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Publié le par Florian Rouanet
Gardienne de la Foi face au Siège vacant
📜 Née en 1967 aux États-Unis, la Congrégation de Marie Reine Immaculée porte sur les fonts baptismaux une fervente résistance de catholiques attachés à la Tradition – messes en latin, catéchisme immuable et dévotion mariale – contre les bouleversements de Vatican II, et sans aucune attache avec la Rome moderniste, de près ou de loin.
Forte d’une position proclamant la Sede vacante, elle s’est développée en un réseau mondial de clercs, religieux et fidèles dédiés à la préservation de la foi de toujours. 👑
Table des matières
I. Histoire et fondation de la CMRI
II. Effectifs, séminaire et œuvres apostoliques
III. Présence géographique
• Amérique du Nord (États-Unis, Canada)
• Amérique du Sud (dont Argentine)
• Europe (dont France)
• Asie et Afrique
IV. Comparaisons avec d’autres structures traditionalistes (FSSPX, Mgr Squetino, etc.)-*-
I. Histoire et fondation de la CMRI
La Congrégation de Marie Reine Immaculée (en latin Congregatio Mariae Reginae Immaculatae) est fondée en 1967 à Coeur d’Alene, dans l’État de l’Idaho (USA) – janua-caeli.fr (Histoire de la CMRI, abbé Thomas Le Gal)
Son initiateur est Francis Schuckardt, un laïc très impliqué dans l’Armée Bleue de Notre-Dame de Fátima – mouvement de prière marial – dont il dirigeait la branche du Pacifique nord-ouest – fr.wikipedia.org
M. Schuckardt, alarmé par les pseudo-réformes de Vatican II (1962-65), quitte l’Armée Bleue en 1968 avec un petit groupe de fidèles, dont Denis Chicoine, pour fonder une communauté vouée à la préservation de la foi traditionnelle.
À l’origine simple association de frères et sœurs laïcs dédiés à la diffusion du message de Notre-Dame de Fátima, la congrégation embrasse rapidement une mission plus vaste : répondre aux besoins spirituels de nombreux catholiques refusant en conscience les innovations du Novus Ordo et du modernisme « post-conciliaire ».
Dès la fin des années 1960, la jeune communauté organise des tournées de conférences et de messes traditionnelles, publie des bulletins doctrinaux, ouvre des missions et des écoles, le tout dans le but de défendre la foi catholique telle qu’elle se vivait avant ce bazar mondial susdit.
En 1971 (entre le 28 octobre et le 1er novembre 1971), Francis Schuckardt est publiquement ordonné évêque pour la CMRI, recevant la consécration épiscopale de Mgr Daniel Q. Brown, un évêque de « l’Église vieille-catholique » aux États-Unis – il faut être compréhensif ici, les autres nations n’ont pas eu le contexte de la France, un peu comme l’Espagne de ‘Palmar-de-Troya’...
Dès lors, Schuckardt assure la direction spirituelle de la congrégation et l’ordination de ses prêtres, se posant en défenseur intraitable de la Tradition face à « l’Église conciliaire ». Sous son impulsion, la CMRI s’étend dans plusieurs États américains, installant en 1977 son siège principal au Mount St. Michael près de Spokane (Washington) – vaste ancien séminaire jésuite perché sur une colline qui devient le cœur de ses activités éducatives et religieuses.
Cependant, en 1984, la communauté est ébranlée par une grave crise interne. Mgr Schuckardt fait l’objet d’accusations d’inconduite portées par d’anciens séminaristes, révélées dans la presse locale.
Ces scandales entament son autorité : sur décision de justice demandée par l’abbé Chicoine, le fondateur et dix de ses proches sont évincés et interdits d’accès aux propriétés de l’église.Denis Chicoine, co-fondateur de la CMRI, assume alors la direction en 1984, engagé à restaurer la stabilité et la réputation de l’institut. Durant son mandat de Supérieur (1984-1989), Chicoine – qui sera ordonné prêtre à cette période – s’attache à recentrer la congrégation sur son charisme initial, tout en cherchant un moyen de garantir la pérennité sacramentelle de l’œuvre désormais privée d’évêque.
Pour subvenir aux besoins spirituels de la congrégation, des évêques traditionalistes externes interviennent. Mgr George Musey*, un évêque dit sédévacantiste et conclaviste (ayant envoyé une lettre à Mgr Lefebvre) de la lignée de Mgr Thục, est invité en 1985 : il conditionne les sacres conférés par Schuckardt, jugés douteux, et ordonne validement plusieurs prêtres de la CMRI (dont Denis Chicoine).
