir totalement le Maréchal et la Révolution nationale tout en refusant pratiquement la politique de collaboration, paraissait également par trop théorique et même chimérique a certains de ses anciens disciples [Robert Brasillach par exemple]. Le principe de la collaboration franco-allemande avait été défini par le Maréchal dans le discours qu’il avait prononcé après l’entrevue de Montoire. Fallait-il, comme l’affirmait Maurras, s’en tenir aux clauses de l’armistice ? Fallait-il attendre au lieu de hâter le retour de la paix entre les deux pays ? Maurras l’affirmait. Lui-même cependant n’attendait pas en ce qui concernait la Révolution nationale : il réclamait l’accomplissement rapide des réformes promises et prévues, l’application du statut des juifs, l’épuration des francs-maçons, puis la lutte contre le terrorisme et la résistance aux menées anglo-saxonnes dans l’Empire et à l’action de la dissidence gaulliste. Les articles de Maurras sur ces différents sujets ne sont pas moins violents que ceux des rédacteurs de Je suis partout ou des autres organes parisiens. Sans doute ces derniers prônaient-ils la collaboration franco-allemande, ce que Maurras ne faisait pas. Mais il ne lui était pas possible d’exprimer ses convictions anti-allemandes autrement que par allusion. Il devait préserver ses attaques contre l’Allemagne et contre la collaboration à des conversations privées, tandis qu’il attaquait ouvertement dans les colonnes de L’Action française les Anglo-Saxons, les Russes, la dissidence gaulliste et l’ensemble des adversaires de la Révolution nationale. Et tandis que les collaborationnistes lui reprochaient son silence hostile à l’égard du problème franco-allemand, les résistants tiraient au contraire arguments de ses campagnes contre les ennemis de l’Allemagne pour le mettre au nombre des « collaborateurs ». D’où le paradoxe d’un Maurras jugé et condamné en 1945 en vertu d’une accusation qu’il portait lui-même contre la collaboration, y compris contre ceux de ses anciens disciples qui s’y étaient ralliés. »
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La question juive :
L’antisémitisme appartenait à la tradition d’Action française, et ses écrivains y ont cédé avec plus ou moins de véhémence. Charles Maurras a cependant toujours maintenu une distinction entre l’antisémitisme d’État, c’est-à-dire l’adoption d’une législation limitant l’influence juive dans la communauté nationale, et l’antisémitisme de peau, c’est-à-dire le racisme passionnel de l’Hitlérisme, qui n’était pour Maurras qu’une manifestation supplémentaire de la « Barbarie germanique ».

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