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Publié le par Florian Rouanet
Où l’on accorde à notre contradicteur une phrase pour lui reprendre tout le reste, encyclique comprise !
https://nov9blogg9.blogspot.com/2026/10/florian-rouanet-daigne-me-repondre.html
Chers lecteurs, souffrez que je me répande derechef sur cette joute avec M. Hans Georg Lundahl, dont nul ne contestera l’érudition ni la vivacité de plume. Ce dernier a daigné répondre à notre mise au point du 19 octobre. Il en reprend les arguments un à un, comme il en a le droit. Nous lui rendrons la pareille, chapitre après chapitre, avec la même franchise.

Son argumentation semble juste, au premier abord, non en ses détails !
I. Ce que nous accordons, et ce qu’il en coûte à notre contradicteur
Accordons d’emblée ce qui doit l’être. La phrase liminaire de Johannes Öhquist, prise à la lettre, réfute toute idée de persécution d’hommes d’Eglise dans le Troisième Reich. Elle est inexacte. Dès le premier paragraphe de Mit brennender Sorge, Pie XI dit observer « le chemin de douleur de l’Église ». Plus loin, il évoque l’heure où la Foi des catholiques allemands est éprouvée « dans le feu de la tribulation et de la persécution cachée et ouverte » (§ 8), du moins dans la société d’alors. Il assure enfin de sa reconnaissance les prêtres suivis, « pour certains jusque dans la cellule de prison et le camp de concentration » (§ 44). Nous n’avons jamais cité Öhquist comme une autorité sur la persécution. Nous l’avons cité comme témoin du statut juridique de l’Église allemande, et ce témoignage demeure exact.
Mais que M. Lundahl relise l’encyclique qu’il nous oppose. Le grief central de Pie XI ne porte pas sur l’absence de statut, il porte sur sa violation ressentie. Le Pape rappelle qu’il a conclu le Concordat de 1933 par sollicitude pour « la liberté de la mission salvatrice de l’Église » (§ 3). Puis il dénonce, de l’autre côté, une gradation : « die Vertragsumdeutung, die Vertragsumgehung, die Vertragsaushöhlung, schließlich die mehr oder minder öffentliche Vertragsverletzung » (§ 6). Autrement dit : l’interprétation tendancieuse du traité, son contournement, son évidement, son inaboutissement. Il parle encore de l’école confessionnelle « protégée par le concordat » (§ 7) et des associations « protégées dans le Concordat » (§ 41).
Le Pape raisonne donc à l’intérieur du cadre que décrivait Öhquist. La persécution qu’il condamne est celle d’un pacte trahi. C’est une persécution si l’on veut, mais elle n’est pas du tout de même nature que celle d’un régime qui abolit le pacte lui-même.
Car tel fut le cas français. En 1905, la République n’a pas violé le Concordat, elle l’a supprimé. L’article 2 de la loi du 9 décembre 1905 le dit sans fard : « La République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte. » Saint Pie X a réagi en conséquence. Dans Vehementer Nos, le 11 février 1906, il ne se plaint pas d’une infidélité à un traité ; il condamne le principe même de la séparation. Deux Papes, deux encycliques, deux régimes : l’un subodore une trahison ou un abandon relatif, l’autre condamne une négation absolue. Telle était exactement notre distinction. M. Lundahl croyait apporter la pièce qui nous accable, il a apporté celle qui nous fonde.
Le régime ici s’affirmait avec constance, il n’était pas un clérical du lendemain ni du moins un anti-clérical du surlendemain.
II. Le roi de Bohême et le sceau de la confession
Notre contradicteur invoque ensuite Venceslas IV et saint Jean Népomucène. Le roi accordait à l’Église un statut public plus généreux que celui du Reich, et pourtant il fit jeter le saint dans la Vltava en 1393. Benoît XIII l’a canonisé en 1729. Selon M. Lundahl, l’argument d’Öhquist conduirait à nier ce martyre.
L’exemple se retourne de lui-même. Aucun historien de l’Église ne dit que « l’Église était persécutée en Bohême » sous Venceslas IV. On dit qu’un prêtre fut martyrisé par un souverain colérique, dans un conflit de juridiction avec l’archevêque Jean de Jenštejn. On distingue donc, très naturellement, la persécution d’un membre de l’Église et celle de l’Église comme corps constitué. C’est la distinction même que notre mise au point établissait entre les « répressions ciblées » contre certains clercs et le statut institutionnel du culte. M. Lundahl la nie dans sa thèse et l’emploie dans son exemple.