* Monseigneur George J. Musey a été consacré évêque le 1er avril 1982 à Acapulco, au Mexique, par Mgr Moisés Carmona, assisté de Mgr Adolfo Zamora. Ces deux évêques avaient eux-mêmes été consacrés en octobre 1981 par Mgr Pierre Martin Ngô Đình Thục – vatican.va
À sa suite, de 1986 à 1991, Mgr Robert McKenna (dominicain américain consacré par Mgr Guérard des Lauriers) assume un rôle d’évêque protecteur. Bien que McKenna professe la thèse de Cassiciacum dite sédéprivationniste, il prête main-forte à la CMRI et approuve en 1986 les premières Constitutions et la Règle de la congrégation.
C’est justement en juillet 1986, au Mount St. Michael, que la CMRI tient son premier chapitre général, fixant son cadre juridique et spirituel.
Cette même année marque un renouveau : dotée de règles claires et d’un appui épiscopal sûr, la communauté s’engage dans une phase de consolidation de ses acquis.En août 1989, l’abbé Mark Anthony Pivarunas, alors âgé de 31 ans, est élu Supérieur général de la Congrégation, succédant à Denis Chicoine (décédé quelques années plus tard). Face à la nécessité pour la CMRI de retrouver un évêque en son sein, les membres désignent Mark Pivarunas pour recevoir la consécration épiscopale.
Le 24 septembre 1991, à Mexico, Mark Pivarunas est sacré évêque également par Mgr Moisés Carmona, prélat sédévacantiste mexicain, également de la lignée de Mgr Thục. Ce jeune évêque, fervent, brillant et dynamique, devient ainsi le premier évêque propre de la CMRI – c’est-à-dire consacré spécifiquement pour elle.
Conformément aux constitutions internes, Pivarunas renonce alors à sa fonction de Supérieur général immédiate pour se consacrer à son ministère épiscopal.
Néanmoins, son influence reste déterminante : il sera réélu par la suite et dirige encore aujourd’hui la congrégation en tant que Supérieur général et évêque principal.Depuis les années 1990, sous l’égide de Mgr Mark A. Pivarunas (né en 1958), la CMRI a connu une expansion mesurée, mais continue. L’évêque Pivarunas – secondé par un clergé rajeuni – a consacré tous ses efforts à la formation de prêtres, à l’essor des apostolats éducatifs et missionnaires, et à l’établissement de communautés religieuses stables. La fermeté doctrinale reste de mise : la Congrégation maintient la position sédévacantiste formalisée sous Schuckardt, tenant que le Siège apostolique de Rome est vacant depuis la mort du pape Pie XII en 1958.
Elle n’est de ce fait reliée à aucune structure diocésaine, se considérant comme héritière légitime de « l’Église catholique d’avant Vatican II ». Au fil des décennies, la CMRI a assis sa crédibilité parmi les catholiques traditionalistes “indépendants” : en tournant la page des controverses des débuts, elle s’est alignée sur d’autres communautés tempérées, gagnant la confiance/crédibiltié de fidèles épris de liturgie tridentine et de dévotion mariale.
Aujourd’hui encore, la Congrégation de Marie Reine Immaculée se présente à raison comme la doyenne des institutions sédévacantistes dans le monde, forte d’une histoire singulière et d’une quasi centaine de prêtres.
II. Effectifs, séminaire et œuvres apostoliques
La CMRI réunit des religieux des deux sexes – prêtres, frères non-ordonnés et sœurs – qui mènent la vie religieuse « telle qu’elle a toujours été traditionnellement pratiquée dans l’Église catholique » avant les réformes des années 1960. janua-caeli.fr
Les effectifs actuels (y compris les membres en formation) témoignent de son développement : la congrégation compte environ 1 évêque, 50 prêtres, près de 30 séminaristes, quelques frères et une cinquantaine de sœurs. en.wikipedia.org
Ces religieux prononcent les vœux simples de pauvreté, chasteté et obéissance, et cultivent une spiritualité intensément mariale inspirée par la Consécration totale à la Vierge selon saint Louis-Marie Grignion de Montfort.
Immédiatement après chaque ordination sacerdotale, il est de coutume que le nouveau prêtre, entouré de ses aînés, renouvelle solennellement ses engagements devant une image de sainte Marie, jurant de ne jamais célébrer la Messe autrement que selon le rite tridentin de saint Pie V.
Le séminaire « Mater Dei » constitue le cœur de la formation des clercs de la CMRI. Érigé en 1984 sur le campus du Mount St. Michael à Spokane, il a été relocalisé en 1989 à Omaha (Nebraska) afin de se rapprocher du centre géographique des apostolats. En 2019, le séminaire a emménagé dans de nouveaux locaux plus spacieux, à quelques kilomètres d’Omaha, sur une propriété rurale de 10 acres (4 hectares).
