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Publié le par Florian Rouanet
📜 Ceci afin de rebondir sur diverses réflexions portant sur la forme des régimes et l'approche politique, formulées lors de l'entretien du printemps 2025, marquant la naissance du Mouvement national-catholique, en présence de MM. Bruno Hiroult et Quentin Douté 🔍
Front liminaire
- D’abord, nous vous proposons des échanges épistolaires entre Charles Maurras et Maurice Barrès, portant sur leurs vues respectives concernant la reconquête des institutions (verticalité) ou bien celle des âmes populaires (organicité), en identifiant précisément les lettres, les dates et leur contexte.
- Ensuite, nous sélectionnerons des extraits doctrinaux tirés de leurs œuvres majeures, assortis de références précises, avant d’étendre l’analyse par le biais d’études secondaires rigoureuses.
- Enfin, nous allons proposer une synthèse critique utile aux penseurs et militants nationaux-catholiques contemporains, mettant en exergue les complémentarités, les convergences, ainsi que les divergences ou tensions entre les deux approches politiques.
Maurras gagnait un point sur Barrès à propos des institutions, car cela fait écho à la force des lois. Toutefois, Barrès marquait un point contre Maurras, car le christianisme, lui, convertit en profondeur l’âme et le cœur, par la morale. En ce sens, un individu – et par extension un peuple – sain ne suit pas une loi vile.

Schéma directeur
I. 📜 Échanges épistolaires entre Maurras et Barrès : reconquête de l’État ou des âmes ?
II. ⚖️ Extraits doctrinaux croisés : Maurras (institutionnel) vs Barrès (culturel)
III. 🔍 Divergences tactiques et philosophiques : regards critiques
IV. 🎯 Actualité de la querelle : État ou âme, que reconquérir d’abord ?
Bandage sémantique (CNRTL)
DÉTERMINISME, subst. masc.
PHILOS. Doctrine selon laquelle tous les événements, y compris les actions humaines, sont déterminés par des causes antécédentes.CONTRACTUALISME, subst. masc.
PHILOS. Théorie politique selon laquelle l’organisation de la société et du pouvoir résulte d’un contrat passé entre les individus ou entre les individus & le souverain.PEUPLE, subst. masc.
A. Ensemble des individus formant une nation, souvent opposé aux élites dirigeantes ; B. SOCIOLOGIE, groupe humain partageant une culture ou une origine.INSTITUTION, subst. fém.
A. Gén. Organisation établie par la loi ou la coutume, ayant une autorité sociale, politique ou religieuse ; B. Action d’établir, de fonder.RÉPUBLIQUE, subst. fém.
POLITIQUE Régime dans lequel le pouvoir est exercé par des représentants élus du peuple, par opposition à la monarchie héréditaire.DÉCENTRALISATION, subst. fém.
ADMINISTRATIF Processus par lequel certaines compétences ou pouvoirs sont transférés d’une autorité centrale vers des autorités locales ou régionales, dans un cadre institutionnel donné.SUBSIDIARITÉ, subst. fém.
PHILOS., POLITIQUE & SOCIOL. Principe selon lequel une autorité centrale ne doit effectuer que les tâches qui ne peuvent être accomplies de façon efficace à un niveau inférieur.VOLONTÉ, subst. fém.
PSYCHOL. Faculté de se déterminer à faire ou ne pas faire quelque chose, d’agir en fonction de ses intentions ; PHILOS. Expression de la liberté de l’être raisonnable.ORGANIQUE, adj.
A. PHILOS., SOCIOL., POLIT. Se dit d’un tout structuré dont les parties sont coordonnées entre elles comme les organes d’un corps vivant ; par extension, qualifie ce qui est naturellement constitué et hiérarchisé selon des fonctions complémentaires.-*-
📜 I. Échanges épistolaires entre Maurras et Barrès, reconquête de l’État ou des âmes ?
Charles Maurras et Maurice Barrès, figures majeures du nationalisme français du tournant du XXème siècle, ont entretenu une correspondance fournie (près de 500 lettres de 1888 à 1923) publiée sous le titre significatif La République ou le Roi (Plon, 1970) (La République ou le Roi. Correspondances inédite 1888-1923). Ces échanges derechef révèlent en filigrane leurs divergences quant à la stratégie de « reconquête » nationale : Maurras prône la reconquête de l’État (rétablissement d’un pouvoir monarchique fort et légitime), tandis que Barrès insiste sur la reconquête des esprits populaires (réveiller l’âme de la nation, enracinée dans la terre et les morts). Plusieurs lettres explicites illustrent ce débat.
