• « La renaissance du Traditionnalisme en politique » par l’abbé Gabriel de Pascal (Revue du Clergé Français)



    Quand la droite était encore la droite.

  • Cette intervention résonne comme un manifeste de peu de pages. C’est ce qu’un catholique français devrait lire, avant de prétendre pouvoir se renseigner sur les agents « Illuminati » et autres monstres judéo-reptiliens qui se cachent derrière leurs murs.

    Nous comptons vous offrir du magistral en perspective et « garanti » sans déception en vous proposant donc derechef une documentation inédite, grandiose, épanouissante, dont les lignes ne sont pas à perdre tant elles sont jubilatoires sur le fond, et sur la forme, elles sont livrées dans une langue exceptionnelle avec des bonheurs d’expression propres aux lettrés du début du XXe siècle. Une pépite d’or à conserver sur son chevet s’il était possible de le faire.

    Toute la pensée bien comprise, réaliste, traditionnelle et nationale est contenue dans ce document. Nous humons toute la quintessence de la civilisation française chez ce prêtre distingué qui use de ses dons – donnés par le Bon Dieu – pour enseigner doctement les foules. Rien qu’à le lire, c’est un véritable épanouissement qui provoque un souffle de jeunesse quelle que soit l’ancienneté du texte et l’âge du lecteur.

    Les maîtres mots de cet exposé sont : France, Europe, tradition, histoire, contre-révolution, chrétienté, nationalisme, monarchie sociale, autorité, peuple, héritage, Humanités, etc. Et les grandes personnes de notre histoire médiévale et contemporaine, qu’ils aient été chefs de l’État ou auteurs, sont mises à l’honneur dans leur justesse respective.

    Nous devons faire méditer tous nos gars, notamment ceux qui ont la gâchette royaliste facile, sur ce puissant exposé. Ce prêtre envoie du très lourd. C’est un texte Intégraliste en puissance. Dans ce cas, la formule «  traditionalisme politique » (certes polysémique, mais vantée par saint Pie X dans Notre charge apostolique) ne devrait pas glacer le sang, tant notre serviteur en extrait tout le vrai que l’on puisse en tirer.

    Conscient de tous nos maux, qu’ils viennent de la Révolution ou de la faiblesse des chrétiens, l’abbé de Pascal est à des lustres du royc’autisme automatique, bébête et muséifiant la royauté française sans y voir absolument aucun défaut – sans apporter aucune nuance. Sa mission sacerdotale lui recommande de nettoyer les écuries d’Augias du royalisme, tout en étant un fervent partisan de celui-ci, reconnaissant aussi le Bon et le Beau dans la tradition historique. Et sa pensée droite, pour ne pas dire de Droite, ne l’empêche pas pour autant d’être un « socialisant » (Rerum novarum oblige), loin de là !

    Il y a bien pire que l’extension des maladies virales : la pollution gauchiste et la prolifération de livres foireux, destructeurs pour la bonne santé mentale de nos contemporains par manque de rigueur scientifique (ou raisonnée), doctrinale et morale.

    PS. Les gens nous remercient souvent pour toute la documentation inédite que nous mettons à disposition, néanmoins nous ne serions rien sans notre entourage qui nous les fait parvenir avec bonté.

    Nous remercions au passage, les jeunes – et moins jeunes – qui viennent nous demander quelques renseignements afin de parfaire leur savoir, car s’ils viennent dans une posture d’infériorité, ces mêmes gens, se faisant, participent à notre développement personnel, et cela ne leur empêche pas non plus d’avoir une quelconque supériorité dans telle ou telle autre catégorie. Nous sommes tous complémentaires !

