• Catholicisme contre dissidence : Pierre Joly trace la ligne



    Entretien texte avec un jeune écrivain catholique sur les fractures doctrinales, morales et politiques entre la foi catholique et la dissidence identitaire.

  • 1) Commencement

    • Cher Pierre Joly, qui êtes-vous en quelques mots ? Et quel est l’objet précis de ce livre ?

    Disons simplement que je suis un jeune écrivain de 29 ans. J’ai publié mon premier livre en 2019, le second en 2023, et le troisième en 2025. L’objet précis de mon troisième livre, c’était d’exposer les divergences doctrinales qui subsistent entre les dissidents et les catholiques afin que chacun puisse choisir son camp librement. L’idée, c’était de faire en sorte qu’une séparation puisse s’opérer calmement entre ces deux communautés.

    2) La dissidence

    Querelles autour de l’Ancien Testament

    • Vous dénoncez les « néomarcionites ». Qu’entendez-vous par là ?

    J’entends désigner par le terme de « néo-marcionites » les gens qui s’appuient sur l’exégèse rabbinique pour rejeter l’Ancien Testament. En fait, les néo-marcionites jugent que l’interprétation rabbinique de l’Ancienne loi est plus crédible et plus cohérente que son interprétation chrétienne. En gros, dans leur esprit, les juifs ont mieux compris la Bible que les chrétiens.

    • Comment répondre aux caricatures du Dieu de l’Ancien Testament (violence, « tribalisme », etc.) ?

    À mon avis, le néo-marcionisme repose plutôt sur une caricature du Dieu du Nouveau Testament. Généralement, le Dieu de l’Évangile est considéré comme un Dieu « gentil ». Sauf que, quand on étudie la doctrine du Christ avec un regard objectif, on constate qu’à aucun moment Jésus ne condamne la violence du Dieu de l’Ancienne Alliance. Bien au contraire, dans l’Évangile selon Saint Luc, on voit même le Christ louer le déluge ainsi que la destruction de Sodome et Gomorrhe, qui sont peut-être les évènements les plus violents de l’Ancien Testament. Donc, en réalité, le Dieu révélé par le Christ n’est pas plus « gentil » que celui de la Torah. Il s’agit en fait du même Dieu.

    Le « cas Soral »

    • Vous pointez des positions contradictoires ou grandiloquentes chez Alain Soral, notamment contre l’Eucharistie. Quelle est la critique de fond ?

    Malheureusement, cela fait très longtemps que Soral s’en prend à la religion catholique. Déjà, en 2006, dans son livre : « Chute ! Éloge de la disgrâce », il se moquait ouvertement des paroles du Christ au sujet de la fondation de l’Église en écrivant qu’il s’agissait d’un calembour. Il se permettait également de faire un jeu de mot assez scabreux en se servant des paroles du Christ pour relater ce qu’il se passait à l’intérieur d’une backroom. D’ailleurs, dans ce même ouvrage, il parlait aussi du « Christ, prophète hystérique ». Je ne sais pas vraiment où il voulait en venir avec cette phrase, mais quand on prétend être un chrétien sans reproche, on devrait éviter d’assimiler Jésus à un fou. Je me souviens également que, dans une vidéo sortie en 2020, il avait également déclaré que l’Ancien Testament était le fumier sur lequel avait fleuri la fleur du Christ. Mais cette métaphore n’est pas très respectueuse pour le Christ, car cela voudrait dire qu’il serait le pur produit d’un tas d’excréments. Bref, tout cela est assez dégoûtant. Après, sur la question de l’Eucharistie, quand Jésus dit que sa chair est vraiment une nourriture, il est évident qu’il ne veut pas dire par-là qu’il faut se nourrir de sa chair comme s’il s’agissait d’un cadavre. Dans son traité sur l’Évangile de Saint Jean, Saint Augustin explique justement qu’on ne doit pas interpréter les paroles du Christ de manière charnelle (comme le faisaient les juifs). D’ailleurs, la doctrine des douze Apôtres rappelle bien que l’Eucharistie est une nourriture spirituelle (je renvoie aux paragraphes 9 et 10 de la Didachè). Sur ce point, le catéchisme du Concile de Trente précise également que « comme il répugne absolument à la nature de manger la chair et de boire le sang de l’homme, c’est une grande marque de Sagesse de la part de Notre-Seigneur de nous avoir donné sa Chair et son Sang adorables sous les apparences du pain et du vin » afin « d’être à l’abri d’accusations calomnieuses, et qu’il nous eût été difficile d’éviter de la part des infidèles, s’ils nous avaient vus manger la Chair de Jésus-Christ dans sa propre forme. » Donc quand Soral parle de cannibalisme pour se moquer de la communion, c’est tout simplement une accusation calomnieuse.