Il y a plus fâcheux ! Notre contradicteur avoue ne pas connaître « en détail » le droit de la Bohême médiévale et raisonner à partir de la Suède d’avant la Réforme. Un argument historique qui transpose un royaume sur un autre faute de sources n’a pas valeur de preuve. Il a valeur d’impression.
III. La galerie des princes : Bismarck, Wasa, Henri VIII et le Taciturne
Là, des éléments sont intéressants. Viennent ensuite Bismarck, Gustave Wasa, Henri VIII et Guillaume d’Orange. M. Lundahl veut montrer que les motifs « purement politiques » n’excusent rien. Nous n’avons jamais dit le contraire : notre mise au point précisait que distinguer les régimes « n’absout aucun excès ». Le titre même le portait en exergue.
Observons plutôt comment il ordonne lui-même sa galerie. Wasa et Henri VIII, écrit-il, ont fini par réduire l’Église catholique à la non-existence et à l’illégalité. Il convient donc qu’il y a une différence de degré entre le prince qui persécute sous un statut maintenu et celui qui supprime le statut. Il convient même que le second est pire. C’est l’échelle que nous proposions, et 1905 s’y range du côté de Wasa, non du côté du Concordat de 1933.
Le Kulturkampf est son meilleur argument, et nous le lui reconnaissons volontiers. Les lois de Mai ont emprisonné des prêtres et exilé des évêques dans une Prusse où l’Église restait de droit public, et le bienheureux Pie IX les a déclarées nulles dans Quod nunquam (1875). Un statut public n’immunise pas contre la persécution, nous l’accordons sans peine. Mais un statut public permet de plaider, de résister et de durer, ce que l’Église fit en Prusse jusqu’au retrait de ces lois. Le néant juridique, lui, ne permet rien de tel.
Quant à Guillaume le Taciturne et au Wilhelmus, nous cherchons encore leur rapport avec le statut de l’Église allemande en 1938.
IV. Ferry, Combes et l’aveu du « kif kif »
M. Lundahl écrit : « pour moi, Ferry-Combes et Hitler, c’est kif kif ». Prenons-le au mot. Les décrets de 1880 contre les congrégations, les lois scolaires de Jules Ferry, la loi Combes de 1904 interdisant l’enseignement aux congréganistes : tout cela fut accompli alors que le Concordat de 1801 était encore en vigueur. Notre contradicteur place donc l’Allemagne de 1938 au niveau de la France d’avant 1905, c’est-à-dire en deçà de la séparation. C’est précisément la comparaison que nous faisions. Il croyait nous réfuter, il nous a résumé.
Il ajoute que le laïcisme libéral « n’était pas un néant ». En doctrine, il a raison : c’était une erreur positive, condamnée comme telle. Mais notre mot désignait le statut juridique, et l’article 2 cité plus haut lui donne pleinement raison. Une République qui ne reconnaît aucun culte place l’Église, en droit public, dans le néant. Ce n’est pas une « opinion », c’est le texte de la loi.
V. Le délit de change, invention d’un chancelier du Zentrum
Selon notre contradicteur, instituer un délit de change qui empêche de payer ses dettes à l’étranger serait « révolutionnaire », presque une expropriation. Le contrôle des changes allemand ne doit pourtant rien à la révolution nationale-socialiste. Il est né d’une ordonnance d’urgence d’août 1931 sur la Devisenbewirtschaftung, prise sous le chancelier Heinrich Brüning, homme du Zentrum, le parti catholique, au lendemain de l’effondrement bancaire de juillet. La « Weimar catholique » a donc forgé l’instrument dont le régime suivant s’est servi…
Cela confirme notre propos au lieu de l’infirmer. Les procès de devises intentés à partir de 1935 contre des religieux ont détourné une loi commune préexistante. Ils n’ont pas créé une loi d’exception contre l’Église. C’est la marque d’une persécution sous prétexte civil, et nous remercions M. Lundahl d’avoir relevé que ces mots de « prétexte » et de « frapper » étaient les nôtres. Nous ne cherchions pas à blanchir le procédé : nous en décrivions la nature.
