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Publié le par Florian Rouanet
POURQUOI JE REJETTE PARTIELLEMENT LE(S) MOT(S) « sédévacantisme » et sédévacantiste
Ou Esquisse sur l’usage et l’abus du terme « sédévacantisme / sédévacantiste » (vaut aussi pour le terme « conclavisme / conclaviste »), notamment dans les controverses.
1. LE TERME EST INUTILE.
Il pourrait induire les autres croyants en erreur, en leur faisant croire que le « sédévacantisme » est un « -isme » distinct du « catholicisme » – or cependant, les deux ne sont pas synonymes : ce qu’il n’est pas (point 9).
Ledit (la personne se disant) « sédévacantiste » souhaite seulement être catholique, rien de plus : c’est-à-dire croire ce que les catholiques ont toujours cru, adorer ce que les catholiques ont toujours adoré, vivre comme les catholiques ont toujours vécu.
Aucun nom ou surnom supplémentaire n’est donc nécessaire.
2. LE TERME N’EST PAS AUTORISÉ PAR L’ÉGLISE.
Les Papes, les Pères, ont habituellement demandé aux catholiques de ne pas utiliser de surnoms supplémentaires, mais simplement de s’identifier comme « catholiques ».
À cet égard, voici une citation pertinente du pape Benoît XV (cf. Ad Beatissimi Apostolorum, 1914), où il écrit : « (…) Nous voulons aussi que les nôtres s’abstiennent de certaines appellations dont on a commencé depuis peu à faire usage, pour distinguer les catholiques des catholiques: qu’elles soient évitées, non seulement en tant que profanas vocum novitates, qui ne sont conformes ni à la vérité ni à l’équité, mais encore parce qu’il en résulte parmi les catholiques une grave agitation et une grande confusion. La Foi catholique est d’une nature telle, qu’on ne peut rien lui ajouter, rien lui retrancher: ou on la possède tout entière, ou on ne la possède pas du tout : Haec est fides catholica, quam nisi quisque fideliter firmiterque crediderit, salvus esse non poterit. Il n’est pas besoin de qualificatifs pour signifier la profession du catholicisme; à chacun il suffit de dire: Christianus mihi nomen, catholicus cognomen. (…) »
3. LE TERME EST DÉDAIGNEUX.
En qualifiant cette position de « -isme », ceux qui professent être catholiques mais rejettent cette position (le « sédévacantisme ») impliquent, au mieux, qu’ils peuvent encore affirmer la plénitude de la foi catholique – une implication qu’une partie de ceux qui défendent la position « sédévacantiste » conteste.
Dans le pire des cas, les non-« partisans » sous-entendent que les « sédévacantistes » ne sont pas (plus) catholiques.
Qualifier ceux qui tiennent cette position de « sédévacantistes » est donc une tentative, au moins de relativiser les implications de cette position, ou, au pire, de la (les) diaboliser.
4. LE TERME EST PRÉJUDICIABLE.
Bien que mes recherches sur l’origine du terme « sédévacantiste » soient toujours en cours (néologisme probablement dû à Jean Madiran ?), je soupçonne qu’il s’agit d’un terme volontairement abusif, inventé par les opposants à ladite position « sédévacantiste », et non par ses « adhérents »; tout comme les Ariens qualifièrent les partisans de l’orthodoxie du concile de Nicée d’« Athanasianites » (en référence à Saint Athanase, qui était resté orthodoxe dans la foi) plutôt que simplement « catholiques », et se sont appropriés (les Ariens) le titre de « catholiques ».
5. LE TERME EST INEXACT.
En droit canonique, lorsqu’un pape meurt et que tout le monde convient qu’un conclave (ordinairement un conclave de cardinaux, depuis le treizième siècle et la Bulle Ubi periculum du Pape Grégoire X) est nécessaire – du moins il faut prier et agir dans le sens de l’élection du chef visible de l’Église, et réfuter et rejeter les intrigues qui tentent de ralentir et/ou faire obstacle à cette démarche autant que le devoir d’état le permet – pour élire un successeur, un état de Sede Vacante (« le S. Siège [étant] vacant ») est déclaré par l’Église (par les plus hautes autorités de l’Église après le Pape – dans la circonstance où le pape est déjà décédé – c’est-à-dire, ordinairement depuis des siècles, les cardinaux).