Dans une lettre du 22 août 1900, Barrès réagit à l’Enquête sur la monarchie que Maurras venait de publier, concédant d’abord : « Pour m’en tenir à l’essentiel, je crois avec vous qu’il faut une raison qui commande dans l’État », et admettant la nécessité d’un exécutif fort face aux dérives parlementaires (Maurice Barrès et Charles Maurras : la République ou le Roi – Terre et Peuple – Résistance Identitaire Européenne). Barrès reconnaît même avoir abandonné l’illusion anarchisante d’antan : « Deux siècles de mauvais gouvernements ont enfoncé les Français dans cette erreur […] que le mieux pour une nation était le moins de gouvernement possible ». Cependant, s’il respecte la logique monarchiste de Maurras, Barrès reste sceptique quant à sa faisabilité sans ancrage populaire : « Je comprends très bien qu’une intelligence jugeant in abstracto adopte le système monarchique qui a constitué le territoire français […]. Mais dans l’ordre des faits, pour que la Monarchie vaille, il faudrait qu’il se trouvât en France une famille ralliant sur son nom la grande majorité des électeurs ; or voilà qui n’existe pas », écrit-il dans cette même lettre. À ses yeux, la Révolution a creusé une fracture profonde entre le peuple français et le principe royal, désormais privée de l’instinctive adhésion populaire qu’avaient les dynasties d’autrefois. Barrès enjoint donc Maurras à « renverser la perspective » et à investir plutôt les institutions existantes : « Ne pouvant faire que ce qui vous paraît raisonnable soit accepté de tous, pourquoi ne tâchez-vous pas que ce que la majorité accepte devienne raisonnable ? Au sommet de l’État, l’autorité, sur le sol et dans les groupes, la décentralisation, voilà des réformes que permet le système républicain et qui assureraient le développement des forces françaises aujourd’hui gravement anémiées ». En somme, Barrès suggère de saisir l’âme nationale, au sein même de la République, par des réformes autoritaires et fédératives, plutôt que de chercher d’emblée la restauration monarchique sans soutien populaire.
Maurras, de son côté, répond point par point aux objections de son aîné. Dans sa lettre du 20 août 1900, il affirme que l’opinion publique ne serait pas un obstacle insurmontable à une restauration royale : « Car enfin, que pourrait l’opinion que vous imaginez hostile et que je crois plutôt indifférente à la royauté ? Hostile même, elle serait tout d’abord impuissante et se laisserait réduire de jour en jour » (Maurice Barrès et Charles Maurras : la République ou le Roi – Terre et Peuple – Résistance Identitaire Européenne). Ici transparaît la défiance maurrassienne envers la démocratie : pour lui, le peuple suit le pouvoir légitime une fois instauré et n’a pas de volonté propre souveraine. « Il n’y a pas de volonté populaire, mais consentement […]; les pouvoirs électifs sont de simples pouvoirs consultatifs », explique-t-il dans la même missive. En d’autres termes, la nation véritable (ledit pays réel) n’a pas à être soumise aux fluctuations de l’opinion, et seul compte l’établissement d’une autorité stable incarnant le gouvernement, la patrie. Maurras tourne même en dérision le républicanisme sentimental de Barrès, le qualifiant de « petite coupure […] qui, par rapport à l’histoire millénaire de la monarchie française, fera l’effet d’un hiatus assez médiocre ». La divergence est nette : ce que Maurras réduit à une question de « méthode » n’en demeure pas moins pour eux un désaccord fondamental sur la légitimité du régime à reconquérir (Maurice Barrès et Charles Maurras : la République ou le Roi – PHILITT).
Malgré ces oppositions, les deux hommes ont tenté de coopérer au sein du nationalisme naissant. Maurras propose en avril 1901 d’organiser des réunions « mixtes » réunissant nationalistes royalistes et nationalistes républicains sur la base d’un accord patriotique minimal, chacun restant libre de prôner son remède. « La loi de ces réunions mixtes est bien simple ! 1° On est d’accord sur le nationalisme. Donc : vive la Patrie, la France, l’armée, etc. […] 2° On n’est pas d’accord sur les moyens de réaliser le nationalisme. Que chacun vienne donc affirmer et vanter son moyen, qu’il soit applaudi par les siens […] » (Maurice Barrès et Charles Maurras : la République ou le Roi – Terre et Peuple – Résistance Identitaire Européenne), écrit Maurras à Barrès. Ce dernier participe effectivement à quelques réunions politiques de l’Action française, au nom de l’unité du camp national, tout en gardant ses réserves. Ainsi, lorsque sa presse suggère qu’il suivrait l’exemple d’Henri Vaugeois (intellectuel passé du nationalisme républicain au royalisme maurrassien), Barrès s’en offusque. Dans une lettre du 13 juin 1901, il rappelle fermement à Maurras : « Il n’y a pas à me mettre peu ou beaucoup à la suite de l’évolution de Vaugeois. Je ne la fais pas, cette évolution, et je ne l’approuve pas ; voilà la vérité ! […] C’eût été plus simple, plus honnête de s’en tenir à la note de l’Action française : laboratoire… ». Barrès n’accepte pas la solution monarchiste. Maurras s’empresse alors de dédouaner son ami et de blâmer un subalterne pour cette « confusion ». Le ton reste cordial entre eux, nonobstant la « véritable guerre civile » intellectuelle que Maurras avoue ressentir dans ces dissensions.