    Mœurs, luxure et impureté dans la « dissidence »

    • Vous accusez une espèce d’« esthétique de la luxure » (séduction, prostitution, anti-chasteté). Pourquoi est-ce central comme sujet ?

    Dans la dissidence, on a souvent tendance à dénoncer – et à juste titre – la corruption des mœurs au sein de la communauté juive. Mais pourquoi se plaindre des déviances sexuelles de certains membres de la communauté juive si, en plus de faire l’apologie de ce libertinage, on le met également en pratique ? À un moment donné, il faut être cohérent. C’est trop facile de se moquer de Strauss-Kahn quand tu as le même mode de vie que lui. C’est un peu facile de s’indigner du fait que certains juifs ont pris la défense de Polanski quand on se permet de défendre Matzneff. Quand Soral ose écrire que « le problème n’est pas la pédophilie, mais la démocratisation de la pédophilie », est-ce qu’il est vraiment légitime pour condamner Cohn Bendit ? L’Abbé Rohrbacher écrivait que « des hommes qui ne savent pas encore si la vertu et le vice sont autre chose que des préjugés de vieilles femmes, ne sauraient, sans injustice et sans inconséquence, blâmer ou condamner quoi que ce soit ». Je pense que cette phrase illustre bien l’hypocrisie qu’on peut observer au sein de la dissidence.

    Islam, alliances et confusions

    • Peut-on parler d’« alliances naturelles » catholiques-musulmans dans l’arène politique et/ou religieuse ? Quelles limites théologiques et historiques ?

    Je pense que parler d’une alliance naturelle entre les catholiques et les musulmans ne peut conduire qu’à de grandes désillusions. Il faut voir l’islam tel qu’il est (et non pas comme on aimerait qu’il soit). Même si nous ne sommes plus au temps des Barbaresques et que – depuis la chute de l’empire Ottoman – l’Islam est clairement sur le déclin, je crois qu’il faut tirer des leçons du passé, et ne pas s’embarquer dans des alliances contrenatures qui, de toute façon, généreront inévitablement des trahisons. Si on croit que les musulmans n’ont rien contre le catholicisme, alors on risque d’être déçu. Dans un célèbre récit rapporté par l’imam Bukhari, on peut lire que Mahomet a prétendu que le Messie reviendra sur terre pour briser la croix (qui est le symbole de la religion catholique). Or, dans son épître aux Philippiens, Saint Paul nous a clairement mis en garde contre ceux qui marchent en ennemi de la croix du Christ. Le pape Pie XI disait d’ailleurs à ce propos : « La Croix du Christ, encore que son nom seul soit déjà devenu pour beaucoup une folie et un scandale (1 Corinthiens 1 ; 23), demeure pour le croyant le signe sanctifié de la Rédemption, l’emblème de la force et de la grandeur morales. Nous vivons sous son ombre. Nous mourons dans son baiser. Il faut qu’elle se dresse sur notre tombe, pour proclamer notre foi, pour témoigner de notre espérance dans la lumière éternelle. » Cela montre justement à quel point la croix est très importante dans notre religion. Ceci dit, le fait de considérer qu’une alliance entre l’islam et le catholicisme est illusoire ne revient pas nécessairement à encourager la guerre civile ou à inciter à la haine envers les musulmans. Personnellement, je serais plutôt favorable à une séparation cordiale entre ces deux communautés. Et, à mon avis, s’il doit y avoir un pacte de non-agression mutuelle entre les catholiques et les musulmans, je pense que cela ne passera certainement pas par une sorte d’islamophilie complètement naïve qui obligerait les catholiques à faire des concessions sur leur religion pour plaire aux musulmans.

    • Que répondre à ceux qui vantent une convergence de « valeurs » en gommant les divergences ?

