• L’art de la Boxe. Jack London (Augustin)



    Jack London et la boxe : le ring comme arène de la vie

  • Boxer, survivre, écrire… boxer, survivre, écrire… Qui mieux que Jack London pouvait nous faire voyager dans l’univers de la boxe ?

    « Ceux qui me connaissent aujourd’hui, demandez-leur de me définir. Un dur à cuire, diront-ils, une espèce de sauvage qui apprécie la boxe et tout ce qu’il y a de brutal, qui sait habilement tourner ses phrases et faire figure d’initié aux arts, mais qui, comme tout self-made-man, manque d’expérience et de raffinement, défauts qu’il compense avec plus ou moins de succès en jouant les frustres originaux. M’efforcerai-je de les tromper ? Il est bien plus facile de les laisser croire ce qu’ils veulent. »
    Extrait de lettre écrite à son amie et future épouse Charmian Kittredge en 1903, année de publication de  »L’appel de la forêt ». Préface, L’art de la boxe. Jack London.


    Dans  »L’art de la boxe  », Jack London ne se contente pas de nous parler d’un simple sport. Il entre sur le ring comme on entre dans une vérité primitive, nue, éclatante, où l’homme se bat contre lui-même autant que contre son adversaire. Il ne décrit pas la boxe avec l’œil ringard du chroniqueur sportif moderne, mais avec celui du romancier, de l’aventurier, de l’homme complet qui sait que la vie elle-même est un combat de longue haleine. Chez lui, chaque direct du gauche, chaque esquive, chaque mouvement, chaque chute est une parabole de l’existence.
    London aime la boxe, avant tout parce qu’il y reconnaît la loi fondamentale du monde : la lutte pour la survie. La vie, selon lui, n’a jamais été un long fleuve tranquille. Elle est faite de résistance, de volonté, de courage, de quelques victoires et aussi d’échecs. Ce qu’il admirait tellement dans les mers du Sud, dans le Grand Nord ou bien chez les loups de ses divers récits, il le retrouve là, sur le ring : l’instinct animal, la discipline et la noblesse brutale de l’effort pour se distinguer des autres. Le boxeur, au-delà d’être un athlète, est une figure tragique, un homme debout mais seul. Seul face à la fatigue, à la douleur, à ses peurs, et qui pourtant choisi d’avancer.
    Ce qui frappe fort dans ce livre, c’est la précision amoureuse avec laquelle London décrit les gestes. Il connaît la boxe de l’intérieur. Son œil avertit raconte ce que le simple spectateur ne distingue pas. Il ne parle pas seulement des coups, mais du rythme, du souffle, de la distance et de l’intelligence silencieuse qui gouverne le combat. Il comprend que la boxe n’est pas une violence aveugle, mais un art rigoureux, une science du corps et du temps. Il y a dans ses descriptions quelque chose de chirurgical et de poétique à la fois. À l’image d’une représentation artistique où le poing devient un instrument, le ring une scène, et le combat une danse mouvementée terriblement gracieuse que l’on ne se lasse pas d’admirer, d’envier.
    La discipline revient souvent. La boxe n’est pas ici le triomphe de la brutalité, mais celui de la maîtrise de soi et de son entourage. Le véritable champion n’est pas forcément celui qui frappe le plus fort, mais celui qui sait attendre, observer, analyser et encaisser sans perdre de sa lucidité. London admire cette souveraineté intérieure. Cette colère domptée au point de l’embellir et qui fait les grands champions. Il voit aussi dans le boxeur accompli une forme rare d’héroïsme moderne : un homme qui accepte la souffrance pour ce qu’elle est, sans plainte, et transforme la violence en véritable noble art.
    On trouve également, dans son regard, une profonde soif de justice. London refuse le mépris bourgeois envers ce sport en son temps populaire. Il sait que la boxe appartient aux hommes entiers qui ont peu, à ceux qui ont appris très dès l’enfance que rien ne leur serait donné gratuitement. Le ring devient alors un lieu où seul le mérite gouverne : là, au milieu des cordes, il n’y a ni fortune, ni naissance. Seuls parlent le courage, la préparation et la volonté. Cette dimension sociale donne au livre une force supplémentaire. La boxe n’est pas seulement un spectacle. Elle est parfois une échappatoire, une ascension, une dignité conquise à la sueur du front et au goût du sang dans la bouche.
    L’admiration que porte Jack London pour les grands champions n’est jamais naïve. Il connait la fugacité de leur gloire. Il sait qu’un jour le corps trahit, que la jeunesse s’efface, que le héros d’hier devient vite une silhouette oubliée. Cette conscience du déclin donne à ses pages une mélancolie subtile, presque saisissante. Derrière la puissance du combat, il y aura toujours l’ombre du temps. Le boxeur est magnifique précisément parce qu’il est fragile. Il brille parce qu’un jour… il tombera…
    Comme nous tous. Alors avant de tomber définitivement, brillons autant que possible.
    Parcourir  »L’art de la boxe », c’est comprendre que Jack London ne célèbre pas simplement les coups échangés, mais ce qu’ils révèlent au plus profond de l’âme humaine. On y retrouve sa philosophie la plus intime : vivre, c’est lutter ; tomber n’est pas l’échec, mais rester à terre l’est. La boxe devient alors une métaphore de toute existence humaine digne de ce nom. C’est précisément, joint à toute l’élégance qu’elle dégage, ce qui fait son irrésistible beauté.
    Ce livre inspirant transpire la sueur, le cuir rapé et la volonté farouche de lutter. Il transpire tout ce que l’homme honnête recherche, car il y a la rudesse d’un ring maculé de sang et la beauté de la vérité pure, celle qui ne ment pas. London y montre que la boxe n’est pas un divertissement brutal, mais une forme de grandeur personnelle et sociale. Il la juge avec respect, autant qu’avec tendresse, parce qu’il y reconnaît l’homme dans sa forme la plus essentielle :
    vulnérable, fier, et debout malgré tout.

    Jack London signe ici un majestueux uppercut littéraire à vous couper le souffle et vous envoie dans les cordes, des étoiles plein les yeux. La boxe ne se regarde pas seulement, elle se contemple et se vit. À vos gants camarades !

    « Personnellement, j’ai soutenu Burns jusqu’au bout. Il est blanc. Je suis blanc. Naturellement, je voulais voir l’homme blanc gagner. »

    L’art de la boxe. Jack London.


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