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Publié le par Florian Rouanet
Billet hebdomadaire
Le rôle de Poutine dans le cinéma arc-en-ciel
Pendant les travaux le cinéma reste ouvert et la vente continue, on le sait depuis l’invention du mois d’août. C’est pareil pour la révolution arc-en-ciel : pendant qu’elle avance, le train-train de la politique et de la géopolitique ne s’arrête pas. C’est cela sa caractéristique, sa découverte et sa force : tenir compte de la vie des hommes et des sociétés, s’en servir sans les interrompre pour s’étendre. La guerre en Ukraine m’en semble un bon exemple. Depuis deux ans que l’armée russe a envahi l’Ukraine, beaucoup d’amis de la nation française se déchirent, prenant avec passion parti pour l’un ou l’autre des belligérants. J’ai proclamé tout de suite le devoir d’indifférence, pour la raison suivante : en Ukraine le combat géopolitique de type classique se double d’un épisode de la révolution arc-en-ciel. En regardant froidement les deux, on s’aperçoit que la France n’avait aucun intérêt à prendre parti.
Pour situer correctement la guerre classique, rappelons quelques données historiques. Oui, une bonne part des Ukrainiens est liée à la Russie par des liens d’amitiés et de famille, oui Kiev fut le berceau de la Rous des Varègues, mais non, toutes les conséquences qu’en tire Poutine ne sont pas justes, et sa conception indéfiniment expansive de la Russie n’est pas raisonnable. En particulier, l’Ukraine, terre de frontières, a été séparée de la Russie durant des siècles, passant sous domination lituanienne et polonaise, et se trouve diversement peuplée. L’histoire récente a suivi. Poutine a raison de dire que la cession de la Crimée à l’Ukraine en 1955 est une lubie de Khrouchtchev, que, gagnée par Catherine II sur l’Ottoman, elle est depuis longtemps le siège de la flotte russe de mer Noire. Il relève sans erreur qu’Odessa, ville cosmopolite, fut fondée par les Tsars, et que deux Oblasts de l’Est sont peuplés de Russes. Mais il est tout aussi vrai que beaucoup d’Ukrainiens ne se sentent pas Russes, que ce n’est pas nouveau, qu’ils se sont dressés contre Moscou en 1941 aux côtés de la Wehrmacht. Que c’est à la suite des famines organisées par les Soviétiques que des oblasts aujourd’hui russes ont été vidés de leur population ukrainienne pour être repeuplés, et qu’il est difficile, dans ce cas, pour Poutine, d’invoquer légitimement l’histoire pour justifier ses revendications, lui qui, tout en condamnant les principes destructeurs de Lénine, fonde sa vision géopolitique sur le mythe stalinien de la Grande Guerre patriotique. Même si l’on pense que Poutine n’a aucune visée territoriale en Europe occidentale, on ne peut nier qu’il a mis la main sur la Géorgie, qu’il n’est pas sourd aux demandes de la Transnistrie, et qu’il n’a jamais renié le peuplement forcé commencé par les Bolchéviques des Pays Baltes. On doit comprendre la méfiance active de tous les pays d’Europe de l’Est, ils ont payé pour savoir ce qu’est l’impérialisme non seulement soviétique, mais russe. Laisser la Russie dépasser les bornes serait une erreur.D’un autre côté, comment nier que les Etats-Unis et leurs vassaux de l’OTAN ont profité de la déliquescence de l’Union soviétique pour pousser leurs pions partout dans les années 1990 et 2000, notamment au Proche-Orient avec les désastreuses guerres du Golfe et d’Irak, suivies de l’agression contre la Syrie et les printemps arabes, les révolutions de couleur. Dans ce contexte, les agressions russes en Afrique peuvent être regardées comme la réponse du berger à la bergère. En ce qui regarde l’Ukraine, les services américains et les ONG qui leur servent ont beaucoup grenouillé. L’affaire de la place Maïdan n’est en rien une révolution spontanée. L’installation de Zelinsky fut une affaire américaine qui comporte toutes sortes d’intentions, de projets et d’intérêts. Ses compatriotes en espéraient la paix, il les a menés à la guerre. Ce juif askhénaze, né dans une famille russophone d’une zone russophone, qui a fait tout le début de sa carrière de comique en russe parce que, selon ses propres mots, « il pensait plus rapidement dans cette langue » apprise dans l’enfance, s’est mis au service d’une politique d’intransigeance aux conséquences terribles. Il a mené une guerre sans merci contre les “séparatistes” des Oblasts de l’Est au nom du principe de l’intangibilité des frontières, dont il n’est pas question ici de méconnaître la valeur, mais dont toute l’histoire, même récente, montre qu’il n’est pas absolu. L’URSS, dont Poutine se veut l’héritier, l’a amplement montré en 1944, les Etats issus de la décolonisation aussi : si l’on avait respecté en 1962 l’intangibilité des frontières, l’Algérie serait toujours française. Ne parlons même pas d’Israël. Le principe d’intangibilité des frontières s’oppose au droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, et on ne les invoque pas en même temps. En 1944, Staline a conquis la Prusse orientale sans tenir compte de l’ethnie, de la civilisation, ni du droit des peuples. En 2024, Poutine, s’il prenait à quiconque l’improbable fantaisie de conquérir l’enclave de Kaliningrad, y opposerait à la fois l’intangibilité des frontières et la nouvelle situation historique créée depuis 1945.