    Eh bien, il suffit de répondre qu’il existe de nombreuses différences entre les valeurs islamiques et les valeurs catholiques. Que ce soit la consommation du mariage avec des filles prépubères, le mariage temporaire, le divorce à volonté ou la polygamie, ces pratiques ne sont pas conformes à la morale catholique (et on ne peut pas transiger là-dessus). Désolé, mais les catholiques n’ont pas la même conception de la structure familiale que les musulmans. Ce qui est logique, puisque nous n’avons pas la même croyance. Il suffit de s’intéresser à la conception du paradis chez les musulmans pour s’en rendre compte. Dans l’islam, le paradis ressemble à un gigantesque lupanar. Pour dire les choses clairement, l’islam est une religion de libertin.

    Théories du complot, « puissances » et responsabilité intellectuelle

    • Que vous inspire l’expression « mythe incapacitant du complot tout-puissant » ?

    Cette expression m’inspire un état d’esprit défaitiste ou fataliste qui consiste à croire que les juifs (puisque c’est généralement de ces personnes dont il est question quand on parle de complot) auraient le pouvoir de formater toutes nos pensées et de diriger chacun de nos faits et gestes (sans même que l’on s’en rende compte). Dire que les juifs ont une grande influence, c’est une réalité que je ne conteste pas. Mais de là à dire qu’ils dirigent l’humanité tout entière (comme si, à part les dissidents, nous serions tous des juifs mentaux), je pense qu’il ne faut pas exagérer non plus. Par exemple, on est tous d’accord pour dire que l’un des domaines dans lequel les juifs ont le plus d’influence, c’est celui de la finance. Eh bien, pourtant, le directeur de la JPMorgan (qui est la banque la plus riche des Etats-Unis), n’est pas juif. En revanche, le directeur de la Goldman Sachs est bien juif lui (ça, il n’y a aucun doute là-dessus). Mais sa banque est trois fois moins riche que la JPMorgan. Autre exemple, la banque la plus riche d’Europe, c’est la HSBC. Pourtant, son directeur n’est pas juif non plus. D’ailleurs, la banque la plus riche du monde, ce n’est pas la banque Rothschild, mais l’ICBC, qui est une banque chinoise, dont le président n’est pas juif. Même dans le domaine médiatique, je ne crois pas que 100 % des chaînes de télévisions ou des journaux soient dirigées par des juifs. Il me semble par exemple que Rodolphe Saadé ou Xavier Niel n’appartiennent pas à cette communauté… Donc, tout cela pour dire que le lobby juif n’exerce pas une domination implacable dans tous les domaines. Même sur le plan géopolitique, le lobby juif n’a pas réussi à empêcher la majorité des pays du monde de reconnaître la légitimité de l’État Palestinien. Après, si je dis tout cela, ce n’est pas pour inciter les gens à se rallier au lobby juif. Pour ma part, je crois qu’il n’est pas forcément malsain de se méfier de la communauté juive ou de garder une certaine distance avec elle. Mais méfiance ne signifie pas paranoïa. Parce que, quand on commence surestimer la puissance de ce lobby au point de voir des juifs partout, on finit malheureusement par perdre la raison, un peu comme Drumont qui pensait à tort que Léon Gambetta était juif, et que les juifs avaient les yeux clignotants et un bras plus court que l’autre, ou comme Céline qui pensait que tous les évêques étaient juifs et qu’Hitler avait été remplacé par un sosie juif.

    Communisme, théologie de la libération & tentations politiques

    • Une version du marxisme sécularisant le christianisme existe au travers de la « théologie de la libération ». Quel diagnostic doctrinal posez-vous ?