Une situation complètement différente se produit, cependant, lorsqu’un homme qui n’est pas le pape légitimement élu, ou prétend s’asseoir (posséder les prérogatives du Siège pétrinien) sur le Siège de Pierre, et qui « empêche » ainsi un vrai pape de s’y asseoir.
Le terme canonique pour ce scénario n’est pas tant sede vacante (Siège vacant) mais sede impedite (Siège empêché), donc si un surnom était nécessaire, ce qui n’est pas le cas, pour au moins une partie de ceux (et je ne parle même pas du sédéprivationisme, qui s’en rapproche) qui rejettent François et alii, ce serait « sédé-impéditistes », et non « sédévacantistes ».
Et qu’on ne se le cache pas : c’est bien pratiquement ce que croit une majorité de personnes se déclarant « sédévacantistes » (car, en vérité, au moins en pratique, bien souvent, le sédévacantisme se résume à un mélange entre sédéprivationisme et acéphalisme) : c’est-à-dire qu’en fait, sinon même en droit, François empêcherait l’élection du prochain pape; sa présence serait à tout le moins gênante, suffisamment handicapante et ferait par quelque prestidigitation dont on ne sait d’où obstacle à l’élection du chef visible de l’Église…
6. LE TERME EN DIT TROP.
En tant qu’homme raisonnable, je rejette comme plutôt ridicules (à première vue) les affirmations de feus les pseudo-papes autoproclamés de notre époque (par exemple, feus les « papes » « Pie XIII » – le capucin Pulvermacher -, « Michel » – David Bawden -, et alii) pour être les légitimes successeurs de saint Pierre.
Bien que, pour être juste, je ne trouve pas les affirmations de Bergoglio et de ses prédécesseurs depuis Vatican II comme étant catholiques, et donc cela démontre qu’ils sont des pseudo-papes, non pas comme Pie XIII et Michel; qui, eux deux, semblent au moins être (étaient) des catholiques orthodoxes, aussi fragiles fussent les prétentions légales des « conclaves » qui les avaient « élus ».
Cependant, ce n’est pas au-delà des limites du possible que, dans l’accomplissement de nombreuses prophéties privées (cependant sans en faire une borne et une bouée de secours théologique), il pourrait y avoir, d’une manière ou d’une autre, un pape « caché » que Dieu fera naître, suscitera, au moment prédestiné pour mettre fin à la déplorable situation actuelle de crise universellement répandue dans l’Église.
Je m’oppose donc au terme « sédévacantisme (-iste) » au motif qu’il semble m’obliger à affirmer de manière omnisciente et apodictique qu’il n’y a pas de pape légitime, nulle part dans le monde, ce que je ne suis pas compétent pour faire.
Je dois me contenter de l’affirmation beaucoup plus modeste, limitée, selon laquelle, qu’un tel prétendant papal puisse ou non exister maintenant à tel endroit (par exemple François au Vatican); je peux être sûr, par l’application stricte des principes catholiques au (ou à un) prétendant visible actuel (c’est-à-dire « François »), qu’il ne peut définitivement pas être le pape légitime.
7. LE TERME SE CONCENTRE SUR TROP PEU.
Alors qu’au point 6 je suggérais que le terme « sédévacantisme » revendique trop, je suggère ici que, paradoxalement, le terme semble en même temps revendiquer trop peu; réduisant la crise actuelle à la « question papale », c’est-à-dire la question de savoir si « François » est ou n’est pas le pape (et, ceci étant connexe, s’il est ou non licite, ou peccamineux, d’assister à un office religieux étant « una cum « François » », mais c’est encore autre chose).
Le fait est que (je me risque) tous ceux qui occupent la position nommée « sédévacantisme » croient qu’il y a bien plus de mal dans l’état actuel des choses qu’un simple antipape, ou non-pape, apparemment assis sur le Siège de Pierre, comme si la crise fût complètement résolue si demain un catholique orthodoxe était assis sur le Siège de Saint Pierre (illusion d’un certain « clan » – y aurait-il un autre mot ? – sédévacantiste avec leur subversion et application idiosyncrasique des notions de matière, forme, privation à la personne de Bergoglio).