Cela nous rappelle que derrière le droit international se dessinent la peur, la force, l’intérêt, l’espoir, la réalité humaine. Manifestement, la sagesse commandait donc depuis huit ans une approche diplomatique, telle que la recommandait un François Fillon. Elle aurait débouché sur des compromis réciproques. N’ayant pas démantelé la Russie quand il en avait l’occasion, dans les années 1990, l’empire anglo-saxon appuyé sur l’OTAN devait traiter avec elle. Mais l’appât du gain, l’exaltation idéologique qu’il ne faut pas sous-estimer chez les gardiens auto-proclamés de la “liberté”, et la soif d’asservir l’Europe par le biais de l’OTAN et de l’Union européenne, ont entraîné les Etats-Unis et leur pion ukrainien dans un bellicisme maximaliste. Des actes, tels que le sabotage en 2022 des gazoducs Nord Stream I et II reliant la Russie à l’Allemagne en mer Baltique au large des côtes suédoises, montrent cette détermination. Quoique Moscou ait été accusé, et que trois enquêtes judiciaires aient été lancées par trois pays, l’Allemagne, le Danemark et la Suède, celle-ci vient de clore la sienne en concluant qu’elle n’était pas de sa compétence mais en livrant des “éléments” qui peuvent « servir de preuve » à l’enquête allemande. Et une enquête journalistique conjointe du Washington Post et du Spiegel a clairement désigné l’auteur de l’acte : l’Ukraine, par la main de ses services secrets.On doit noter que la guerre a été délibérément décidée non seulement par les Etats-Unis, mais par l’Union européenne. Avant qu’Ursula Von der Leyen ne s’autorise, par une usurpation de plus, à financer l’effort de guerre sur le budget de l’UE, les deux poids lourds de l’Union, la France et l’Allemagne, n’avaient garanti en 2015 les accords de Minsk II, conçus pour régler le différend des oblasts de l’Est, que dans l’intention de gagner du temps, François Hollande et Angela Merkel l’ont avoué depuis. Malgré leurs propagandes respectives, la Russie et le bloc OTAN sont donc entrés d’un commun accord dans la guerre. C’est pourquoi certains militaires anglais sont hypocrites quand ils demandent le limogeage du secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg, parce qu’il a donné le feu vert à l’Ukraine pour utiliser les avions F16 qu’on lui a fournis. C’est pourquoi aussi les cris d’orfraie poussés par la classe politique française et internationale après les propos d’Emmanuel Macron sur l’envoi de troupes en Ukraine qui ne serait pas “exclu” sont vains. Il n’a montré ici nulle « inquiétante légèreté » de « va-t-en guerre ». Il a révélé la vérité : nous sommes en guerre. L’Occident a choisi la voie de la guerre économique contre la Russie et de l’aide financière et militaire à l’Ukraine, incluant matériels et formation. Il est donc sorti de la neutralité en faveur d’un des belligérants, ce qui voilà encore peu de temps lui aurait donné un statut de cobelligérant. Plus, il n’a jamais poussé Kiev à négocier avec Moscou. Ce qui est reproché aujourd’hui à Macron est pratiqué par tous, à droite et à gauche, depuis deux ans. Les fuites provenant de l’armée allemande montrent que Berlin fait même bien pire. La seule légèreté, la seule folie, est de ne pas admettre la gravité de la politique choisie, qui implique une adaptation de notre vie à la guerre, comme aux pandémies et au réchauffement. Qui implique notamment, notre collègue Rochette l’explique depuis longtemps, un passage à l’économie de guerre, c’est-à-dire socialisée et intégralement surveillée.