L’échec de Maurras à convertir Barrès au royalisme fut, de son propre aveu, l’une de ses grandes déceptions. Dans Le Figaro du 24 septembre 1901, Maurras exprime son « scandale » de voir Barrès refuser la monarchie : « On le lui demandait l’été dernier dans l’Enquête sur la monarchie […] Or Barrès n’a pas répondu : “Par la royauté”. C’est mon scandale. Barrès n’est pas royaliste ». Il multipliera pourtant traits d’humour et appels du pied, espérant « faire passer le pas à son ami ». En mai 1902 encore, Maurras s’amuse à écrire à Barrès : « […] j’ai votre portrait sur ma cheminée, à la gauche de Philippe (duc d’Orléans […]). Quand vous serez royaliste, je vous mettrai à droite et vous vous ferez compliment ». Peine perdue : Barrès demeurera fidèle à son idéal d’une France régénérée « par l’âme » dans le cadre d’une République forte, quand Maurras restera le champion intransigeant de la reconquête « par l’État » (monarchique).

⚖️ II. Extraits doctrinaux croisés : Maurras (institutionnel) vs Barrès (culturel)
Les divergences tactiques de leurs lettres s’enracinent dans des orientations doctrinales différentes, que l’on retrouve dans leurs œuvres majeures. Maurras, théoricien du nationalisme intégral, privilégie la primauté des institutions (monarchie héréditaire, autorité centrale, ordre politique) pour restaurer la France. Barrès, avant tout chantre d’un nationalisme sentimental et « charnel », insiste sur la primauté de la culture et de l’âme nationale (terre natale, ancêtres, enracinement spirituel) pour vivifier la nation de l’intérieur, « par le bas ». Voici, classés par orientation, quelques extraits doctrinaux significatifs.
Charles Maurras : la reconquête par l’État et les institutions (orientation institutionnelle)
Dès L’Enquête sur la monarchie (1900-1909), Maurras affirme avec sa verve syllogistique que le patriotisme authentique conduit forcément au royalisme : « Si vous avez résolu d’être patriote, vous serez obligatoirement royaliste, la raison le veut » (Maurras : « Si vous avez résolu d’être patriote, vous serez obligatoirement royaliste, la raison le veut. » | L’Histoire en citations). Pour lui, la Monarchie traditionnelle est la solution rationnelle aux maux de la France républicaine. Il « vend » la royauté, mais avec les mots de son temps. Il n’hésite pas à poser la question de façon péremptoire dans la préface de 1924 à son Enquête : « Oui ou non, l’institution d’une monarchie traditionnelle, héréditaire, antiparlementaire et décentralisée n’est-elle pas de salut public ? ». La réponse, à ses yeux, coule de source – oui – puisque seule une telle monarchie assurerait un État fort, stable et conforme aux besoins profonds du pays réel (la nation enracinée), par opposition au pays légal paralysé par le régime parlementaire.
Maurras développe également cette idée dans Kiel et Tanger (1910), essai géopolitique où il analyse les revers diplomatiques et militaires de la France entre 1895 et 1905. Il y dénonce l’affaiblissement du pays imputable à « l’inertie du système républicain », cause, selon lui, des « faiblesses militaires de la France » face aux puissances étrangères (File:Charles Maurras – Kiel et Tanger.djvu – Wikimedia Commons). Ce constat, nourri par l’étude des crises internationales (défaites d’influence à Kiel et Tanger), renforce sa conviction qu’une réforme de l’armature de l’État s’impose. Aux yeux de Maurras, la République parlementaire, minée par les partis et l’indiscipline, a conduit la France à la décadence ; il lui oppose la vision d’une autorité légitime, continue et concentrée – bref, un pouvoir monarchique – seul capable de redresser la nation et de mener une politique étrangère digne de son rang (Kiel et Tanger — Wikipédia). Cette priorité donnée à l’ordre politique est résumée par le célèbre mot d’ordre de l’Action française : « Politique d’abord ». Il s’agit de remettre d’abord la tête (l’État) à l’endroit, le reste du corps national suivra.
En cohérence avec cette approche, Maurras rejette la souveraineté du peuple au profit de celle de la nation incarnée par l’État. Dans une formule lapidaire, il affirme que « le suffrage universel n’est qu’une consultation sans portée décisive », et que la véritable volonté nationale s’exprime par l’action des élites de gouvernement (Maurice Barrès et Charles Maurras : la République ou le Roi – Terre et Peuple – Résistance Identitaire Européenne). Hostile aux idéaux de 1789, Maurras assume un élitisme autoritaire : la France doit être « conduite d’en haut » par un pouvoir vertical, appuyé sur les corps sociaux traditionnels (famille, municipalités, provinces, Église), mais dirigé fermement depuis le sommet. Ainsi préconise-t-il un régime de monarchie « antiparlementaire et décentralisée », conciliant l’unité de commandement et la riche diversité des provinces françaises, la verticalité et la subsidiarité (Maurras : « Si vous avez résolu d’être patriote, vous serez obligatoirement royaliste, la raison le veut. » | L’Histoire en citations). Ce royalisme pragmatique, dénué de sentimentalisme dynastique, vise essentiellement l’efficacité nationale. On retrouve ici la philosophie positiviste de Maurras : la monarchie n’est certes pas un dogme moral, mais ce serait une solution empirique testée par l’Histoire, qui a « constitué le territoire français » et garanti sa grandeur (Maurice Barrès et Charles Maurras : la République ou le Roi – Terre et Peuple – Résistance Identitaire Européenne). En bon disciple de Auguste Comte et de Taine, Maurras se veut l’apôtre d’un nationalisme rationnel, fondé sur l’expérience historique et un intérêt bien compris de la France.