Cette implantation paisible offre une capacité d’accueil d’environ 20 séminaristes simultanément, favorisant un climat communautaire d’étude et de prière propice à l’épanouissement des vocations. Le programme d’études s’étend sur six années, couvrant la philosophie scolastique, la théologie dogmatique et morale, l’Écriture sainte, la liturgie traditionnelle en latin, ainsi que la prédication et le chant grégorien. En amont, la congrégation a également fondé un petit séminaire Saint-Joseph (séminaire secondaire) en 1999 à Rathdrum, Idaho.
Placé sous la direction du Père Benedict Hughes (lui-même ancien élève de Schuckardt), cet internat offre à des garçons dès l’adolescence une éducation générale de niveau lycée intégrée à une solide formation spirituelle, préparant les esprits et les cœurs à un éventuel appel sacerdotal.
Parallèlement, la branche féminine – les Sœurs Mariales de Reine Immaculée – connaît un essor notable. Depuis les débuts modestes où quelques postulantes enseignaient le catéchisme dans une salle de classe improvisée, la congrégation féminine s’est organisée en une véritable société de vie apostolique.
Aujourd’hui, les religieuses de la CMRI sont réparties dans huit couvents aux États-Unis, dont la maison-mère au Mount St. Michael (installée depuis 1996 dans le grand bâtiment principal, après un échange de bâtiments avec les prêtres).Les sœurs, reconnaissables à leur habit bleu ciel et blanc, se consacrent à la prière, à l’enseignement dans les écoles affiliées, à la tenue de retraites spirituelles et à la gestion de divers œuvres de charité. Un noviciat cloîtré distinct, situé près de la maison-mère à Spokane, assure la formation des jeunes vocations féminines avant leur envoi en mission active.
En termes d’œuvres apostoliques, la CMRI a développé un vaste réseau de paroisses, chapelles missionnaires et institutions éducatives. D’après le répertoire officiel, ses prêtres desservent plus de 120 centres de messe traditionnels répartis à travers les États-Unis et dans plusieurs pays étrangers.
Parmi ces lieux de culte, certains sont de véritables paroisses structurées avec un « curé » résident, d’autres de petites missions rurales ou urbaines où la messe est célébrée de façon périodique. Beaucoup de ces chapelles sont dédiées à la Vierge Marie ou à des saints évocateurs de la Tradition (Notre-Dame du Perpétuel Secours, saint Pie V, etc.), témoignant de la piété qui anime la congrégation. En sus du ministère liturgique, la CMRI administre au moins 13 écoles primaires et secondaires où les cours sont dispensés dans un esprit pleinement catholique traditionnel.
Dès l’origine, l’éducation de la jeunesse a été une priorité : l’Académie Saint-Michel à Spokane et l’école Marie Immaculée Reine à Rathdrum ont été fondées dans les années 1970 et 1980 et continuent de prospérer. À présent, des établissements scolaires supplémentaires ont vu le jour dans d’autres régions…
La CMRI s’attache également à la diffusion de la doctrine et de la dévotion traditionnelle par les médias. Elle publie depuis 1978 un magazine trimestriel intitulé “The Reign of Mary” (Le Règne de Marie), qui propose des articles théologiques, des nouvelles du monde traditionaliste et des méditations spirituelles. Une imprimerie interne a été établie dès les années 1970 pour éditer des catéchismes, missels latins, vies de saints et autres ouvrages religieux tombés dans le domaine public ou spécialement rédigés pour combattre les erreurs modernistes.
À l’ère du numérique, la congrégation gère également un site en ligne ayant une boutique, le Mary Immaculate Queen Center, proposant un large catalogue de livres, objets de piété, médailles et rosaires pour soutenir financièrement son apostolat.
Enfin, chaque année au mois d’octobre, le Mount St. Michael accueille la Conférence de Fátima, un grand rassemblement où des prêtres et conférenciers du monde traditionaliste donnent des allocutions, tandis que les fidèles participent à des cérémonies telles que le chapelet aux flambeaux en l’honneur de Notre-Dame de Fátima. Cet événement, très prisé, illustre bien l’âme de la CMRI : une communauté résolument tournée vers la prière mariale, l’apostolat missionnaire et la défense de l’héritage catholique bimillénaire.
III. Présence géographique
Bien que d’origine américaine, la CMRI a essaimé au fil du temps sur divers continents, établissant des points de présence pour servir les fidèles attachés à la Tradition. Son rayonnement géographique reste à la fois modeste, et significatif dans le milieu du « catholicisme traditionaliste ». On retrouve aujourd’hui des implantations de la CMRI en Amérique du Nord, en Amérique du Sud, en Europe ainsi que quelques missions ponctuelles en Asie (l’Afrique, en revanche, ne compte pas encore d’apostolat sédévacantiste stable de la congrégation).