    « La renaissance du Traditionalisme en politique », intervention de M. L’abbé Gabriel de Pascal organisée par Paul Bourget et datant du 4 juin 1904. Cité in. La revue du clergé français, tome 40 (PDF ENTIER). Voici quelques extraits clefs [au-delà des extraits cités, nous vous laisserons découvrir, dans le PDF, une citation – commentée – magistrale d’Ernest Renan] :

    « Je ne suis pas Montalembert, et nous ne sommes pas à la Chambre des pairs ; mais il me semble qu’à l’heure du triomphe encore plus accusé de la Révolution, ayant devant moi des représentants distingués, des échantillons de choix de ce parti qu’on appelait, il y a plus d’un demi-siècle, le grand parti de l’ordre, qu’on appelle maintenant le parti conservateur, j’ai bien le droit de m’écrier aussi: « Je viens parler à des vaincus, vaincu moi-même. » Être vaincu, Messieurs, c’est un accident des batailles humaines ; à cela aucune honte, dès lors qu’on s’est battu avec cœur, avec loyauté, sinon toujours avec intelligence.

    Mais ne pas comprendre la leçon des choses, ne pas chercher la cause vraie de la défaite, ou, l’ayant comprise, l’ayant cherchée et trouvée, ne pas travailler à supprimer le mal, en appliquant le remède véritable – non les recettes empiriques – ce serait là le signe d’une déplorable légèreté et d’une irrémédiable déchéance d’esprit. » (…)

    Nous avons été vaincus parce que, depuis plus d’un siècle, nous avons pensé, nous avons agi, nous avons marché au rebours de la loi fondamentale de notre vie nationale, parce que nous avons oublié, méconnu, méprisé même notre tradition historique. Or, comme le disait un grand évêque qui a été l’honneur de l’Église de France au XIXe siècle: « Une nation ne peut ni prospérer, ni vivre, en dehors des traditions et des lois qui ont présidé à sa formation. »

    Quelle est donc la loi qui a présidé au développement de notre pays? Quelle est notre tradition ? Comment cette tradition a-t-elle été rompue? Que faire pour la renouer ? C’est là ce que je voudrais vous dire en pleine franchise et de telle façon, qu’au bout de la parole, il y ait des résolutions à prendre et des actes à accomplir ; car il me semble que l’heure des pures protestations oratoires et des indignations verbales est définitivement passée.

    Un peuple, messieurs, n’est pas un enfant trouvé au carrefour de l’histoire; il a des ancêtres, un berceau, des origines connues ; il a une patrie; ce n’est pas seulement le sol qui le porte, c’est aussi et avant tout, une tradition, que le passé lègue au présent et que le présent transmet à l’avenir. Une nation est l’aboutissant d’un long passé d’efforts, de dévouements et de sacrifices. Le chant spartiate : « Nous sommes ce que vous fûtes, nous serons ce que vous êtes » est, dans sa simplicité, l’hymne de toute patrie. » (…)

    Mais la tradition, dans quelque ordre que vous le preniez, n’est pas une pétrification, elle est une vie, et une vie marche, croît, s’épanouit, évolue – je ne rejette pas le mot, à une condition toutefois, c’est qu’elle évolue dans le sens du type premier et conformément à la loi fondamentale de son espèce ; sinon, nous aboutirons à une monstruosité et, dans le cas présent, à une monstruosité sociale.  (…)

    Et le propre du véritable homme d’État est, comme le dit, dans une formule pleine et concise, l’un des maitres éminents de la science sociale en notre temps, le baron de Vogelsang « de jeter des racines dans le passé, de comprendre le présent avec ses besoins et ses aspirations, et de lui frayer vers l’avenir un chemin large et sûr. » (…) 

    Or, Messieurs, si on y regarde de près, il me semble ne rien dire de trop en disant que la tradition du pays de France est une, tradition : chrétienne, monarchique, sociale, et cela avec des traits distinctifs, qui lui donnent, parmi les autres peuples, son caractère spécifique. (…)