En résumé, les textes maurrassiens mettent l’accent sur l’outil politique comme levier de salut public : il faut reconquérir l’État (quitte à l’occuper par un coup de force ou un travail de sape antirépublicain), car de lui découlent l’ordre social, la puissance militaire et la continuité nationale. Toute l’énergie doit viser cette fin institutionnelle.
Charles Maurras – Enquête sur la monarchie (1900) : « Si vous avez résolu d’être patriote, vous serez obligatoirement royaliste, la raison le veut. » (Maurras : « Si vous avez résolu d’être patriote, vous serez obligatoirement royaliste, la raison le veut. » | L’Histoire en citations)
Charles Maurras – Enquête sur la monarchie, Discours préliminaire (éd. 1924) : « Oui ou non, l’institution d’une monarchie traditionnelle, héréditaire, antiparlementaire et décentralisée n’est-elle pas de salut public ? » (Maurras : « Si vous avez résolu d’être patriote, vous serez obligatoirement royaliste, la raison le veut. » | L’Histoire en citations)
Charles Maurras – Kiel et Tanger (1910) : « [L’ouvrage] fait l’état des faiblesses militaires de la France liées à « l’inertie du système républicain » » (File:Charles Maurras – Kiel et Tanger.djvu – Wikimedia Commons)
Charles Maurras – (Lettre à Barrès, 1900) : « Il n’y a pas de volonté populaire, mais consentement […] les pouvoirs électifs sont de simples pouvoirs consultatifs. » (Maurice Barrès et Charles Maurras : la République ou le Roi – Terre et Peuple – Résistance Identitaire Européenne)
Maurice Barrès : la reconquête par l’âme nationale, la terre et les morts (orientation culturelle)
Maurice Barrès, de son côté, développe un nationalisme à dominante culturelle et spirituelle. S’il souhaite autant que Maurras le redressement de la France (« le réveil de la France », dira Drieu La Rochelle, son disciple critique (Revue Éléments – La terre, les vivants et les morts : introduction à la pensée de Maurice Barrès)), il pense que celui-ci passe d’abord par une régénération intérieure : réenraciner les individus, ressouder la communauté autour de ses principes organiques (famille, patrie, foi), bref, reconquérir « l’âme française » avant de prétendre reformer l’État. Son mot d’ordre fédérateur – « la Terre et les Morts » – exprime la primauté du lien charnel à la patrie, faite de sol et de souvenirs partagés, sur toute construction institutionnelle abstraite.
Dans sa célèbre conférence « La Terre et les Morts » (10 mars 1899), prononcée à la Ligue de la Patrie Française, Barrès pose la question : « Sur quelles réalités fonder la conscience française ? ». Il y répond en exaltant l’héritage ancestral et le génie du terroir. Pour Barrès, la nation est d’abord une communion spirituelle entre les vivants et les morts d’un même sol, d’un même sang, d’un même esprit. Il la définit poétiquement comme « la possession en commun d’un antique cimetière et la volonté de continuer à faire valoir cet héritage indivis » (Maurice Barrès — Libertas | Citations). La nation France est un legs immatériel transmis par nos aïeux à travers la terre qu’ils ont travaillée et transmise, les tombes où ils reposent et les traditions qu’ils nous ont laissées. Ce patriotisme organique s’oppose à la vision contractualiste (rousseauiste notamment) ou juridique de la nation : « Pour nous, la patrie, c’est le sol et les ancêtres, c’est la terre de nos morts », écrit Barrès, plutôt qu’une « idée » ou un pacte volontaire. De ce fait, la sauvegarde de la France passe par la conservation de son âme collective – laquelle réside dans la continuité historique, les paysages, les cimetières, la langue et la culture populaire – bien plus que par un changement de régime politique.
Barrès développe ces thèmes dans son œuvre de littérature et de philosophie-politique. Sa trilogie romanesque Le Roman de l’énergie nationale (1897-1900) – comprenant Les Déracinés, L’Appel au soldat, Leurs figures – illustre le mal dont souffre la jeunesse française : le déracinement, c’est-à-dire la perte des repères transmis par le terroir et les familles morales. Ses Scènes et doctrines du nationalisme (1902) synthétisent sa pensée politique arrivée à maturité, plus communautaire qu’individualiste. On y lit par exemple cette profession de foi : « Les morts ! Ah ! que serait donc un homme à ses propres yeux s’il ne représentait que soi-même ? […] Nous sommes le produit d’une collectivité qui parle en nous. Que l’influence des ancêtres soit permanente, et les fils seront énergiques et droits, la nation une. » (Maurice Barrès — Libertas | Citations). Ce passage, de portée quasi mystique, montre la filiation entre l’égo initial de Barrès (son Culte du Moi des années 1880) et l’âme collective : l’individu ne trouve sa pleine force qu’en s’adossant à la longue chaîne des générations : c’est une forme de déterminisme puissant. La solidarité transgénérationnelle est chez lui un impératif : si les vivants restent fidèles aux morts, alors la nation retrouvera son unité et sa vigueur morale.
