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Publié le par Florian Rouanet
Dans ce présent article, nous communiquerons sur un livre qui m’a pour le moins agréablement surpris. Il s’agit de l’ouvrage »À poings fermés » de Jean-Manuel Roubineau. Celui-ci nous dévoile brillamment le pugilat, sport de combat pratiqué durant l’antiquité et ancêtre de la boxe. Avis aux amateurs !
Pour commencer, un petit mot sur l’auteur. Jean-Manuel Roubineau, boxeur amateur à ses heures perdues et Maître de conférence en histoire ancienne à l’université Renne 2. Ses spécialités vont de l’histoire sociale des cités grecques aux pratiques et représentations alimentaires en Grèce ancienne en passant, bien évidemment, par le sport et les athlètes antiques. Il est également l’auteur de plusieurs ouvrages comme »Diogène », »Le sport », »Les cités grecques, essai d’histoire sociale » ou encore »Milon de Crotone ou l’invention du sport ». Autant vous dire que le mec est calé…
Passons ensuite à l’aspect extérieur du présent livre. Il s’agit des éditions Puf. La première de couverture représente la statue d’un Pugiliste ganté »à l’ancienne » et au visage marqué. Cette dernière, de bronze, porte le nom de »Pugiliste des Thermes » et serait datée de 1055. Cette image nous met un peu dans le bain si j’ose dire. Le livre fait au total plus de 400 pages et se trouve aisément sur internet. Il vous en coûtera la somme de 30 euros hors frais de port.
Passons maintenant au vif du sujet ! Pour cela je ne résiste pas au fait de vous faire découvrir la 4ème de couverture qui résume, à mon sens, parfaitement l’ouvrage :
» La boxe, dit la légende, aurait été inventée par des soldats spartiates désireux de s’entraîner à parer les coups portés au visage. Art de défense autant que de percussion, le pugilat est perçu, durant toute l’antiquité, comme le plus dangereux des sports. Véritable héros du stade, adulés pour leur courage, les boxeurs concourent nus, sous le regard des spectateurs, leurs poings gantés de cuir pour seules armes. Cicatrices, oreilles écrasées et nez brisés sont autant de preuves de leur vertu. Mais, qu’ils rêvent de gloire ou d’argent, qu’ils écument les compétitions locales ou prétendent à la couronne olympique, les pugilistes doivent se soumettre, au gymnase, à une préparation athlétique exigeante. Alimentation contrainte, abstinence sexuelle et exercices sans cesse recommencés contribuent à placer dans leurs muscles des réserves inépuisables de force, à polir leur technique et les préparer à la brutalité et l’inconfort des affrontements, la nuque chauffée par le soleil, la vue troublée par la sueur ou le sang, la bouche asséchée par le sable et la soif.
Au-delà du quotidien pugilistique, c’est une histoire totale du sport que ce livre invite : interdits et mauvais gestes, hygiène de vie et idéal corporel, goût du spectacle et rapport à la violence, car au miroir de la boxe, c’est la cité qui se reflète. »
Tout est dit. L’auteur, grâce à de nombreuses recherches se basant notamment sur les peintures faîtes sur les poteries anciennes et autres mosaïques, nous plonge dans le monde du pugilat où la violence se confond avec l’art. Une violence maîtrisée, saine et nécéssaire, qui en dit souvent long sur l’époque dans laquelle elle se meut ainsi que sur les rapports humains.
»Quelle belle réponse aux détracteurs de la boxe, que de leur raconter la vie paisible de ces héros du ring, qui réservent toute leur ardeur pour les luttes du cercle enchanté. Et qu’on s’étonne, aprés cela, que des citoyens paisibles, comme l’auteur de ce livre, goûtent au spectacle des matches de boxe un plaisir qui n’a rien de malsain. Car on a beau être un homme civilisé, on a beau désirer que tous les conflits qui divisent les hommes soient réglés par des tribunaux ou des arbitres, on n’en sent pas moins tout le prix et toute la nécessite de la vaillance physique. On se dit qu’une humanité trop veule ou trop moutonnière périrait de douceur. Puisque les deux grands dieux rivaux, la Haine et l’Amour, sont nécessaires pour assurer la persistance de vie du genre humain, il faut rendre cette justice au « noble art » qu’il fait la part de haine, comme la part du feu, et qu’il limite rigoureusement entre le « time » qui donne le signal de la reprise et celui qui met fin au combat. »
Tristan Bernard. Autour du ring. 1925.
Rajoutons que ce livre, en plus d’être un puit d’informations formidablement documentées sur tout ce qui tourne autour du pugilat, remet en question la place de la violence dans la société au fil des âges. Remise en question éminemment nécéssaire aujourd’hui, à notre époque. Sans violence et sans guerre, la paix et le confort ne peuvent être perçus et vice et versa. Comme la vie et la mort, l’un n’existerait pas sans l’autre. Sans vie, pas de mort. Sans mort, pas de vie… Pour pouvoir vivre pleinement sa vie, il faut avoir connaissance de la mort. Une société ne peut vivre éternellement dans la paix, l’abondance et le confort. Elle se ramollirait fatalement jusqu’à périr. Les moments de paix serait inexistants sans violence car nous savons que c’est l’inconfort qui nous améliore et non le confort… D’où la question de la violence nécéssaire, violence créatrice de paix et vitale pour l’humain. De ce côté-la, ce livre apporte aussi des réponses.