    Disons que la théologie de la libération cherche effectivement à réconcilier le Marxisme avec le Christianisme. Mais cette réconciliation est impossible, et cela pour trois raisons. La première, c’est que le Marxisme a pour but l’abolition de la religion. Karl Marx a d’ailleurs écrit que : « L’abolition de la religion, en tant que bonheur illusoire du peuple, est l’exigence que formule son bonheur réel. » C’est pourquoi le pape Pie XI rappelait que « le communisme est par sa nature antireligieux » et que « personne ne peut être en même temps bon catholique et vrai socialiste ». La deuxième, c’est que le Marxisme a pour but l’abolition des classes sociales (par le moyen de la lutte des classes). Cette lutte des classes repose sur le présupposé selon lequel il y aurait un antagonisme entre le travail et le capital qui – selon Karl Marx – seraient deux termes antinomiques. Or, Pie XI pensait au contraire que le travail et le capital devaient s’associer entre eux. Et Léon XIII écrivait à ce sujet : « Il ne peut y avoir de capital sans travail, ni de travail sans capital. » C’est pourquoi le christianisme a toujours prôné la réconciliation entre la bourgeoisie et le prolétariat, entre les riches et les pauvres, entre les patrons et les ouvriers. La troisième, c’est que le Marxisme a pour but l’abolition de la propriété privée. Le christianisme, au contraire, n’a jamais prôné la confiscation des biens des riches. Il exhorte simplement les riches à partager leurs biens librement, sans chercher à exercer sur eux la moindre coercition. Il est vrai que le Christ nous a enseigné qu’il est difficile à ceux qui se confient dans les richesses d’entrer dans le royaume de Dieu (Marc 10 ; 24), mais comme l’explique Saint Jean Chrysostome : « Il ne dit pas cela pour blâmer les richesses, mais pour blâmer ceux qui en sont esclaves. » Saint Hilaire de Poitiers ajoutait d’ailleurs que : « Ce n’est point un crime d’avoir des richesses, mais il est une mesure à garder dans cette possession ». Sur ce sujet, Saint Bède le Vénérable écrira aussi la chose suivante : « Que l’avare entende donc ceci : il est impossible de servir en même temps les richesses et le Christ. Néanmoins, il ne dit pas : “Celui qui a des richesses”, mais : “celui qui sert les richesses” ; car celui qui sert les richesses les garde comme un esclave, tandis que celui qui a secoué le joug de cette servitude, les distribue comme en étant le maître… » Donc en fait, selon la morale chrétienne, il n’y a pas de contradiction entre le principe de la destination universelle des biens et celui de la défense de la propriété privée. Et même si l’Église a toujours admis que certains types de biens peuvent être réservés à la collectivité, plutôt que de prôner l’abolition de la propriété privée, elle préfère défendre le principe de la justice distributive. Ce principe repose sur cette célèbre formule de Saint Thomas d’Aquin qui disait : « De même que la partie et le tout sont en quelque manière une même chose, ainsi ce qui appartient au tout est en quelque sorte à chaque partie ; et c’est ainsi que lorsqu’on partage entre les membres de la communauté un bien commun, chacun reçoit en quelque sorte ce qui est à lui. »

    3) Nationalismes

    Cartographie du « milieu »

    • Comment décririez-vous, en France, la césure entre « droite nationale-catholique » et « dissidence » ? Où situer les catholiques traditionnels dans ce paysage ?

    Dans la Bible, il y a un proverbe qui dit : « N’incline ni à droite ni à gauche ». Cet adage rejoint un peu la pensée de l’Abbé Julio Meinvielle qui expliquait en substance qu’il ne fallait pas prendre position à droite ou à gauche, mais qu’il fallait plutôt laisser ce genre de termes aux gens du monde. À mon sens, le terme de « droite » est trop réducteur pour définir la doctrine catholique. J’estime donc que les catholiques se situent en dehors du paysage politique actuel. Pour moi, aujourd’hui, être de gauche n’a pas plus de sens qu’être de droite.

    Maurrassiens et place de la religion

    • Vous m’avez dit une fois que le milieu nationaliste avait du mal à se détacher de Maurras, ce qui leur laissait une grande imperfection. Quelles sont vos nuances à ce sujet ?

    Je dirais que la pensée de Maurras a été malheureusement contaminée par le paganisme, l’agnosticisme et le positivisme. Mais, grâce à Dieu, Maurras s’est converti au catholicisme à la fin de sa vie. Il y a d’ailleurs un livre très intéressant qui a été publié sur ce sujet en 2022. Le titre, c’est : Un chemin de conversion. Correspondance choisie entre Charles Maurras et deux Carmélites de Lisieux. Il y a aussi un autre livre d’Emmanuel Beau de Loménie qui explique bien les limites de la pensée Maurrassienne. L’ouvrage s’intitule : Maurras et son système.

    Race, peuples et doctrine catholique

    • Que dit la doctrine catholique de la dignité de toute âme, et comment penser la réalité des peuples sans idolâtrer la « race » ?