Amérique du Nord : États-Unis et Canada. – Le cœur névralgique de la CMRI demeure aux États-Unis, son pays natal. C’est là qu’elle possède l’écrasante majorité de ses infrastructures : chapelles, écoles, couvents et séminaires. Aux USA, les prêtres de la congrégation sont responsables de paroisses traditionnelles dans plus de 20 États différents cmri.org, couvrant aussi bien les côtes (Californie, Washington, Floride…) que le Midwest (Ohio, Michigan, Nebraska…) et le Sud. Historiquement, deux pôles principaux se sont dégagés : d’une part la région Nord-Ouest (Washington, Idaho) autour du Mount St. Michael – fief initial de Schuckardt – et d’autre part la région Centre/Nord (Nebraska, Ohio) impulsée par Mgr Pivarunas. Le siège actuel du séminaire à Omaha, Nebraska, est entouré d’un réseau actif de chapelles dans les États voisins, héritage des tournées missionnaires entreprises dans les années 1990 janua-caeli.fr.
En parallèle, l’ancien bastion de Spokane conserve son importance symbolique et abrite toujours une communauté fervente de religieux et laïcs (paroisse Saint-Michel, académies, musée du Mont). Au total, on dénombre plus d’une centaine de chapelles ou centres de messe traditionnels rien qu’aux États-Unis, certains n’étant desservis qu’occasionnellement, d’autres étant de véritables paroisses enregistrant plusieurs messes chaque dimanche.Au Canada voisin, la CMRI a également établi une présence durable, bien qu’à plus petite échelle. Son activité s’est concentrée en Ontario, où l’on trouve l’église Our Lady of Victory (Notre-Dame de la Victoire) à London – une paroisse traditionnelle animée par l’abbé Jeremy Saunders, avec messe quotidienne et deux messes dominicales régulières cmri.org. Ce centre canadien sert de base pour rayonner vers d’autres localités : une mission nommée Our Lady of Good Counsel a été implantée à Whitby (Grand Toronto), assurant la messe chaque dimanche. De même, l’abbé Saunders dessert périodiquement une petite communauté de fidèles francophones à Montréal et Québec, réunie sous le nom de Mission Sainte-Anne, avec une messe tous les mois et demi environ En Alberta, la CMRI organise aussi de façon plus ponctuelle des messes traditionnelles sur Calgary et Edmonton, afin de rejoindre les fidèles dispersés de l’Ouest canadien. Cette expansion au Canada, commencée dans les années 2000, montre la volonté de la congrégation d’apporter les sacrements aux catholiques traditionalistes même au-delà de la frontière américaine.
Notons également la présence de la CMRI au Mexique, rattachée à l’aire nord-américaine à la frontière. Deux chapelles y sont répertoriées : l’une à Guadalajara (capilla San José), l’autre à Tijuana (chapelle du Précieux Sang). Le Mexique dispose par ailleurs de son propre évêque sédévacantiste, Mgr Martín Dávila, consacré en 1999 avec le concours de Mgr Pivarunas, ce qui permet de mieux structurer l’apostolat local.
Amérique du Sud : l’exemple de l’Argentine. – Sur le continent sud-américain, l’influence de la CMRI se fait sentir notamment en Argentine. C’est en effet en Argentine qu’un groupe « sédévacantiste » allié a vu le jour sous le nom de Fundación Mater Dei, aujourd’hui conduit par Mgr Juan Bautista Pío Espina. Cet évêque argentin, consacré en 2005, collabore étroitement avec la CMRI pour l’organisation des sacrements dans la région. Sous son impulsion, plusieurs chapelles traditionnelles ont été établies : la chapelle San José à Córdoba (province de Punilla), la chapelle du Dulce Nombre de María dans la ville de Córdoba, ou encore la chapelle Sagrada Familia à San Miguel de Tucumán. Dans les environs de Córdoba (Molinari, El Retiro), un centre nommé San José a même la messe quotidienne, signe d’une communauté bien enracinée. La Fondation Mater Dei, bien que juridiquement distincte, partage avec la CMRI une origine sédévacantiste commune et des liens fraternels – à tel point que l’annuaire de la CMRI intègre les coordonnées de Mgr Pío Espina comme référence locale.