    Une tradition chrétienne. Le Dieu de la France n’est pas je ne sais quel être suprême, divinité vague, indéterminée, abstraction sans vie et sans amour : c’est Jésus-Christ, dont il est dit au prologue de la Loi salique : Vivat Christus qui regnat super Francos ; c’est dans le Christ qu’elle a été baptisée à Reims ; c’est le nom du Christ qui a rayonné dans les plis de son drapeau, et que ses rois et ses chevaliers ont fait étinceler au soleil d’Orient dans la glorieuse épopée des croisades : c’est l’Évangile du Christ qui a été le ciment de ses institutions, la règle de ses lois, la lumière de son esprit; et c’est lui qui a été l’inspirateur de ce héros incommensurable dont le nom s’identifie avec le nom même de la grandeur Charlemagne – et qui a été le vrai père de la civilisation européenne et chrétienne ; lui, qui a fait éclore sur le sol de France tout imprégné de son influence ces deux merveilleuses fleurs : saint Louis au XIIIe siècle, Jeanne d’Arc au XVe.

    On ergotera tant qu’on voudra, on signalera les abus, les excès, les déviations – je ne les conteste pas et je ne prétends pas canoniser tous les procédés de nos ancêtres en matière religieuse ; mais il reste ceci : que la loi fondamentale de la France était la loi chrétienne. (…)

    C’est le prince qui garde le principe, et c’est l’autorité qui est vraiment, après Dieu, l’auteur d’un peuple. Je ne crois pas qu’il y ait de cette vérité un témoin aussi illustre que notre histoire de France. La grande société du moyen âge de Philippe-Auguste et de saint Louis est sortie de- l’anarchie du Xe siècle, mais cette anarchie aurait abouti à la mort, après des luttes terribles et des convulsions affreuses, sans l’autorité créatrice de la royauté, et sans l’esprit recteur fait de conseil et de force des princes de la dynastie montée sur le trône avec Hugues Capet.

    On ne saurait le nier, c’est une famille illustre entre toutes, qui, par la patience de son génie, par la persévérance de son dévouement, par la continuité de ses services, a formé et fait à la lettre cette belle unité nationale qui s’appelle la France, à tel point que l’histoire lui a décerné à juste titre le nom de Maison de France. (…)

    On n’y a peut-être pas assez pris garde : l’un des objets principaux de la mission de Jeanne d’Arc était de consacrer, de par du Ciel, en Charles VII, ce principe sauveur de l’hérédité: « Gentil prince, je te dis de la part de Messire que tu es vrai héritier de France. Je te dis que Dieu a pitié de vous, de votre royaume et de votre peuple. (…)

    Écoutez ce qu’en 1703, au milieu de ses revers, Louis XIV écrivait au duc de Savoie: « Monsieur, puisque la religion, l’homme, l’intérêt, l’alliance et votre propre signature ne sont rien entre nous, j’envoie mon cousin le duc de Vendôme à la tête de mes armées pour vous expliquer mes intentions. Il ne vous donnera que vingt-quatre heures pour vous déterminer. »

    C’est dit en français et en bon français. C’est la France qui parle ainsi par son roi et plut au Ciel que, sous tous les régimes, on eût conservé la tradition de ce fier langage!

    Monarchique, royaliste et loyaliste, la France l’était à tel point, que même en pleine période révolutionnaire, les travaux d’écrivains bien informés en font foi, le peuple de Paris, le vrai peuple, cependant si trompé, si égaré, restait profondément affectionné à la vieille monarchie. Ils avaient passé de si longues heures ensemble ! Heures de joies et heures de tristesses ; ils se connaissaient de si longue date, ils s’aimaient, ils avaient confiance l’un dans l’autre. (…)

    Tradition sociale: Qu’est-ce que j’entends par là?