    Le Catéchisme du concile de Trente nous rappelle la doctrine suivante : « L’amour que nous avons pour le prochain a ses limites ; vu que le Seigneur nous ordonne de l’aimer comme nous-mêmes. Celui donc qui dépasserait ces bornes, et qui en viendrait à aimer Dieu et le prochain d’un amour égal, commettrait un grand crime. » Donc en gros, puisque l’amour que nous devons à Dieu doit être supérieur à l’amour qui est dû à notre prochain, il s’ensuit logiquement qu’il est permis de se défendre contre le prochain lorsqu’il commet des actions contraires à la loi divine. Par exemple, Saint Louis donnait à son fils le conseil suivant : « Fais chasser les hérétiques et les autres mauvais gens de ta terre autant que tu le pourras, en requérant comme il le faut le sage conseil des bonnes gens, afin que ta terre en soit purgée. » En conséquence, la dignité humaine n’est pas infinie, puisqu’il est possible de perdre cette dignité en commettant des actes délictueux. Quant à la question de la réalité des peuples, Pie XI disait que « c’est une erreur de considérer les indigènes [du lointain Orient ou de l’hémisphère austral] comme des hommes d’une race inférieure ». Il ajoutait aussi qu’il fallait faire la distinction entre « le racisme exagéré » (qui consiste à élever des barrières entre les hommes) et « le racisme sain » (qui consiste à respecter la dignité de chaque race). Toujours selon ce pape, même si l’amour de sa race est une source de vertu et d’héroïsme, le but essentiel de l’éducation n’est pas d’enflammer les esprits d’un amour brûlant de leur propre race comme s’il s’agissait du bien suprême, car la religion n’est pas soumise à la loi de la race, puisque les commandements de Dieu valent indépendamment de celle-ci. Du coup, penser que la religion doit être soumise à la loi de la race et que l’amour de sa race est le bien suprême, reviendrait justement à idolâtrer la race. D’un point de vue surnaturel, il est évident que la foi est plus importante que la race. Comme le disait Saint Pierre : « Dieu ne fait point acception des personnes », car « en toute nation, celui qui le craint et pratique la justice, lui est agréable » (Actes 10 ; 34-35). C’est pourquoi l’Église a pu béatifier un mulâtre comme Martin de Porrès et excommunier un blanc comme Martin Luther. D’un point de vue naturel, en revanche, la race est nécessaire à l’existence d’une nation. C’est pourquoi Pie XII nous enseigne que, si le devoir d’hospitalité s’applique aux étrangers nécessiteux et honnêtes, il peut cependant y avoir des exceptions à cette règle lorsqu’il existe un motif d’utilité publique. En d’autres termes, l’immigration ne peut être acceptée qu’avec une grande modération (afin de ne pas détruire la nation). Comme l’expliquait le Cardinal Michaël Von Faulhaber : « La race et le christianisme ne sauraient s’opposer car ils sont d’ordre différent. La race est de l’ordre naturel, le christianisme est Révélation, c’est-à-dire d’un ordre surnaturel : la race est l’union avec la nation, le christianisme est l’union avec Dieu. La race est union et distinction nationale, le christianisme est universel message de salut à toutes les nations. »

    Littérature polémique : Céline, Rebatet & cie

    • Comment lire des « auteurs puissants » mais délétères pour la foi et les mœurs ?

    L’idéal serait justement de ne pas les lire. Mais si on a le malheur de les lire, il faut au moins les lire avec un esprit critique.

    • Que répondez-vous au « célinisme » du point de vue théologique ?

    Malheureusement, Céline fait partie des idoles qu’il est devenu quasiment impossible de critiquer sans perdre toute forme de respectabilité aux yeux de certaines personnes. Généralement, pour montrer patte blanche auprès des dissidents, il faut absolument clamer une admiration inconditionnelle et sans limite pour Céline. Mais, personnellement, en tant que catholique, je ne peux pas admirer un écrivain qui a dénigré l’Évangile en l’assimilant à un « code de racket », qui a insulté les Apôtres en les désignant comme des « gangsters », qui a insulté l’Église en la désignant comme une « vieille sorcière judaïque », qui a insulté la religion catholique en la désignant comme une « proxénète » et qui a dédié un de ses pamphlets à l’empereur Julien l’Apostat. Et d’ailleurs, je ne comprends pas comment on peut se dire catholique tout en faisant la promotion de cet auteur. Pour moi, rendre hommage à Céline, c’est un peu comme rendre hommage à Luther. Cela n’a strictement aucun sens (quand on est catholique). Alors je sais que je ne vais pas me faire beaucoup d’amis en disant cela… Mais, pour moi, certaines œuvres de Céline auraient largement mérité un autodafé… D’ailleurs, je pense que si Céline avait vécu au XIIIème siècle, Saint Louis aurait ordonné que ses pamphlets soient brûlés avec le Talmud…