Au-delà de l’Argentine, la CMRI étend de petites antennes ou collaborent avec d’autres clercs traditionalistes dans divers pays d’Amérique latine. Au Brésil, par exemple, des messes sont organisées dans l’État de São Paulo (chapelle São Patrício à Bofete, chapelle Nossa Senhora do Desterro à Botucatu) ainsi qu’à Bahia, grâce au zèle missionnaire du Père Pedro de la Friere, OFM, un franciscain traditionnel affilié. Dans l’État de Rio de Janeiro, c’est un prêtre argentin de la Fondation Mater Dei qui dessert ponctuellement une chapelle Notre-Dame de Lourdes à Volta Redonda. D’autres pays comme la Colombie ou le Chili ont pu recevoir des visites sacramentelles sporadiques de prêtres itinérants liés à la CMRI, même si aucune implantation permanente n’y est encore signalée. L’Amérique du Sud, terre catholique par excellence, suscite un espoir missionnaire chez les membres de la congrégation, conscients de l’aspiration de nombreuses âmes à retrouver la liturgie tridentine et la discipline d’antan.
Europe : une implantation naissante (focus sur la France). – Le continent européen n’est pas demeuré étranger à l’essor de la CMRI, bien qu’il s’agisse là d’un terrain déjà investi par d’autres communautés traditionalistes plus anciennes. Actuellement, la CMRI revendique une présence dans neuf pays d’Europe. On trouve parmi eux le Royaume-Uni (Angleterre à Ely, Écosse, Irlande du Nord), l’Irlande, l’Italie, l’Allemagne, la République tchèque, la Lituanie, la Russie, ainsi que la France. Partout, le schéma est comparable : de petits groupes de fidèles laïcs ont noué contact avec la congrégation américaine, sollicitant la venue de prêtres pour célébrer la Messe traditionnelle et dispenser les sacrements selon les rites pré-conciliaires. La CMRI a répondu à ces appels en envoyant périodiquement quelques missionnaires sur le vieux continent, et en formant localement des vocations européennes lorsque cela a été possible.
En France, pays de vieille tradition catholique, l’implantation de la CMRI est récente (années 2010) et encore discrète. Deux prêtres français issus de ses rangs assurent actuellement la desserte de plusieurs chapelles traditionalistes : il s’agit de l’abbé Thomas Le Gal et de l’abbé Michel Marchiset.
L’abbé Thomas Le Gal, ordonné aux États-Unis, est missionné pour la France et l’Europe francophone. Basé une partie de l’année au couvent de Spokane, il revient régulièrement en France pour célébrer la messe dans quatre lieux de culte : à Airvault (Deux-Sèvres), où se trouve une chapelle stable avec une petite communauté fidèle, à Lorient (Morbihan) dans la chapelle Saint-Pie V, à Chambéry (Savoie) dans la chapelle du Saint Curé d’Ars, et à Rennes (Ille-et-Vilaine) dans une autre chapelle Saint-Pie V. Toutes ces messes sont coordonnées par l’abbé Le Gal, qui est joignable via un numéro français dédié.
De son côté, l’abbé Michel Marchiset, également formé par la CMRI, réside en Franche-Comté : il dessert la Maison Saint-Philomène à Chantrans (Doubs), où il célèbre la messe traditionnelle pour un groupe local de fidèles et assure un ministère pastoral itinérant.
La France compte donc à ce jour deux prêtres sédévacantistes CMRI en activité, rattachés à cinq chapelles régulières (dont deux portent le patronage de saint Pie V, le pape de la Contre-Réforme). Ce modeste apostolat français est facilité par la plateforme internet Janua Caeli, vitrine francophone de la congrégation, qui diffuse des présentations, des horaires de messes et des ressources doctrinales en français, parfois traduites de l’anglais.
Il convient de souligner que l’arrivée de la CMRI en France se fait dans un paysage déjà riche en « communautés traditionalistes » (FSSPX, instituts Ecclesia Dei, IMBC, chapelles indépendantes sédévacantistes notamment en Bretagne, etc.). Néanmoins, la présence de prêtres français formés outre-Atlantique illustre l’internationalisation progressive de l’institut et sa capacité à transcender les frontières pour « maintenir la flamme » de la Tradition.
Ailleurs en Europe, les activités de la CMRI reposent souvent sur des collaborations avec des prêtres locaux sympathisants. En Italie, la congrégation a travaillé de pair avec l’abbé Floriano Abrahamowicz, un prêtre italien (ancien de la FSSPX) qui célèbre la messe pour des groupes sédévacantistes dans la Vénétie et le Trentin, mais qui s’en est détaché depuis. Des messes mensuelles sont ainsi assurées à Trévise (Paese), à Trieste, à Bolzano, ainsi qu’en Calabre (Rossano) sous son ministère.
En Allemagne, deux prêtres ralliés (les abbés Eugen Rissling et Johannes Heyne) desservent des fidèles à Ulm et dans la région de Munich, tout en étant listés dans l’annuaire de la CMRI.