Bien que la crise puisse alors être résolue en principe, il y aurait beaucoup de travail à faire; car, généralement, le « sédévacantiste » croit, non seulement qu’il y a actuellement un faux pape qui prétend être un vrai, mais qu’il y a une fausse messe, de faux sacrements, un faux catéchisme, un faux code canonique, une fausse hiérarchie – en somme, une fausse « église », un « parti » ayant pris le pouvoir et usurpant le titre de « catholique », prétendant être la véritable Église catholique.
Ignorer ces questions plus vastes et se focaliser uniquement sur l’orthodoxie, ou son absence, de « François » est trompeusement réducteur.
8. LE TERME ENGLOBE TROP DE PERSONNES.
Un autre aspect du réductionnisme mentionné ci-dessus (7.) est le fait que le rejet de « François » en tant que faux pape n’est pas le principe d’unité de tous les vrais catholiques : la possession et la profession de la foi catholique l’est.
Ce n’est donc pas parce que quelqu’un rejette « François » comme usurpateur qu’il est automatiquement, ou nécessairement, catholique; au contraire, s’il rejette, non seulement « François », mais simultanément (un seul ou) des dogmes tels que « extra ecclesiam nulla salus » (il n’y a pas de salut en dehors de l’Église catholique) ou que nous croyons en un Dieu Trinitaire, alors il n’est pas catholique. Il y en a, des « sédévacantistes non-catholiques ». Celui qui rejette François n’appartient donc pas automatiquement à la société surnaturelle de tous ceux qui, par la grâce de Dieu, professent et possèdent véritablement la foi catholique. Et cela peut valoir aussi pour les personnes de bonne foi qui croient que François est le pape légitime; cette simple croyance ne fait pas d’eux automatiquement des non-catholiques (cela répugne à la raison).
Cette observation décrit en grande partie le manque d’unité parmi les « sédévacantistes », un manque d’unité auquel les anti-sédévacantistes pointent souvent allègrement comme s’ils justifiaient leur non-sédévacantisme; alors que, soit dit en passant, les non-sédévacantistes démontrent un spectre de désunion bien plus large que lesdits « sédévacantistes », sur une foule innombrable de questions bien plus fondamentales par rapport aux questions sur lesquelles même les « sédévacantistes » qui se chamaillent sont tous complètement d’accord.
9. LE TERME EST « ACCIDENTEL » – ET NOUVEAU.
Le terme sédévacantisme ne décrit pas l’essence interne de la foi d’un catholique; non, ce terme décrit (et j’espère qu’il ne fait que décrire, tout au plus, et qu’il s’y limite – à en lire ou en entendre certains, et parfois, je peux en douter, mais c’est une autre question : voir le 10.) seulement et simplement « l’accident » historique extrinsèque (au sens philosophique de ce terme) que l’homme qui se trouve être au moins apparemment « assis » sur le Siège pétrinien à ce moment de l’histoire n’est pas un pape légitime.
Si demain ce prétendant illégitime à la papauté devait mourir et qu’un pape légitime devait être élu, la foi, le comportement et le culte du catholique en question n’en seraient pas altérés d’un iota.
Pourtant, la veille, il serait étiqueté « sédévacantiste », et le lendemain il ne le serait plus ! Interrogeons-nous : combien est utile (n’est-il pas au contraire très aisément périlleux d’en faire usage, où l’abus point – du verbe poindre, bien entendu – facilement), donc, pour définir le contenu de la foi d’un tel catholique, un terme qui le décrirait un jour et non le lendemain, quand le contenu de sa foi, de son culte et de sa vie morale est invariable ? Feu l’abbé Cekada aimait à dire que « le sédévacantiste, c’est un catholique lorsqu’il n’y a pas de pape »; mais alors, faudrait-il conclure que le sédévacantisme, ce serait le nom du catholicisme lorsqu’il n’y a pas de pape ? On aurait attendu quasi 2000 ans pour trouver cela ?, pour oser essentialiser un accident historique extrinsèque ? Est-ce vraiment sérieux ? Accident historique extrinsèque que le sédévacantisme acéphale semble avoir fixé, figé, et rendu impossible à assumer et dépasser (serait-ce encore catholique ?).