    Liberté d’expression, blasphème & ordre politique

    • Peut-on concilier « liberté d’expression » et respect du sacré dans une cité post-chrétienne ?

    Je suis désolé d’avoir à rappeler cela, mais je ne crois pas que – sous le règne de Saint Louis – la liberté d’expression était considérée comme une vertu. La preuve de ça, c’est que : quand Nicolas Donin (un ancien juif converti au catholicisme) avait averti le pape Grégoire IX que le Talmud contenait des calomnies atroces contre le Christ et la Vierge Marie, il n’a pas fallu attendre longtemps pour que Saint Louis organise le procès de cet ouvrage infâme (qui s’est soldé par un autodafé). D’ailleurs, Jean de Joinville a même rapporté que Saint Louis avait dit en substance que si un juif osait lui parler en mal de foi chrétienne, il serait prêt à lui planter une épée dans le vendre. Alors évidemment, je ne cherche pas à démontrer que Saint Louis était antisémite. On a tendance à l’oublier, mais Saint Louis a rendu quelques services à la communauté juive. Il a notamment fait réparer quelques synagogues qui avaient été partiellement détruites et il a aussi condamné les auteurs de pogroms à payer des amendes. Je ne crois pas qu’un antisémite aurait fait ce genre de choses. En tout cas, on peut dire que Saint Louis se souciait très peu de la liberté d’expression (et, entre nous, il avait parfaitement raison). Donc si la liberté d’expression n’était pas respectée du temps où notre société était chrétienne, alors pourquoi les catholiques devraient se battre pour cette idée dans une société post-chrétienne ? Aujourd’hui, on est tous d’accord pour dire qu’il est normal que la diffamation soit punie par la loi. Pourtant, quand on s’oppose à la diffamation contre Dieu ou ses saints (ce qui relève du blasphème), nos adversaires crient au fanatisme. En gros, ils sont contre la diffamation uniquement quand ça les arrange. Alors forcément, les droitards vont toujours nous sortir cette fameuse citation apocryphe attribuée à Voltaire qui aurait dit : « Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu’à la mort pour que vous ayez le droit de le dire. » Pourtant, je ne connais aucun droitard qui serait prêt à se battre jusqu’à la mort pour que les gauchistes ou les islamistes aient le droit de s’exprimer librement. De même que je ne connais aucun dissident qui serait prêt à se battre jusqu’à la mort pour la liberté d’expression des juifs, des droitards, ou des gauchistes. En général, ceux qui disent défendre la liberté d’expression ne défendent en fait que la leur, mais jamais celle de leurs ennemis. En réalité, la liberté d’expression est une utopie. Cette idée est impossible à mettre en pratique, pour la simple et bonne raison qu’on ne peut pas imposer aux gens le devoir de ne pas chercher à empêcher leurs adversaires de s’exprimer, car la censure fait tellement partie de notre nature humaine que nous la pratiquons au quotidien sans même nous en rendre compte. Je pense que toutes les personnes publiques ayant subi des injures et des calomnies ont déjà eu recours aux tribunaux pour faire taire leurs adversaires (ou du moins, ont déjà envisagé la possibilité de le faire). Tous ceux qui sont sur les réseaux sociaux ont déjà bloqué d’autres utilisateurs. Tous ceux qui possèdent une chaîne YouTube ont déjà supprimé des commentaires. Tous ceux qui possèdent d’autres médias se sont déjà interdit d’inviter certaines personnes. Tous les parents qui ont des enfants en bas âge ont déjà interdit à leurs enfants de regarder ou d’écouter certains types de programmes. D’ailleurs, dans toute l’histoire de l’humanité, tous les régimes politiques (qu’ils soient démocratiques ou pas) ont pratiqué la censure, et cela est tout-à-fait normal. En fait, la liberté d’expression est toujours à géométrie variable. Chacun fixe ses propres limites à ce concept. Pour certains, la limite c’est l’islamisme, pour d’autres c’est le gauchisme, pour d’autres c’est le fascisme, pour d’autres c’est l’antisémitisme, pour d’autres c’est le sionisme. En fait, on trouvera toujours plein de raisons pour censurer certaines idéologies. Et puis, même au-delà de ça, je ne crois pas qu’une société où on aurait le droit de tout dire serait forcément une société plus saine. Je crois au contraire que, parfois, il faut mieux se taire plutôt que d’exprimer des idées nuisibles au bien commun. Au fond, moi, ce qui me gêne, ce n’est pas la censure ou le délit d’opinion en tant que tel, mais simplement le fait que ces deux principes soient appliqués à mauvais escient. Aujourd’hui, le pouvoir civil censure ceux qui disent des vérités, mais laisse s’exprimer librement ceux qui propagent des mensonges (alors qu’il devrait justement faire l’inverse).