Sur le plan institutionnel, Barrès n’est pas opposé à un pouvoir autoritaire – à la différence de Maurras, il exalte même volontiers Napoléon ou Boulanger comme figures de « ducs énergétiques » pouvant incarner la volonté nationale. Mais il demeure républicain par réalisme et par attachement à certaines libertés. Dans Scènes et doctrines du nationalisme, il préconise un « fédéralisme conforme à la tradition française », où la France serait conçue comme « une multiplicité de familles : familles d’individus, voilà les communes ; familles de communes, voilà les régions ; familles de régions, voilà la nation ». On voit ici Barrès intégrer l’idée de décentralisation (chère aussi à Maurras) mais à l’intérieur du cadre républicain. Il aspire à une République réconciliée avec l’esprit traditionnel français, une sorte de République organique où un pouvoir central fort coexisterait avec le respect des identités locales et l’imprégnation des consciences par le sentiment national. Plutôt qu’un roi imposé sans racines dans le présent, Barrès rêve d’un État soutenu par l’enthousiasme populaire, par une sorte de religion civique des morts et des héros (ce que réalisera, à maints égards, Benito Mussolini). Il en appelle en somme à une reconquête des cœurs : « Quelle passion refera l’unité de ces énergies déliées ? […] À quel souci se dévouer et sur quelle idée se grouper ? », s’interroge-t-il en 1899, avant de proposer lui-même ce nouveau foyer spirituel qu’est le culte de la patrie enracinée (Revue Éléments – La terre, les vivants et les morts : introduction à la pensée de Maurice Barrès).
En résumé, Barrès conçoit la renaissance nationale comme un mouvement culturel et moral de fond : regagner l’âme du peuple, raviver ses vertus ancestrales, ancrer la jeunesse dans la terre et les morts. Selon lui, ce n’est qu’après cette œuvre de réenracinement que l’on pourra durablement consolider l’État. Il reste que le peuple est le reflet de ses chefs d’ailleurs. Pour lui, aussi, « l’énergie nationale » (force vitale puisée dans la mémoire collective) prime sur les constructions institutionnelles, plus passagères. Sa République « rêvée » serait moins un régime précis qu’une communion nationale restaurée, peu importe finalement qu’elle s’appelle république ou monarchie, pourvu qu’elle assure l’intégration de tous à l’héritage commun.
Maurice Barrès – Scènes et doctrines du nationalisme (1902) : « Une nation, c’est la possession en commun d’un antique cimetière et la volonté de continuer à faire valoir cet héritage indivis. » (Maurice Barrès — Libertas | Citations)
Maurice Barrès – Scènes et doctrines du nationalisme (1902) : « Les morts ! […] Quand chacun de nous tourne la tête sur son épaule, il voit une suite indéfinie de mystères, dont les âges les plus récents s’appellent la France. Nous sommes le produit d’une collectivité qui parle en nous. Que l’influence des ancêtres soit permanente, et les fils seront énergiques et droits, la nation une. »
Maurice Barrès – (Discours « La Terre et les Morts », 1899) : « Pour nous, la patrie, c’est le sol et les ancêtres, c’est la terre de nos morts. »
Maurice Barrès – Scènes et doctrines du nationalisme (1902) : « Le nationalisme, c’est de résoudre chaque question par rapport à la France. Mais comment faire, si nous n’avons pas de la France une définition et une idée communes ? » (Maurice Barrès — Libertas | Citations) : dilemme qu’il résout par la définition organique de la nation, fédérative et historique.
Dilemme entre institution et culture métapolitique quel primat pour l'action ?
🔍 III. Divergences tactiques et philosophiques : regards critiques
Héritages croisés pour synthèse et l’enjeu d’une renaissance nationale !
La différence entre Maurras et Barrès a suscité de nombreux commentaires d’historiens et de penseurs, tant du camp nationaliste que des observateurs académiques. Il en ressort généralement que Barrès et Maurras partagent le même objectif (redresser la France, “reconstruire la cité” après la décadence fin-de-siècle) mais divergent sur la méthode : l’un part de la base vivante de la nation, l’autre veut agir par le sommet de l’État. D’un côté, selon la formule de Maurras lui-même, « l’énergie nationale » du Lorrain (Barrès) ancrée dans le sol natal, de l’autre « le nationalisme intégral » du Provençal (Maurras) tourné vers l’autorité politique (Maurice Barrès et Charles Maurras : la République ou le Roi – Terre et Peuple – Résistance Identitaire Européenne).