En Angleterre, un missionnaire, l’abbé Caleb Armour, célèbre la messe à Ely (Cambridgeshire) deux dimanches par mois
En Irlande, pays encore plutôt attaché à la foi catholique, l’abbé Thomas Le Gal effectue également des tournées pour porter les sacrements à de petits groupes, notamment autour de Dublin, Knock et Cork.
Enfin, en Russie, l’abbé Alexandre Kryssov anime à Moscou une chapelle Saint-Pie V pour les quelques catholiques russes de tendance traditionaliste, et organise aussi des messes à Saint-Pétersbourg.
Cet aperçu européen, quoique fragmentaire, montre que la CMRI a su établir des passerelles avec les fidèles isolés du continent, confirmant l’universalité de son message. On est toutefois loin d’une implantation massive : la congrégation reste numériquement modeste en Europe, où ses messes rassemblent quelques dizaines de personnes tout au plus. Il s’agit davantage d’une dimension symbolique.
Asie et autres continents. – En Asie, la présence de la CMRI est embryonnaire mais réelle dans certaines métropoles. Le cas le plus notable est celui des Philippines : dans la grande banlieue sud de Manille (Las Piñas City), la CMRI a établi la chapelle de la Très Sainte Trinité, où la messe traditionnelle est célébrée régulièrement pour un groupe fervent de Philippins.
Un site internet local relaie les horaires et les activités de cette chapelle, signe d’une organisation déjà structurée. Par ailleurs, grâce à l’entremise de l’abbé Alexandre Kryssov (mentionné plus haut, d’origine russe mais maîtrisant l’anglais), des messes occasionnelles sont proposées à Singapour, en Corée du Sud et même au Viêt Nam, pays pourtant difficile pour toute initiative catholique non officielle.
Ces visites asiatiques restent ponctuelles (quelques fois par an), destinées à soutenir moralement de très petites poches de fidèles traditionnels isolés dans ces régions.Quant à l’Afrique, force est de constater qu’aucun apostolat stable de la CMRI n’y est implanté à ce jour. Le continent africain, où le catholicisme est en pleine croissance démographique, n’a pas encore vu l’établissement d’une mission sédévacantiste durable – sans doute en raison du manque de ressources humaines et linguistiques de la part d’une congrégation encore principalement nord-américaine. Il arrive toutefois que des prêtres de la CMRI de passage en Afrique (pour des raisons personnelles ou professionnelles) célèbrent la messe en privé pour des fidèles traditionalistes locaux, mais il s’agit là d’initiatives isolées. L’expansion africaine demeure un horizon possible pour l’avenir, dans la mesure où la congrégation prie expressément « pour l’envoi d’ouvriers à la moisson » dans toutes les contrées où des âmes « aspirent à la messe et aux sacrements de toujours ».

IV. Comparaisons avec d’autres structures traditionalistes (FSSPX, Mgr Squetino, etc.)
La CMRI, de par sa nature « sédévacantiste » et son histoire américaine, occupe une place singulière dans le paysage du catholicisme traditionaliste mondial. Il est éclairant de la comparer à d’autres organisations qui, tout en partageant l’attachement à la Tradition préconciliaire, s’en distinguent par leur statut canonique ou leurs positions théologiques.
Face à la Fraternité Saint-Pie X (FSSPX). – La Fraternité sacerdotale Saint-Pie X, fondée en 1970 par Mgr Marcel Lefebvre, est sans doute la plus connue des communautés traditionalistes. Contrairement à la CMRI, la FSSPX n’adhère pas au sédévacantisme : elle reconnaît les papes conciliaires (de Paul VI à François) même si elle conteste fermement le Concile Vatican II et de larges réformes qui en sont issues. La FSSPX s’est développée de manière autonome tout en cherchant à maintenir un lien parfois conflictuel avec Rome, jusqu’à obtenir récemment une forme de reconnaissance partielle (validité des confessions et mariages célébrés par ses prêtres).
La CMRI, de son côté, s’est coupée du Vatican, considérant que l’apostasie doctrinale de Vatican II justifie l’absence de pape (ou l’invalidité des papes actuels). Ainsi, là où la FSSPX œuvre “aux marges” de l’Église tout en espérant une réconciliation future, la CMRI s’inscrit dans une rupture plus radicale : elle fonctionne « sans mandat canonique moderniste », s’appuyant sur l’état de nécessité pour justifier son apostolat (principe d’épikie selon lequel « le salut des âmes est la loi suprême »).En pratique toutefois, les deux institutions présentent aussi des similitudes : même usage exclusif du missel de 1962, même dévouement au rite tridentin, mêmes œuvres d’écoles et de missions, et une discipline traditionnelle très semblable (port de la soutane, formation classique, catéchisme d’avant-concile).