    Mémoire du XXᵉ siècle & bornes éthiques

    • Comment aborder, en catholique et en citoyen, les sujets historiques les plus sensibles du XXᵉ siècle ?

    Je dirais qu’il faut s’efforcer d’aborder les sujets historiques les plus sensibles avec objectivité. Dans mon livre, j’aborde par exemple la question du révisionnisme. Et, sur ce point, je pense que si Robert Faurisson dit des choses factuellement vraies, il faut avoir l’honnêteté de le dire. Mais s’il dit des choses factuellement fausses, il faut aussi avoir l’honnêteté de le souligner. Par exemple, je pense que Faurisson n’avait pas tort de contester la théorie selon laquelle 6 millions de juifs auraient été exterminés pendant la seconde guerre mondiale. D’autant plus que, dans un article du New-York Times datant de 1900, il était déjà écrit que 6 millions de juifs étaient en train de mourir. Donc avant même que commence la persécution des juifs par le troisième Reich, le chiffre de 6 millions était déjà mentionné dans la presse américaine, ce qui montre bien que ce chiffre est une exagération… De même, je pense que Faurisson n’avait pas tort de contester la légitimité du tribunal de Nuremberg, dans la mesure où les vainqueurs (c’est-à-dire les alliés) n’étaient pas forcément légitimes pour juger les vaincus, car eux-aussi avaient commis des crimes de guerre. Saint Augustin disait que l’on doit la miséricorde au vaincu. Or, le moins que l’on puisse dire, c’est que ce devoir n’a pas été vraiment respecté par les alliés. Ceci dit, là où je ne rejoins pas l’opinion de Faurisson, c’est quand il prétend que le nombre de juifs exterminés par Hitler est égal à Zéro et qu’Hitler n’a jamais ordonné que quiconque soit tué en raison de sa race ou de sa religion. Dans mon livre, en m’appuyant notamment sur certaines déclarations d’Hitler, de Pie XII et de Maurice Bardèche, j’explique pourquoi je pense que ces deux affirmations sont inexactes.

    • Quelle préférence avez-vous (Salazar) ?

    J’apprécie effectivement Salazar, même si je pense que la constitution portugaise de 1933 comporte quelques imperfections. Mais, globalement, j’estime que son gouvernement n’était pas aussi mauvais que peuvent le penser les gens de gauche.

    « Hitler & Islam », récits concurrents et intox

    • On voit circuler des thèses contradictoires (païen, pro-islam, légendes d’après-guerre). Quelle est votre lecture ?

    Il est vrai que, selon les témoignages de Léon Degrelle et d’Albert Speer, Hitler avait une certaine fascination pour l’islam. Après, sur ce sujet, ma grille de lecture est celle de l’Église. Pour moi, entre Pie XII et Hitler, le choix n’est pas difficile à faire. Ceci dit, je me méfie de certaines légendes qui peuvent circuler sur Hitler. Certains disent qu’il était juif, d’autres qu’il était homosexuel. Mais ces rumeurs ne sont pas crédibles à mes yeux.

    4) Catholicisme et conclusions

    Autorité & critères catholiques

    • Sur quoi repose l’argument d’autorité chez un catholique (Écriture, Tradition, Magistère) ?