VI. Du procès d’intention à géométrie variable
« Merci pour la pureté de votre intention », ironise notre contradicteur : il juge des textes, non des intentions. Soit. Mais quelques lignes plus loin, il affirme qu’Öhquist « pensait assez probablement que l’état était dans son droit », puis qu’il pensait sans doute que Mgr von Galen « l’avait bien cherché ». Ce sont deux hypothèses sur l’intention d’un auteur mort, sans une ligne à l’appui. La règle doit valoir pour tous ou pour personne.
Même déséquilibre sur l’anachronisme. M. Lundahl admet, avec une loyauté que nous saluons, qu’on ne peut reprocher à un livre de 1938 l’affaire de Münster. Il bâtit pourtant le portrait de l’auteur sur l’archevêque Olof Sundby et les réformes scolaires d’Olof Palme, soit des faits postérieurs de trois décennies. Quant à la généalogie luthérienne d’Öhquist, fils de pasteur, elle ne dit rien de l’exactitude de ses données juridiques. Un fait de droit public ne devient pas faux parce que son rapporteur serait ou est hérétique.
VII. Quelques approximations, pour finir
Une polémique se juge aussi à la tenue de ses détails. Notre contradicteur écrit « Bohrmann » pour Martin Bormann. Il avance que la SS comptait moitié de protestants et un quart de catholiques et de gottgläubig, sans source. Il fait intervenir Stephen Jay Gould et Spinoza dans une question de droit concordataire. Il prête au Pape un « compliment » envers Bormann que l’encyclique ne contient nulle part, puisque les paragraphes 9 à 12 définissent seulement qui n’est pas « croyant en Dieu ». Enfin, il tranche le cas de la division Charlemagne sur la foi de Wikipédia, en tirant argument de ce que « des gauchistes » ne l’auraient pas manquée. Rien de cela n’est grave en soi. Mis bout à bout, cela dessine une méthode qui procède par impressions et par rapprochements – sans doute douteux -, là où la question exigeait des textes, sinon une vue globale.
VIII. Conclusion : une phrase gagnée, une cause perdue
Récapitulons. M. Lundahl a raison sur une phrase : prise à la lettre, l’ouverture d’Öhquist est en partie fausse, et Pie XI l’avait réfutée d’avance. Nous le lui accordons sans réserve, et la vérité y gagne. Mais sa réfutation devait établir davantage, à savoir que notre distinction entre le régime concordataire allemand et la séparation française était un contresens. Or chacune de ses pièces la conforte. L’encyclique raisonne en termes de traité violé. Le martyre de Népomucène sépare la persécution d’un clerc de celle de l’Église. Wasa et Henri VIII illustrent la gradation. Le « kif kif » range l’Allemagne de 1938 en deçà de 1905. Le délit de change remonte au Zentrum et à Weimar…
L’Église allemande de 1937 souffrait certainement, et le Pape a nommée. L’Église de France de 1905 avait été rayée du droit public, ce que saint Pie X a condamné véhémentement. Ces deux maux ne sont pas égaux, ni par nature ni par degré, et c’est servir la vérité que de le dire. Qu’on nous permette de terminer sur la prière qui clôt Mit brennender Sorge : que soient abrégés les jours de tribulation, et que les persécuteurs reçoivent, eux aussi, leur heure de Damas.
Et nul n’a affirmé que 100% des NS professés le « Christ Roi » !Florian R.
Sources
- Pie XI, encyclique Mit brennender Sorge, 14 mars 1937, §§ 1, 3, 6, 7, 8, 9-12, 41, 44 – texte allemand, vatican.va
- Saint Pie X, encyclique Vehementer Nos, 11 février 1906
- Loi du 9 décembre 1905 concernant la séparation des Églises et de l’État, art. 2
- Bienheureux Pie IX, encyclique Quod nunquam, 5 février 1875
- Ordonnance du Reich sur la Devisenbewirtschaftung, août 1931, cabinet Brüning – registre des débats du Reichstag
- F. Rouanet, « Mise au point sur la citation de Johannes Öhquist », Intégralisme Organique, 19 octobre 2026 – lien
- H. G. Lundahl, « Florian Rouanet a tort de citer Johannes Öhquist… » – lien
Léon moins quatorze : Ceuta, l’eau tout court et la royauté comique louis « vingtième »

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