    L’édifice de la vieille France qui s’est écroulé à la fin du XVIIIe siècle était régulièrement équilibré dans ses diverses parties, et si des retouches de détail, même nombreuses, étaient nécessaires, ici et là, à tout prendre, l’aménagement, moyennant certaines réformes de distribution, était bien ordonné. Cette sorte de delirium tremens de liberté et d’égalité révolutionnaires, qui ne sont autre chose que le déchaînement violent des pires appétits et la déification d’un égoïsme envieux, ne troublaient pas encore le fonctionnement de ce grand organisme. Sans doute, les situations étaient diverses et adaptées par l’éducation, par la coutume, à des fonctions diverses. Mais, comme l’a très bien fait remarquer un historien distingué du droit français, M. P. Viollet, « la parité des situations juridiques n’est pas une garantie certaine de l’harmonie des classes. Deux éléments servent puissamment à cette harmonie: la vie matérielle facile, le contact journalier. Il serait inexact de croire que la vie matérielle ait été pour les petits, dans les siècles passés, toujours difficile. Nos pères ont traversé des crises affreuses, mais ils ont joui aussi de l’abondance et de la paix; et sur beaucoup de points, les salaires des humbles ont été largement proportionnés à leurs dépenses. Enfin, toutes ces classes, tous ces états différents se sont trouvés en contact permanent! plus mêlés, plus confondus que ne le sont aujourd’hui nos bourgeois et nos paysans, nos hommes du monde et nos ouvriers. Nos droits à tous sont maintenant les mêmes, mais nos habitudes, et nos vies diffèrent profondément; les relations n’existent plus. C’est très exactement observé.

    En outre, et en dépit de bien des défaillances, de bien des lacunes, le groupe primordial et nécessaire de la société, la famille, était solidement constituée et défendue, enracinée profondément dans le sol, possédant, grâce au système général de la législation écrite ou coutumière, des garanties sérieuses de stabilité et de continuité. Sous ce régime du droit national chrétien, la France était peuplée de familles professionnelles se transmettant, en même temps que l’amour de la profession, des aptitudes innées en quelque sorte à l’exercer, et une éducation sociale puisée dans l’apprentissage familial, et cela à tous les rangs de la société : familles de paysans, d’artisans, de tabellions, de magistrats, de diplomates, de gens d’épée, et l’on peut dire que le pays a vécu jusqu’à nos jours des débris de ces familles professionnelles.

    Un des plus illustres penseurs de notre temps, Blanc de Saint-Bonnet, a dit cette parole profonde: « Tout homme est l’addition de sa race, et il a ajouté ces fortes pensées qu’ont vécues les vieilles générations et que ne peut supporter notre orgueil démocratique : « Hâter les familles par les moyens extérieurs n’est pas d’une forte politique. Les familles ne redescendent déjà que trop promptement, pour que ce soient d’autres forces qu’une héréditaire vertu qui les soulèvent… Il faut que les difficultés et des vertus aient été constantes pendant plusieurs générations fortifiant et le rang et l’éducation pour produire ce qu’on appelle une famille distinguée. Le chêne met deux siècles à croitre, peu d’années suffisent aux bois blancs. » (…)

    Certes, dans les deux derniers siècles, il y avait eu bien des fléchissements. Je ne donnerai jamais comme un idéal ce qu’on appelle proprement l’ancien régime, mais la tradition restait vivante quoique entamée, et nos rois n’oubliaient pas les serments du sacre qui faisaient d’eux les gardiens de la justice, les protecteurs des pauvres, des veuves, des orphelins, de tous les délaissés. Et laissez-moi, Messieurs, le dire en passant, si je suis un partisan déterminé, convaincu, hardi, trop hardi même au sentiment de quelques-uns de mes amis, de nombreuses et profondes réformes sociales; c’est que, en tant que chrétien, j’estime, qu’au lieu d’être des nouveautés téméraires comme le pensent certains conservateurs mal informés de la doctrine et de l’histoire, elles sont la conséquence, l’application logique de ma foi, et en tant que Français et royaliste, j’en retrouve les traces, l’idée, l’esprit dans toute la tradition de mon pays.

