• Abbé Lafitte, Mgr Sim et le Siège vacant : le schisme, c’est de ne point vouloir de Pape



    Un sermon de Toussaint tolère la palabre des évêques mais proscrit l’élection d’un Pontife

  • Mgr Sim répond : sans capitaine, point de cap
    L’abbé Rolland, quant à lui – contrairement à l’IMBC -, en exploite la surface sans en saisir le fond !

    ⁂ 𝔄rène des équipages sans timonier

    Palabres, 𝔬̂ lecteur, tant que l’on voudra ; Pape, jamais. Tel est le mot d’ordre, d’une douceur trompeuse, que la chaire de l’abbé Lafitte vient d’offrir à la Tradition en ce dimanche de la Toussaint.

    Appuyé de plumes amies, nous avons déjà répondu, pièces en main, à l’abbé Michel Marchiset et à sa « suppléance au frein à main » : Refutatio : l’abbé Michel Marchiset, ou la tradition de la suppléance au frein à main. La matière reparaît derechef. D’après l’écoute de nos correspondants, moins hostile au demeurant, l’abbé Lafitte consent que les évêques et les clercs de Tradition s’entretiennent, mais ne veut rien ouïr de l’élection d’un Pontife. Or une palabre qui s’interdit sa conclusion n’est qu’un salon : le schisme théorique comme véritable, c’est de ne point vouloir de Pape – de faire abstraction du principe d’autorité – et de demeurer autocéphale, en sa chapelle, ad vitam aeternam.

    Mgr Michael Mary Sim a dit l’inverse, sans détour : sans capitaine à bord de la barque, la première affaire est d’en élire un. L’abbé Rolland s’emploie à tirer cette parole à lui ; nous l’avions déjà remis à sa place : L’imposture du quiétisme prophétique. Reste le guérardisme, qui attend d’un collège de cardinaux ce que sa propre école s’interdit d’espérer.

    • 📌 Abbé Lafitte – Mgr Michael Mary Sim – Concile général imparfait – Pastor aeternus – Martin V – autocéphalie – guérardisme

    🎙️ 𝔄ntenna

    I.O. Vox Frequencia (capsule auditive)

    📽️ Documentation audiovisuelle

    Sermon de l’abbé Lafitte pour la Toussaint, relayé par « Catholique de toujours » (passage examiné à partir de 33 min 8 s)

    Vidéo « Mgr Michael-Mary SIM et le conclave… », chaîne David Tower – Father ROLLAND, mise en ligne le 2 novembre 2026

    ☧ 𝔏exique martial

    Trois mots-balises pour sonder l’affaire, relevés dans les dictionnaires et non de mémoire.

    « ACÉPHALE », adjectif : « Sans tête. »
    – Larousse, dictionnaire en ligne, art. « acéphale ».

    « AUTOCÉPHALE », adjectif, didactique : « Se dit d’une Église qui refuse de reconnaître un chef unique. »
    – Le Robert, dictionnaire en ligne, art. « autocéphale ».

    « SCHISME », nom masculin, Religion : « Acte par lequel un groupe de personnes appartenant à une confession religieuse se sépare de celle-ci » […]
    – TLFi (CNRTL), art. « schisme », A.1.

    ᛟ 𝔄ncienne école

    Un seul texte, mais d’une solennité à faire taire les salons : celui que le Concile du Vatican consacra à la perpétuité de Pierre, car l’Église ne peut se passer de Chef.

    « …beatum Petrum ceteris Apostolis praeponens in ipso instituit perpetuum utriusque unitatis principium ac visibile fundamentum. »
    – Pie IX, constitution dogmatique Pastor aeternus (18 juillet 1870), prologue. Traduction libre : en plaçant le bienheureux Pierre à la tête des autres Apôtres, il a établi en lui le principe perpétuel et le fondement visible de l’une et l’autre unité.

    « …Romanum Pontificem non esse beati Petri in eodem primatu successorem ; anathema sit. »
    – Pie IX, Pastor aeternus (1870), chap. II, canon.

    Σ 𝔓lan d’attaque

    Trois manches, un seul adversaire : l’accoutumance à la vacance.