Le terme ne décrit en fait rien en lui-même, seulement quelque chose sur l’état des choses en dehors de lui [le « sédévacantiste »] (ne dépendant pas de lui), c’est-à-dire si un pape siège légitimement sur le trône pétrinien ou non. Pourtant, chaque historien catholique s’accorde à dire que lorsqu’en fait les antipapes ont usurpé l’autorité sur l’Église, la foi des vrais catholiques n’en a pas été altérée; et jamais un terme ne fut inventé, jamais l’on vit la nécessité de créer un néologisme pour qualifier cet état, qui décrit avant tout un manque (un mal).
Derechef, est-ce vraiment rigoureux de continuer à utiliser un tel terme ? Dans quelle(s) condition(s) cela pourrait être rigoureux et légitime de l’utiliser ?
10. ESQUISSE D’UNE RÉPONSE SUR LA LÉGITIMITÉ D’USER DE CE MOT, SANS TOMBER NÉCESSAIREMENT DANS L’ABUS.
On pourrait catégoriser ma pensée (les neuf points qui précèdent) dans « celle de ces gens qui ne tolèrent aucunement les étiquettes », voire « celle de ces gens qui ne tolèrent aucunement l’utilisation de concepts sérieusement établis », ajouter contre que « pourtant, en l’honneur de la scolastique, la méthode catholique étiquette, catalogue, tout, l’esprit humain peut saisir plus rapidement les essences lorsqu’elles sont bien définies par des noms pertinents »; ce à quoi je réponds d’abord : c’est bien pour cela que dans le titre de mon texte est écrit l’adverbe « partiellement », et non les adverbes « complètement/entièrement ». Ensuite, il ne faut jamais perdre de vue que cela doit être circonstancié, utile, utilisé sur le plan spéculatif, intellectuel, mais jamais ne doit dériver dans un champ de jugement privé moral qui se transformerait en quelque chose d’apodictique.
Deux exemples viendront illustrer, je l’espère, mon propos : 1° les saints Thomas More et John Fisher ont reçu des sacrements de la part de prêtres ayant accepté le schisme d’Henry VIII (schisme à l’origine de l’anglicanisme)…, pourtant personne aujourd’hui n’accuse ces saints d’avoir participé à son schisme (d’avoir communié « una cum des schismatiques », etc.) : où sont les avocats du diable, nitroglycérinés par l’esprit partisan, de notre époque ?… Comme encore, statuer motu proprio que c’est un péché, notamment un péché mortel, d’assister à une messe « una cum le faux pape » ?
Ainsi, quand les termes servent à l’établissement d’un parti, il y a au moins abus de langage, et dans l’usage de la morale, on risque aller aux pires dérives (sans parler de l’érosion de la morale dans le sociabilisme, propre à l’esprit de parti). On le voit bien avec l’usage de l’expression « non una cum », devenu synonyme de « vrai catholique » pour certains, ou encore de « tradition », parfois avec un t majuscule (quelle honte, quand on sait que la Tradition est une des deux sources de la Révélation avec l’Écriture Sainte, et que c’est une grave subversion dans le langage que d’utiliser le mot Tradition, surtout avec un t majuscule donc, pour qualifier les œuvres particulières des groupes « traditionalistes » – si, peut-être, cela ne crie pas vengeance contre Dieu, il faudra rendre compte d’une telle subversion…), pour désigner surtout les R&R (eux-mêmes se désignant ainsi).
Quand on passe du champ théorique, spéculatif, au champ du jugement (privé) qui devient jugement péremptoire (ou présomptueux) catégorique, essentialiste, on n’est plus un être intelligent qui réfléchit et catégorise droitement, on devient une machine qui automatise des condamnations sans discernement.
– M. L., avec G. M.

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