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Publié le par Florian Rouanet
« Beauvais est une ancienne ville que les Normands pillèrent et brûlèrent à diverses reprises. Un nouvel incendie la dévasta vers la fin du XIè siècle. Pendant la captivité du roi Jean, les paysans des environs, réduits au désespoir par les maux de toutes sortes qui pesaient sur eux, se révoltèrent et prirent pour chef un capitaine de Beauvais, nommé Jacques, d’où l’on donna à cette terrible faction, qui portait partout le ravage et la mort, le nom de Jacquerie. Cette ville fut assiégée, en 1433, par Charles le Téméraire, duc de Bourgogne. Pressé par 60 000 hommes, elle dut son salut à Jeanne Hachette, qui anima les bourgeois, les femmes et les enfants même, à la défense de leur cité.
Beauvais est généralement mal bâti ; les anciennes rues sont mal percées, mais propres. Beaucoup des maisons qui les composent sont construites en bois recouvert d’argile et ne sont point alignées ; mais elles sont décorées, à l’intérieur, d’une multitude de sculptures de bois, dont quelques-unes sont fort remarquables. Située dans un riche vallon entouré de collines boisées, arrosée par l’Avalon et le Thérain, cette ville fait un commerce considérable de draps, de serges, de flanelle, de bonneterie, de toiles fines et de dentelles noires. Elle a une fabrique de tapisserie, fondée par Colbert, qui occupe un grand nombre d’ouvriers et qui ne le cède, comme perfection des produits, qu’à la manufacture des Gobelins.
La cathédrale de Beauvais, commencée vers l’an 991 par Hervé, son quatrième évêque, serait peut-être la plus belle église gothique de toute la France, si elle avait été achevée sur le plan dont le choeur, terminé au commencement du XVIè siècle, nous donne une idée. Ce choeur est admirable, tant par le grandiose de l’en-choeur que par le fini des détails ; mais, quoiqu’on regrette, dans plusieurs autres parties de l’édifice, les modifications apportées au projet primitif, on est frappé d’étonnement en présence de la prodigieuse élévation et de la délicate élégance de ce monument religieux.
Les visiteurs de la cathédrale ne manquent jamais de s’arrêter devant le mausolée élevé à la mémoire du Cardinal Forbin-Janson, évêque de Beauvais, mausolée surmonté d’une statue qui passe pour un des chefs-d’oeuvre de coustou.
Clermont est une petite ville située sur le penchant d’une colline couronnée par la masse bizarre d’un antique château et par la belle promenade dite le Catelier, qui entoure le vieil édifice. Les Anglais la prirent en l’année 1359 ; Labire le leur enleva ; mais ce capitaine ayant ensuite été fait prisonnier, Clermont leur fut rendu pour sa rançon.
Compiègne, bâti sur l’Oise, au bord de la forêt de Compiègne, était une des maisons de chasse dans lesquelles nos anciens rois aimaient à établir leur résidence. Autour de château se groupèrent d’abord quelques habitations, et insensiblement la ville se forma. Charles le Chauve y fonda une abbaye, à laquelle il fit le don des reliques de Saint Cyprien et de Saint Corneille. L’église dans laquelle on les déposa, et qui prit le nom de Sainte Corneille, renferme plusieurs tombes royales. On assure que c’est là qu’avaient été placées les orgues envoyées à Pépin le Bref par l’empereur Constantin Copronyme, les première qu’on ait entendu en France.
Les reliques données à l’abbaye de Compiègne par Charles le Chauve attirèrent un grand nombre de pèlerins et contribuèrent ainsi à l’agrandissement de la ville. Ce prince y fit en outre bâtir deux nouveaux châteaux. Compiègne perdit un peu de son importance sous les rois de la troisième race, qui ne le visitèrent presque plus. En 1412, les Bourguignons et les Armagnacs se le disputèrent ; il tomba ensuite au pouvoir des Anglais, qui le perdirent et l’assiégèrent à nouveau. Jeanne d’Arc accourut au secours de la place et tenta contre les Anglais une vigoureuse sortie. Après avoir vaillamment combattu, elle ramena ses troupes vers la ville ; mais une étroite poterne ayant seule été ouverte, la Pucelle, qui était toujours la dernière à la retraite, laissa rentrer ses gens et fut environnée par les ennemis avant d’avoir pu les suivre. Accablée par le nombre, elle se rendit au bâtard de Vendôme, qui eut l’infamie de la vendre aux Anglais pour une somme de 10 000 francs. Cet odieux marche fut conclu près de la porte du Vieux-Pont, qui est maintenant détruite.
Le château de Compiègne, bâti par Louis XV sur les ruines d’un des anciens manoirs, est un des plus beaux de la France. La façade qui regarde la forêt est magnifique ; les jardins, qui rappellent ceux des Tuileries, sont beaucoup plus vastes. Les péristyles, la salle des gardes et la belle distribution des appartements font honneur à l’architecture Gabriel. Louis XVI acheva ce château, et Napoléon Ier le fit restaurer. C’est là qu’en 1810, l’empereur eut sa première entrevue avec Marie-Louise.
L’hôtel de ville de Compiègne est un édifice gothique très remarquable.
À quinze kilomètres de cette ville, on voit les ruines de Pierrefonds, château fort qui résista pendant cinq ans à Henri IV et que Louis XIII fit démanteler. L’aspect en est des plus grandiose et des plus pittoresque.
Noyon est une des premières villes qui se constituèrent en communes, Bauldry de Sarchainville, son évêque, lui en ayant librement concédé de droit, avec l’agrément du roi Louis le Gros. La cathédrale de Noyon a été bâtie par Pépin le Bref et par Charlemagne.
Senlis ne possède pas de monuments remarquables. Cette ville est divisée en deux parties : la cité, fortifiée par les Romains, et la nouvelle ville ou les faubourgs. Bâtie entre les forêts d’Halate, de Chantilly et d’Ermenonville, elle fut, comme Compiègne, la résidence de plusieurs rois carlovingiens. Plus tard, elle fut érigée en comté et dépendit du duché de Vermandois.
Près de Senlis se trouve la montagne dont on extrait le sable qui sert à la fabrication des glaces de Saint-Gobain.
Chantilly a des manufactures de blondes et de dentelles. Le château de Chantilly, qui appartenait aux princes de Condé et dont la magnificence ne le cédait en rien aux plus somptueux palais des rois, n’offre plus que des ruines. En les visitant, on se reporte involontairement au temps où le vainqueur de Rocroy y donnait des fêtes à Louis XIV, et l’on se rappelle ce que Mme de Sévigné raconte de ces fêtes et de la mort de Vatel, le maître d’hôtel que l’absence d’un rôti mit au désespoir.
On voit au château d’Ermenonville, dans l’île des Peupliers, le tombeau de Jean-Jacques Rousseau, orné de cette inscription : »Ici repose l’homme de la nature et de la vérité ».
Non loin de ce tombeau est le temple de la philosophie, édifice circulaire orné de six colonnes et dédié à Michel Montaigne, »qui a tout dit », si l’on en croit une inscription latine placée dans l’intérieur du monument. »
La France. C. Fallet. 1859.
AUGUSTIN.

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