Les analyses insistent d’abord sur la nature du nationalisme professé par chacun. L’historien Laurent Joly note que l’Action française a fini par réaliser une synthèse inédite entre le royalisme traditionnel et l’extrême droite moderne : culte d’un État fort, antiparlementarisme, « xénophobie » et antisémitisme, appel à un coup d’État, etc., autant d’éléments que Maurras impose doctrinalement (Naissance de l’ Action française – Maurice Barrès, Charles Maurras l’extrême- droite nationaliste au tournant du XXe siècle – La Cliothèque). Barrès, bien que cofondateur du mouvement nationaliste en 1899, n’adhère pas à tous ces développements. « Membre de l’AF dès l’origine, Barrès ne deviendra pas monarchiste et restera fidèle à une République autoritaire et césarienne », résume Joly. Autrement dit, Barrès croyait possible une synthèse entre l’idéal national et la forme républicaine du gouvernement, à la manière d’un Bonaparte plébiscité par la nation. Maurras, lui, voit la République comme illégitime par essence (« la Gueuse », selon son injure favorite), un régime honni qu’il faut abattre
Cet écart se cristallise autour de l’année 1901, lorsque Barrès refuse de suivre Maurras dans le ralliement au duc d’Orléans : « Barrès n’est pas royaliste », constate amèrement Maurras en 1901. Le royalisme maurrassien se veut logique et froid (restaurer l’institution monarchique pour ses bénéfices concrets), quand le nationalisme républicain de Barrès se veut chaleureux et charnel (garder le lien avec la Révolution et le suffrage universel, tout en insufflant un esprit nouveau à la République) – ce qui diffère encore sensiblement de Léon XIII et des catholiques sociaux.Les commentateurs soulignent également la divergence de philosophie politique. Maurras est positiviste, rationaliste et « classique » dans sa conception de l’ordre : il pense en termes de lois politiques, de mécanique sociale, de causalités historiques. Barrès est plus « romantique » et psychologue : il s’intéresse aux âmes, aux élans collectifs, à la psychologie des foules nourrie de mythes. Ainsi, Michel Winock a pu parler d’un nationalisme de la raison chez Maurras opposé au nationalisme de l’instinct chez Barrès (celui-ci exaltant « les instincts de l’individu enracinés dans le passé » et la “loi de son être” héritée de l’histoire (Maurice Barrès – Dictionnaire de l’affaire Dreyfus). Barrès épouse la subjectivité du Moi et la transforme en mystique nationale, là où Maurras prône au contraire une subordination du moi aux structures objectives de la nation (histoire, institutions, intérêts supérieurs, ce qui le rapproche sensiblement ici de saint Thomas d’Aquin). Comme le résume la politologue Brigitte Krulic, chez Barrès « le peuple français est une entité insaisissable entre unité et diversité » – une réalité presque mystique – tandis que Maurras en donne une définition plus arrêtée, fondée sur l’ordre catholique et royal, en étant plus latinisant (Maurice Barrès — Wikipédia). Barrès conserve une préoccupation pour la liberté individuelle (il reste libéral à certains égards, refusant de sacrifier complètement l’initiative personnelle), alors que Maurras n’hésite pas à subordonner les libertés publiques à l’autorité (« Maurras est tout à fait prêt à sacrifier ces mêmes libertés », note un commentateur (Maurice Barrès et Charles Maurras : la République ou le Roi – Terre et Peuple – Résistance Identitaire Européenne). Sur la Religion, Barrès reste longtemps agnostique respectueux du catholicisme comme lien social, tandis que Maurras, longtemps positiviste athée, y voit surtout un instrument d’ordre – mais tous deux finissent par s’accorder sur la nécessité de l’Église pour cimenter la nation. Ces nuances philosophiques expliquent pourquoi Barrès se méfie du sectarisme de l’Action française (qu’il compare à une « évolution de laboratoire » hors du réel, alors que Maurras reproche à Barrès ses « hiatus » et son manque de rigueur logique.
Du côté des analystes traditionalistes, on a regretté la division Barrès/Maurras tout en en reconnaissant la fécondité. Guy Dupré, dans son introduction à La République ou le Roi, estime qu’il est artificiel de vouloir trop opposer leurs thèmes, tellement ceux-ci sont « étroitement tissés entre eux » dans la trame du nationalisme français (La République ou le Roi. Correspondances inédite 1888-1923) – ce qui s’entend aisément. Et tous deux partageaient en effet de nombreux combats (patriotisme anti-dreyfusard, antiparlementarisme, exaltation de l’armée et du terroir).
Matthieu Giroux note ainsi que « tous deux dénonçaient les dérives du parlementarisme et du jacobinisme. Tous deux voulaient un pouvoir fort et décentralisé » (Maurice Barrès et Charles Maurras : la République ou le Roi – PHILITT). Barrès lui-même a soutenu autant qu’il le pouvait l’Action française « au nom de l’unité du camp national », malgré ce qu’il appelait leurs désaccords de « méthode ». Certains auteurs voient dans ce duo une sorte de complémentarité : Barrès l’inspirateur lyrique, Maurras le doctrinaire organisateur. L’un s’adresse aux cœurs, l’autre aux esprits rationnels – et le nationalisme français s’est nourri des deux, de même que les deux auteurs se sont nourris de leur prédécesseur Édouard Drumont. Comme le résume un critique moderne, « Barrès a converti l’égotisme du Culte du Moi en patriotisme charnel de la Terre et des Morts, il n’en demeure pas moins attaché aux libertés individuelles […]. En revanche, Maurras est tout à fait prêt à sacrifier ces mêmes libertés », ce qui les sépare jusque dans la conception de la dignité humaine (Maurice Barrès et Charles Maurras : la République ou le Roi – Terre et Peuple – Résistance Identitaire Européenne).En définitive, la divergence Barrès/Maurras tient en une question : la nation se restaure-t-elle par le haut ou par le bas ? Faut-il d’abord refaire l’État pour guérir la société (crédo maurrassien), ou d’abord refaire les âmes pour que l’État suive naturellement (crédo barrésien) ? Ce débat, largement commenté dans les revues d’idées, a traversé tout le XXème siècle. On a pu le comparer à d’autres duos célèbres : par exemple, certains ont vu un parallèle entre Barrès et Péguy (les républicains mystiques) face à Maurras et son disciple Jacques Bainville (les monarchistes rationnels) (Maurras : « Si vous avez résolu d’être patriote, vous serez obligatoirement royaliste, la raison le veut. » | L’Histoire en citations). Mais plus qu’une opposition tranchée, il s’agit de deux pôles partiels complémentaires du nationalisme français – à l’instar du platonisme et de l’aristotélisme, des écoles augustiniennes et thomistes.