On note que la CMRI se montre généralement respectueuse envers Mgr Lefebvre et la FSSPX, la considérant comme une alliée objective dans la défense de la Tradition, malgré le désaccord sur la question du Pape. De son côté, la FSSPX, tout en désapprouvant la position sédévacantiste, voire les lignées thucistes, a parfois collaboré avec la CMRI dans de rares circonstances pratiques (prêts de chapelles, échanges d’études), surtout aux États-Unis où les fidèles des deux groupes coexistent dans certaines régions. Néanmoins, il semblerait qu’un fidèle de la CMRI ne peut recevoir les sacrements d’un prêtre FSSPX qu’en cas de nécessité (et vice-versa) ?Autres communautés sédévacantistes non conclavistes. – La CMRI fait partie d’un ensemble plus large de groupes et réseaux sédévacantistes qui refusent tant les réformes de Vatican II que l’idée d’un pape actuellement régnant, sans pour autant chercher à en élire un nouveau.
Parmi ces communautés “non conclavistes”, on peut citer la Société Saint-Pie V (SSPV) aux États-Unis, formée en 1983 par d’anciens prêtres de la FSSPX devenus sédévacantistes. La SSPV et la CMRI partagent une position théologique très proche (rejet des papes postconciliaires, attachement au missel de 1954 ou 1962) et ont même connu des collaborations ponctuelles. Dans les années 1990, la CMRI a ainsi accueilli en son sein plusieurs prêtres initialement de la SSPV, officialisant une sorte de rapprochement entre ces branches autrefois séparées en.wikipedia.org.
En Europe, une communauté comme l’Institut Mater Boni Consilii (IMBC) – fondé en 1985 par d’anciens sédévacantistes français et italiens – professe une variante théologique (le sédéprivationnisme de l’abbé/Mgr Guérard des Lauriers, selon lequel le pape actuel est pape matériellement mais non formellement). Malgré cette nuance, l’IMBC, la SSPV, la CMRI et d’autres prêtres indépendants entretiennent globalement des relations cordiales, se reconnaissant mutuellement la validité de leurs sacrements et partageant le même objectif de préserver la foi traditionnelle, sauf indications contraire.
La CMRI se distingue comme l’une des plus structurées de ces congrégations, avec une hiérarchie interne, des religieux professes et un maillage de chapelles, là où beaucoup de prêtres sédévacantistes opèrent isolément ou en petits groupes, presques informels. À noter qu’après le départ de Schuckardt, la CMRI s’est efforcée de s’aligner sur les pratiques saines des autres communautés : par exemple, elle a abandonné certaines excentricités liturgiques du début et s’est ralliée au calendrier tridentin universel, facilitant ainsi l’intercommunication avec les autres traditionalistes.
De même, sous l’influence de Mgr McKenna et de Mgr Pivarunas, la CMRI a reconnu les sacres episcopaux issus de Mgr Thục comme valides et licites par nécessité, ce qui a permis une entraide sacramentelle avec des évêques tels que Mgr Dolan, Mgr Sanborn (RCI) ou Mgr Selway aux États-Unis (tous figures du sédévacantisme modéré contemporain). En somme, la CMRI s’inscrit aujourd’hui dans la “nébuleuse” sédévacantiste internationale, aux côtés d’autres acteurs avec lesquels elle partage l’idée qu’il faut maintenir la structure de l’Église (évêques, prêtres, vie religieuse) en attendant que la crise soit résolue par la Providence, sans prendre « soi-même » l’initiative d’élire un pape, semble-t-il.
Groupes conclavistes : l’exemple de Mgr Squetino. – Plus à la « marge », il existe des factions étiquettées ultra qui, poussant la logique du siège vacant jusqu’au bout, ont tenté de procéder eux-mêmes à l’élection d’un Pape. On les appelle vulgairement les conclavistes.
La CMRI qui l’accepte théoriquement dans ses propres textes de doctrine, se démarque généralement de ces initiatives, les considérant au moins comme prématurées, ou contraires à l’esprit de l’Église. Néanmoins, certains prélats sédévacantistes ont promu l’idée d’organiser un “concile” alternatif réunissant les évêques traditionalistes pour élire un « pape à présenter à la Catholicité ». C’est le cas de Mgr Juan José Squetino en Argentine. À la tête du groupe dénommé Fondation Saint-Vincent Ferrier, Mgr Squetino milite ouvertement depuis les années 2010 pour la convocation d’un tel conclave, considérant (à riason) que c’est une condition sine qua non pour restaurer l’unité de l’Église - fundacionsanvicenteferrer.blogspot.com
Dans une lettre adressée à ses confrères évêques, il exprime sa détermination à « poursuivre sans relâche les efforts en vue de l’élection d’un Pape valide », estimant que plus d’un demi-siècle s’est écoulé depuis la mort de Pie XII sans qu’« rien ou presque n’ait été fait ». Il revendique fièrement l’étiquette de « conclaviste » plutôt que celle de « sédévacantiste », arguant qu’un catholique doit vouloir combler la vacance plutôt que de la constater indéfiniment.