    Un jour, au Reichstag, le prince de Bismarck disait: « C’est une des traditions de la dynastie que je sers de prendre les intérêts du faible dans la lutte économique. » Frédéric le Grand disait: -je serai le roi des gueux ». Eh bien, messieurs, ça a été une des plus chères traditions de notre vieille dynastie que d’avoir été la protectrice du peuple, et je ne crois pas qu’il y ait jamais eu deux rois plus vraiment sociaux – dans le sens que l’on donne aujourd’hui à ce mot- avec la mesure et avec le caractère propre au génie national, que notre saint Louis et notre Henri IV. Bossuet devait songer à eux lorsqu’il écrivait ces belles paroles : « Dans un, peuple ceux à qui le prince doit le plus pourvoir sont les faibles. (…)

    L’ancien régime a été une déformation de la saine tradition chrétienne et française, mais il en gardait de beaux restes ; il était réformable. Pour le réformer, ce à quoi il tendait comme on le voit quand on étudie les premières années du règne de Louis XVI – il aurait suffi d’éliminer l’élément païen et césarien qui empoisonnait son sang. Mais au lieu de faire sagement les réparations nécessaires, on a préféré procéder par une démolition totale de l’édifice, et au lieu d’une évolution qui ne rompt point avec la tradition, mais en est au contraire la rénovation et le développement normal, on a eu la Révolution – toujours en cours – qui est la rupture violente avec la continuité historique et avec les liens sociaux qu’elle a créés. Il serait cependant grand temps de mettre un terme à des expériences qui jettent le pays alternativement dans un état ataxique et dans un état comateux, où il court risque de perdre la santé et la vie. (…)

    L’Église de France était alors affaiblie, gênée dans un État qui, tout en la reconnaissant encore comme la première institution nationale, était sur plus d’un point infidèle au véritable esprit du christianisme, tandis que sous le régime issu de 89, qu’il soit césarien ou libéral, l’Église de France est une Église spoliée, persécutée sous diverses formes dans un État tantôt légalement indifférent en religion, tantôt manifestement athée comme à l’heure présente. (…)

    La Révolution n’a pas respecté davantage la tradition politique et monarchique de la France. Elle a décapité cette grande royauté dont Renan a dit qu’elle « avait été si profondément nationale que, le lendemain de sa chute, la nation n’a pu tenir sans elle ». Mais la question est de savoir si une nation peut vivre longtemps privée de sa loi traditionnelle. Ne ressemble-t-elle pas à un édifice qui se soustrairait tout à coup aux lois de la gravitation?

    Les grands ancêtres, à commencer par les constituants de 1789, grisés par la liqueur frelatée du Contrat social, ne virent dans la société qu’une immense agglomération d’individualités humaines réunies par le lien d’an contrat volontaire, et formant une monstrueuse collectivité amorphe, recevant tout, mouvement, action, de la puissance de l’État, incarné, soit dans un homme, soit, ce qui est pire, dans une assemblée anonyme irresponsable. Nul ne l’ignore, la Constituante, poussant jusqu’au bout l’œuvre, déjà malheureusement commencée par la royauté absolue, passa un niveau impitoyable sur toutes ces formes merveilleusement variées de la vie sociale, détruisit toutes les corporations, interdites même jusqu’à l’espérance de pouvoir s’associer en vue « de prétendus intérêts communs, et il ne resta plus, d’un côté, que de la poussière humaine livrée à tous les vents et de l’autre l’État omnipotent et omnivore. (…)

    « Triomphe public de l’athéisme, déconstruction politique de la France, dissolution de la famille, et comme on l’a dit énergiquement, démolition du sol national, voilà l’œuvre de la Révolution, qui a rompu avec la tradition chrétienne, monarchique et sociale de la France. Mais qu’on y prenne garde, comme l’écrivait Blanc de Saint-Bonnet après 1848 : « Quand les hommes perdent de vue les nécessités morales, Dieu fait sortir la lumière des nécessités
    d’un autre ordre… Les faits parleront leur grande voix. La vérité quittera les hauteurs de la parole : elle entrera dans le pain que nous mangeons, dans le sang dont nous vivons · la lumière sera du feu : les hommes se verront entre la vérité et la mort..
    Auront-ils l’esprit de choisir? Oui, auront-ils l’esprit de choisir? »
    Question redoutable, question angoissante. » (…)