La plupart des penseurs nationaux de l’entre-deux-guerres ont intégré un peu des deux : par exemple, Pierre Drieu la Rochelle, admirateur critique de Barrès, adhéra finalement au plan maurrassien d’une révolution nationale autoritaire tout en conservant le besoin d’un « idéal » mobilisateur pour la jeunesse (Revue Éléments – La terre, les vivants et les morts : introduction à la pensée de Maurice Barrès). De même, des gaullistes/néothomistes comme Jacques Maritain ou François Mauriac furent sensibles à la dimension spirituelle du nationalisme barrésien, même en refusant certains « excès ». En somme, la dialectique entre l’institutionnel et le culturel, entre l’État et l’Âme, constitue une richesse autant qu’une tension du camp nationaliste français et européen.🎯 IV. Actualité de la querelle : État ou âme, que reconquérir d’abord ?
À l’épreuve du temps : relire les maîtres, repenser l’avenir !
Cas concret : un peuple vertueux se conduit bien malgré la perversité des lois (thomisme), il ne profiterait pas de l’assistance médicale de l’avortement assassin par exemple. Et ce, même s’il faut privilégier en premier lieu la bonne loi orientant le tout vers le bien.
Cette querelle stratégique entre la conquête de l’État et la conquête des âmes conserve une résonance dans les milieux nationaux-catholiques et nationalistes contemporains. Plus d’un siècle après Barrès et Maurras, la question se pose encore aux mouvements désireux de redresser leur pays ou de défendre une identité menacée : faut-il investir prioritairement le champ politique et les institutions (partis, élections, pouvoir d’État) pour appliquer un programme national, ou bien mener d’abord un travail de longue haleine sur les esprits, la culture, les valeurs, afin de refonder le sentiment national à la base ? Autrement dit, la priorité doit-elle aller au combat politique immédiat (« prendre le pouvoir ») ou au combat métapolitique (« gagner les cœurs ») ?
Nombre de penseurs nationalistes actuels se sont penchés sur ce dilemme en s’inspirant implicitement de Barrès ou de Maurras. Ainsi la Nouvelle Droite des années 1970–1980, autour de ce curieux Alain de Benoist, a récupéré et cité Gramsci, prôné la « bataille culturelle » avant la conquête du pouvoir, ce qui fait écho à l’intuition barrésienne : créer une hégémonie culturelle, réveiller l’identité européenne, revaloriser les racines (on pense aux campagnes pour la mémoire et l’enracinement menées par des instituts comme l’Institut l’Iliade aujourd’hui). À l’inverse, d’autres courants nationalistes, notamment Les Nationalistes, privilégient l’action politique directe, estimant que seule la possession des leviers d’État permettra de protéger concrètement la nation et la foi. On retrouve là l’héritage maurrassien : l’idée qu’une élite déterminée, une fois aux commandes (par voie électorale ou autre), peut inverser le cours du déclin en réaffirmant l’ordre moral, en contrôlant l’éducation, en promulguant des lois conformes au bien commun.
Dans la France du XXIème siècle, ce débat a pris une tournure pratique : certains militants nationalistes ont choisi l’engagement électoral au sein de partis (Parti de la France), tandis que d’autres privilégient la création d’écoles libres, d’associations culturelles, de médias alternatifs pour œuvrer à une reconquête des esprits et des communautés locales (Civitas International, ex-Academia Cristiana). Par exemple, le parti « Reconquête » de Zemmour lancé en 2021 – dont le nom même évoque la Reconquista – mise sur la prise de pouvoir républicaine via les urnes, espérant imposer par l’État une politique identitaire ; en face, des cercles catholiques traditionalistes ou des mouvements identitaires mettent l’accent sur la renaissance communautaire, la transmission scolaire et la conversion intérieure, parfois en se méfiant des voies purement politiciennes – FSSPX. Ce clivage n’est pas sans rappeler la distinction entre un Barrès qui, en son temps, participait aux élections (député nationaliste de Nancy dès 1906) tout en faisant œuvre d’écrivain pour édifier les âmes, et un Maurras qui méprisait le suffrage universel mais chercha à peser sur les gouvernants et finit lui-même membre de l’Académie française pour accroître son autorité intellectuelle.
