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Publié le par Florian Rouanet
L’obsession du péché VS. La conscience qui s’endort
Préambule :
Afin de mieux vous corriger, outre l’invocation de prières, commencez par identifier dans quelle case votre caractère/tempérament entre, selon une exigence ou une insouciance/négligence déplacée. En général, nous entrons plutôt soit dans une case soit dans l’autre.
La doctrine de l’Église catholique enseigne que le péché, en tant qu’offense faite à Dieu, doit être évité avec un soin jaloux, tout en gardant une juste mesure dans son examen intérieur.
Or, deux écueils opposés menacent le chrétien dans sa « relation au péché » : le scrupule, qui pousse à voir une faute grave là où il n’y a qu’une imperfection ou un simple péché véniel, et le laxisme, qui tend à minimiser la gravité des péchés et leurs effets sur l’âme et devant Dieu – car le péché est un dommage que l’on s’inflige à soi-même, peccato en italien a la double signification.Saint Thomas d’Aquin, Docteur angélique, insiste sur la nécessité d’un juste milieu dans toutes les vertus, suivant la maxime aristotélicienne du « in medio stat virtus » (la vertu se tient dans un juste milieu).
Ce principe s’applique également à l’examen de conscience et à la contrition, afin d’éviter aussi bien le découragement dû à un scrupule excessif que l’indifférence dangereuse du pécheur laxiste.
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Sommaire :
I. Scrupule : un excès ne comprenant pas la miséricorde de Dieu
II. Laxisme : une indifférence périlleuse pour l’âme
III. La voie du juste équilibre : vigilance & confiance filiale☧
I. Scrupule : un excès rejetant l’étendu de la miséricorde de Dieu
Le scrupule est une tendance maladive de l’âme qui conduit à voir le péché partout, même là où il n’y en a point, ou à exagérer démesurément la gravité des fautes commises.
Saint François de Sales met en garde contre cet excès, qui pousse l’âme non point à l’humilité, mais au découragement, risquant ainsi de détourner du vrai amour de Dieu :« Les âmes scrupuleuses se font une guerre si terrible qu’elles n’ont plus la force d’aimer Notre Seigneur comme il faut ; elles sont toujours en trouble, toujours en peine. »
Saint François de Sales, Introduction à la vie dévote.Le scrupule, loin de conduire à la vraie contrition, enferme dans une angoisse stérile qui détourne l’âme.
Saint Thomas d’Aquin enseigne que la contrition doit être fondée sur l’amour de Dieu, et non sur une peur exagérée du châtiment :« L’homme ne doit point désespérer de son salut, mais mettre en Dieu son espérance et sa confiance. »
Somme théologique, IIa-IIae, q. 20, a. 4.Ainsi, si la peur du châtiment et la crainte de l’Enfer peuvent aider, par étapes, et ne sont pas intégralement mauvais, mais ils incarnent un déséquilibre, et l’on sait que l’amour de Dieu est à viser en priorité.
Un scrupule excessif faisant entrevoir l’Enfer au moindre doute, trahit un manque de foi en la bonté divine, car il fait oublier que Dieu est un Père qui veut le salut de ses enfants, et non un juge impitoyable cherchant à punir à tout prix.
II. Laxisme : une indifférence périlleuse pour l’âme
Si le scrupule est un excès nuisible, l’excès inverse – le laxisme – est encore plus dangereux, car il rend insensible au péché et à ses conséquences.
Saint Augustin avertit des dangers d’une telle tiédeur :
« Celui qui méprise de petites choses tombe peu à peu dans les grandes. »
Sermon 49.L’âme laxiste, en ne s’examinant point sérieusement, risque d’accumuler des fautes graves, notamment dans les domaines les plus pernicieux tels que les péchés impurs, l’indifférence à la foi, ou l’absence de charité envers le prochain. Or, ces péchés, lorsqu’ils deviennent habituels, obscurcissent l’intelligence et endurcissent le cœur.
Saint Thomas d’Aquin explique que l’habitude du péché affaiblit la volonté et rend la conversion de plus en plus difficile :
« Plus une habitude est enracinée, plus il est difficile d’en être délivré. »
Somme théologique, Ia-IIae, q. 49, a. 2.Le laxisme conduit donc insidieusement à l’aveuglement spirituel, qui empêche de voir le péché et d’en ressentir la gravité.
III. La voie du juste équilibre : vigilance & confiance filiale
Afin de ne pas s’aliéner l’amitié de Dieu, entre ces deux excès, la voie droite consiste à garder une conscience éclairée par la loi divine, sans se laisser troubler outre mesure par des craintes exagérées.
Saint Thomas d’Aquin enseigne que la vertu de pénitence doit être ordonnée par la prudence, qui ajuste le regard sur ses propres fautes avec justesse :« La vertu de pénitence consiste dans une douleur modérée du péché, réglée par la raison. »
Somme théologique, IIIa, q. 85, a. 5.L’équilibre consiste donc à :
- Fuir le scrupule, en se souvenant que Dieu pardonne aux âmes contrites, sans exiger une perfection inatteignable ;
- Éviter le laxisme, en maintenant une vigilance sérieuse contre le péché et en s’examinant honnêtement ;
- S’approcher régulièrement des sacrements, en particulier la confession et la sainte communion, sources de force & de guérison de l’âme.
Le chrétien doit imiter l’attitude confiante de l’enfant envers son père, selon la belle parole de Notre Seigneur Jésus-Christ :
« Si vous ne devenez comme de petits enfants, vous n’entrerez point dans le Royaume des Cieux. »
Évangile selon saint Matthieu, XVIII, 3.Cette confiance filiale n’est pas présomption, mais humilité véritable, qui repose sur la certitude que Dieu, infiniment juste, est aussi infiniment miséricordieux.
Prière préparatoire :
Mon Dieu, je vous supplie, par l’intercession de la Vierge Marie, de m’accorder la grâce de bien connaître tous les péchés dont je suis coupable.
Faites qu’ensuite, je m’en accuse avec un sincère regret de les avoir commis, et une ferme volonté de les éviter à l’avenir, et qu’ainsi, j’en obtienne le pardon de votre miséricorde infinie. Ainsi soit-il.
Pour ce faire, lors d’un bon examen de conscience, idéalement en fin de journée, il faut comparer ses pensées, paroles, actes et omissions par rapport aux Commandements de Dieu et de Son l’Eglise.
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En conclusion, ni le scrupule qui paralyse, ni le laxisme qui aveugle ne sont conformes à la sagesse chrétienne.
L’Église, dans son enseignement « traditionnel », montre la voie du juste équilibre : un examen de conscience régulier mais serein, une vigilance contre le péché sans anxiété maladive, et une confiance filiale en Dieu, qui veut le salut de ceux qui viennent à Lui avec un cœur contrit et sincère.卍
Pour approfondir :
- Saint Thomas d’Aquin, Somme théologique
- Saint François de Sales, Introduction à la vie dévote
- Catéchisme du Concile de Trente (chapitre sur le péché et la pénitence)
Enfin, la véritable perfection chrétienne ne se trouve ni dans l’angoisse stérile, ni dans l’indifférence coupable, mais dans une confiance éclairée & une vigilance prudente !
Amen !
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