    Sommaire

    • Ⅰ. 🧭 Palabre permise, élection défendue : l’abbé au milieu du gué
    • Ⅱ. ⚔️ Mgr Sim, le navire et le capitaine
    • Ⅲ. 🛡️ Le guérardisme, ou le conclave que l’on n’ose point nommer

    Où l’on cause longtemps pour ne rien décider

    Ⅰ. 🧭 Palabre permise, élection défendue : l’abbé au milieu du gué

    Soit : accordons à l’abbé Lafitte tout ce qu’il demande. Que les évêques et les clercs de Tradition s’entretiennent, s’écrivent, se visitent, se rapprochent ; nous y applaudissons. Mais de quoi s’entretiendront-ils ? Non de Chocapic en tout cas. De la liturgie, de la Foi, des écoles ? Ils y pourvoient déjà, chacun en sa chapelle. Le seul objet qui requière leur conférence, et que nul ne traitera à leur place, c’est le Siège de Pierre vacant. Interdire d’avance l’élection d’un Pontife, c’est convoquer une assemblée en lui confisquant son ordre du jour. À l’écoute du sermon, vers la trente-troisième minute, c’est pourtant ce que l’on entend : la conversation permise, la conclusion proscrite. De l’avis de qui a suivi le propos jusqu’au bout, l’abbé y prend même le contre-pied de Mgr Guérard des Lauriers.

    Le Concile du Vatican n’avait point laissé ce flottement. Pie IX y enseigne que Notre-Seigneur, voulant l’épiscopat un et indivis, plaça le bienheureux Pierre à la tête des Apôtres comme principe perpétuel et fondement visible de la double unité des évêques et des fidèles. Le même chapitre frappe d’anathème qui nierait que le Pontife romain soit le successeur de Pierre dans cette primauté. La perpétuité n’est point un ornement ; c’est une institution, et l’on ne bénit point une vacance sans terme sans traiter l’ordonnance du Christ en pièce de musée.

    Le Robert possède un mot pour cet état : est autocéphale l’Église qui refuse de reconnaître un chef unique. Des chapelles, chacune sous son évêque (ou pis, vagus) et sans chef visible au-dessus d’elles, offrent la copie conforme de cette autocéphalie. Le comble, brochant sur le tout, est de la baptiser fidélité. Une Église acéphale n’est point un régime : c’est une plaie, et l’on ne guérit point une plaie en s’y installant.

    Ⅱ. ⚔️ Mgr Sim, le navire et le capitaine

    À ceux qui craignent le « conclavisme » sur un coin de table…

    Il y a mieux que nos raisons : la parole d’un évêque. Mgr Michael Mary Sim, sacré le 25 juillet 2026 à Papa Stronsay par Mgr Pierre Roy, assisté de Mgr Rodrigo Ribeiro da Silva et de Mgr Fernando Altamira, a exposé, dans un entretien accordé à Stephen Kokx, l’alternative qui s’impose à toute communauté de Tradition. Voici la traduction française – qui circule par Unam Sanctam -, à collationner avec l’enregistrement anglais.

    Première voie : « Vous pouvez vivre au sein d’une communauté fermée qui a trouvé un évêque et qui se contente volontiers de mener une vie catholique, en gros sans Pape, pour toujours et à jamais. Amen. » Seconde voie : œuvrer sans relâche à l’unité, jusqu’à un concile, même imparfait. Son jugement sur la première tient en peu de mots : « Je pense que c’est une idée dangereuse. » Et sur la tâche : « Car si le navire est sans capitaine, la première chose à faire est d’élire un autre capitaine, de trouver un moyen d’en avoir un, quel que soit le temps que cela prendra. »

    Il ne s’agit point d’un excès de zèle. L’annonce de son sacre, publiée par la communauté de Papa Stronsay, précise qu’il « will not be a mere dispenser of sacraments ». Un évêque qui n’est point un simple dispensateur de sacrements est un évêque qui répond de l’Église entière, et donc de son Chef absent.

    Qu’on ne lui prête point, de surcroît, ce qu’il récuse. Certains – suivez notre regard ! – lui font dire que les promoteurs d’un conclave seraient « stupides ». Le texte porte l’inverse : il rapporte la conclusion hâtive de certains – « Un conclave va avoir lieu. Ces gens sont stupides. » – puis la rejette : « Ce n’est pas du tout cela. » Il déclare soutenir l’initiative Unam Sanctam et écarte que Mgr Roy sacre des évêques pour y recruter des membres.

    L’abbé Xavier Rolland, dont une vidéo mise en ligne ce 2 novembre s’intitule « Mgr Michael-Mary SIM et le conclave… », semble vouloir enrôler l’évêque : de l’avis de divers lecteurs de la revue CANA, il lui fait dire ce qu’il ne dit point. Nous l’avions repris en août sur l’attente d’un signe céleste : L’imposture du quiétisme prophétique. Mgr Sim appelle à travailler ; l’abbé, à patienter indéfiniment. Un fidèle qui s’est entretenu avec l’évêque rapporte qu’il se dit évêque de toute l’Église et non d’une seule communauté, favorable au Concile général imparfait et réservé seulement sur la précipitation. Voilà qui ressemble peu à un « anti-CGI ».