» Écrire sur la boxe, c’est également être forcé de réfléchir non seulement à la boxe, mais surtout aux limites de la civilisation – à ce qu’être « humain » veut dire, ou devrait vouloir dire. »
A poings fermés.
Comme d’habitude, ici il ne sera pas question de vous faire un résumé du livre de sorte que vous n’ayez pas besoin de le lire pour en comprendre l’essentiel. Ceci dit, pour vous donner envie de plonger dans cette œuvre qui, n’en doutons pas, aiguisera votre esprit, voici prit au hasard, quelques titres de chapitres et sous-chapitres qui y sont traités :
− La boxe, c’est les hommes.− Les qualités attendues du pugiliste.− Le pugilat, art du mouvement.− À mains armées.− Avec ou sans gants.− Des gants trempés de fer.− Le solfège de la boxe.− L’ascèse pugilistique− Gueules cassées.− Dans le chaudron du stade.− Perdre, c’est un peu mourir.− Gagner ou mourir.− À vaincre sans péril.− … etc.Autant vous le dire tout de suite, ce livre est complet. Il apporte beaucoup de savoir sur l’ancêtre de la boxe, sur le quotidien du pugiliste dans son entièreté. Au-delà de ça, c’est un livre qui peut faire réfléchir sur beaucoup de sujets qui ont gardés, aujourd’hui encore, une importance capitale. Sur la violence, comme je vous le disais plus haut ou encore sur notre quotidien, propre à chacun de nous.
Vous aimez la boxe ? Vous aimez l’histoire ? Vous aimez vous interroger sur certains mécanismes de la société ? Sur les rapports humains ? Lisez ce livre !
Pour finir en beauté, je vous partage un passage de cet excellent ouvrage nommé, je le rappel, »À poings fermés » et dont l’auteur est Jean-Manuel Roubineau :
» Mais de quelle histoire parle-t-on ? La documentation conservée permet non seulement de mener à bien une histoire des gestes et techniques du pugilat, de reconstituer ses conditions matérielles, ses lieux et objets, mais aussi de restituer l’environnement sensible des boxeurs, les expériences visuelles, olfactives et sonores du quotidien pugilistique – depuis les claquements des coups dans le sac jusqu’à l’odeur des peaux huilées et chauffées à blanc par le soleil. À travers les représentations et les descriptions de boxeurs, c’est le corps athlétique dans l’épreuve qui se donne à voir et, plus largement l’idéal corporel masculin et les valeurs qui lui sont associées et que l’éducation sportive contribue à forger, sous l’autorité et l’expertise des entraineurs. À un autre niveau, normes, interdits et transgressions, mauvais gestes, corruption et sanctions des pugilistes tricheurs témoignent de la justice, et plus largement de l’attrait de la compétition et de la valeur accordée aux victoires sportives, dans le système symbolique des cités.
La popularité persistante de la boxe dans les cités grecques et sa diffusion progressive dans l’ensemble du monde romain, révèlent quels peuvent être les ressorts, variés, du spectacle sportif, et comment s’agencent ses nombreux protagonistes : les boxeurs eux-mêmes, les arbitres et les spectateurs. C’est une histoire des célébrations collectives que la boxe donne accès. À travers la boxe, se donne à voir le rapport, complexe, des athlètes à leur communauté, la fierté que les usagers d’un gymnase ou les habitants d’une cité tirent des champions issus de leurs rangs, mais aussi la versatilité de leur soutien auxdits champions et le pas que pouvait prendre le plaisir du spectacle sur les appartenances sociales. Les contextes dans lequel la boxe est pratiquée et regardées sont multiples : aux compétitions de pugilat inscrites au programmes de concours grecs, dès l’époque archaïque, s’ajoutent les simulacres de combats réalisés par les amuseurs de banquet pour la distraction des commensaux, ainsi que les affrontements pugilistiques financés par des notables des cités de l’Empire, parfois incorporés dans les spectacles romains et accomplis par de véritables troupes de boxeurs. Mais plus qu’un divertissement, la boxe est une forme de violence codifiée, avatar de la violence létale de la guerre. Et, par la brutalité inhérente à sa pratique, le pugilat éclair d’un jour singulier le niveau de tolérance des Anciens à l’égard de la violence physique et de sa mise en scène, et les valeurs sociales à la construction desquelles de tels affrontements étaient supposés contribuer. Dans les yeux d’Eurymédon, c’est un part de l’Antiquité qui se reflète. »
AUGUSTIN.


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