[…]Or, si la guerre classique et la révolution arc-en-ciel s’interpénètrent, on ne saurait les superposer ainsi. Vladimir Poutine souhaite une Russie forte, il a combattu, faible, les empiètements de l’OTAN, et il tente, devenu fort militairement, d’empiéter à son tour.Mais il partage presque toutes les erreurs de l’arc-en-ciel. Non content de soutenir l’immigration-invasion en Europe, il prône et organise une Russie multiraciale, multiculturelle, avec de fortes minorités musulmanes.Il admet et pratique l’avortement de masse (et la GPA) comme un franc-maçon de base.Il donne à fond dans l’adoration du grand Tabou shoahtique, dont il se sert pour sa propagande. Il œuvre comme les autres au commerce de libre-échange. Avant la guerre en Ukraine, il tissait des liens de toutes sortes avec l’Union européenne. La guerre l’a rejeté vers la Chine, l’Inde, les BRICS, le Brésil,la Corée du Nord. Il mène des manœuvres militaires conjointes avec l’Inde et avec la Chine (séparément). Il entend peser sur le monde de demain, non arrêter la révolution arc-en-ciel. Il souhaite seulement prendre une plus grande part de la gouvernance mondiale. Il combat l’hégémonie américaine sur l’arc-en-ciel, non l’arc-en-ciel lui-même. Il regrette le temps où le premier mondialisme,soviétique, était entièrement piloté de Moscou, Staline tenant les manettes du PCUS et en même temps du Komintern. Il prône le multilatéralisme, comme le fait aussi la banque mondiale par la voix de son directeur général, qui a récemment fait l’éloge de la Chine. La Chine, de même, conteste le monopole américain d’origine sur la révolution arc-en-ciel, non la révolution elle-même.Par le biais de l’ONU et de ses agences,en particulier l’OMS, par son implantation en Afrique, par la compétition industrielle,commerciale et financière, elle entend, elle aussi, prendre sa part de la multipolarisation de la révolution. Et l’Inde de même. Ace phénomène irréversible, la montée des grandes puissances asiatiques et le partage de la gouvernance mondiale, les Etats-Unis ont donné un coup d’accélérateur en choisissant l’option militaire en Ukraine, ce qui a poussé la Russie vers l’Est. En contrepartie,ils ont sauvé l’OTAN, déclaré voilà quelques années en « état de mort clinique », et l’Union européenne, qui a stoppé, par la peur de la Russie, la fronde des pays de l’Est. Ils ont suscité en Poutine, qui ne demandait que ça, un épouvantail et un repoussoir crédibles(il surjoue même comme un vrai cabot, avec ses menaces nucléaires récurrentes). Il ne faut espérer de cette multipolarisation aucun freinage de l’arc-en-ciel, au contraire.L’hystérie anti-covid et l’asservissement du peuple par la peur et l’ingénierie sociale sont en pointe en Chine. La Chine, l’Inde et la Russie ont adopté en 2023 le dernier rapport du GIEC (de 2023) et la déclaration finale du G20. Laquelle n’oublie ni développe-ment vert, ni avenir durable, ni les nécessaires modifications du comportement qui leur sont liés. L’ONU vient d’approuver le plan quinquennal communiste chinois. Son secrétaire général, Antonio Guterres, déplorant les faibles progrès des objectifs de développement durables fixés par l’ONU a salué « l’initiative pour le développement mondial » prise par Xi Jinping en 2021 afin« d’aider à relancer les efforts mondiaux pour atteindre les ODD (objectifs de développement durable), de mettre en commun les efforts pour accélérer la mise en œuvre de l’Agenda 2030 et de promouvoir un développement mondial plus fort, plus vert etplus sain. ». Ce plan « identifie huit domaines clés de coopération, à savoir la réduction de la pauvreté, la sécurité alimentaire, la réponse aux pandémies et les vaccins, le financement du développement, le changement climatique et le développement vert, l’industrialisation, l’économie numérique et la connectivité à l’ère numérique. Ils couvrent l’ensemble des 17 ODD sans les remplacer ni les reformuler. » La dernière réunion d’été du forum estival mondial (l’hiver, elle a lieu à Davos) a eu lieu à Tianjin en Chine.Klaus Schwab a félicité les 1500 présents,« les pionniers, les disrupteurs, les créateurs(façonnant) les nouvelles frontières du progrès humain », saluant son hôte Li Qiang, membre du Comité permanent du Politburo du Parti communiste chinois et Premier ministre de la République populaire de Chine,avec qui il entend « travailler ensemble au bien-être collectif de l’humanité », même sile Conseil Atlantique s’inquiète que la Chine tienne « un rôle dominant dans la gouvernance globale ».

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