    Ⅲ. 🛡️ Le guérardisme, ou le conclave que l’on n’ose point nommer

    La fenêtre d’Overton désigne pour nous ce qui a été frayé comme chemin par Unam Sancctam :
    soit l’éventail des idées qui passent, à un moment donné, pour acceptables et dicibles dans le « débat public ».

    Il serait injuste d’oublier la thèse de Cassiciacum, dont l’abbé n’a nul besoin d’être le tenant pour en suivre la pente. Le dominicain Michel-Louis Guérard des Lauriers la publia en mai 1979, dans le premier numéro des Cahiers de Cassiciacum, sous le titre « Le Siège apostolique est-il vacant ? » : Giovanni Battista Montini, Paul VI, n’y serait « pape » que materialiter, non formaliter. La thèse a, soit, le « mérite » de tenir la vacance formelle pour un mal, une privation, non pour un état à habiter.

    Reste à savoir par où l’on en sort. Un publiciste de Nuntiatoria relève, le 18 août 2026, l’écueil : les générations successives de cardinaux ont été nommées par des hommes auxquels Cassiciacum dénie lui-même l’autorité formelle. Les partisans de la thèse attendent donc leur Pape d’un collège dont ils contestent la source, et reprochent de « conclavisme » à qui propose un Concile général imparfait, c’est-à-dire l’assemblée de ceux qui détiennent la succession apostolique. À ce compte, les « vrais conclavistes » ne sont point ceux qu’on dit !

    L’histoire a connu pis, et mieux. Le Grand Schisme d’Occident prit fin le 11 novembre 1417, quand Martin V fut élu à Constance par un conclave de vingt-deux cardinaux et de trente délégués des cinq nations du concile, après qu’on eut écarté les trois compétiteurs. On objectera la différence des cas : soit ; elle ne prouve qu’une chose, c’est que l’Église, dans l’épreuve, a toujours cherché son Pape, jamais décrété qu’elle pouvait s’en passer. La mentalité qui s’accommode de l’acéphalie n’est plus catholique : encore faut-il s’en aviser.


    ☩ ℭoup de grâce

    • Causer sans élire, c’est naviguer sans jamais lever l’ancre 🎯

    Le Vatican occupé a trouvé son mot pour Mgr Sim : par la voix de l’évêque d’Aberdeen, Mgr Hugh Gilbert, il l’a déclaré coupable de schisme. Le TLFi définit le schisme comme l’« acte par lequel un groupe de personnes appartenant à une confession religieuse se sépare de celle-ci ». Nous ne connaissons point de séparation plus consommée que le consentement tranquille à vivre sans Chef : prier pour un Pape que l’on se défend d’élire, bénir une vacance que l’on se garde de guérir, tenir sa chapelle pour l’Église entière.

    Gong ultime, monsieur l’abbé : causez, c’est votre droit ; mais que votre causerie ait un terme, et que ce terme porte un nom – Pierre.
    Sans quoi vous ne serez point le gardien du navire : vous en serez le gardien à quai, ad vitam aeternam.

    À savoir

    • Pastor aeternus (1870) : la primauté de Pierre est instituée pour durer, et l’unité des évêques comme des fidèles repose sur ce principe visible.
    • Une conférence d’évêques qui s’interdit l’élection d’un Pape est un aveu de renoncement : l’objet du Concile général imparfait est le rétablissement du Siège.
    • Mgr Sim distingue deux voies : la clôture sans Pape « pour toujours et à jamais », ou l’unité en vue d’un concile, même imparfait ; il tient la première pour dangereuse.
    • Constance, 11 novembre 1417 : l’élection de Martin V clôt le Grand Schisme d’Occident.

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    • La Rédaction

    📚 Pour approfondir

    • Pie IX et Concile du Vatican, constitution dogmatique Pastor aeternus, 18 juillet 1870 (texte latin sur vatican.va).
    • Michel-Louis Guérard des Lauriers, « Le Siège apostolique est-il vacant ? (Lex orandi, lex credendi) », Cahiers de Cassiciacum, n° 1, mai 1979, Association Saint-Herménégilde.
    • Stephen Kokx, « My Exclusive Interview With The Transalpine Redemptorists », Kokx News, 4 mai 2026.
    • Annonce du sacre de Mgr Michael Mary, communauté de Papa Stronsay (document ConsecrationAnnouncement_en, papastronsay.com).
    • Ansgar Wildermann, « Martin V », Dictionnaire historique de la Suisse, version de 2002 remaniée en 2009.
    • « Cassiciacum and the Problem It Does Not Solve », Nuntiatoria, 18 août 2026.

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