    Et le frère d’armes de Joseph de Maistre, le vicomte de Bonald, formulait dans un style lapidaire ces deux maximes: « La Révolution française, ou plutôt européenne, a été un appel fait à toutes les passions par toutes les erreurs : elle est, pour me servir d’une expression géométrique, le mal élevé à sa plus haute puissance. (…)

    D’un autre côté, Le Play, ce grand homme de bien, ce vrai sage, était amené par une observation loyale et patiente, à déclarer que le Décalogue était la première loi sociale d’un peuple, et à s’élever contre ce qu’il appelait « les faux dogmes de 89 ». (…)

    « Nous devrions chercher ce qui reste de la vieille France et nous y rattacher par toutes nos fibres… C’est pour avoir établi un régime où l’État centralise en lui toutes les forces du pays. Et pour avoir violemment coupé toute notre attache historique entre notre passé et notre présent, que notre Révolution a profondément tari les sources de la vitalité française. » (Paul Bourget, Outre-mer) (…)

    Je ne songe pas à canoniser tout ce que disent et tout ce qu’écrivent nos amis d’Action française, mais je tiens a proclamé en eux de loyaux et vaillants serviteurs de la tradition, et ils le prouvent bien, en reconnaissant comme leurs maîtres les mieux écoutés, les grands ainés dont je viens de citer les paroles. (…)

    Et M. le comte de Montesquiou ajoute cette remarque profonde : « Pour se rendre compte si le pouvoir est absolu ou non, c’est bien plus la nation que le pouvoir qu’il faut considérer. La nation est-elle désorganisée, le pouvoir est forcément absolu. La nation est-elle organisée, le pouvoir se trouve naturellement limité. » Et cette limite se trouvera dans un sincère régime représentatif basé lui-même sur une forte et large organisation corporative. (…)

    Mais laissons là les phrases vides d’un libéralisme auquel personne ne croit plus et la rhétorique poncive d’un conservatisme vieillot, disons franchement au peuple des choses, non des mots; promettons-lui ce qu’il a le droit de demander et ce que nous avons le devoir de lui donner : une organisation sociale et économique, qui « tende à procurer – je veux employer les termes mêmes que je trouve dans un document public récemment émané du Vatican – un soulagement aux maux des ouvriers, une plus équitable distribution du travail en raison des forces, de l’âge ou du sexe de chacun, le repos du dimanche, et en général la protection du travailleur contre les abus qui ne tiennent pas un compte effectif de sa dignité d’homme, de sa vie morale et familiale». Tels sont, Messieurs, les termes de la lettre du Saint- Siège, adressée le 24 mars 1904 au président de l’Association internationale nationale pour la protection légale des travailleurs ; cela va loin, très loin; mais c’est là – non comme le disent parfois certains conservateurs, avec une légèreté singulière, du socialisme – c’est la pure, la vraie tradition chrétienne et j’ajouterai française. (…)

    Concluons, Messieurs. La France a glorieusement vécu de sa tradition pendant quatorze siècles ; depuis plus d’un siècle qu’elle l’a rejetée, elle ressemble, en dépit des meilleures volontés et des plus généreux efforts, à un organisme dont la maitresse pièce est brisée. J’ai donc le droit de dire au nom de l’expérience historique: ou la France reprendra sa tradition ; elle sera chrétienne, monarchique, sociale, elle sera cela, tout cela, ou elle ne sera pas – j’entends d’une vie digne de son passé et de ses destinées. Ce n’est pas là, Messieurs, une parole d’encouragement, c’est une parole d’espérance, car je ne consentirai jamais à désespérer de mon pays, tant qu’il y restera une poignée d’hommes de foi et d’hommes de cœur. Et nous sommes plus qu’une poignée, et nous pouvons être demain la nation tout entière. (…)

    Je ne me dissimule pas la difficulté de l’entreprise à laquelle je vous convie, mais je veux vous rappeler ce mot de l’un de nos amis : « La politique est l’art de rendre possible ce qui est nécessaire. »


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