    Chez les catholiques, l’argument d’autorité repose principalement sur l’Écriture et le Magistère, car les deux jouissent de l’inerrance. Mais les écrits des Pères et des docteurs de l’Église peuvent aussi être très utiles pour réfuter certaines objections.

    • En quoi l’infaillibilité de l’Église borne-t-elle les opinions politiques, historiques et « méta-politiques » ?

    L’Église est infaillible quand elle enseigne en matière de foi et de mœurs. Or, vu que la politique est logiquement subordonnée à la morale (comme le disait Pie XI), les catholiques ont évidemment le droit de s’intéresser à la politique, à condition de ne pas adhérer au programme de ceux qui placent les intérêts de parti avant la religion. Par exemple, quand Pie XI dit que « le communisme est intrinsèquement pervers », le devoir d’un catholique, c’est de se soumettre à ce jugement et, en conséquence, de ne pas faire alliance avec les nostalgiques de l’URSS. Dans un discours prononcé en 1947, Pie XII dénonçait « un surnaturalisme mal compris » visant à séparer radicalement le domaine de la politique et celui de la religion. À titre personnel, je ne m’inscris pas dans ce surnaturalisme-là. Je m’inscris plutôt dans un surnaturalisme bien compris qui n’a pas vocation à se désintéresser de la politique. Mgr de Ségur écrivait d’ailleurs que « la politique est la direction du mouvement social dans l’ordre temporel » c’est-à-dire « la direction des idées, des aspirations et des forces vives d’une nation ». Il précisait également que la politique « intéresse directement l’Église » lorsque celle-ci touche « aux intérêts de la religion » et que « c’est uniquement à ce point de vue que l’Église s’occupe des questions sociales et politiques ». Ceci dit, en matière de politique, je me sens plus proche de Salazar que de Maurras, car l’adage « politique d’abord » ne correspond pas à mes convictions.

    Quelles figures politiques vous semblent offrir des repères équilibrés ?

    À mon avis, le roi Saint Louis et le président de l’Équateur Gabriel Garcia Moreno sont des figures politiques qui peuvent offrir de bons repères.

    Helléno-christianisme

    • Paganisme et christianisme : oppositions irréductibles ou liaisons historiques relatives ?

    Sur ce point, je partage l’avis de Mgr Gaume. Je crois qu’il y a une opposition irréductible entre le paganisme et le christianisme. Il suffit d’avoir lu les écrits de Saint Justin de Rome, de Saint Augustin ou de Saint Jérôme pour s’en rendre compte. De toute façon, les païens détestent le Christianisme au moins autant que les juifs. On sait par exemple que, dès la fin du IIème siècle, un philosophe païen du nom de Celse avait écrit un livre dans lequel il prétend que les chrétiens invoquent des démons, que Jésus était un magicien, un charlatan, un imposteur, et un homme haï de Dieu, et aussi que la Vierge Marie a été convaincu d’adultère. Ces propos n’ont rien à envier à certains passages du Talmud.

    Conclusion

    • Votre « cri de ralliement » adressé aux catholiques de France : que doivent-ils faire dès demain ? Quelles alliances possibles ? Quelle tenue adopter ?

    Sur cette question, je crois que les catholiques de France devraient apprendre à se solidariser ou à se communautariser beaucoup plus qu’avant, quitte à se séparer de certaines organisations politiques – comme E&R, Reconquête ou le RN – afin d’éviter d’être manipulé par des gens qui se fichent royalement de notre religion. Louis Veuillot écrivait : « Je suis catholique d’abord et avant tout ; je subordonne tout à mes convictions catholiques. Ceux qui ne veulent pas cela ou qui ne comprennent pas cela, je ne suis pas leur homme… Je l’ai dit partout et je l’écris tous les jours : l’Église est mon parti. » Et Salazar ajoutait que : « l’union des catholiques dans un but politique, avec pour fin la défense de l’Église, peut être réalisée seulement à travers le sacrifice des opinions partisanes, ou avec la suspension temporaire d’une certaine action politique pour la défense des intérêts de la religion. » Je crois que ces deux citations résument bien la tenue que les catholiques doivent adopter dans le contexte actuel où les partis politiques sont gangrénés par l’anticléricalisme.


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