Jusqu’à présent, des tentatives guignolesques n’ont débouché que sur des résultats sectaires et contestés : par exemple l’élection d’un certain “pape Michael” aux États-Unis (David Bawden, en 1990) ou encore les papes successifs autoproclamés de l’Église palmarienne en Espagne, il en existe des équivalents au Canada. Aucun de ces prétendants n’est reconnu au-delà de quelques cercles restreints de fidèles, et l’immense majorité des traditionalistes – CMRI incluse – considèrent ces élections sauvages comme nulles et non avenues – à raison derechef.
La position de la CMRI reste plutôt d’attendre, qu’une situation plus favorable se dessine, que Dieu rouvre un jour les voies de la succession apostolique légitime, sans trop improviser de solution humaine hasardeuse. À cet égard, Mgr Pivarunas et ses confrères se veulent les garants d’une « attitude prudente », « respectable », refusant les dérives tout en maintenant coûte que coûte la continuité du sacerdoce catholique.
En conclusion, la Congrégation de Marie Reine Immaculée apparaît comme une communauté singulière ayant traversé des épreuves et des variations relatives, mais demeurée fidèle à sa devise implicite : « préserver la foi catholique traditionnelle intégralement, pour l’amour de Dieu et des âmes ». Son histoire, entremêlée à celle du mouvement traditionaliste post-Vatican II, illustre ceux qui choisirent de “rester fidèles”. Dans un style de vie quasi monastique pour ses religieux, et un attachement indéfectible aux rites anciens pour ses fidèles, la CMRI perpétue un flambeau spirituel issu de l’héritage de Pie XII et de saint Pie V. Si elle demeure controversée aux yeux de l’Église officielle du fait de sa position sédévacantiste, elle n’en constitue pas moins, près de soixante ans après Vatican II, un refuge spirituel pour ceux qui cherchent la messe tridentine et la ferveur mariale. Aujourd’hui présente dans plusieurs continents, cette congrégation continue son apostolat dans la discrétion, confiante dans l’évangile, et convaincue que, par l’intercession de la Vierge Marie – sa Reine Immaculée ! –, l’Église retrouvera un jour toute sa splendeur originelle.
Sources / Bibliographie
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Site officiel de la CMRI – cmri.org (histoire de la congrégation, annuaire des messes, publications).
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Janua Caeli – Présentation de la CMRI (site en français de la CMRI).
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Wikipédia – Articles « Congregation of Mary Immaculate Queen » (en)
https://integralisme-organique.com/2024/10/comment-allons-nous-retrouver-un-pape-aujourdhui-pere-lavery-cmri/
https://integralisme-organique.com/2024/04/assistance-a-la-messe-des-fideles-mgr-pivarunas/
https://integralisme-organique.com/2024/11/extraits-sur-leglise-et-la-fausse-autorite-mgrs-roy-et-pivarunas/
https://integralisme-organique.com/2020/04/lettre-ouverte-a-mgr-lefebvre-publiee-dans-le-bulletin-du-sacre-coeur-en-novembre-1983-par-mgr-george-musey-sedevacantisme/
https://integralisme-organique.com/2024/10/reforme-de-la-semaine-sainte-de-pie-xii-pere-lavery-cmri/
https://integralisme-organique.com/2024/03/lappel-a-lunite-des-eveques-de-mgr-carmona/
https://integralisme-organique.com/2024/03/quand-mgr-carmona-ecrivait-au-general-pinochet/
https://integralisme-organique.com/2025/05/lamericain-mgr-charles-mcguire-trajectoires-croisees-dun-episcopat-en-exil/
https://integralisme-organique.com/2024/12/anti-sedevacantisme-acephale-dit-complet-mgr-squetino/
https://integralisme-organique.com/2025/05/papes-conciliaires-4-6-requisitoire-contre-karol-wojtyla-alias-jean-paul-ii/
https://integralisme-organique.com/2025/03/mgr-giles-butler-eveque-franciscain-hors-des-sentiers-battus/
https://integralisme-organique.com/2025/05/mgrs-da-silva-lefebvre-sur-sedevacantisme-episcopat-question-du-conclave/
https://integralisme-organique.com/2024/02/de-quand-daterait-la-vacance-effective-du-saint-siege/
https://integralisme-organique.com/2025/03/heresie-et-hierarchie-de-leglise-infaillibilite-et-possibilite-de-conclave/
https://integralisme-organique.com/2025/05/leon-xiv-non-habemus-papam-meme-materialiter/
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