Une critique actualisée de cette dualité pourrait souligner que l’opposition est en partie factice. En effet, l’expérience montre que l’un ne va pas sans l’autre : sans relais politiques, l’œuvre culturelle peut rester vaine (« Que sert-il de gagner des esprits si aucune action publique n’en découle ? » dirait Maurras) ; mais sans soutien populaire profond, la conquête de l’État est précaire (« Quel régime peut durer sans l’adhésion du pays réel ? » rétorquerait Barrès). Les penseurs les plus avisés prônent donc une stratégie globale, articulant les deux dimensions. Par exemple, un essayiste catholique devrait estimer que la conversion des âmes (retour aux valeurs chrétiennes, réveil des identités locales, reconstruction de la famille morale au sens barrésien) créera sur le long terme un terreau propice à l’émergence de gouvernants vertueux ; tandis qu’une reprise, même partielle, de l’appareil d’État (par l’élection de législateurs attachés aux traditions, ou la promotion de lois pro-famille) peut accélérer et faciliter le travail culturel en offrant un cadre protecteur. Cette vision intégrale réconcilie en quelque sorte l’énergie nationale et la « raison d’État » – sans forcément sombrer ni dans le volontarisme ni dans le gallicanisme.
Néanmoins, des débats concrets continuent d’agiter nos milieux. Par exemple, doit-on concentrer les efforts sur la reconquête de l’Éducation nationale (donc attendre d’être au pouvoir pour changer les programmes), ou bien créer dès maintenant des écoles hors-contrat enracinées dans la Tradition ? Doit-on viser la réforme des lois bioéthiques en entrant au Parlement, ou d’abord remonter le sens moral du peuple par l’enseignement de la doctrine sociale de l’Église ? Ces discussions reprennent, chacune à sa manière, l’alternative Barrès/Maurras. On pourrait arguer que la société post-moderne offre un terrain plus favorable à la stratégie barrésienne : l’effondrement des grands récits et des fidélités politiques pousse à reconstruire à la base, dans les familles, les réseaux associatifs, les identités locales, avant d’espérer une translation politique. D’un autre côté, la permanence de l’État-nation, garant des lois et des frontières stables, rappelle l’actualité de l’intuition maurrassienne : sans un pouvoir fort capable de dire non au chaos mondialisé, la nation-culture peut se dissoudre malgré tout.
En définitive, la querelle entre la conquête par l’État ou par l’âme reste d’actualité, constante, mais elle tend à se dépasser dans une approche synergique. Les héritiers intellectuels de Barrès et de Maurras comprennent aujourd’hui que la vraie reconquête doit être à la fois intérieure et institutionnelle. L’autorité politique légitime et l’adhésion populaire profonde se renforcent mutuellement, comme les deux faces d’une même médaille ! C’est peut-être là la leçon ultime que l’on peut tirer de l’échange épistolaire passionné entre le Lorrain républicain francisé et le Provençal royaliste romanisant. Si Barrès nous enseigne que « la terre ne ment pas » et que tout effort durable commence par un enracinement des âmes, Maurras nous rappelle que « la politique d’abord » demeure la clé pour traduire en actes le vouloir-vivre d’une nation. Aux penseurs et acteurs nationalistes de notre époque de conjuguer ces deux vérités dans l’action, afin que l’âme ressuscitée de la patrie puisse un jour investir un État refondé à son image.

Sources citées : Correspondance Barrès–Maurras (La République ou le Roi, éd. Plon) (La République ou le Roi. Correspondances inédite 1888-1923 ); Charles Maurras, Enquête sur la monarchie (Maurras : « Si vous avez résolu d’être patriote, vous serez obligatoirement royaliste, la raison le veut. » | L’Histoire en citations) (Maurras : « Si vous avez résolu d’être patriote, vous serez obligatoirement royaliste, la raison le veut. » | L’Histoire en citations); Charles Maurras, Kiel et Tanger (File:Charles Maurras – Kiel et Tanger.djvu – Wikimedia Commons); Maurice Barrès, Scènes et doctrines du nationalisme (Maurice Barrès — Libertas | Citations) (Maurice Barrès — Libertas | Citations); Lettres de Barrès et Maurras (1900-1902) (Maurice Barrès et Charles Maurras : la République ou le Roi – Terre et Peuple – Résistance Identitaire Européenne) (Maurice Barrès et Charles Maurras : la République ou le Roi – Terre et Peuple – Résistance Identitaire Européenne); Matthieu Giroux, « Maurice Barrès et Charles Maurras : la République ou le Roi » (PHILITT, 2015) (Maurice Barrès et Charles Maurras : la République ou le Roi – Terre et Peuple – Résistance Identitaire Européenne) (Maurice Barrès et Charles Maurras : la République ou le Roi – Terre et Peuple – Résistance Identitaire Européenne); Laurent Joly, Naissance de l’Action française (2015) (Naissance de l’ Action française – Maurice Barrès, Charles Maurras l’extrême- droite nationaliste au tournant du XXe siècle – La Cliothèque); Brigitte Krulic, « Le peuple français chez Maurice Barrès » (2007) (Maurice Barrès — Wikipédia); Revue Éléments n°179 (2020) (Revue Éléments – La terre, les vivants et les morts : introduction à la pensée de Maurice Barrès), etc.
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